‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 61 sur 167 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

On a pensé qu'il serait bon de présenter au '2 S. François de Girolamo, de la Yitadrl

publie un récit abrégé de la vie et des vertus fi. Francesco di Girolamo, srritta dal padre

des cinq saints dont la canonisation a eu lieu Longaro degli Oddi S J-. Rome, 1806.

ledimanche de la Trinité, le 26 mai 1839. Cet 3° S. Jean-Joseph' de la Croix, du C<>m-

abrégé est extrait des ouvrages suivants, pu- pendio délia cita di S. Gian Giuscppe délia

bliés par les postulateurs auxquels la cause Croce, data in luce dul pottulatore delta esnt-

dc leur béatification et de leur canonisation ta. Home. 1838.

avait été confiée, et qui étaient en possession \ S. Pacifique de San Severino, cki t

(le tous les documents originaux, dont il est pendio délia vUadelB. Paei/ico, Rome, 178'».

t'ait usage en ces occasions : S S' Véronique Giuliani . de la Pifa délia

!• S. Alphonse de Liguori , de la Vi ta di fi. Ver onica Giuliani, icrit ta du FUippo Ma-

Ufonto M aria de Liguori, etc., Home, 1839. ria Salvatori, Home. 1803.

Introduction.

,\ous nous proposons ^e- donner, dans ces dans la canonisation des saints : puis ensuite quelques pages, on abrégé des formalités de décrire les cérémonies aujourd'hui obserobservées par l'Eglise, à diverses époques, véesdansles canonisations. Dans cet exposé,

INTRODUCTION

nous suivrons pas à pas celui donné par Benoît XIV, dans son grand ouvrage De servorum Dei Beatificalione et bealorum Canonizatione, auquel nous renvoyons le lecteur pour plus ample information sur chaque point, aussi bien que pour les preuves de ce que nous avançons.

La plus ancienne forme de canonisation est celle qui concerne les honneurs rendus aux martyrs dans les âges primitifs de l'Eglise. Dans les temps apostoliques nous trouvons une description exacte de la pratique suivie par l'Eglise, après la mort de saint Ignace et de saint Polycarpe, qui nous apprend 1° que des honneurs étaient décernés aux martyrs, et qu'un jour spécial leur était consacré; 2° en quoi consistait celte vénéralion pour les martyrs : Nous honorons les martyrs comme les disciples et les imitateurs du Seigneur, ce qui s'appelait martyri communicare;3" que les reliques des martyrs étaient honorées par les fidèles : Nous recueillîmes avec soin ses ossements, dit la lettre de l'Eglise de Smyrne, où est raconté le martyre de saint Polycarpe , comme étant plus précieux que les pierreries et plus purs que Cor; puis nous les déposâmes dans un lieu convenable, où nous prions Dieu de nous faire la grâce de nous assembler pour célébrer le jour de sa naissance par le martyre; tant afin de conserver la mémoire de ceux qui ont soutenu ce glorieux combat, que d'instruire et de confirmer la postérité par leur exemple. La même pratique lut également en usage dans les siècles suivants, comme nous le voyons dans Origène, Tertullien, saint Cyprien, saint Basile, saint Optât et autres Pères.

Dès le temps de saint Clément, l'Eglise usa de grandes et très-sévères précautions dans les examens nécessaires pour constater l'authenticité des actes des martyrs. Ce pape el ses successeurs saint Fabien cl saint Anlère établirent sept notaires, un dans chaque quartier de la ville de Borne, pour recueillir les actes des martyrs; et saint Fabien chargea des sous-diacres d'inspecter leurs travaux et de veiller à la parfaite exactitude des actes.

Quand les actes avaient été recueillis, commençait une enquête pour s'assurer si celui qu'on donnait pour martyr était mort dans l'unité de l'Eglise, si ses motifs avaient été purs, exempts de vanité, etc., et si c'était pour la défense de la foi qu'il était mort. Le droit de prononcer la sentence ecclésiastique, qui devait suivre celle enquête, appartenait à î'évêque du diocèse; mais en Afrique il était ordinairement réservé au primai à la tête du concile: Des lettres circulaires étaient ensuite adressées aux autres Eglises, dans tout l'univers, pour leur en communiquer les actes. Plusieurs anciennes relations attestent que dès les premiers temps il fut d'usage de recourir au pape dans ces sortes de cas, et de lui demander son approbation, relativement à la vénération que l'on désirait qui fût rendue au saint pour lequel on sollicitait. L'usage d'honorer les confesseurs ne remonte pas à une date aussi ancienne que celui de vénérer les martyrs ; mais les anciens ca-

nons el les actes de la translation solennelle de leurs reliques attestent que l'on apportait, le même soin dans l'examen de leurs droiis à cet honneur, et que la sentence ecclésiastique était ensuile confirmée par la sanction du pape; d'où Benoît XIV conclut que chaque évoque autrefois était investi du droit de décernera un confesseur les honneurs de la béatification, si je puis m'exprimer ainsi, qui devenait une véritable canonisation (1) lorsqu'elle était adoptée par le reste de l'Eglise, avec le consentement lacite ou exprès du pape. Enfin Alexandre III réserva ce droi au saint-siége, qui toujours dans la suite a été seul à l'exercer.

