DÉMONST. EVA!NG. XVI
matin il ordonna à son secrétaire, le cardinal Négroni, d'informer Alphonse que c'était sa volonté positive qu'il acceptât l'évéché. Le cardinal demanda si sa sainteté ne lui avait pas dit, le soir précédent, qu'elle penchaità se rendre à ses vives instances? C'est vrai, reprit le pape, mais le Saint-Esprit m'a inspiré depuis de faire le contraire. Aussitôt que le cardinal Spinelli, à qui Alphonse avait écrit sur ce sujet, eut appris ce que le pape avait dit, il s'écria immédiatement : C'est la volonté de Dieu, la voix du pape est la voix de Dieu. Quand Alphonse reçut la lettre du cardinal Négroni, il inclina la tête et dit : Obmutui, quoniam lu fecisti.gloria Patri, etc. je me suis tu, puisque vous l'avez voulu ainsi, gloire au Père, etc.; puis, plaçant la lettre sur sa tête, il répéta plusieurs fois ces paroles : Dieu veut que je sois évéque : eh bien ! je serai évéque. Le pape l'a ordonné, je dois obéir. Les craintes que lui inspirèrent la responsabilité et les devoirs de sa nouvelle dignité la jetèrent dans une fièvre si violente, qu'on désespéra de sa vie. Le pape fut profondément affligé en apprenant le danger dans lequel il se trouvait, sans changer cependant de resolution à son égard. S'il en meurt, dit-il, nous lui envoyons notre bénédiction apostolique ; s'il en revient, nous désirons le voir à Rome. Alphonse se rétablit et partit aussitôt pour Rome. Ses frères, affligés de la perte d'un tel père, s'adressèrent au pape, par l'entremise de la congrégation des cardinaux chargés des affaires des évêques et des ordres religieux, et obtinrent qu'il fût confirmé dans son office de supérieur de l'ordre, le 25 mai de cette année, 1762.
A son arrivée à Rome, le pape étant parti pour la campagne, le saint résolut de visiter la sainte maison de Notre-Dame de Lorette. Il célébrait la messe tous les matins dans ce sanctuaire vénérable , et passait plusieurs heures dans la contemplation de la bonté et de l'amour du Fils éternel de Dieu, qui, pour notre amour, a daigné habiter dans cette humble et pauvre demeure. Son visage rayonnait d'amour lorsqu'il baisait tous les objets qui avaient appartenu à la sainte famille; c'était une source d'édification et de piété pour ses compagnons d'être témoins de sa ferveur et de la vénération avec laquelle il honorait ce sanctuaire, consacré par la présence d'un Dieu fait homme.
De retour à Rome, i! fut reçu par le pape et les cardinaux avec toutes sortes de marques d'estime et de vénération. 11 fut sacré évéque dans l'église de Sainte-Marie, sopra Minerva, le 20 juin 1762, dans la soixantesixième année de son âge. Il fit ses préparatifs de départ, et quitta Rome immédiatement pour se rendre dans son diocèse. Il s'arrêta quelques jours à Naples pour arranger les affaires de son ordre, et prit le chemin de Sainte-Agathe malgré les représentations de ses amis, qui lui disaient qu'il était extrêmement dangereux d'y aller à celte époque de l'année. Il fut reçu avec de grands témoignages de joie par le peuple, qui déjà avait conçu de lui une haute opinion et une hautç
(Onze.)
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M MONSTRATION ÊVANCÊUQUE.
estime, d'après la réputation de vertu et de sainteté qui l'j ai ail précédé.
Il avait déclaré son opinion et tracé des règles ilf conduite pour les évêqqes dans l'accomplissement des dei oirs de leur charge, daus un petij volume publié par lui sur pelle matière: le reste de sa vie ne fut que la copie trait pour trait de ce qui était écrit dans ce livre, Il continua de pratiquer, dans M s ha-
liits, dans l'ameubl it de son palais et >•<•
manière de vivre, la même pauvreté rigoureuse qui l'avait distingué dans la congrégation. Les va es acres dont il se servit étant évéque, étaient des plus pauvres : <>n j voyait |)(mi d'argent; el ce peu d'argent fut consacré au soulagement des pauvres, aussi bien qu'une voilure etdeux mules <|ui lui avaient été don» nées par son frère, el qu'il vendit plus tard pour la même destination. Il couchait, comme auparavant, sur une paillasse, et ses appartetemenls étaient si complètement dépourvus de niables, que quand par hasard un étranger vevenaii le \ imiter il était obligé d'emprunter des lits,dulingeetdela vaisselle pour son usage; et, en plusieurs occasions, sa charité le mil hors d'étatdc faire face aux dépenses même les plus médiocres. Sa nourriture élaitdes plus communes, et il y mêlai te«icored\ei'absynthc et d'au très herbes arrières : au point que les pauvres, qui affluaient vers lui, refusaient de manger ce qu'il leur en laissait. 11 n'avait que peu de domestiques, qu'il traitait, en toute occasion, avec la plus grande bonté et la plus grande douceur. Ses mortifications semblaient augmenter en rigueur et en nombre; et, un jour, son secrétaire fut obligé de forcer la porte de sa chambre et de lui arracher la discipline des mains, de crainte que la violence des coups qu'il se portait ne lui donnât la mort. Il passait une grande partie de la nuit en prières, après avoir été occupé tout le jour des affaires de son diocèse. Un des chanoines de sa cathédrale le priait un jour de prendre un instant de repos, jusqu'à ce que son mal de tête fût passé; il répliqua que, s'il attendait cela, il ne serait jamais en état de se remettre à l'œuvre, parce que son mal de tête ne le quittait jamais.
