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Il naquit le jour de la fête de S. Côme et de S. Damien , en l'an 1696 , à Marianella , prèsdeNaples,etreçutàson bapléme les noms de AlphonseMarie,lêjour de Saint-Michel suivant. Peu de jours après, le vénérable saint François de Girolarao, dont nous décrirons plus "tard les vertus , étant venu chez son père, bénit l'enfant; puis, se tournant vers la mère, il dit : Cet enfant vivra jusqu'à un âge fort avancé; il ne mourra pas avant sa quatrevingt-dixième année ; il sera évéque et fera de grandes choses pour Jésus-Christ. Nous verrons bientôt comment l'événement justifia celte prédiction. 11 fut instruit par son excellente mère dans la pratique de la vertu et la connaissance de la loi divine; et par son obéissance, sa docilité et sa piété, il correspondit parfaitement à ses plus ardents désirs. Parmi ses compagnons il était affectueux et modeste, et plein de respect et de soumission pour ses aînés. Il s'appliqua avec tant d'ardeur à l'étude de la loi canonique et civile, à la profession de laquelle son père le destinait, et il fit des progrès si étonnants, qu'il eut besoin d'une dispense de trois ans et quelques mois pour pouvoir passer son examen pour le grade de docteur dans ces deux facultés : n'étant encore que dans sa seizième année (1713). L'élude de ces sciences ne diminua en rien sa dévotion, surtout envers Noire-Seigneur présent dans l'eucharistie, et la Vierge sa mère; chaque jour il visitait l'église où se faisait l'office des Quarante heures, durant lequel le saint sacrement est exposé, avec une grande pompe, à la vénération des fidèles. Dans ces occasions, il se faisait remarquer par sa régulière assiduité , par son recueillement et sa ferveur, et tenait ses yeux constamment fixés sur l'objet de son amour. Trois ecclésiastiques qui avaient coutume de fréquenter les mômes églises se sentirent épris d'une sainte envie d'imiter la piété rare du jeune chevalier, dont ils cherchèrent longtemps en vain à découvrir le nom. Il contracta également l'habitude de visiter l'hôpital des incurables, envers lesquels il remplissait tous les devoirs de charilé que réclamaient leurs besoins , avec tant d'affection et de bonté, qu'il était aisé de voir qu'en leurs personnes il honorait Jésus-Christ lui-même comme présent.
11 évitait soigneusement la compagnie des personnes de sexe différent, et fuyait tout ce qui aurait pu porter atteinte à l'innocence virginale de son âme; jamais , à moins que son père ne l'y forçât, il ne visitait le théâtre ou les autres lieux d'amusement, quoiqu'il prît beaucoup de plaisir à passer la soirée dans la société de quelques hommes de science qui se réunissaient chez un de ses amis. Son exemple eut une si puissante influence sur un esclave qu'il avait pour domestique, qu'il résolut à tout prix de se faire chrétien , cl mourut quelque temps après dans les sentiments d'une piélé extraordinaire.
Alphonse embrassa la profession des lois, et s'éleva en ppu de temps à un si haut degré de réputation, qu'on lui confiait, de toutes
VIE DE S. ALPHONSE DE LIGUORI
les parties du royaume, les causes les plus difficiles et les plus compliquées; mais il ne souffrit jamais que son zèle pour ses clients ou sa diligence dans la poursuite des affaires le fissent dévier de la plus stricte justice ou de la pratique de la vertu la plus exemplaire. Il entendait la messe tous les matins avant de se rendre à la cour, et observait ponctuellement tous les jeûnes et autres préceptes de l'Eglise ; il approchait des sacrements tousles huit jours, etne manquait pas, chaque année , par une retraite spirituelle, de réparer les fautes des douze mois passés et de renouveler la ferveur de ses bonnes résolutions.