Voici quelle fut la marche suivie dans le moyen âge : 1° Les papes prononçaient les décrets pour la canonisation des saints dans des conciles généraux ou particuliers, ou d'après l'avis des pères des conciles, en dehors des conciles eux-mêmes; 2° souvent aussi les papes rendaient ces sortes de décrets avec l'assistance des cardinaux, archevêques el évêques, sans l'intervention d'un concile; 3° après que les procès ou enquéles relatifs à la cause avaient été soumis à certains auditeurs de rote, appelés chapelains du pape, ou à d'autres personnages de piété et de science, elle était portée devant le consistoire du pape où la sentence définitive était prononcée ; &° outre l'examen préliminaire lait par les auditeurs de rote, le procès était encore examiné par un cardinal et ensuile par le consistoire; 5° au lieu d'un seul cardinal on en substitua trois, un de chaque ordre : un cardinal-diacre, un cardinal-prêtre et un cardinal-évèque.

En 1587, Sixle V établit la congrégation des rites, el voulut qu'indépendamment de ses autres attributions elle prît connaissance de toutes les causes relatives aux canonisations, avant qu'elles pussent être portées de vant le consistoire général, composé de tous les cardinaux, archevêques et évêques en cour de Borne. Mais dans la cause de B. Didacus, l'année suivante, le même pape adopta un terme moyen entre l'ancienne pratique ei la nouvelle, en nommant huit cardinaux, assistés de théologiens et de canonistes, pour remplir les fonctions qui sont maintenant exclusivement dévolues à la congrégation des rites. La congrégation se compose d'un cardinal préfet et d'un corps de cardinaux, qui remplissent l'office de rapporteurs (poncnles) de la cause à la congrégation ; d'un protonotaire, d'un secrétaire, du promoteur et du sous-promoteur de la foi, de consulteurs, d'auditeurs de rote, d'avocats, de médecins, de chirurgiens, d'un archiviste et d'interprètes des procès, s'il arrive qu'ils soient écrits en langue étrangère Le devoir du secrétaire est de rédiger des rapports sur chacun des cas mis en cause, de les soumellre au pape, et de

(1) Les principales différences nuire la béatification cl la canonisation sonl que la première est généralement nslreinte aux limites d'un diocèse, d'en ordre religieux, eu d'une province particulière, etc., taudis que l'autre s'él in. I ;m inonde entier ; l'une est permise ( el mm sini|>lemeui tolérée ), et l'autre est enjointe aux lhièlc&

publier les décret! rendm par m sainteté I ( baqM degré de II procédure. Plni lard il sera r.iii mention des autres offices.

Le eaint-aiége s'est toujours montré très sévére dans l'examen des mérites des (anses

qui lui sont soumises. Sans nous arrêter aux preuves que nous en pourraient fournir les

iriiips anciens, nous nous borneront à la pratique <|ui s'observe aujourd'hui, d'après les règles établies pour servir de guide a la congrégation des rites, par Urbain VIII, en 1625,

10.'ji, I64S, et par plusieurs des papes ses successeurs depuis.

Les causes de béatification ou de canonisation regardent des martyrs ou des confesseurs; il en est qui étaient introduites avant la publication des décrets d'Urbain VIII, d'autres l'ont été depuis; il en est aussi qui sont introduites par la voie ordinaire, dite ti'a non cullus; d'autres forment des exceptions extraordinaires, et sont dites être introduites per viam extraordinariam casus excepti. Il n'est besoin de parler que des deux dernières.

Le saint-siège ne reçoit jamais et ne poursuit aucune cause qu'il ne puisse être prouvé d'abord que celui qui en est l'objet jouit d'une réputation de sainteté et de miracles, et qu'il ne lui est encore rendu aucune vénération ou culte public (cullus publicus). Alors on dit que la cause est introduite per viam non cultus. L'ordinaire du diocèse d'où la cause est portée à Rome rédige, en vertu de sa propre autorité, deux procès-verbaux, dans lesquels il déclare que le serviteur de Dieu défunt jouit de cette réputation, et que les décrets d'Urbain VIII qui défendent de rendre à quelqu'un des honneurs publics avant d'en avoir obtenu l'autorisation du saint-siége ont été exécutés.

