II
ÎMinoro el son dérivé minora/ to sont entièrement restreints «niv parties anciennes • 1 < - la Vulgate, dans lesquelles on les rencontre fréquemment : le verbe, par exemple, IN. I.WWIIl, 'iii; Ecclés., XXXI, W); XI. I, 3; Il Mac, XIII, 1!); Il Cor., VIII. 15; Bébr., II, '.), et souvent ailleurs; le nom, Ecclés., XX , 11 ; XXXIX, 23; XL, 27 Ces mois ne se trouvent que dans les écrivains africains. Le verbe est souvent employé par Tertnllien: a Périt anima si minoratur.»(De anima, c. 43.) « A quo et minoratu» canitur in Psalmo modicum (|uid citra angelos. » [Adv. Prax., e. 7, répété dans le livre De Cor. mil., c. 14.) Pour le nom, je ne l'ai lu que dans Ferrandus Carlhaginiensis, qui s'exprime ainsi : « /Equalitas quippe ejus secundum divinitatem non accepit initium , minoratio secundum carnem accepit initium. » (Script, vit., ubi sup., p. 172). Tertullien se sert aussi du verbe diminoro (de Anima, c. 33; Adv. Prax., c. 15, où minoro se trouve répété).
Lév. XX, 20, l'ancienne version porte : « Non accédai ad minisleriumDei si fuerit... ponderosus,» mot auquel saint Jérôme a substitué herniosus. Le seul passage probablement où cet adjectif soit pris dans le même sens en est un d'Arnobe (Lib. VII, ;;. 2i0) : « Ingentium herniarum magnitudine ponderosi. »
Une expression souvent employée dans l'ancienne Vulgatc , et adoptée une seule fois par saint Jérôme (Zach., XIII, 7), mérite d'être ici remarquée, à cause de la signification particulière qu'elle y a. C'est framea dans le sens de glaive ou e'pée, qu'elle a toujours dans la Vulgate , comme Ps. IX, 7; XVI, 7; XXI, 21; IV Esd.,XllI, 9, etc. Tacite nous apprend l'origine de ce mot : « Ifaslas , vel ipsorum vocabulo frameas gerunt , angusto et brevi ferro , sed ita acri et ad usum belli habili , ut eodem telo , prout ratio poscit.velcominusue/ eminus pugnent. » [De mor. Germ., c. 6. ) Wachter le fait dériver de l'ancien mot teutonique f rumen , lancer, jeter (Glossar.Germ. Lips., 1737,/. I, p. 471). Mais saint Augustin (Ep. CL, t. II , p. 437; Cf. t.V,p. 1259) dit expressément que ce mot signifie épée ; et nous fournit ainsi un témoignage africain en faveur du sens qu'il a dans la Vulgate , quoique directement opposé à la signification qui lui est donnée dans les classiques.
lmproperium est un terme qui revient souvent dans notre version, et qui , comme son verbe impropero est restreint aux parties restées de l'ancienne. Il est douteux s'il existe quelquetémoignageclassiquccn faveur du verbe; il n'y en a certainement pas en faveur du nom. On trouve le verbe dans quelques éditions de Plaute (Rud., act. III, se. IV, kS), mais peutêtre lirait-on mieux opprobras. On les trouve l'un et l'autre dans quelques sermons ariens publiés par monseigneur Mai, que je regarde indubitablement comme d'origine africaine :
DÉMONS nui ION ï.\ \m.i 1.1. 1 1
\ 00 aliquo saper eo improperiurn aertpi.it Script, èet., p. 21!) : un lit lé rerbe quel-
ques lignes l'ius bas.
Le substantif pateua, comme nom féminin, revient souvent dam l'ancienne Vulgate, ainsi Ps. XXII, 2; l.xxvin, 13; et a même été conservé dans la nouvelle. Cette forme est absolument étrangère ans classi ques, mais on la trouve dans Tertullien : ■ Queilli accuratior pateua est.- Apoloa., e. 22
L'adjectif linguatui se lit au livre de l'Ecclésiastique , VIII, » : \\\ . 27. I( i en. Tertullien est le seul auteur où il se trou Apostolut Athenis irpertus est linguatam ciritatem (de Anima, c. 3).