Dans le soin avec lequel il remplissait les devoirs de sa charge pastorale, il se montra un parfait imitateur du zélé cl infatigable saint Charles Borromée. Durant les treize années de son épiscopat, il ne fut jamais absent de son diocèse , pendant l'espace même de trois mois, ainsi que le permet le concile de Trente ; il ne s'en absenta nue pour un temps très-court, dans trois occasions d'urgente nécessité : deux fois pour les affaires »!<> son ordre; et l'autre, d'après un commandement exprès de ses directeurs, à cause de si santé. Il travailla à réformer les mœurs et à exciter un véritable esprit de piété dans lOUl son diocèse, par ses discours privés non moins que par ses sermons el ses missions. Chaque année il visitait une moine dr son diocèse ; el , avant de commencer s i \ i-iie, il faisait une neuxaine a\ec son peuple, pour faire descendre les bénédictions du Seigneur sur ses travaux. Durant la visite, il relus il
toute espèce de présent t de quelque mince \ aleur qu'il fui , disant que c'était contraire aux (.mous, il entendait la confession de
ceux qui lui en manifestaient le désir, el adressait dis instructions au peuple. > il j
axait des malades qui n'eussent pas reçu le sacrement de continuation , il S empressait d'aller le leur administrer i hez eux . malgré l'intempérie de Fan*, le mauvais étal des
roules et toutes les autres difficultés qui pouvaient se rencontrer; el tant que sa santé le lui permit, il eut soin de visiter tous 1, >g malades à domicile. Il n'entreprenait jamais rien qui eût rapport à son diocèse sans avoir auparavant imploré la lumière divine par de ferventes prières; dans les affaires d'importance majeure, il se défiait de son propre jugement, et réclamait les conseils des autres évéques, sur lesquels il fondait sa confiance. Mais ce qu'il désirait par-dessus toul, celait d'inspirer à son clergé un esprit de piété, de science, de moralité, et de zèle pour l'honneur de la religion; dans ce but il remit en \ igueur les règlements des canons, des s* n >des. ou de ses prédécesseurs, relativement aux. habits et à la conduite des ecclésiasliques. Il s'appliquait à les rendre le modèle de leur troupeau, et chargeait des prêtres d'une vie irréprochable de l'informer des (|,. fauls qu'ils commettaient dans l'observation de leurs devoirs, afin qu'ils en lussent sur le champ corrigés. Il examinait a\ec soin tous ceux qui se présentaient pour la réception des sainls ordres cl pour obtenir des bénéfices; non content de faire subir un séxère et rigoureux examen à ceux qui venaient demander des pouvoirs pour entendre les confessions, il les instruisait lui-même pendant plusieurs jours dans la partie pratique de cet important devoir; ces pouvoirs accordés, celui qui les avait obtenus était obligé de revenir après un certain temps pour subir un second examen et en obtenir la confirmation. Il établit des conférences une fois par semaine dans toutes les parties de son diocèse, sur des questions de théologie morale, el commanda à tous les ecclésiastiques d'y assister, sousdes peines sévères ; il* assistait lui-même régulièrement, et quand sa santé le forçait de garder le lit, il voulait que M conférence se tînt dans sa chambre. Il composa son Dominicale, ou cours abrège de discours pour les dimanches, pour l'usage de ses prêtres . clans leurs sermons el explications de l'Evangile de chaque dimanche : et son Selva , ou matériaux pour sermons et instructions à l'usage des prêtres dans leurs retraites spirituelles el leurs lectures particulières, accompagnés d'inslruc lions pratiques sur les exercices des missions.
Il ne veillait pas avec moins de diligence sur les étudiants qui se destinaient à l'état ecclésiastique; il % i si ( ai l son séminaire deux fois la semaine, el ne négligeait rien pour affermir clans leurs cœurs encore tendres 1 amoorde la piété el le désir de se consacrer entièrement au Seigneur. Il composa des airs pieux qu'Us devaient chanter pendant le temps de buis récréations. Il ne voulait pas
VIE DE S. ALPHONSE DE LIGUORI
qui
égard
qu'ils quittassent le séminaire pendant les vacances , de crainte qu'ils ne perdissent leurs habitudes de diligente et de régularité, et ne prissent l'esprit du monde.