Aussitôt que ces procès-verbaux sont parvenus à Rome, les postulateurs de la cause (nommés par les parties qui sollicitent la béatification ou la canonisation) demandent humblement à la congrégation des rites d'en autoriser l'ouverture ; le promoteur de la foi est appelé, et, en présence du cardinal préfet de. la congrégation, les procès-verbaux sont ouverts, et l'on appelle des témoins pour constater l'authenticité des sceaux et des signatures qui y sont apposés.

Le premier pas à faire est d'obtenir du pape la nomination d'un des cardinaux de la congrégation pour remplir la fonction de rapporteur ou ponens. Si le serviteur de Dieu a laissé des écrits, ils sont revus et examinés avec soin; et si la congrégation déclare qu'ils ne contiennent rien qui puisse arrêter la marche de l'enquête, la commission peut alors donner sa signature pour investir de la cause l'autorité du pape, pourvu qu'il se soit écoulé dix ans depuis la remise faite des procèsverbaux ordinaires à la congrégation.

Aussitôt la congrégation adresse des lettres rémissoriales à trois évoques (dont il est toujours de rigueur que deux soient présents pendant la rédaction des procès-verbaux'; ces évêques sont ceux des diocèses situes dans le voisinage, du lieu où les procès-verbaux doivent être rédigés, et ces lettres les

DÉMONSTRATIOM ÉVANGÉI IQI I

chargent de rédiger, en rertu de l'autorité apostolique qui émane du pape, un pn rerbal <] u î contienne «les preuves que le déluiii. dont il s'agit, jouit d nne réputation de

sainteté et de mirai 1rs en général. Si i e | r<>-

cès-Terhal est approuvé parla congrégation, d'autres lettres rémissoriales sont envoyées, qui enjoignent aux délégués d'informer sur chaque rertu et sur chaque miracle en i ar

huilier, pour en faire ensuite parvenir le résultat à Home. On procède I I ouverture de ce dernier procès-verbal avec la même solennité que pour le premier, et la validité eu étant prouvée, la congrégation passe a l'examen des vertus et des miracles eu détail, pourvu qu'il se soit écoulé c inquante ans depuis la mort du serviteur de Dieu. Cet examen est fait en trois différentes réunions : le premier, appelé anti-préparatoire, a lieu dans le palais du cardinal rapporteur, et se fait en présence des consulteurs ou conseillers de confiance de la congrégation, qui sont en très-grand nombre, et des maîtres de cérémonies. Les premiers seulement donnent leurs votes, et cette réunion semble avoir pour objet d'instruire le cardinal rapporteur des mérites et des difficultés de la cause, avant qu'il présente son rapport à toute la coi galion. Le second examen, dit préparatoire, a lieu dans le palais du pape, en présence de tout le corps des cardinaux composant la congrégation, des consulteurs et des maîtres de cérémonies ; et en celte circonstance, où la réunion a pour but d'instruire les cardinaux, les consulteurs seuls donnent leurs votes. La congrégation générale se tient alors en présence du pape, et les cardinaux aussi bien que les consulteurs donnent leurs votes. L'examen est proposé sous une forme dubitative; on y demande si le serviteur de Dieu possédait les vertus théologales et cardinales dans un degré héroïque; et jusqu'à ce que ce doute ait été favorablement résolu, on ne peut s'occuper de la question des mirai les qui sont dits avoir été opérés par son intercession. Après avoir reçu les voles des cardinaux et des consulteurs, le pape remet à prononcer sa décision, et les prie en même temps de joindre leurs prières aux siennes pour implorer la lumière de Dieu sur ses délibérations; quelque temps après, sa détermination étant prise, il convoque le cardinal rapporteur, le secrétaire et le promoteur de la foi, et ordonne la publication du décret contenant l'approbation donnée par lui aux vertus du serviteur de Dieu défunt, en celte forme : Constat de virtutibus (heologalibus et enrdinalibus earumque annexis in gradin licroico in casu et ad effectum de quo agitur. C'est ainsi que Benoit XIV termina sa glorieuse carrière sur la terre, en ordonnant la publication du décret par lequel il approuvait les vertus de saint François de dirolamo, lorsqu'il était sur son lit de mort, après a» oir reçu le saint sacrement de I extrême-onction. Les miracles qui sont dits avoir été opères par l'intercession du serviteur de Dieu sont ensuite examines dans trois congrégations, comme ci-dessus : et, aurès un nouveau délai,