Je ne sais si je dois mentionner les mots eatvo, talvatof, ealvatio en laveur desquels les plusanciennes autorités qu'on puisse citer sont africaines ; tels que Tertullien (Adv. Marc. , lib. III, c. 18], Laclance, Viclorin (Script, vet., p. 2V et alibi) , qui emploie le substantif salvatio. Ces mots sont essentiellement chrétiens; ce qui a fait dire à saint Augustin : « Salvare et salvator non fuerunl I latina , antequam veniret Salvator, quando ad Lalinos venit , et haec latina fecit.» (Serm. CCXC1X., sec. G, l. V , p. 1213. ) En effet Cicéron dit que le mot grec **r4f «lalino uno verbo exprimi non potest.» (/« Ver. U, cap. 63.)
Evacuare est souvent employé dans le Nouveau Testament pour le grec Mcoyyte, rendre inutile, détruire, etc. , I Cor., XIII, 8 , 10; XV, 24; Gai., V, 11, et souvent ailleurs. Parfois il correspond au verbe mim, détruire, comme I Cor., I, 17. Tertullien, citant le verset 13 du ch. VI de la 1" Ep. aux Corintbiens, dit : « Deus autem et bunc et hanc evacuabit (Ep. deCibis jud., post. med.); » on y lit maintenant destruet. Cette même expression se trouve aussi dans les anciennes éditions de ce Père, < Hanc evacuationem et subjectionem besliarum pollicetur ; » (Adv. Marc, lib. IV, c. 24 , al. 40.) Il vient de citer Isaïe, XXVII, 1 , et par conséquent il veut dire mort ou destruction. Je pense avoir rencontré un plus grand nombre de fois ces expressions dans Tertullien, mais je ne pou v retrouver les endroits. Vacuus est souvent employé par lui dans le sens de non substantif , non solide ; comme phantasmares vucu<i (Ibid., c. 20); il est employé de même par Arnobe, periculum cassum et racuum ,Lib. H , p. 44). Dans le premier passage de Tertullien , Rigault (cela est important à ajouter) lit eroyalioncm au lieu de (vacuntionem.
Le mot intentntor (Jacq., I, 13) est excès- . sivement dur , et il est impossible de lui • trouver aucun terme équivalent de cette forme dans les écrivains les moins polis. Cependant on ne saurait s'empêcher d'être Erappédugrand nombre de composes étranges formes avec la négation in . qu'on rencontre dans chaque page de Tertullien et des écrivains de cette école. Ainsi nous y lisons imbonitas (ad Martyr., c. 3); immisrricor<lia [de Spect., c. 20j ; incriminalio (de Rcsur.
LETTUE H AU CATIIOLIC MAGAZINE.
carn., c. 28) ; ingrutia (De Pœnit., 1,2); msuavitas [Ibid., c. 10) , qui se trouve aussi dans Aulu-Gelle [Lib. I, c. 21, p. 107; «mpreescientia (Adv. Marc, lib. II , c. 7) , iY/audandtts (lbid., lib. III, c. 6) ; inviluperabilis (Lib. II , c. 10 ; IV, 1) ; incontradicibilis (Lib. IV, 59); ininventibilis , ininvestigabilis (Adv. IJermog, c. 45); innascibilis (De Prœscript., c. 4-9) ; incontemplibilis (Apol., c. 45) ; iM'&en's (4rf«. Marc, lib. IV , c. 34) ; inleslis (De Pallio, c. 3, suivant la leçon de Saumaise); ce mot se trouve aussi dans Arnobe (\Lib. V, p. 1G0) ; investis (Ad Ux., lib. II , c, 9) ; incommunis (de PalL, c. 3) ; inunitus (Adv. Valent., c 29) se lit aussi dans Apulée; inemeribiiis(De Resur. , c. 18). On trouve encore dans Lactance , illibabilis (Lib. II, c. 2); et dans Arnobe, inconliguus (Lib. I , p. 7) , et autres mots particuliers de la même forme. Cette forme plaît aussi singulièrement à Aulu-Gelle, comme on peut le voir par le catalogue, tout imparfait qu'il est, des expressions qui lui sont particulières, qu'en a donné Fabricius dans son travail sur Ccnsorin, (Biblioth. lut.; Lips.,l"nk, t. III, p. 77). Apulée aussi, écrivain africain , et dont le langage est souvent conforme à celui de Tertullien, emploie fréquemmenteette forme. En effet il y a dans Apulée une phrase qui approche beaucoup de celle de la Vulgale , « lïcusintentator malorumest; » c'est quand il appelle Dieu « raalorum improbator. » (De Deo Socr. Lugd. Bat., 1823, t. II, p. 156.) Cette expression improbator se trouve également dans Tertullien (de Patient., c. 5).