La faveur avec laquelle l'empereur Charles VI, qui gouvernait Naples à cette époque, regardait sa famille, et le haut rang auquel il était visible qu'il s'élèverait dans la magistrature firent concevoiraux premières familles le désir de s'allier avec lui par le mariage. Un sermon qu'il entendit vers ce temps-là , et dans lequel on avait dépeint un chevalier condamné à l'enfer, qui était depuis apparu à une dame de sa connaissance , produisit une forte impression sur tout l'auditoire, et principalement sur Alphonse, qui dès lors se donna plus entièrement à Dieu, visita l'hôpital plus fréquemment, et forma la résolution de ne plus aller désormais au théâtre et d'assister chaque jour à l'office des Quarante heures : ce qu'il mit ponctuellement en pratique. Mais voici la circonstance qui fixa sa détermination de renoncera toutes les affaires du monde. Dans un procès féodal entre deux puissants princes, il avait été chargé de la défense. Il consacra tout un mois à préparer ses preuves et à étudier la cause; et au jour de l'audience, il gagna les applaudissements et les suffrages de l'immense auditoire que l'importance de la cause et sa réputation avaient attiré. Le président était sur le point de prononcer un jugement en sa faveur, lorsque le conseil de la partie adverse, au lieu de tenter une réplique, le pria en souriant d'examiner de nouveau le procès. Il y consentit sans la moindre hésitation, comptant sur la force et la clarté des raisons qu'il avait alléguées à l'appui de sa cause; mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il découvrit dans le procès une simple particule négative, qu'il n'avait pas remarquée d'abord, et qui renversait de fond en comble les bases mêmes de son raisonnement! Accoutumé comme il l'était à ne traiter les causes qu'il entreprenait qu'avec la plus scrupuleuse bonne foi , il fut honteux et confus, dans l'appréhension qu'on ne lui en attribuât la faute; mais tout l'auditoire le justifia d'un concert unanime, et le président essaya de le rassurer et de l'encourager, en lui faisant observer que, dans l'ardeur de la défense et le désir du succès , de pareilles méprises arrivent souvent aux hommes même les plus droits Tout à coup cependant la honte et la confusion se peignirent sur son visage, et après avoir généreusement avoué qu'il s'était trompé, et en avoir demandé pardon à la cour, il prit modestement
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conaé-.el au moment o* Il sortait de la coor, et lea véritéa de la religion; pendant le car on lui entendit proférer cea mon : Monde me lorlout. il ne négligeait nen pour lea prétrompeur ta te connais : tu m me tromper** pai ipprocber du saint tribunal de d/im De retour chei lui, il s'enferma pen- la pénitence avec les dispositions cbnveuadanl (mis jours dans sa chambre, et reraa blés, au temps de la Pique pr , i, ,
beaucoup de larmes devant son crucifix. Pen- Il reçut I ordre d diacre d
dant ce temps-là il résolut de quitter la pro- de Baiolc-Keslitule, le 22 se| leml fession des lois el de se consacrer à létat immédiatement après, afin de se mieux préecclésiastique; il prit l'avis de ses directeur», parer i travailler i la vigne du - .il et ils approuvèrent sa résolution. Mais quand entra dan- une coi grégahon i i île il s'adressa a son père pour le faire consen- but de donner des missions ou des i Lir ;:. Bon pieux désir, il nen obtint que d - sermons, dans le royau ipl s, pour li dureté des reproches et un relus. Enfin il instruire le peuple et le raire avancer dans la en oblintla permission d'entrer dans l'Eglise, vertu. Sa fonction était d'enseigner le « mais sous la condition qu'il ne quitterait pas chisme aux enlants; et, en pi u de le si famille et môme, pendant toute l'année bonté et sa douceur I u gagnèrent s. bi oui suivit' il refusa de lui parler. Ainsi, à tous les cœurs, qu ils coururent api fia-e de vinat-sept ans, il renonça à tous lea lorsqu'il s en alla, cl le prièrent de rester attraits et i toutes les distinctions du monde; avec eux. Le 6 avril de I anné ■ suivante , .1 et la personne qui lui était destinée pour fut ordonné diacre, et obtint en même temps épouse imitant son exemple, se fit religieuse le pouvoir de pré. lier. Il prêcha son premier au couvent du Très-Saint-Sacrement . à Na- sermon, dans 1 église de s i propre paroi.se , nies où elle donna, pendant sa vie et à sa durant l'exposition .les quarante heures, en mort tant de preuves de vertu , que sa vie , l'honneur de Jésus présent dans 1 auguste dans la suite fut écrite par le saint lui-même, sacrement : la ferveur el 1 onction avec les- ' De même une les Israélites firent seri ir les quelles il parla furent une source de profit vases des Earptiens au culte de Dieu, ainsi el d'édification pour les fidèles ; puis il rat Mnhonse tourna au service de l'Eglise toute vite à prêcher tantôt dans une église, tantôt sa science et tous les talents dont s'honore dans une autre, particulièrement pendant les le monde, et spécialement le talent qu'il avait prières des Quarante heures. Mais ses u-anour la musique et la poésie; il composa vaux continuels ne lardèrent pas à lui .,...olusicurs beaux airs, dans le but d'inspirer ser une maladie dangereuse, dont il n è< napl'amour et l'admiration des chants pieux et pa que par 1 intercession de la bienheureus i dévots au lieu des chants profanes el incon- Vierge de miséricorde, dont on apporta une venants qui étaient à la mode, et dont on statue auprès de son lit, et qui lui sauva la faisait ordinairement ses délices. Le malin, il \ ie, au moment même ou il était près de se livrait avec ardeur à l'élude de la théolo- rendre 1 âme. Des qu il fut relah ., le cardieic el de la religion, assistait à tous les exer- nal le fit ordonner prêtre le jour de Saial- « ires de oiélé qui se pratiquent dans la mai- Thomas apôtre, de la même année ,1726. A son des missionnaires de Saint-Vincent-de- partir de ce moment, sa vie ne lut plus Piul et fréauenlait régulièrement les sa- qu'une prédication et une exhortation eoncrements. Toutes les aprés-dinees il visitait et linuelle a la vertu ; de l autel ou il recevait soulaeeait les malades à l'hôpital, entendait le pain des-anges , source de toute force , il un sermon dans l'église des Oraloriens , et allait prêcher la loi et I amour de Dieu au allait ensuite rendre' ses dévotions au saint peuple de la ville et du royaume de Naptes, sacrement dans l'église où il était exposé; produisant partout des conversions mira uil v restait plusieurs heures, jusqu'à ce qu'il leuses parmi les pécheurs abandonnés et lea cul été remis dans le tabernacle, puis il re- plus notoires des deux sexes, dont le < hanvenail chez lui. Sur le soir, il fréquentait la gement s'annonçait par la pratique de la maison d'un pieux ecclésiastique, où se le- vertu la plus exemplaire. Le cardinal arcl.e- •lienl des conférences sur des sujets de pie- réque, voyant les fruits opérés par se. sérié- de Plus, il faisait partie dune pieuse as- mous, l'obligea, en vertu de l obéissance , soèialion dont les membres, comme ceux de d'entendre les confessions . quoiquil ne fut la confrérie de Saint-Jean, à Home, de nos ordonne prêtre que depuis peu de temps, •irs faisaient profession de consoler les L'affection avec laquelle .1 recevait les périr mincis avant leur exécution, de les pré- sonnes de loul rang; sa patience a les écounarer à la mort, et de les assister sur l'écha- 1er: sa douceur a les avertir el a leur expopi d e cardinal-archevêque de Naples lad- ser le mail, ,;r ux état de leurs âmes; lamamU à hTlonsurele 23 septembre 1724, et aux nière tendre et louchanie avec la.,,. SaJi ^ao;dresmL«« le 23 décembre do la leur représentait leur ingratitude pour tout Se année. Ce fut un sujet dénuement el l'amour qu ils avaien reçu d un Dieu si bon, î; i(. •,' „ pour loule la ville de voir un qui 1rs supportait e les attendait a pénilen- ÎSmïptacéïïnaiinninBiiélefé.eldeMia ce; cl, pardessus tout, I onction qui, con- ! ! s1 rail une carrière si brillante, joinlemenl avec ses paroles de feu, pénétrait rt , I ries devoirs les plus humiliants de son dans leurs cœurs, faisait naître en eux u ne ;, , , 35 parcourant les mes pour ra- parfeile détestalion de leurs péchés, el un déê fei enfants el les conduire à l'église, sir sincère de se réconcilier entièrement avec où U savait e faire comme un d'entre eux. Dieu. Non content de passer une grande pars'a ppliquant à leur inculquer les mystères lie du jour et même de la mil au coules-
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sionnal, ou à prêcher dans les églises, il rassembla pendant quelque lemps le peuple sur les places publiques, le soir des jours de fête, pour lui parlerde Dieu etdes choses spirituelles ; mais ces assemblées ayant été interrompues par les injustes calomnies de certains hommes qui affectaient de les regarder comme dangereuses au gouvernement, Alphonse et ses compagnons travaillèrent à continuer la bonne œuvre qu'ils avaient commencée en public, en parcourant la ville et instruisant les pauvres dans leurs boutiques et leurs maisons; et surtout, en donnant des missions dans les paroisses rurales. Ces missions, qui se donnentdans lecours de l'année, dans >'ous les pays catholiques, par exemple, parla Société de Jésus et les prêtres de la mission en Italie, et par les premiers et les rédemploristes en Belgique, sont dirigées par un certain nombre de prêtres, députés par le supérieur de l'ordre, à cet effet. En quelques endroits , le seigneur du lieu paie annuellement une somme à l'ordre, à la condition que des missions seront données, à intervalles réglés, dans les bourgs situés dans leurs domaines. On en voit les fruits plusieurs années après, dans les mœurs exemplaires et la fréquentation régulière des sacrements, qui distinguent les lieux visités par les missionnaires : fruits si étonnants et si extraordinaires, que ceux qui n'en ont pas été les témoins, ou qui n'ont pas lu ce qui est écrit des succès des premiers pères de la Société de Jésus en Portugal et en Espagne, et plus récemment, en Italie et ailleurs , ou de ceux des prêtres de saint Vincent de Paul, en France, auront peine à croire que quelques méditations adressées à des populations composées de personnes de tout rang et de toute profession , puissent opérer une réforme totale dans les mœurs de toute une ville et de tout un canton : réconciliant les ennemis, et répandant partout la paix, la charité et la piété. Dans la répartition du travail entre les prêtres, au commencement de la mission, le plus difficile était toujours^éservé à Alphonse, dont les sermons étaient empreints d'une onction et d'une éloquence qui excitaient dans ses auditeurs le repentir et la componction, en même temps qu'il cherchait à mettre toutes ses pensées et toutes ses expressions au niveau des intelligences les plus ordinaires. 11 n'est donc pas surprenant qu'il ait été ardemment recherché et invité par les évèques des diverses villes du royaume de Naples à prêcher la mission à leur peuple; et que de nombreuses conversions de pécheurs , ensevelis depuis longtemps dans l'iniquité, aussi bien qu'un renouvellement général de l'esprit de foi et de piété, aient partout marqué ses travaux. Sa tendre patronne, la sainte Vierge, récompensa son zèle dans la cause de la charité et de la dévotion , en lui apparaissant à la vue d'une foule immense de peuple, rassemblée dans l'église de Foggia, pour entendre un discours sur son sujet favori : l'intercession et la protection de Marie. De son visage, un rayon cl? lumière, semblable à ceux du soleil, se réfléchissait
sur celui de son dévot et pieux serviteur; tout le peuple en fut témoin, et s'écria : Miracle, ! miracle ! Tous se recommandèrent avec une grande ferveur, et en versant des larmes abondantes, à la mère de Dieu; plusieurs femmes même de mauvaise vie furent saisies d'une si profonde douleur, qu'elles montèrent sur une plate-forme qui est dans l'église , et commencèrent à se donner la discipline, en criant de toutes leurs forces, Miséricorde 1 puis , au sortir de l'église, elles se retirèrent dans la maison des Pénitentes de cette ville. Alphonse, dans son attestation juridique, déposa que, durant le sermon, toute la foule dont se composait son auditoire, et lui, avaient vu la sainte Vierge, sous la forme d'une jeune personne de quatorze ou quinze ans, qui tournait de côté et d'autre, à la vue de tous ceux qui élaient présents.