INTRODUCTION

ilO

jusqu'à ce qu'il ait imploré l'assistance et la lumière de Dieu , le pape rend un second décret approuvant un ou plusieurs des miracles proposés à la congrégation générale. Dans une autre congrégation générale on propose également la question de savoir si, les miracles et les vertus du serviteur de Dieu étant une fois approuvés, il convient de procéder à sa béatification ? 11 est do rigueur dans tous les cas que la cause ait pour elle les deux tiers des suffrages , autrement on ne peut passer outre. A chaque degré de la procédure le promoteur de la foi doit être consulté, et il est de son devoir de produire toutes les objections qu'il juge convenable de faire contre les preuves des vertus et des miracles du serviteur de Dieu; et pour cela il doit avoir à sa disposition toutes les dépositions et toutes les informations faites dans la cause. Ses arguments sont rédigés par écrit, et les avocats employés dans la cause préparent leur réplique. Les relalions des miracles sont soumises à des médecins et des chirurgiens , qui expriment leur opinion par écrit sur la question de savoir si les faits mentionnés ont pu être produits par des causes naturelles.

Tous ces doutes une fois résolus d'une manière satisfaisante, le pape fixe un jour pour la béatification solennelle du serviteur de Dieu , qui reçoit alors le titre ieBcatus, bienheureux.

Par la voie extraordinaire d'exception, ainsi qu'on l'appelle, Urbain VIII autorise l'introduction des causes de saints qui ont déjà reçu un culte publie, pourvu qu'ils soient en possession de recevoir cet honneur public de temps immémorial, en vertu d'un induit apostolique, ou dans les écrits des Pères et des saints de l'Eglise. Dans ce cas-là, l'ordinaire atteste que celui dont il s'agit jouissait d'une réputation de sainteté et de miracles, et que c'est de temps immémorial qu'il est ainsi honoré. Si ces honneurs sont approuvés par la congrégation, le serviteur de Dieu est réputé équivalemment béatifié.

Aussitôt qu'il y a quelque raison de croire qu'il s est opéré de nouveaux miracles depuis la béatification du serviteur de Dieu, les postulaleurs supplient humblement la congrégation des rites d'obtenir l'assentiment de la commission pour la reprise de la cause , et pour expédier de nouvelles lettres remissoriales aux mômes délégués ou à d'autres, aGn de les autoriser à constater l'existence des miracles qu'on prétend avoir été opérés. Le procès-verbal envoyé à Rome est examiné avec la même rigueur et la même exactitude dans trois congrégations , comme cidessus ; et, si la décision est favorable , on propose cette question définitive, savoir, si les miracles une fois reconnus, il convient de procéder à la canonisation. 11 est exigé deux miracles avant la béatification ; il en faut encore deux autres avant la canonisation , et ces deux derniers doivent avoir eu lieu dans l'intervalle.

Après que ces trois congrégations ont déclaré leur sentiment, le décret est porté à

l'effet d'autoriser la canonisation. De nouvelles prières sont adressées au pape de divers pays et de la part de divers souverains, pour l'engager à accomplir le rit solennel de la canonisation. Aussitôt que l'époque en a été fixée, le pape assemble en consistoire secret les cardinaux auxquels il a été remis précédemment un abrégé des vertus et des miracles du saint. On en lit également un abrégé dans le consistoire, et chacun des cardinaux répond placet ou non placet , quand on lui demande son vote. Il se tient ensuite un consistoire public, et des prières publiques sont ordonnées ; et enfin on tient un consistoire semi-public, auquel assistent tous les cardinaux, patriarches et évoques présents à Rome , et chacun d'eux donne son vole sur la cause. Le jour de la canonisation solennelle est annoncé, jour où a lieu la cérémonie que nous allons maintenant décrire.

Avant le pontificat de Benoît XIV la canonisation des saints se faisait dans diverses villes indifféremment. Ainsi la canonisation de saint Edmond de Cantorbéry par Innocent IV se fit à Lyon (1248) , et celle de saint Thomas d'Aquin, par Jean XXII, à Avignon (1248). Ce n'était pas non plus dans l'Eglise de Saint-Pierre exclusivement qu'elle avait lieu ; mais Benoît XIV, par sa bulle Ad scpulcra apostolorum (1741) , décide qu'à l'avenir toute béatification et canonisation aurait lieu à Saint-Pierre de Rome.