On concevra aisément avec quel zèle il travaillait à extirper les scandales de son diocèse , et à propager la moralité et la piété parmi son peuple. Il en expulsa une troupe de comédiens, de peur que leur manière de vivre ne corrompît son troupeau, el procéda avec la même fermeté contre tous ceux menaient une vie scandaleuse, sans pour leur rang ou l'influence qu'ils avaient à la cour. Il convertit plusieurs pécheurs publics par sa douce et persuasive éloquence, et leur procura une retraite et des moyens de subsistance, de crainte que la pauvreté ne les fit retourner à leurs voies corrompues ; mais il chassa de son diocèse ceux qu'il trouva incorrigibles. Ayant appris qu'une de ces femmes perdues avait profité de son absence pour y rentrer, il en fut profondément affligé, et comme on lui demandait la cause de sa douleur, il répondit : Cest parce que je suis évêque ; el à l'instant même, sans envisager le danger auquel l'exposait son retour, car c'était pour cause de santé qu'il avait quitté son diocèse, il revint à Arienzo, fit venir cette femme en sa présence, et lui parla avec tant de force et d'énergie, qu'elle tomba à ses pieds , renonça dès lors à ses mauvaises habitudes , el se relira dans une maison de refuge , où elle devint un modèle de sincère conversion et de vie exemplaire.
Le zèle et la charité du saint évêque étaient constamment dirigés vers l'instruction et l'avancement spirituel de son troupeau. Il bâtit et répara des églises, forma de nouvelles paroisses, et fournit des fonds pour l'entretien et la subsistance des prêtres au soin desquels il les confiait; il introduisit la louable pratique de proposer une méditation sur la passion de Noire-Seigneur et autres sujets appropriés aux besoins du peuple , le matin à la première messe ; il ordonna qu'on fît tous les soirs l'exposition du saint sacrement, et qu'on récitât de pieuses prières en l'honneur de Notre-Seigneur, qui y est présent; et les samedis, il ne manquait jamais de proclamer la gloire et les louanges de Notre-Dame, afin que tous les cœurs brûlassent d'amour et de dévotion pour elle. Il établit des confréries parmi son troupeau, comme moyens propres à porter les fidèles à fréquenter les sacrements et à venir entendre la parole de Dieu ; il entretenait l'esprit de leur fondation en prêchant souvent. Un soir qu'il prêchait, pendant une retraite, la confrérie des hommes d'Arienzo sur la protection de la sainte Vierge, il fut tout à coup ravi en extase; son visage brilla d'un tel éclat, que toute l'église fut éclairée d'une clarté inaccoutumée, et il s'écria : Voyez comme la sainte Vierge vient répandre des (/races parmi nous! prions-la, et nous obtiendrons tout ce que nous demanderons.
Quand Alphonse prit possession de son siège, il résolut d'en administrer le temporel do manière, qu'à l'exception d'une somme
modique, nécessaire pour sa subsistance et autres dépenses indispensables , tout le revenu en serait pour les pauvres. A cet effet, il ne se réserva pour lui-même que le revenu que lui avait laissé son père, et donna tout le reste aux pauvres , qui, tous les soirs, encombraient les portes de son palais ; il ne pouvait souffrir que personne se retirât de lui mécontent , el lorsqu'il sortait il était environnéde troupes de mendiants, auxquels, nul excepté, il donnait quelques secours, soit de ses propres mains , soit par l'entremise des autres ; bien plus, il ordonna à son intendant de distribuer du pain et de l'argent, tous les samedis, à la porte de son palais, à tous ceux qui se présenteraient. Mais, non content de ces charités publiques, il obligeait ses prêtres à lui donner des listes exactes de toutes les personnes qui se trouvaient dans le besoin, et que la honte empêchait de demander. Il leur donnait des pensions mensuelles, ou leur envoyait des secours en argent, linge ou autres nécessités. Il fit la recherche des prêtres qui étaient incapables de dire la messe, ou qui se trouvaient dans une extrême pauvreté, ainsi que des pauvres malades et âgés, incapables de travailler, des veuves chargées de nombreuses familles, et des orphelins privés de leurs parents , afin de les assister; en un mot , les nécessiteux de toute classe étaient soutenus par sa charité. Il prenait un soin particulier des jeunes filles pauvres ; il pourvoyait à toutes leurs nécessités, el si elles venaient à se marier, il leur payait une dot et meublait leur maison. Il envoyait de l'argent aux pauvres prisonniers dans leur prison , secourait leurs familles, ou les délivrait de prison en s'arrangeant avec leurs créanciers. On trouva, calcul fait, que les sommes qu'il dépensait en œuvres de charité surpassaient de beaucoup toutes les dépenses de sa maison et celles exigées par son rang, aussi bien que le salaire de tous ses serviteurs. Il faisait remise des honoraires de sa cour épiscopale à tous ceux qui le demandaient, et entretenait à ses frais un prêtre pour défendre les pauvres piètres et autres personnes dans les cours ordinaires de justice. Ces charités le réduisaient à une (elle pauvreté, qu'il fut souvent obligé d'emprunter de quoi payer les dépenses de sa table. Un jour qu'une personne était venue lui demander sept ducats pour satisfaire un créancier qui la menaçait de la prison , il n'avait pas même à sa disposition une somme si modique, et s'engagea à la payer par termes de mois en mois; cl comme il en restait à peu près doux termes à payer lorsqu'il résigna son évêché, il paya loul avant de quitter le diocèse.