Maintenant je vais citer quelques exemples de constructions grammaticales qui semblent dénoter une origine africaine.
Le verbe dominor est presque toujours construit avec le génitif; ainsi, par exemple , Ps. X, 5 ; XXI , 29 ; Luc, XXII , 25 , etc. ; et il a passé ainsi même dans la nouvelle Vu'gate. Or cette construction , autant que je le puis savoir, ne se trouve que dans les écrivains africains. On lit dans Tertullien : « Nunquam dominaturi ejus , si Deo non deliquisset. » (ApoL, c. 26).
Au Ps. XXXVI, 1, on trouve zelare avec l'accusatif: il en est de même, Ecclés., IX , 1, 16; et ailleurs encore. Saint Jérôme s'est servi de celte forme deux fois, quoiqu'il dise généralement zelatus sum pro. Cette construction également est particulière aux auteurs africains. Ainsi l'auteur du poème contre Marcion , que ce soit Tertullien ou saint Cyprien, s'exprime en ces termes (Carm.adv. Marc, lib. IV, v. 36, in op. Tertul. Jligalt., p. 636] ,
Qui zelal popuhim summo pietalis amorc.
De même aussi saint Augustin (De Civ. Dei, lib. III, c. 3),« Dii, credo, non zelant conjuges suas. » Et ailleurs, contre Fauste, lib. XXII. c. 79.
L'emploi d'un infinitif actif ou passif après le verbe fario est une forme d'expression dure et incorrecte; ainsi, Matin., IV, 19, Faciamvos fini piscatores hominum ; Art., VIII, 45, Figuras guas fecistis adorarc. Celte DÉHONST. L'vwr;. XVI.
construction se voit rarement chez les classiques , si ce n'est que facio ne soit employé dans le sens de s'imaginer ou supposer , comme dans Cicéron (De Nat. Deor. , lib. I , c. 8), Plato construi a Deo algue œdificaii mundum facit. Arnobe cependant emploie souvent cette forme vicieuse , comme fecit oppidum claudi (Lib. V, p. 159, fecit sumere habitum priorem (Ibid., p. 174).
Saint Jean, XIX, 10 : Potestalem habeo crucifigere te, et potestatem habeo dimitterr te. Les poètes, il est vrai, mettent l'infinilil après potestas, comme Lucain (Phars. lib. II , 40) :
Nunc (1ère poleslas Quum pendet furtuna ducurn.
El Stace (Theb., lib. IV, 249) :
Neque enim li:cc juveni foret ire polestas.
Mais ces tours poétiques ne sont pas à comparer aux expressions citées de la Vulgate , puisque les verbes n'y sont pas pris activement après le mot potestas, qui devient alors, en quelque manière , équivalent à l'impersonnel licet. Victorin cependant, cet auteur africain que j'ai déjà cité , emploie l'expression potestas dure vivere (Apud Mgr. Mai, prœf. ad Script, vet., p. 17).
Ps. XLIV, 14, on trouve l'expression ab inlus ; elle se lit également dans un commentaire sur saint Luc , publié par rnonsignor Mai (Ibid. , p. 192) , dont la latinité semble dénoter une origine africaine.