Le jour de la cérémonie étant fixé, il est publié un édit qui le déclare pour cette annéelà fête d'obligation, s'il ne l'est pas déjà. Longtemps auparavant sa sainteté nomme un prélat pour présider à la cérémonie, et pour régler, avec l'assistance de divers postulateurs et des maîtres de cérémonie, les dépenses et les détails des décorations de l'église, et tous les préparatifs de la fête; de plus, un cardinal est nommé à l'office de procureur de la canonisation. Le jour marqué, une procession solennelle de tout le clergé séculier et régulier de Rome, qui ne diffère guère de celle de la Fête-Dieu , part du palais du Vatican , et se rend , en faisant le tour de la colonnade, à la porte principale de la basilique de Saint-Pierre. Tous tiennent des cierges allumés; on porle les bannières des nouveaux saints; le clergé, à l'exception de celui qui appartient aux basiliques patriarcales et aux basiliques du second ordre , n'entre pas dans l'église , mais va se placer dans l'intérieur de la colonnade, dans l'ordre suivant : à une distance convenable ceux qui marchent à la tête de la procession, se divisent et vont se placer des deux côtés, laissant passer successivement, par le milieu, ceux qui suivent; et s'arrangent de manière à ce que ceux qui sont à l'extrémité de la procession , et qui sont les premiers en dignité, se trouvent placés les plus près de la porte de l'église, et que la procession se retrouve absolument dans le même ordre , mais en sens inverse, où elle était en quittant le Vatican. Les chapitres des basiliques du second ordre et après eux ceux de Saint-Jean-de-Lalran et deSainte-Miric-Majeurc, entrent dans l'église cl si

DÉMONSTRATION EVANGÉLIQ1 I

rangent également en déni Hgnea , qui -• dirigent % < • r s l'autel du saint sacrement, tandis que l<" chapitre cl*' la basilique de Saint» Pierre reste en dehors pour recevoir le pape. Pendant que la procession se dispose ainsi, le souverain pontife entonne VÂtê marié Stella dans la chapelle Bixtine, dans le palais «lu Vatican, et, vêtu (l'une chape «'i la mitre en tête, inouïe dans sa chaise <ie cérémonie, et alors deux énormes cierges de cire, richement ornés, et un autre cierge plus petit, lui sont présentés par le cardinal procureur de la canonisation. Ordinairement les deux premiers sont remis , par ordre de sa sainteté, aux princes qui environnent le trône ; le troisième , enveloppé dans un voile enrichi de broderies, est porté parle pape lui-même. Alors la procession se met en marche dans l'ordre suivant : tous portent des cierges allumés, et le chœur chante l'Ave maris Stella. Les officiers de la chapelle papale, les chapelains, les chambellans , les généraux d'ordres religieux, etc., sont suivis d'un acolyte portant l'encensoir, et de sept autres portant des cierges. L'auditeur de rote, qui remplit les fonctions de sous-diacre à la grande messe , marche entre le sous-diacre et le diacre, qui doivent chanter l'épître et l'évangile en grec. Le pontife qui est précédé immédiatement par les deux plus anciens cardinaux-diacres , entre lesquels se trouve le cardinal qui doit chanter l'évangile , et par les princes dont nous venons de parler, est environné par les gardes-nobles et les suisses ainsi que par Tes massiers ou bedeaux ; les plus hauls officiers d'état ferment la procession.

La superbe basilique de Saint-Pierre reçoit encore, s'il est possible, un nouvel éclat et une nouvelle magnificence, des illuminations et des riches tentures dont elle est ornée. Dans le presbytère ou sanctuaire, derrière la confession ou le tombeau des saints apôtres Pierre et Paul , on voit suspendues en l'air les bannières des saints. La coutume de déployer ces enseignes dans l'église est attribuée par Papebroch au prodige suivant : A la canonisation de saint Stanislas de Cracovie, martyr, lorsque le pape Innocent IV eut prononcé la sentence, ainsi qu'on s'exprime, il apparut en l'air, soutenue par des anges, une bannière de pourpre au milieu de laquelle on apercevait un évéque en habits pontificaux : cette couleur désignait à la fois son martyre et sa dignité.