Mais ce n'était rien en comparaison de ses charités dans la grande disette qui affligea toute l'Italie en 17G'*. Il vendit la voiture et les mules qui lui avaient été données par sou frère, ainsi que nous l'avons déjà dit, et n'épargna même pas son anneau pastoral el sa crosse en or. 11 réduisit sa table à une petite portion de pain et de soupe, à laquelle il ajoutait parfois quelques fruits , et engagea
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sa famille à faire de même pour le 1 > i <■ n des pauvres. N'ayant plus autre chose dont il pût disposer, il manqua de vendre son rocheî <'t sa montre; mais sesservîteun lai représentèrent qu'il en avait besoin pour régler sou temps, il obtint des secours en grain <H' son frère, el des fèves d'un des membres de son clergé, qu'il distribua, sans perdre de temps, aux pauvres. Il recommanda instamment la chanté aux autorités civiles, aux ecclésiastiques et aux communautés religieuses, et réprimanda sévèrement le supérieur d'un couvent qui avait montré de la parcimonie dans ses aumônes. Un jour il trouva sa chambre pleine de pauvres gens qui réclamaient son secours : Mes enfants, leur dit il les larmes aux yeux, je n'ai plus rien à VOUS donner ; j'ai rendu ma voiture , mes mulet et tout ce <juc j'avais ; je n'ai plut d'argent, et je ne peux plus trouver personne qui veuille m'en prêter. A ces mots ils se mirent à verser des pleurs, et après avoir mêlé ses larmes aux leurs, il passa dans une autre chambre, et laissa ses serviteurs leur distribuer des aumônes.
Durant tout le temps qu'il fut évêque de Sainte-Agathe, il eut beaucoup à souffrir du côté de la santé du corps ; dans trois occasions, son mal le réduisit à l'état de faiblesse le plus extrême ; et cependant il continua de remplir tous les devoirs de sa charge et de pourvoir à tous les besoins de son diocèse. Le zèle infatigable avec lequel il travailla à procurer le bien de son troupeau le porta à prêcher tous les jours pendant une neuvaine qui se fit pendant le mois d'août, pour obtenir de la pluie dans un temps de sécheresse. Cet exercice après une longue maladie , la chaleur de la saison et sa faiblesse naturelle, occasionnèrent un rhumatisme général qui paralysa le mouvement de toi s ses membres et lui courba tellement la tête, qu'il ne lui fut plus possible de dire la messe, ou même de se coucher sans incommodité. On découvrit, après sa mort, que les six vertèbres du cou ne faisaient plus qu'un même os solide, avec les cartilages qui s'y trouvent. Mais , après plusieurs mois de douleurs et de souffrances cruelles, la fièvre qui accompagnait le rhumatisme le quitta, et la plaie qui avait été occasionnée par la courbure de la tète , et qui , comme il paraissait vraisemblable , venant à se gangrener, devait dans peu lui causer la mort , se guérit ; mais sa tête resta tellement inclinée sur sa poitrine les dixsept dernières années de sa vie, qu'il ne pouvait plus boire que quelques gouttes à la fois, et fut par conséquent dans l'impossibilité de dire la messe. Il continua encore à prêcher et à assister aux examens de ceux qui se présentaient pour recevoir les saints ordres , ou obtenir des pouvoirs pour entendre les confessions , et aux conférences ecclésiastiques de son clergé. Quelque temps après, cependant, il suivit l'avis de quelques savants théologiens, qui lui déclarèrent qu'il pouvait très-bien dire la messe , el recevoir le, calice , assis et assisté par un prêtre en étolc et en surplis ; mais il refusa d'adhérer
aux conseils de cédait! autres qui voulaient lin persuader de recourir au pape , pou r ■ n obtenir la permission de se servir pour cela duo tube, disant qu'il aimait mieux ne pas
dire la messe du tout que de solliciter on priv ilége qui était résen e au souverain pontife. Depuis longtemps il avait le désir de renoncer a la charge épiscopale , que l'obéissance seule l'avait contraint d'accepter. 11 consulta plusieurs hommes de science et de prudence; et, de leur consentement, il écrivit au pape Clément XIII, et lui N - rai-
sons qui l'avaient déterminé a (aire celte démarche ; mais le pape lui répondit qu. nom seul suffi-ait pour le bon gouvernement de son diocèse. 11 s'adressa de même au pape