Il se rencontre fréquemment dans l'ancienne version des énallages ou changements dans les temps des verbes. Ainsi l'imparfait du subjonctif est employé pour le plus-que-parfait , comme Act. II , 1 : Cum compter entur dics Pentecostes , pour completi essent ; on pourrait en apporter bien d'autres exemples. Je vais citer une note de Héraldus sur les paroles suivante-; d'Arnobe : « Nunquam rébus ejusmodi credulitalis sua; commodarent assensum. » (Lib. \,p. 33.) Son annotateur s'exprime ainsi : « Afri utuntur ssepissime prœterito inaperfecto pro plusquam perfecto , ut loquuntur grammatici. Exstat hœc «a/).»-//) apud Arnobium et Tertullianum, locis quamplurimis ; qitin el apud antiquos scriplores , ut apud Plaulum non raro. Hinc igitur Augustini célèbre dictum illud : Non crederem Evangclio, nisi me Ecclesiœ cornmoverct auctoritas. Id est non credidissem , lum quum eram manicbœus. Sic hoc loco commodarent pro commodasscnt.)> (Desid. Heraldi Animadv. ad Arnob., I. I, p. 54.)
Je donnerai aussi le jugement porté parce savant critique sur une autre construction qui n'est pas rare dans notre Vulgate, c'est le passage subit d'une phrase indirecte à l'infinitif. Par exemple, Luc. 1 , 72 : « Ad faciendam misericordiam cum palribus nostris, et memorari lestamenli sui sancli. » On lit dans Arnobe [Lib. II, /;. 64) : « Illibatum necesse est permaneat et intaclum , neque ullumscnsum mortiferaîpassionis ussumerc. » Voici les observations que fait son commentateur sur ce passage : « Proba lectio. Nam qui scribendum existimant assumai, plane
[bis.)
D) M0NSTRAT10!S
fallunlnr. His modorum mutalionlbus delectahtur afri scriplores. Infra : Cansana contenu m hupicialiM, non factum ; nec quid re— liqaerimui opponere. • (/&., p. 83.) Je poorraii faire observer que i«' changement de tempi qui existe dans le texte que j'.'ii < ité de la vulgate, est évidemment le résultai «l u goûl particulier du traducteur , et ne pouvait lui die suggéré en aucune manière par l'original, qui conserve la même construction dans tout le passage : iwi#«n è/jw,- /«; ?
ZfJrJr,/r,i,
Il \ en aura peut-être à qui l'examen que je viens de faire à la recherche «le l'origine
de la Vulgate ne paraîtra pas assez étendu pour prouver d'une manière péremptoire qu'elle a été composée en Afrique. Je ferai observer toutefois que CCUX qui ont le mieux écrit sur la langue latine s'accordent à regarder les auteurs africains comme formant une ïamille ou classe à part, distincte des écrivains des autres pays. Ainsi , par exemple , Walchius dit :« Afri propria dicendi ralione latinum sermonem omnino corruperunt , constat id idem de Terlulliano, Cypriano , Arnobio, aliisque (1 ). » Or. je doute qu'on puisse citer autan de points marqués de ressemblance entre deux écrivains africains quelconques , que j'en ai produit pour établir la similitude de mots et de constructions qui existe entre la Vulgate cl Terlullicn , ou Arnobe. Que si on allègue que la classification de ces écrivains a été suggérée plus par le caractère général de leur style et la rudesse de leur diction que par des rapprochements bien marqués de la phraséologie, je répondrai que la ressemblance de style , par exemple, entre Arnobe et saint Cyprien . n'est en aucune manière assez tranchée pour autoriser à les associer ainsi ensemble dans la même classe; et même que , sous ce rapport, la Vulgate, considérée comme une simple traduction, peut très-bien entrer dans cette même catégorie. Pour moi, celte investigation m'a pleinement convaincu que la version en question a été faite en Afrique , et que Tertullien est l'auteur qui touche de plus près à l'époque et au lieu de l'origine. Dans la discussion précédenle j'ai démontré â mes lecteurs, par la preuve la plus décisive, que j'ai rappelée aussi dans ma première lettre, que la version en usage dans "Eglise d'Occident était originairement une, quoique modifiée dans le cours des âges. Car dans les citations de tous les Pères , soit italiens, soit des Gaules ou de l'Espagne, nous retrouvons les mots extraordinaires et inusités que nous avons signalés. Si chaque Eglise se fût servie d'une version différente, et, ce qui est plus encore, si tous ceux qui se croyaient en état de le faire, avaient pris sur eux de traduire eux-mêmes l'Ecriture, est-il croyable, bien plus, est-il possible que tous, quels que fussent leur pairie, leurs talents ou leur éducation, eussent employé les mêmes termes, adopté les mêmes formes, et des ter-
(l) Joamiis Georgii Walchii bistorii crilici latins lin-
gua\ Ed. nova. Lips., 172!», p. 188.