En arrivant à l'autel du très-saint sacrement , le pape descend de sa chaise et s'agenouille pendant quelques instants pour adoîcr; puis, remontant dans sa chaise, il est porté au trône où il reçoit l'hommage ordinaire des cardinaux, des évéques et des autres. Quand enfin tout le cortège est rangea sa place, un maître des cérémonies conduit au trône le cardinal procureur, avant à sa gauche unavocatconsistorialqui,les genoux en terre, prie en ces termes sa sainteté, au nom du dit cardinal , d'inscrire au catalogue des saints les sujets qui doivent être canonisés. I.e liès- / iir'niul cardinal N., ici présent, prie instam-

m' ut [instanter] noirs suinte!/ d'inscrire au n-, mil, det tainti dt / ■> < h, {si aie . V. N. i ■■ secrétaire «les breis répond au nom d< sainteté que la matière étant d'une extrême Importance, il convient avant tout d'implorer arec ferveur le trône de la grîce divine, d implorer aussi l'intercession de la sainte M i de Dieu, des saints apôtres <t des autres samis. Le cardinal alors retourni i sa pis et le pape, descendant de son lrôn<

nouille au [lieds du trône, tandis que deux

membres du chœur chantent lésinâmes des saints, et le reste du chci'ur leur re; ond. Puis tons se lèvent et reprennent leurs i lis

pape moule sur sou trône. Le cardinal procureur revient et l'avocat COnsistOlial H ; la Supplique de la manière suivante : Le trèsn vérend cardinal .Y., etc., pris instaim

plus instamment (instanter et inslanlius) votre sainteté, etc. Le secrétaire des brefs répond dans les mêmes termes que ci-deMUS . ni le pape se met à genoux, tandis que le cardinal assistant de gauche recommande a tonte l'assemblée de prier de nouveau , par le mot Orale; et tous, tombant a genoux, prient en silence jusqu'à ce que le cardinal assistant de droite leur dise de se relever, par le mot Levate. Alors, tous étant debout, le pape entonne le V eni Creator ; puiss'agenouillant de nouveau jusqu'à la (in de la première strophe, il se lève cl reste debout jusqu'à ce que l'hymne soit terminée. Ensuite l'oraison est chantée par le pape, qui après cela remonte sur son trône. Alors, pour la troisième fois, le cardinal revient et l'avocat consistorial répète la supplique en termes encore plus forts : Saint Père, le très-révérend cardinal A. di mande instamment, plus instamment, et très-instamment, (instanter, instantius, instanlissime) etc. Le secrétaire celle fois répond que sa sainteté, étant persuadée que Dieu approuve la demande, est cnlin résolue à prononcer la sentence définitive, laquelle, en vertu du pouvoir suprême qui lui est donné . elle exprime eu ces termes : EnVhonneur de la sainte et indivisible Trinité' pour l'exultation de la foi catholique et la propagation du catholicisme, de l'autorité de Xotre-Sci'/neur Jésus— Christ , des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de la nôtre ; après une mûre délibération, après avoir imploré plusii tus fois le secours divin et avoir consulté nos vénérables frères, lis cardinaux de la sainte l-'.ijlise romaine , les patriarches et archevêques résidant in cette ville , nous déclarons que les bienheureux .Y. .V. sont saints, et nous les inscrivons au catalogue des saints, d nous enjoignons èi l'Eglise universelle d'honorer dévotement leur mémoire chaque année au jour de leur naissance, c'est-à-dire le 9ie*lieureux X., le jour de ... Au nom du y Père, et duy Fils, cl du Saint- y Esprit. Ainsi soit-it. Aiisvjiùl que le vicaire de Jesus-Uirist sur la terre a rendu celle décision solennelle, l'avocat consistori.il déclare qu'elle est acceptée par le cardinal procureur, et. rendant grâces au pontife, il prie sa sainteté d'ordonner que les lettres apostoliques soient SX| (liées. A quoi le pape répond d'un seul mol, Dectmimur, nous décrétons. Le cardinal

INTRODUCTION

curcur, montant les degrés du trône, baise la main el le genou du pape; puis l'avocat consislorial , se tournant vers les protonolaires apostoliques, les invite à dresser un ou plusieurs procès-verbaux de l'acte solennel de canonisation; le plus ancien prolonotaire lui répond :C onficiemus, nous le ferons, et, se tournant ensuite vers ceux qui environnent le trône du pape, il les in vile à rendre témoignage, par ces mots, Vobis testibus. Le pape, debout, entonne le Te Ucum, qui est chanté par le chœur pontifical. Au même moment, le son des trompettes et des cloches de la basilique annonce à toute la ville celte joyeuse nouvelle, qui est répétée par le bruit des tambours , par les décharges d'artillerie du château et le son des cloches de toutes les églises de Rome, qui continuent de sonner pendant l'espace d'une heure.