suivant, Clément XIV. qui lui écrivit pour toule réponse, qu'une seule prière faite par lui, sur son lit, pour le bien de son di< , était d'un plus grand poids aux yeux de Dieu que mille visites et que mille coups de discipline donnés jusqu'au sang. Il continua donc d'administrer son diocèse, attendant, comme il disait, l'avènement d'un nouveau pape pour en être déchargé. Le 21 septembre 177 », il tomba dans un sommeil paisible qui dura jusqu'au lendemain, lorsque tout à coup il agita sa sonnette. Ses serviteurs coururent à lui en alarme, et lui demandèrent ce qu'il avait: car il était depuis deux jours sans manger ni parler. Cela peut être, répliquat-il , mats ne savez-vous pas que j'étais à assister le pape qui vient de mourir? Quelques jours après, on sut en effet que Clément XIV était mort précisément au jour el à l'heuro même où Alphonse avait appelé les gens de sa maison pour leur annoncer sa mort. Aussitôt qu'il eut appris l'élection de Pie VI, il lui écrivit une lettre pleine d'humilité : et , après quelques jours de délai, il en reçut une réponse favorable, dans laquelle le pape déplorait les circonstances qui obligeaient le saint à se démettre, ajoutant qu'il acceptait sa démission, en faisant droit aux forte- <t justes raisons qu'il avait alléguées. Aussitôt que le saint reçut la lettre du pape, il s'écria : Dieu soit loué! car il m'a ô te' une montagne de dessus les épaules. Dans sa supplique, il n'avait point réclamé de pension , mais le pape lui assigna une pension annuelle de huit cents ducats sur les revenus de son évéché. Il mit en ordre les affaires de son diocèse, et vers la fin de juillet 1775, il se retira, au milieu des lamentations de son troupeau, dans la mai -on de son ordre de Saint-Michel degli Pagani, disant, au moment oùil montait les degrés : Gloria Palri : celte croix que je porte sur ma poitrine , cl qui était si pesante lorsque je montais 1rs degré» du palais episcopal, est devenue maintenant légère, très-l
Les pères de la maison avaient meuble une chambre pour lui: mais il pria qu'on le laissai vivre comme le reste des frères : et en tout, autant que sa santé le lui pouvait p rmettre , il se conformait à la règle de l'ordre , comme s'il n'eût ete que simple religieux. Il observait la même pauvreté rigide, Dour avoir les moyens d'assister les pauv res, a I égard desquels il déployait toujours la
VIE DE S. ALPHONSE DE LIGUOM
même tendresse et la même compassion qui l'avaient rendu le père des pauvres dans son diocèse. Malgré ses infirmités , il prêchait ous les samedis et tous les dimanches dans l'église de Saint-Michel et en d'autres lieux du voisinage, pour l'édification de tous ceux, qui l'entendaient. Toujours animé du même zèle pour le salut de son prochain, il continua de composer et de publier des ouvrages spirituels pour leur instruction. Un de ces livres, intitulé : La conduite merveilleuse de la divine Providence dans la sanctification des âmes par Jésus-Christ , fut dédié par lui au pape Pie VI , qui lui écrivit une lettre dans laquelle il le remerciait, disait-il, plus que s'il lui avait offert quelqu'un de ces objets auxquels le monde attache le plus de valeur. Il encourageait les missionnaires de sa congrégation dans leurs travaux, et se joignait à eux par ses prières : jamais il n'était plus heureux que lorsqu'il apprenait que la mission avait bien réussi.
A partir du 9 novembre 1779, il fut incapable de dire la messe, et dut se contenter de recevoir la sainte communion tous les matins, jusqu'à sa mort. Il continua d'observer, sous tout autre rapport, la même rigueur de mortification, quant à la quantité et à la qualité de la nourriture : faisant enlever de sa labié tout ce qui n'était pas, comme il le disait, de la nourriture ordinaire des pauvres, c'est-à-dire ce qui n'était pas de la nature la plus insipide. Son confesseur, auquel il obéissait en tout, lui interdit l'usage de la discipline et ses autres pratiques habituelles de mortification du corps ; ce qui fit qu'il remit secrètement à son serviteur la boîte qui contenait ses instruments de pénitence, pour les détruire. Il plut à Dieu que sa vertu fût mise aux plus rudes épreuves. 11 fut assailli de si fortes tentations contre la foi, qu'on l'entendait par toute la maison, poussant des cris, frappant du pied la terre et appelant Jésus et Marie à son secours : car il était un vrai fils de l'Eglise catholique. Ces doutes le troublaient même pendant son sommeil. Il n'avait pas moins à souffrir des tourments que lui causaient ses doutes et ses scrupules de conscience; d'où il arrivait que souvent il envoyait chercher un de ses directeurs à une heure avancée de la nuit ; ou qu'après avoir fait écrire ses doutes sur un morceau de papier par le frère convers qui restait à ses côtés, il les envoyait à son directeur. Mais du moment qu'il avait reçu de leur part l'ordre de tenir son esprit en paix, il était parfaitement calme et tranquille, parce qu'il avait déjà mis en principe, dans un de ses livres qui a pour titre, la Paix des âmes scrupuleuses, qu'en pareil cas. la seule règle à suivre 'était une obéissance parfaite à un confesseur prudent et éclairé : et c'est en effet ce qu'il enseigna toujours en précepte comme en pratique. Il se soumettait en tout, même dans les points les moins importants, à son confesseur et aux supérieurs de la maison où il vivait, de sorte que toute sa vie fut un modèle parfait d'obéissance.