Tandis qu'il prêchait la mission dans la ville de Scala, il fut invité par les religieuses d'une certaine communauté à prêcher pendant la neuvaine qui précédait la fête qu'on y célébrait en l'honneur du crucifiement de Noire-Seigneur. Parmi ces religieuses, il y en avait une de sainte vie, favorisée de plusieurs grâces surnaturelles, nommée sœur Marie Costarosa, qui avait fondé ou réformé plusieurs couvents. Un jour qu'elle était au confessionnal et s'entretenait avec le saint sur des sujets spirituels, elle lui dit : Dieu ne veut pas que vous restiez à Naples ; il vous appelle pour la fondation d'une congrégation de missionnaires, qui procureront des secours spirituels aux âmes de ceux qui sont maintenant dépourvus de tout moyen d'instruction. Ces paroles jetèrent Alphonse dans une grande affliction et un grand trouble d'esprit : car il ne savait pas encore si telle était la volonté de Dieu, et se voyait environné de difficultés, sans compagnons qui pussent l'aider dans son entreprise ; il pria avec ferveur le Père des lumières d'éclairer son entendement et de lui faire connaître sa divine volonté; et, après avoir consulté plusieurs personnages célèbres pour leur discernement des esprits, et d'une vertu éprouvée , il fut convaincu que Dieu voulait qu'il mît à exécution le dessein de fonder une nouvelle congrégation démissionnaires. Aussitôt que son intention fut connue à Naples, il s'en trouva plusieurs qui, dans la crainte de perdre un missionnaire si zélé, ou à la vue des difficultés qui semblaient s'opposer à son entreprise, désapprouvèrent fortement ce dessein. Il rencontra une vive résistance de la part du cardinal archevêque et de plusieurs ecclésiastiques, qui, considérant tout le bien opéré par son moyen à Naples, ne pouvaient se résoudre à croire que Dieu attendît encore davantage de lui. Son père l'assaillit par ses larmes et ses représentations, le conjurant de ne point l'abandonner; et Alphonse a avoué depuis que ce fut la plus violente tentation qu'il eût éprouvée de toute sa vie, et que Dieu seul l'avait rendu capable de la supporter et d'y résister. Pouréviter de nouveaux assauts, il quitta secrètement Naples, au commencement do novembre 1732, et se rendit, avec quelques
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compagnons seulement, à Scala, oùl'évéque l'avait *lijà invité i ouvrir la première maison, et à commencer le fondelioe de l'ordre. Il alla habiter arec ses compagnons une mi- Bérable maison, avec un petil jardin qui en dépendait •■ il obtint la permission de convertir une des chambres en un Oratoire, où, le '.) novembre de la même année, après avoir chanté une, messe votive du Saint-Esprit, suivie du Te Deum, en actions de grâces des faveurs qu'il avait déjà reçues de Dieu, il posa les fondements de la nouvelle congrégation, dile alors de noire divin Sauveur, dont les membres devaient B'employer à prêcher et à porter les secours de la religion aux pauvres pay sans, qui, vivant dansdes chaumières'disséminées dans la campagne ou dans les pelits \ illages elles hameaux, sontsouvent privés de tous les bienfaits de l'instruction et de la fréquentation des sacrements. Ses premiers compagnons étaient au nombre de douze: dix prêtres et deux avocats non encore admis aux ordres; et déplus un frère convers qui les servait: il s'appelait VitusCurzio,et était un riche habitant d'Acquavi va, qui, ayant renoncé à tous ses biens terrestres, par suite d'une vision qu'il avait eue à Naples, avait choisi cet humble emploi dans le nouvel ordre. On a eu raison de comparer la vie de ces premiers pères à celle des saints pénitents dont parle saint Jean Climaque dans son Echelle mystique. Leur maison était petite et incommode; leurs lits, une simple paillasse étendue sur le plancher; ils avaient pour tout mets, en général, un plat de soupe insipide et désagréable, avec une petite portion de fruits; leur pain était noir, sans être même levé, par suite de l'inexpérience du frère convers, qui le faisait, et si dur qu'il fallait le broyer dans un mortier avant de pouvoir en manger. Cette misérable nourriture, qu'ils prenaient à genoux ou étendus sur le pavé, ils la rendaient encore plus nauséabonde en l'arrosant de quelque drogue amère; plusieurs d'entre eux même, avant de manger, léchaient le pavé avec leur langue. Ils se donnaient la discipline trois fois la semaine. A la mortification ils joignaient un véritable esprit de ferveur dans la prière. Outre l'office qu'ils récitaient en chœur, ils s'assemblaient trois fois le jour pour prier pendant une demi-heure; après quoi ils consacraient une autre demi-heure à lire les vies des saints. 11 était assigné un quart-d'heure pour une visite à Jésus dans le saint sacrement, et à Notre-Dame; mais ils restaient une grande partie du jour et de la nuit en prière devant la divine Eucharistie. Us assistaient à la messe avec le recueillement et la piété les plus édifiants. Leur seul temps de relâche était une heure après diner, qu'ils employaient à des entretiens spirituels , ou à parler des actions des saints. Mais Alphonse, qui était l'âme et le moteur de tous ces pieux exercices, surpassait tous ses frères dans ses mortifications, sa ferveur et sa pratique exacte du recueillement et du silence; et, pour cacher la rigueur avec laquelle il se donnait la discipline, il se retirait souvent dans un cellier ou cave, où,