Le premier qui invoque les nouveaux canonisés par le litre de saints est le cardinaldiacre, assistant de droite du pontife. En effet, à la (in du Te Deum il chante : Orale pro nobis S. S. N.N. Le chœurrépond, et le pape chante l'oraison. Le cardinal-diacre, qui doit chanter l'Evangile à la messe, s'avance à la gauche du pontife el récite le C on fil cor , ayant soin d'ajouter après l'invocation des saints apôtres les noms des nouveaux saints. Cela fait, l'auditeur de rôle, qui remplit l'office de sousdiacre, s'avance devant le trône avec la croix, et le pape lui donne sa bénédiction , ayant soin d'ajouter dans l'oraison Precibus etmel'itis beatœ Maria; semper virginis, etc. , après les noms de saint Pierre et de saint Paul, ceux des sainls nouvellement canonisés. Ici, strictement parlant, finit la cérémonie. La grand'messe qui suit n'en fait pas une partie essentielle , et il n'est pas nécessaire qu'elle soit chantée par le pontife; les seuls points en quoi elle diffère des autres grandes messes papales, c'esl que l'on ajoute la collecte des nouveaux saints à celle du jour, et que le pape, après que l'Evangile a été chanté en grec el en latin , lait une homélie et accorde une indulgence plénière à tous ceux qui sont présents à cette cérémonie, cl une indulgence de sept ans et de sept quarantaines à tous ceux qui visiteront les châsses des sainls au jour de leur fêle dans l'année. La dernière circonstance à remarquer est l'offrande qui se fait à l'offertoire, ou immédiatement après la canonisation si le pape ne doit pas célébrer lui-même la grand'mcsse. Celle offrande consiste en cierges de cire, en pains el petits barils de vin; en tourterelles, pigeons et oiseaux d'autres espèces. Ils sont présentés par le cardinal-procureur et le cardinal delà congrégation des rites , de la part des poslul.ileurs , qui sont au nombre de trois dans chaque cause : à savoir, un cardinal-évèque, in cardinal-prêtre el un cardinal-diacre de la ditecongrégalion; et, à défaut d'un nombre «le cardinaux-évèques égal à celui des saints, par des cardinaux-prêtres, à leur place ; ou, si la congrégation ne peut fournir le nombre requis, on le complète, en prenant parmi les plus anciens cardinaux du sacré collège. Les offrandes, qui sont présentées avec grande

solennité et cérémonie, se composent, pour chaque saint, ainsi qu'il suit : deux énormes cierges de cire, pesant chacun quarante-cinq livres el magnifiquement ornés avec l'effigie du saint, sont portés par deux personnes de la suite du cardinal-évêque, qui marche après elles. Un cierge plus pelit et une cage renfermant deux pigeons sont portés par le postulateur de la cause et un autre membre de l'ordre auquel le saint appartenait, ou de la communauté qui a mis la cause en jeu. Deux pains , l'un doré el l'autre argenté , sur lesquels sont empreintes les armes du pontife, sont portés sur deux plats de bois argenté. Suivent ensuite le cardinal-prâlre et deux autres religieux ou séculiers , selon l'ordre auquel le saint appartenait, portant un petit cierge et une cage renfermant deux tourterelles ; après eux vient le cardinal-diacre, et devant lui sont portés deux barils de vin, l'un doré, l'autre argenté; et enfin deux autres religieux et séculiers avec un cierge et une cage renfermant des oiseaux de diverses espèces. Le cardinal-évêque présente les gros cierges, le cardinal-procureur les petits, le cardinal-prêtre le pain , le cardinal-diacre le vin, et enfin le cardinal-procureur les différentes espèces d'oiseaux , et tous baisent la main du pape. On observe le même ordre et les mêmes cérémonies en présentant les offrandes des autres sainls; et quand tout est fini , le pape continue la messe. La messe achevée , le pontife se place dans sa chaise de cérémonie , la tiare en tête , et reçoit du cardinal-archiprêlrc de la basilique une bourse brodée en or, contenant vingt-cinq couronnes : car tel est l'usage toutes les fois que le pape chante la messe.

Les offrandes , qui occupent une part si considérable dans celle intéressante cérémonie, et que nous avons décrites dans un détail qui pourrait paraître ennuyeux et trop minutieux, sont bien dignes d'attention, si nous en considérons le sens et la signification; c'est pourquoi il ne sera pas inutile de dire quelque chose de leur origine et de l'idée qu'il faut y attacher. Caïn, Abel et Noé, obéissant à un instinct naturel, firent à Dieu des offrandes de ce qu'ils possédaient; Dieu lui-même en fit un précepte dans l'ancienne lai. Les premiers chrétiens allaient déposer des offrandes aux pieds des apôtres; cl l'antiquité chrétienne nous apprend que celle coutume se perpétua dans l'Eglise : en sorte que la partie de la messe à laquelle les fidèles étaient dans l'usage d'apporter leurs offrandes à l'autel prit le nom d'offertoire. Pour éviter la confusion , un capitulairc de Charlemagne ordonna que ces dons fussent offerts et présentés en dehors des degrés du sanctuaire; el dans la suite, pour éviter d'autres inconvénients encore, on en vint à substituer l'argent aux autres dons. De là la rétribution que reçoit le prêtre pour dire la messe (I). L'ancienne coutume cependant ne cessa pas entièrement; car les auteurs parlent d'of-