Dans les dernières années de sa vie, il fut
affligé de surdité, d'une perte presque totale de la vue et d'une hernie, qui lui causait de continuelles douleurs et les souffrances les plus aiguës. Il ne pouvait rester couché; et il fallait le soutenir avec des oreillers, pour qu'il pût avoir un peu de repos. Lorsque ses maladies s'aggravaient, il répondait à ceux qui s'informaient de l'état de sa santé : La mort me serre de près, mais je n'ai point d'autre désir que Dieu seul: Dieu seul ! Dieu seul! Dans les souffrances corporelles, comme dans ses peines intérieures, il fut la parfaite copie du modèle qu'il avait déjà tracé pour l'instruction des autres. Dans son livre de la Conformité à la volonté de Dieu, il avait représenté la patience avec laquelle il endurait ses propres afflictions, comme le plus haut degré de vertu.
De même, il cherchait à exciter dans son âme les sentiments de la foi la plus vive aux doctrines et aux mystères de notre sainte Eglise, ainsi qu'il y avait encouragé et exhorté les autres dans ses ouvrages. Tels étaient ses Vérités de foi et le Triomphe de l'Eglise, ou Histoire des hérésies, écrits contre les faux principes politiques et religieux des déistes et des matérialistes du dernier siècle; son Essai dogmatique contre les prétendus réformateurs , qui est une défense des décisions doctrinales du saint concile de Trente ; et ses Victoires des martyrs, dont il proclama les exemples, pour encourager les fidèles à rester fermes et prêts à mourir pour la foi. Il ne travailla pas avec moins d'énergie, par ses écrits et ses sermons, et plus encore par son exemple, à allumer dans tous les cœurs une foi et une piété ferventes envers Noire-Seigneur dans le saint sacrement. Quelquefois, comme si, dans ses transports d'amour, il eût vu Jésus des yeux du corps, il s'écriait -.Jetez les yeux sur lui, voyez comme il est beau, aimez-le! Pour répandre cet amour par tout l'univers, il publia ses Visites au saint sacrement pour tous les jours du mois. Un jour de vendredi saint, ne se trouvant pas en état, à cause de sa santé, de recevoir ce gage précieux du divin amour, il en fut tellement affligé, qu'il lui survint un violent accès de fièvre, qui, malgré une saignée qu'on lui fit subir, ne cessa pas qu'il n'eût reçu la communion le jour suivant. 11 a déployé sa tendre affection pour la passion de Jésus, dans ses sermons et dans les trois livres dont voici les titres : Réflexions sur la Passion, l'Amour des âmes, et, Traits de feu. II recommandait à ses missionnaires la pratique de prêcher au peuple sur la passion de Jésus, comme étant un moyen plus efficace de produire des conversions durables parmi les pécheurs, que les plus (crribles méditations sur les jugements de Dieu : parce que, disait-il, ce que l'amour ne peut faire, la crainte ne le pourra pas non plus; et quand une âme est attachée à Jésus crucifié, elle n'a plus lieu de craindre. Pour propager l'amour de Jésus dans sa sainte enfance, qui était une de ses dévolions favorites, il composa sa Neuvaine pour Noël. Il prêcha aussi avec une ferveur extraordinaire sur la dévotion
DEMONSTRATION El ANGÉLIQUE.
au sacré, cœur de Jésus, dont il introduisit l'office dam ion diocèse. Nous avons déjà parlé de sa lendre affection envers la sainte Vierge. On jour qu'il arriva à son directeur de lui exprimer la confiance qu'il avait qu'elle lui apparaîtrait) au moins à l'heure de sa mort, comme souvent elle avait daigné apparaître à plusieurs * I *ï ses serviteurs : Sachez, dit Alphonse) que, dans mon enfance, foi souvent conversé avec Notre-Dame, et qu'elle m'a dirigé dans toutes les affaires de l'ordre. Son directeur lui demanda à plusieurs reprises ce qu'elle lui avait dit, mais il n'en obtint jamais que celte réponse : Elle m'a dit tant de belles choses! elle m'a dit tant de belles choses! Il déclara la sainte Vierge la protectrice de son ordre, et chercha à encourager la dévotion envers elle, comme un moyen puissant d'obtenir la grâce divine. Les réformateurs, disait-il, représentent la dévotion à Mûrie comme injurieuse à Dieu, ils lui dénient le pouvoir dont elle jouit, et attaquent su puissante intercession ; il est donc de notre devoir de montrer, pour l'intérêt de nos auditeurs, combien elle est finissante auprès de Dieu, et combien il se plaît ù la voir honorée. Ces sentiments de dévotion envers la sainte Vierge se trouvent exprimés dans ses Gloires de Marie, qui ont fait connaître en Angleterre et dans les autres pays, la tendresse et l'amour filial qu'il portait à notre sainte .Mère. Après .Marie, c'était pour son chaste époux saint Joseph qu'il ressentait une dévotion toute particulière, et aussi pour sainte Thérèse, dont il plaçait les noms, avec ceux de Jésus et de Marie, au commencement de tout ce qu'il écrivait. Comme preuve de sa vénération profonde pour le pape, le chef visible de l'Eglise, le représentant de Jésus-Christ sur la terre, nous n'avons besoin que de citer son Findiciœ pro supremapontificispoteslateadversusJustinum l'< bronium, composé pour réfuter les opinions jansénistes avancées par cet auteur. Dans le même but, il écrivit trois autres traités en latin : le premier pour prouver et défendre l'infaillibilité du pape dans ses décisions sur la foi et la morale; le second pour établir sa suprématie sur les conciles œcuméniques comme sur les autres; dans le troisième, qui a pour titre, De justa prohibitione et abolitioné librorum nocuœ lectionis, il soutient le droit qu'a le pape de prohiber la lecture des livres dangereux pour la foi et les mœurs, et réfute l'opinion de ceux qui prétendaient que ce> sortes de lectures étaient légitimes. Je suis prêt, écrit-il dans une de ses lettres, à verser mon sanq pour la défense de la suprématie du pape', car ôtez-lui cette prérogative, et l'autorité de l'Eglise est réduite au néant ! Sans ce jugé suprême, dit-il dan6 une autre occasion, sans ce juge suprême pour franchir les controverses, la foi est perdue. Ce juge n'existe pas chez les hérétiques, et c'est ce qui cause parmi eux lu confusion et les diversités d'ojiinions : car chacun est son propre juge.