comme on le croit généralement, Noire- Dame lui est apparue plusieurs fois. Cependant ils n'oubliaient [tas l'objet principal de lenr
nisiiiut : par l'effet de leurs prédications 1 1
de leurs travaux apostoliques a Scala et daSU les lieux ( irconvoisiiis, tout le diocèse prit une fcee nouvelle, et il l'opéra un grand
nombre de conversions extraordinaires.
Le nombre de ses collègues s étant considérablement accru, Alphonse résolut de donner de la stabilité et de la régulante à sa congrégation, eu formant une règle pour la diriger; mais ici s'éleva une difficulté à laquelle il ne s'attendait pas, et qui résultait de l.i manière différente donl plusieurs points de leur nouvelle règle étaient envisages par ses compagnons. Quelques-uns étaient d'avis qu'outre les missions, ils devaient ouvrir des écoles pour l'instruction des pauvres dans la science; d'autres s'opposaient à la stricte « t rigoureuse pauvreté qu'ils avaient jusque-là observée; tandis que quelques autres, au contraire, pensaient qu'il fallait exiger de tous ceux qui entraient dans Tordre une renonciation plus complète encore à toute propriété temporelle. Alphonse mit tout en œuvre pour les convaincre que la vraie pauvreté était un point essentiel de leur règle, et qu'ouvrir des écoles pour les pauvres, quoique ce fût une œuvre de charité, ne servirait qu'a les distraire de l'unique objet de leur fondation : l'instruction spirituelle des pauvres. Ses raisons restèrent sans effet ; il fut abandonné de tous ses compagnons, à l'exception de deux, dont un n'était pas dans les ordres sacrés, et l'autre était le frère convers dont il a déjà été parlé. Ses ennemis commencèrent alors à triompher, et à représenter son entreprise comme présomptueuse et téméraire; pour lui, il continua, malgré leurs railleries et leurs invectives, à espérer que Dieu lui fournirait bientôt des compagnons, tout en bénissant sa main miséricordieuse de lui avoir envoyé celle humiliation. De nouveaux compagnons lui arrivèrent en foule de tous côtés ; de sorte qu'en 1735, trois ans après la fondation de son ordre, il fut en état d'ouvrir trois maisons, y compris la première de Scala.
Tout lui paraissant établi sur un pied ferme, il résolut d'implorer la lumière divine pour l'assister dans la rédaction des règles qui devaient être observées et des vœux qui devaient être faits par les membres de son ordre. Il adressa de ferventes prières à l'Esprit saint , les accompagnant d'un jeûne austère et d'une rigoureuse mortification, et prit les avis des personnages les plus éminents par leur science et leur pieté. !>ous leur direction, aidé de la grâce de Dieu, il composa les règles et constitutions de son ordre, auquel il donna le nom de notre divin Sauveur. Il fit ensuite un discours louchant à ses compagnons, dans lequel il les priait, t'ii qualité de disciples de Jesus-Chrisl, d'imiter son parfait holocauste à son Père éternel, et de s'offrir eux-mêmes à lui en sacrifice pour le salut des âmes, en promettant une observance exacte des règles qu'il
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leur proposait. Il prescrivit beaucoup de prières et le pieux exercice d'une sainte retraite pour implorer l'assistance divine; et enfin, le 21 juillet de l'an 1742, dans une pauvre chapelle près de Ciorani, dans le diocèse de Salcrno, après avoir chanté les vêpres de sainte Marie-Madeleine, patronne de la congrégation, ils firent leur profession, qui, outre les trois vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, en renfermait deux autres : le premier, de ne jamais accepter aucune dignité , office ou bénéfice, en dehors de la congrégation, à moins d'un commandement exprès du pape ou du supérieur général ; le second, de demeurer dans l'ordre jusqu'à la mort, et de n'en demander dispense qu'au pape ou au supérieur général. Les frères procédèrent ensuite à l'élection d'un supérieur pour tout l'ordre, et Alphonse fut élu à l'unanimité, avec le titre de supérieur recleur.