I \ \M,I I IQl I.
nu s , t des formes tout a fait Inusitée, qu'on ne trouve que dans les écrivains d une seule province, quelque*— uns même dans mil autre écrivain que dans ces différentes rei
sions ? peut-on croire, par exemple, que les \crbcs glorifiée, tlarifico, foJviflco.magnijUo, justiflco, m <>r ii /<> o.y ii i/teo,auraient été inventés ou adoptés par divers auteurs qui eussent traduit indépendamment les uns des .min s. quand on considère qu'on ne les troui e dans aucun auteur italien antérieurement â l'époque où la Vulgate devint d'un usage général? Pourquoi u'j a-i-il pas un si | ré-
tendus innombrables traducteurs qni dise ftutum reddere, citant dure, ou emploie tonte autre phrase du même genre? Il n'\ a, selon moi, qu'une solution à donnera cette question, c'esl de supposer que la version dont il s'agit a ele l'ouvre d un seul homme ou même de plusieurs, mais du même pavsetdu même temps, qui lui ont donné cette uniformité de caractère et de couleur qu'elle conserve dans tous les fragments que nous en avon-.
.Mais je crains d'avoir été déjà trop long : car je sens qu'il me faut ramener mon lecteur au point d'où nous sommes partis pour entamer cet examen digressif. J'ai cherché à réduire la question de l'autorité des Pères latins en faveur du vers. 7 du chap. I, de la première Epître de saint Jean, à une des versions de l'Ecrilure : ceci m'a conduit à rechercher l'origine de la Vulgate, et comme c'esl un point qui jusqu'ici n'avait pas encore élé traité, quoique d'une importance extrême pour l'intérêt gênerai de la critique biblique, je lui ai donné une étendue qui convient mieux à un traité séparé qu'à une digression. Le résultat est que l'Afrique est le pays natal de la Yulgalc, et que par conséquent la version africaine est la reproduction de son type le plus ancien, et de beaucoup supérieure en fait d'autorité à celle d'Italie. D'après cela nous avons la certitude que le verset existait dans la première traduction, et que s'il ne se trouve pas dans les Pères italiens, c'est qu'il avait disparu dans la version dont ils se servaient; ce qui nous conduit à conclure que les manuscrits qui avaient servi à faire celle version contenaient ce verset, et que ces manuscrits étaient nécessairement d'une plus grande antiquité que tous ceux qu il nous est maintenant possible de voir.
Mais puisque nous avons eu si souvent à recourir à Tertullien, je ferai observer une chose qui m'a frappé, c'est qu'on n'a pas interprète dans son véritable sens le passage de ce Père qu'on cite communément comme avant rapport à notre texte (\dr. Prax.. cap. 25). 11 me semble que pour senlir toute la force de son expression, il faut lire quelques lignes de plus, jusqu'à ce qu'on soit arrivé aux paroles suivantes : NametSpirihu tubttantia est Sermonù , et Senne operatio Spirilui, et duo unum sunt. Ici certainement Tertullien ne fait pas allusion au passage qu'il a déjà discuté si au long : h' go et FtUer MMMl s ii mua : car on ne prouvera jamais par là que le Fils et le Saint-Esprit ne font qu'un
seul Dieu. Cependant il paraît avoir en vue un texte d'égale force, où il est parlé du Verbe et de V Esprit comme ne faisant qu'un ; et ce texlene saurait être autre que celui que, dans le passage communément cité, il avait déjà comparé avec celui qui a rapport au Père et au Fils. Il dit : Duo union sunt, parce que son raisonnement alors ne demandait pas qu'il reproduisît tout le texte; et qu'il ne voulait qu'y faire allusion , et non le citer en entier. Mais hâtons-nous de conclure.