Avec quelle ferme confiance ne s'éi riait-il pas : Mon Jésus, vous êtes mort pour moi ; votre sang est mon espérance et tout mon sa-
lut! Nir cette confiance dans les miséricordes du Seigneur, il se reposait eomuM sur
une au. re ■••■ lalut, dans ses tentations « i troubles intérieurs, non moins que dans toutes |r> difficultés «outre lesquelles il eut à lutter pour s'arracher du monde et pour fonder et établir son ordre, malgré sa pau» vrete et la malice de ses ennemis. Nous n'osons parler de son tendre amour pour Dieu. Dans son ouvrage intitulé Pratique de l'amour /le Jésus, il a mis en évidence ce divin amour, qui fut le principal ressort de toute son existence; et quant à sa charité pour le prochain, il suffira de dire, en outre iM preuves déjà données, qu il assigna a < bai un des jours de la semaine une classe particulière de ses semblables, pour lesquels il ordonna aux membres de son ordre d'offrir à Dieu leurs prières. Tous les soirs, la cloche devait sonner dans toutes leurs maisons pour inviter ceux qui les habitaient a réciter le psaume Deprofundis, pour les âmes du purgatoire, que le saint, dans tout le cours de sa vie, s'efforça de délivrer par des prier, s. des indulgences, des mortifications, et spécialement en offrant pour elles le saint sacrifice de la messe. Une autre preuve de l'esprit de paix et de charité dont il était rempli pour ses semblables, c'est que, quoiqu'il fût d'un caractère naturellement vif et colérique, il savait si bien se réprimer, que les reproches et les affronts ne lui arrachèrent jamais une seule réponse dure. Son humilité égalait ses autres vertus. Quand ses amis lui parlaient des conversions qu'il avait opérées et du bon ordre qu'il avait établi dans son diocèse, il les interrompait et rapportait tout à Dieu. Un jour aussi, un religieux de ses amis, entrant dans sa chambre, le vit élevé en l'air, les bras étendus vers les images de Jésus et de Marie; mais le saint ne l'eut pas plutôt aperçu, qu'il fut couvert de confusion et lui dit : Quoi ! vous voilà? Je vous enjoins de ne parler de cela et personne. II chercha de même à cacher un miracle qu'il avait opéré, en donnant l'usage de la parole à un jeune homme qui n'avait jamais pu proférer un seul mot. Le saint lui fit un signe de croix sur le front, et lui donna une image de la sainte Vierge à baiser, en lui ordonn ml de dire ce que représentait cette image ; lejeune homme répondu sur-le-champ même, La sainte Vierge. Ce fut en pratiquant ces vertus et en opérant tous ces merveilleux effets, que le saint hommelattcignil le terme de sa carrière terre-tre. Le 13 décembre 178G, il dit à un père carmélite qui avait coutume de venir le visiter chaque année en ce mois-là : Pire Joseph, l'année prochaine vous me trouvent mort, et nous ne nous reverrons plus sur cette terre; priez pour moi le Seigni ur et Moire- Dame des Sept douleurs. Le 18 juillet de l'année suivante, il rat attaqué, indépendamment .le ses maux habituel-, d'une rlolenle dvssenlerie cl d'une fièvre aiguë, de sorte qu'il vit clairement que sa fin était proche. Il plut à Dieu de le délivrer de ses scrupules et anxiétés ordinaires de conscience, pour qu'il pût sortir en paix de ce monde. 11 se confessa fré-
su
VIE DE S. ALPHONSE DE LIGUORI
qucmmcnt pendant sa maladie et reçut la sainte eucharistie tous les matins. Ses religieux se relevaient tour à tour à ses côtés, et lui suggéraient des pensées pieuses et des actes de vertus. Le 23 de ce mois, on jugea nécessaire de lui administrer le saint sacrement d'extrême-onction ; et deux jours après, il communia en viatique avec une telle ferveur et un si ardent désir de recevoir Notre- Seigneur, qu'il répétait à tout instant : Donnez-moi le corps de Jésus-Christ ; quand Jésus va-t-il venir? Donnez-moi Jésus-Christ l Au moment où le prêtre lui apporta le saint sacrement, il s'écria dans laplénitudede sa joie, Venez, mon Jésus! après l'avoir reçu, il demeura longtemps plongé dans une méditation profonde, et produisant des actes de remerciment. Ses religieux le prièrent de leur donner sa bénédiction et de prier Dieu pour eux ; il leva sa main, et les bénit en disant : Que la bénédiction du Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, descende sur vous et y demeure à jamais! Ensuite il bénit toutes les maisons et tous les pères de sa congrégation, la capitale et son ancien diocèse, et ajouta avec un redoublement de ferveur : Je bénis les pères de ce royaume et des Etats du pape, le roi et tous les généraux, les ministres et les juges qui invoqueront les saints et agiront selon la justice.