La réputation de la vertu et de la sainteté admirables d'Alphonse se répandait chaque jour davantage dans la contrée et dans les contrées voisines; et plusieurs maisons de l'ordre furent fondées- en différentes villes du royaume. C'est ce qui le détermina à obtenir la confirmation de son institut par le sainl-siége : dans ce but, il députa un de ses compagnons pour aller déposer les constitutions qu'il avait rédigées aux pieds de l'immortel pontife Benoît XIV, qui occupait alors la chaire de Saint-Pierre. Après un mûr examen il donna le bref qui les approuvait, le 25 févrirer 1749. Il confirma Alphonse dans la charge de supérieur, et accorda à l'ordre grand nombre de faveurs cl de privilèges ; mais il voulut que son nom fût changé de celui de notre divin Sauveur en celui de notre divin Rédempteur, pour le distinguer de la congrégation des chanoines réguliers de notre divin Sauveur. A partir de ce moment, l'ordre prit de rapides accroissements, et des maisons furent fondées dans les états de l'Eglise, aussi bien que dans le royaume de Naplcs. Alphonse eut à lutter contre beaucoup d'obstacles dans les efforts qu'il fit pour l'étahlirendivcrs lieux; et il avaiteoutume de dire que Dieu opérait un continuel miracle en sa faveur en lui fournissant les moyens de fonder denouvclles maisons, cldc soutenir celles qui existaient déjà ; car, se trouvant souvent sans argent pour en venir à bout, il plaçait tout son espoir en Dieu, et ne fut jamais trompé.
Il surpassait tous ses compagnons dans l'exactitude à observer toutes les règles et obligations de l'ordre ; et quand on sait la rigueur dos disciplines qu'il se donnait, et l'austérité de ses jeûnes et de ses mortifications, on ne peut s'empêcher de demander comment il pouvait vivre. Il se contentait d'une petite portion de soupe cl de pain avec quelques fruits, dont il n'usait jamais le samedi et les vigiles des fêtes de Notre-Dame. Il portait continuellement de rudes cilices, avec de petites chaînes de fer, et une ceinture de poil de chameau. Outre le temps assigné pour la prière par la règle, il se levait de grand malin pour méditer sur les vérités et
les mystères delà religion, et tenait son esprit si étroitement uni à Diou, que sa prière n'éprouvait aucune interruption et ne cessait jamais Il consacrait toutes ses actionsà la gloire de Dieu, vers lequel il tournait souvent son cœur par de fervents élancements et de brûlantes aspirations d'amour; lorsqu'il célébrait la messe ou récitait l'office de l'Eglise, il respirait dans toute sa personne un air de piété et d'édification. Il réglait les affaires de l'ordre, et pourvoyait à tous ses besoins avec la diligence et le zèle les plus infatigables. Il travaillait à inspirer à ses frères l'amour des humiliations, des mépris et des souffrances, àl'imitalion de notre divin Rédempteur, dont ils portaient le nom, et leur représentait fortement, de vive voix et par écrit, la nécessité de vivre conformément aux vœux qu'ils avaient faits, et à l'esprit de l'institut dont ils faisaient profession. Les supérieurs ^'engageaient par serment à ne pas permettre aux membres de l'ordre de posséder quelque chose en propre ; de ne leur rien permettre, en un mot, qui pût le moins du monde faire brèche à leur vœu de pauvreté. II interrompait la composition de ses ouvrages et toute autre occupation pour s'occuper de ce qui concernait ses frères : Quand il arrive, leur écrivaitil, que quelqu'un vient pour me parler, ou m'écrit pour ses affaires ou pour celles de l'ordre,
je quitte tout Je désire qu'on sache bien
que celui qui me traite avec cette sorte de confiance, m'attache plus fortement à lui, et que tous tiennent pour certain que je quitte tout lorsque j'ai à rendre service à quelqu'un de mes frères et de mes enfants. Je me sens plus empressé à assister quelqu'un d'entre eux qu'à faire toute autre chose. C'est là le bien que le Très-Haut demande de moi préférablement à tout autre, tant que j'occupe celle charge. Quand quelqu'un d'eux tombait malade, son affection et sa sollicitude pour le consoler redoublaient alors ; il allait le visiter et prenait soin que sa nourriture fût bien préparée et convenablement assaisonnée. 11 ne voulut pas renvoyer à sa famille un malade attaqué de pulmonie, disant que les frères malades étaient utiles à la congrégation par leurs prières , et en fournissant aux autres les moyens de pratiquer les œuvres de miséricorde. Nous sommes leur père, disait-il en parlant des malades, et l'ordre est leur mère. Depuis qu'ils ont quitté père et mère pour se consacrer à Dieu, nous devons remplira leur égard tous les devoirs de la charité.