(I) Vide MorcUi, De ritu dandi prabyterium, Paw i,

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DEMONSTRATION f\ ANGÉLIQUE.

fraudes de ce genre présentées an M| Pâques, ou à d'autres fêtes, loraquil célébrait dans ifs grandei églises , aui églises de station eï aux ordinations. Aujourd'hui même, il eil encore d'usage d'offrir des cierges, ;mx ordinations; et du pain et dn fin, au sacre des évoques. Les offrandes que bous avons assignées comme particulières à la cérémonie de la canonisation sont de trèsbaute antiquité, et plusieurs auteurs en expliquent le sens mystique à peu près dans les mêmes termes que nous. I.a coutume de se servir de cire et de l'orner est Irès-ancienne dans l'Eglise, ainsi que le prouve l!aronius; qu'il lût d'usage de brûler de la cire devant les lombes des martyrs , en Bigne d'hommage et de respect , c'est ce qu'atteste S. Jérôme. Suivant quelques écrivains, «est un emblème de l 'humanité de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ (1), et l'on peut considérer le cierge pascal comme un type de notre divin Sauveur ressuscité , et conversant pendant quarante jours avec ses disciples (2). Jésus- Christ lui-même appelait ses apôtres lu lumière du monde [Matth. V); et S. Jean-Baptiste, une lampe ardente et luisante. Dans la cérémonie de la canonisation, les cierges peuvent non improprement désigner la joie qu'il ressent en présentant ces nouvelles lumières à l'admiration et à l'instruction du genre humain. La cire vierge est un symbole de leur innocence sans tache, la flamme ardente un symbole du feu sacré de la charité. Enfin , elle représente la vigilance avec laquelle, comme les vierges sages , tenant leurs lampes allumées dans leurs mains, ils attendaient l'arrivée de l'époux céleste.

Les premiers chrétiens offraient le pain pour le sacrifice et pour l'usage des prêtres, Le pain est le soutien de la vie : c'était en reconnaissance de ce don précieux du Sei-

(1) Amalar. ne Eccles. Oflic , lib. 1, cap. 18. (-2) De festin, lib. I, c 8, n. 55.

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gneur, si ion en croit certains auteurs, que les pains de proposition étaient conservés dans le tabernacle chei le- Juifs. L'offrande de Melchisédecfa était nn témoignage de re connaissance pour une victoire. Ira osésne, dans le cas présent , on peut le regarder romme nn témoignage du reconnaissance qne l'Eglise offre a Dieu pour le remercier

du don qu'il lui fait de tant de nouveaux bé*

ro>, prolecteurs el modèles. On arrosait de vin les rictimes : levin se trouva joint au pain dans le sacrifice de Melchisédech , et il y est joint également dans le divin sacrifice figuré |)ir celui de Melcbisédech. La colombe

est le messager de la paîi : \<\ elle ; nue

la paix des bienheureux. La colomb l'emblème aussi de l'Esprit saint; la simplicilé de la colombe était le genre de carat 1ère auquel les apôtres devaient aspirer. L'Eglise, d;:ns le Cantique des Cantiques, est représentée sous la figure d'une colombe. Enfin la colombe est l'emblème d'une âme contemplative ; elle est également un très-parfait

symbole de la solitude religieuse. Les fiscaux de diverses espèces tiennent tous les ailes étendues et prennent tous !< ur essor en haut, comme une âme qui aspire \ers le ciel. En un mot, ces figures matérielles sont des emblèmes mystiques par lesquels l'Eglise désir' nous donner une idée et un sentiment de mystères sublimes. Elles présentent à notre imitation les vertus de- saints. Ecrions-nous donc avec notre vénérable Hèdc : Ce sont 1rs traces, les vestiges que. I<s suints, en r> nunt à notre commune patrie, nous ont lais<< s pour 7ious servir de (/aides, afin que, I tant avec soin il sans nous en écarter. ROMS /missions arriver au souverain bonheur (Serm. XY11I, de Sanclis).

(Celte notice sur le cérémonial de la canonisation est un abrégé du traite publié à Home sur ce sujet par Amici, et reimprimé dernièrement.;

S. ALPHONSE DE LIGUORI

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