Je n'avais promis que de rendre compte de quelques manuscrits dans lesquels se trouve contenu le verset contesté de la première Epître de saint Jean; et alors j'avais principalement en vue les deux manuscrits latins dont il a été question dans ma première lettre. J'ai cependant essayé de rattacher l'autorité privée d'un de mes témoins à la masse générale de témoignages qui militent en faveur de ma cause, et j'espère avoir démontré qu'il est d'un plus grand poids que le volume particulier qui le représente ne paraîtrait l'annoncer. J'ai tenté, parce moyen, d'établir la certitude des raisons qui nous sont favorables sur une base à laquelle les critiques attachent plus d'autorité qu'à des témoignages épars ; et j'ai combattu certaines objections, tirées du silence de saint Augustin, qu'on a coutume de reproduire contre nous d'un ton de triomphe. Je demanderai encore cependant à mes lecteurs quelques instants, pouradresserquelques observations sur les manuscrits grecs, où l'on dit que ce verset se trouve.
Dans la préface à la seconde édition d'une lettre à M. J . Baillie par l'évéque de Salis- Iiury, dont je puis d'autant mieux invoquer le témoignage, qu'elle m'a été adressée dans une forme particulière par sa seigneurie , il est fait mention de l'existence certaine d'un manuscrit, vu autrefois à Venise, dans lequel le verset est contenu. Il est attesté par Harenberg, dans la Bibliotheca Bremensis {Biblioth. Brem. nova. Brem., 1762; class. II, p. 428), qu'un précieux manuscrit grec, autoritatis non modicœ codicem grœcum , a été montré par un Grec au père Antoine, à Venise. Ce fait est singulièrement confirmé par un renvoi qui se trouve à la marge d'un des canonici mss. de la bibliothèque Bodl. Une circonstance plus extraordinaire encore, c'est un troisième renvoi que j'ai découvert ici à un manuscrit grec existant à Venise. Je me suis empressé de communiquer brièvement cette découverte à sa seigneurie, qui a donné un extrait de ma lettre dans un appendix sur sir Isaac Newtons suppression ofhis Dissertation on Moan,V ,7 , etc., qu'elle a eu la bonté de nie faire parvenir dans une feuille détachée. Je vais néanmoins exposer plus au long la nature de ce renvoi. Dans la bibliothèque d'Angelo , appartenant aux pères augustins «le cette cité, et ainsi appelée en mémoire de son fondateur le père Angelo Rocca, on conserve l'exemplaire de la Bible qui fut à son usage dans le temps qu'il était secrétaire de la congrégation chargée par Clément VII de la correction du texte de la Vulgatc. Il esl
de l'édition romaine de 1592, la seconde de Sixte V. En tête du volume sont inscrites les minutes des actes de la congrégation ; et à la marge sont notés les passages que le secrétaire désirait soumettre à la discussion, avec un exposé brief des arguments sur lesquels il se fondait pour rejeter, retenir ou changer chacun d'eux. Voici l'annotation qu'on lit à la marge, touchant le texte de saint Jean (p. 1114), et qui est écrite avec un grand nombre d'abréviations : Hœc verba sunt certissime de textu, et allegantur contra hœreticos ab Athanasio, Gregorio Nazianzeno, Cyrillo et Cypriano , et Hieronymus in prologo dicit ab infidelibus scriptoribus fuisse prœtermissa. In grœco etiam quodam antiquissimo exemplair quod habelur Venetiis leguntur ; unde colligitur grœca, quœ passim feruntur, inhac parte esse mendosa, et omnia latina manuscripta, in quibus non habentur illa verba signata. Ce témoignage, confirmé comme il l'est par les deux déjà cités, doit être regardé comme de grand poids ; l'occasion aussi dans laquelle il est donné le rend encore plus digne de fixer notre attention.