Comme la fonction de, prêcher, d'instruire et d'entendre les confessions des pauvres était la fin principale de la congrégation, il avait soin de préparer ses novices par une longue pratique et une longue expérience, au ministère apostolique. H avait en aversion les discours improvisés , les fleurs de rhétorique, les périodes arrondies , et l'éclat et la pompe des expressions. Si le plus pauvre peuple ne me comprend pas , avait-il coutume de dire , fi quoi bon l'appeler à l'Eglise? Les volontés ne s'émeuvent pas , et notre prédication reste sans fruit. Je pourrai avoir à rendre compte de toute autre chose , mais nvn de mes
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us; j'ai toujours prêché de manièri faire comprendre de la bonne femme lu plu» ignorante. Gardons-nous cependant de penser (pi il lui opposé .1 l'étude el à l'usage de l'art oratoire dans la prédication. Moins on sait de rhétorique , observait-il arec raison, moins on r</ à portée dt sat-nir s'accommoder à lu simplicité du style apostolique. Les r tes et latins étaient dt très ilnns cet art; c'est pourquoi Us soi nu ni si bien se nu tire à lo portée de ions, et, quand In circonstance le demandait , s'en tervir avec avantage. Si l'art manque, le sermon sera insipide et sons règles; et au lieu <ir pénétra dons l'esprit ou dans le cœur de l'auditoire , il ne lui inspirera i/nr du dégoût et de l'éloignement pour le prédicateur, Pour encourager à l'élude de l'art oratoire, il publia deux lettres sur l'éloquence populaire , qu'il envoya à beaucoup d'évêques, do prêtres et de chefs d'ordres religieux. Il ne niellait pas moins de zèle à presser ses frères de 8C livrer a l'élude de la théologie morale. Si vous ne la savexpas, leur disail-ll , tous vous perdez , el vous envoyez vos pénitents en enfer: celte étude re finit qu'avec lu vie elle-même. Il condamnait le trop de facilité et Le trop de sévérité comme également funestes pour les âmes ; s'il apprenait que quelqu'un de ses prêtres fût tombé dans un de ces excès, il n'avait plus de repos ni de consolation. Il inculquait la nécessité d'user de grandes précautions et d'une grande prudence avec les pécheurs d'habitude ou de rechute. Faites bien attention, disait-il, comment vous absolvez cette classe de pécheur s. Leurs larmes, s'ils en répandent, sont trompeuses; ils ne pleurent pas par haine pour le péché , mais pour vous forcer « leur donner l'absolution afin de recommencer de nouveau. Il recommandait de ne pas les renvoyer brusquement du confessionnal , mais de leur montrer de la tendresse et delà sympatbie, de leur faire comprendre le malheur de leur état, de leur persuader que l'amendement n'est pas impossible, s'ils veulent avoir recours à la grâce de Dieu et à la protection de la sainte Vierge.
Mais, comme le point capital de son ordre était d'instruire le pauvre peuple des paroisses de campagne, dissémine dans les endroits les moins fréquentés de la contrée, il lit son occupation constante, pendant trente ans, de visiter toutes les provinces, toutes les villes el villages du royaume, faisant le catéchisme aux. enfants , entendant les confessions, et prêchant le peuple. Quand il était arrivé en vue du lieu où devait se donner la mission, il récitait les litanies de la sainte Vierge et d'autres prières, pour attirer les bénédictions du ciel. Il se rendait ensuite à l'église principale; et, après avoir adoré le saint sacrement, il montait en cliaire, el invitait de la manière la plus pressante le peuple à profiler de la grâce de Dieu dans les exercices spirituels des joursquî allaient suivre.
Tous les jours, malin et soir, les missionnaires prêchaient pour les adultes et faisaient le catéchisme aux enfants. Les trois premiers soirs, ils parcouraient les rues les plus
populeusi - . un ( m. ,!h a la in.nn , invitant li s habitant; a se rappeler leurs Bai •'.< rnièi a \ einr entendi e la parole de Dit u. Alphonse , qui donnai! le principal sermon, le soir . a\ ut ( outume de prendre la
i\ ec un. . orde, trois rois dur.ua
la mission : une I u- pendanl le sermon sur le péché; la seconde ibis, pendant le sermon sur renier; i I la troisième, (ici, d. ml le sermon sur le Bcandale; <i quand |< s femmes étaient sorti.s de i église , après !<■ si rmon du *oir, et qu'il ne restait plus que des bommi Lui était adressé un sei mon sur la conq lion . pour h s exciter a se donner eux-mêmes la discipline. Après ces sermons, on employai! (roi-, ou quatre jours de plus dans la voie de lu dilution , comme l'appelait Alphonse;, et pendant ce temps -là, les prédicateurs insistaient sur la nécessité de la prière et sur la passion de Noire-Seigneur, qu'il dépeignait en termes si loin li mis, que tous les assistants versaient dis larmes d'amour et d'attendrissement. Il v avait eue ire d'autres sermons pour l'instruction des enfants jeunes gens, des femmes non mariées el des veuves, et pour les femmes mariées aussi; ces sermons étaient appropriés aux besoins et au genre de vie de chacun. La retraite se terminait par une communion générale; t t. après un sermon sur la persévérance, la bénédiction étaii solennellement donnée à tout le peuple. Le dernier jour de la voie de dévotion, aûn de laisser dans les esprits un souvenir ineffaçable de la passion . Alphonse érigeait un calvaire , ainsi qu'il l'appelait , à l'entrée du village ou de la ville. Avec quatre compagnons, portant, comme lui, chacun une pesante croix sur leurs épaules, il s'avançait vers le lieu où elles devaient être érigées , et après les avoir plantée- en terre . il proposait une pieuse méditation sur les mystères de la passion , qui produisait une profonde impression dans le cœur de tous les assistants. Durant la mission, il obligeait ses prêt! rester sept heures, j e mpris le temps de la incsse.au confessionnal, tous les malin-: et ils ne le pouvaient quitter sans la permis du supérieur, il leur était défendu de I voir aucun présent ou récompense quelconque, cl leur table était restreinte à la nourriture la plus frugale, qui était fournie par la charité de 1 ev éque ou de quelqu'un des habitants. Cet ail .as ez qu'il parût en chaire pour exciter des sentiments de pieté; el ii s'opérait plusieurs conversions pour avoir v u son attitude el ses gestes, même de loin. Au confessionnal . il recevait le pauvre et le riche avec les mêmes sentiments affectueux de compassion , el savait leur suggérer des motifs si puissants, qu'ils n'hésitaient jamais à confesser librement leurs péchés . -ans qu'une fausse honte les empêchât de subir volontiers une confusion d'un moment, pour se proi urer un pardon et une paix plus durables, l'our assurer le fruit des missions, il les prolongeait jusqu'à quinze el même Ironie jour-, jusqu'à ce qu'il eût produit une complète réforme parmi le peuple; et. durant la Station, il prenait soin do former do pieuses
VIE DE S. ALPHONSE DE LIGUORl.
confréries entre les membres des divers rangs de la société, de sorte que, par de mutuels bons exemples et des pratiques de dévotion, les effets de la mission pussent être solides et durables. Dieu récompensa son zèle par plusieurs prodiges. Un jour, durant une mission qui se donnait à Amalfi, quelqu'un, allant à confcsseàla maison où demeuraitAlphonse, l'y trouva au moment même où devait commencer le sermon dans l'église ; après avoir fini sa confession, cet homme se rendit droit à l'église, et, à son grand étonnement, trouva Alphonse déjà un peu avancé dans son sermon. Cette circonstance l'étonna fort : car à son départ il avait laissé Alphonse occupé à entendre la confession d'autres personnes dans sa maison, et ne l'avait point vu sortir par la seule porte où il lui fût possible de passer pour se rendre à l'église. Aussi le bruit se répanditil dans la ville qu'Alphonse entendait des confessions chez lui en même temps qu'il prêchait à l'église. Lorsqu'il prêchait sur la protection de la sainte Vierge, et qu'il exhortait ses auditeurs à recourir à elle avec confiance dans tous leurs besoins, il s'écria tout à coup : Oh! vous êtes trop froids dans vos prières à notre sainte Dame ! Je vais la prier pour vous. Il se jette alors à genoux dans l'attitude de la prière, les yeux élevés vers le ciel ; et tous ceux qui étaient présents le virent élevé de plus d'un pied en l'air, et tourné vers une statue de la sainte Vierge qui se trouvait auprès de la chaire. Le visage de Notre-Dame jetait des rayons de lumière qui se, reflétaient sur le visage d'Alphonse, qui était alors en extase. Ce spectacle dura environ cinq ou six minutes, pendant lesquelles le peuple criait : Miséricorde, miséricorde! miracle, miracle! Et chacun de fondre en larmes. Mais le saint, se relevant, s'écria d'une voix forte : Réjouissez-vous, la sainte Vierge a exaucé votre prière. Avant que les missionnaires quittassent la ville , Alphonse prédit qu'il y aurait un tremblement de terre le lendemain ; et l'événement confirma la vérité de ses paroles.
Ces travaux apostoliques et ces actions miraculeuses remplirent tout le royaume du bruit de la sainteté et de la science du saint; le roi et le haut clergé résolurent de l'élever à la dignité épiscopale. Il fut d'abord nommé à l'archevêché de Païenne ; mais par ses ferventes prières et ses mortifications il réussit à obtenir de Dieu qu'on ne le forçât point d'accepter cette dignité. Peu de temps après, l'évéché de Sainte-Agathe-des-Gotbs étant devenu vacant, le pape Clément XIII l'y nomma, d'après la connaissance personnelle qu'il avait de ses mérites, et sans qu'il lui fût venu de recommandations d'ailleurs. Alphonse écrivit les lettres les plus pressantes à plusieurs de ses amis et au pape lui-même, dans lesquelles il leur représentait son incapacité, son âge avancé, le faible état de sa santé et son vœu de n'accepter aucun bénéfice , et suppliait qu'on le déchargeât d'un fardeau si pesant. Le soir qu'il avait reçu sa lettre, le pape penchait à le rassurer ea accédante sa demande; mais le lendemain