J'ai maintenant à parler de l'exislcnce prétendue de deux manuscrits contenant ce verset vers lesquels je désire attirer l'attention des critiques et des voyageurs. J'ai souvent entendu dire à un savant très-célèbre dans le monde littéraire, comme très-versé dans la littérature grecque et orientale, qu'il avait vu en Orient des manuscrits où le verset se trouve- 11 avait en effet parcouru une grande partie de la Grèce dans le dessein formel de consulter des manuscrits du Nouveau Testament, à l'occasion d'une version latine qu'il en a publiée dans la suite. Empressé de recueillir avec plus d'exactitude les renseignements qu'il avait à donner sur ce sujet, je lui ai demandé plus particulièrement de me faire connaître ce qu'il avait vu à cet égard. J'ai pris note de ses observations dans une conversation de quelques minutes que j'ai eue avec lui ; et comme il s'est écoulé plus d'un an depuis, je me contenterai de vous transcrire ici ce que j'en ai appris.
« Il dit avoir vu plusieurs manuscrits où ce verset a été effacé, et deux où il est écrit prima manu, à la marge. L'un était à Nicosie dans l'île de Chypre, en possession d'un Grec, homme de grand talent, qu'il me dit être commerçant. Il était écrit en lettres onciales ; à la marge se trouvait le verset, écrit de la même main, quoique en plus petits caractères, avec une note indiquant qu'il fait partie du texte. D'après ses manières et son caractère je ne pouvais avoir aucune raison de douter qu'il ne fût parfaitement sincère dans ses paroles. » Je n'ajouterai point de commentaire sur ce témoignage ; peut-être quelque voyageur sera-t-il à même de le vérifier.
Il est encore plusieurs autres points que j'aurais été bien aise de loucher, spécialement l'objection qu'on tire du concile de Trente contre la libre discussion de ce point de controverse. Quelques écrivains ont envisagé ce sujet sous un faux point de vue; cl il serait
DÉMONSTRATION I I INGÉLIOJ I . 301
ile <!.' les réfuter par lei actes mêmes des sol excède déjà lonte mesura, je m'abstiens
diverses congrégations chargées de corriger n'entrer plus arant dans cette importante
cte de la \ ulgate. Dans une de ces con- discussion, je ne saurais m'em pécher «le pré-
• liions les raisons alléguées pour rejeter munir mon lecteur c >ntre 1rs (aussi s
le v. 7 du ch. V de la première Ep. de saint quences auxquelles semble conduire l'ou-
Jean semblent avoir été sérieusement prises rrage d'un savant catholique, savoir que le
•n considération. Dans 1,1 Bible qui servit é décret do concile de Trente cl la certitude
me i ces congrégations, et <,ui se trouve critique sont en opposition directe. Il fait ob-
injourd'hui à la bibliothèque des PP. barna- server qu'ici celui qui tel m communion avec
ps, on voit la note suivante écrite à la le tiége de Rome te place tur an toi plut éle-
l'- vi... Ceux donc qui, <t'u<t m communion avec
in gre. end. v..;i. et ,r *iégodeRome,rejett$nt aujourd'hui leva
al grs. codd. necnbn ei tombent dont Vanalkème du concile Bores
in o^uibim lalinis non habentur bibl., Lond., 1817. Appendix, p. 383 Lei
Derba Tirgula Bl8"ata- ponsesà cette objection manquent
Los lettres imprimées en italique ont été et d'intérêt, et cependant la dissertation dans
ippléées, parce qu'elles avaient été coupées son ensemble tend à prouver que, à s'en te—
relianl le volume. .Mais il ne lardera pas niraux principes de critique, il Tant rejeter
sortir de la plume de mon Bavant ami, le le verset. Une pareille opposition assuré-
P. Ungarelli, une notice précieuse el intéres- ment n'existe pas et ne saurait exister ici. ante sur les corrections de la Vulgate, pres-
enlièrement tirées de sources inédites. Jai l'honneur d'être, etc. traité servira à réformer un grand nom-
ire d'erreurs sur ce point. .Mais, tandis que "• ISBUAH.
pour ne pas prolonger davantage une lettre Collège anglais, Borne, 27 mars : -