Quatre jours avant sa mort, il fut saisi de si violentes convulsions, et la gangrène dont il a déjà été parlé avait pris un tel degré d'accroissement, qu'il perdit l'usage de la parole ; mais il continua d'accompagner ses religieux dans les prières qu'ils récitaient pour lui, et ouvrait sa bouche avec beaucoup de joie et de satisfaction pour recevoir le saint sacrement. Quand on prononçait les saints noms de Jésus et de Marie, il semblait reprendre de nouvelles forces ; et comme, la veille même de sa mort, on lui présentait une image de la sainte Vierge, il ouvrit les yeux et les fixa sur cette digne Mère du Fils de Dieu, qu'il avait toujours révérée et aimée comme sa mère, et son visage parut tout rayonnant de joie et d'amour. Peu après il tomba en agonie ; mais il resta si calme et si paisible, que les pères qui étaient autour de lui ne s'aperçurent pas qu'il était près de rendre le dernier soupir. Tandis que ses religieux récitaient pour lui de ferventes prières et versaient des larmes en abondance, il pressa fortement contre sa poitrine le crucifix et l'image de la sainte Vierge, et passa ainsi à la gloire de Jésus et à la paix des saints, le mercredi, premier d'août de l'année 1787, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, dix mois et cinq jours.
Le lendemain, son corps fut en ter ré avec une pompe et une cérémonie extraordinaires dans l'église de Saint-Michel degli Pagani, au milieu des larmes et des gémissements de la ville de Nocera degli Pagarij et de tout le royaume de Naples. Il plut à Dieu de manifester la gloire à laquelle il avait élevé son serviteur, par une vision dont il favorisa une religieuse carmélite, dans le diocèse de Melfi. Elle priait dans le chœur de la chapelle de son couvent,
lorsqu'elle entendit une voix claire et distincte qui lui commandait de dire à son confesseur qu'elle avait vu le vénérable Alphonse deLiguori environné de splendeur et de gloire. Jme vois personnel répondil-elle; mais aussitôt après, elle vit, comme elle l'a attesté ellemême deux fois avec serinent, le serviteur de Dieu dans un globe de lumière et de splendeur, à laquelle, dit-elle, je ne vois point de lumière en ce monde que je puisse comparer; tout ce que j'en peux dire, c'est que c'était comme un soleil brillant réfléchi dans le plus pur cristal ; le saint prélat était si joyeux et si beau, que sa chair ressemblait au blanc du plus bel ivoire; mon âme en était, pour ainsi dire, étouffée de joie. Le saint lui donna plusieurs avis pour sa conduite spirituelle, et conclut en ces termes : Ma fille, conservez-vous toujours dans la pureté de cœur, et que votre cœur soit toujours à Dieu seul; soyez-lui toujours résignée, résignée à souffrir pour lui autant qu'il lui plaira , et à demeurer toujours sur la terre comme si vous n'y étiez plus.
Le bruit de la sainteté et des miracles du serviteur de Dieu engagea plusieurs personnes pieuses et influentes à supplier la congrégation des rites d'enregistrer son nom au nombre des saints. Dans les procès-verbaux rédigés en conséquence de celle pétition, il est rapporté beaucoup de miracles; mais comme le nombre en est trop grand pour trouver place ici, nous nous contenterons de rapporter seulement ceux qui ont été approuvés par la sainte congrégation des Rites. Madeleine de Nunzio-de-Haino, près de Bénévent, eut à souffrir en 1790 d'un abcès au sein gauche. Un chirurgien y fit une incision pour en extraire toute la malière putride , de crainte que la gangrène ne s'ensuivît. Il en sortit une quantité considérable; mais la gangrène, qui s'était déjà déclarée, continua de ronger les chairs autour de la plaie, de sorte qu'elle ne fit que devenir plus profonde, et qu'il fallut nécessairement amputer en grande partie le sein. Comme le mal faisait de rapides progrès, le chirurgien voulut qu'on lui administrât les sacrements de l'Eglise. Le soir du même jour, une de ses voisines étant venue la voir, avait apporté avec elle une image du saint et un petit morceau de son vêtement. Par ses conseils, la malade se recommanda à Alphonse, plaça son image sur la plaie et avala quelques filets de la relique dans de l'eau. Elle tomba ensuite dans un sommeil paisible; cl, à son lever, le lendemain matin, elle s'aperçut, à sa grande surprise , qu'elle était parfaitement guérie, que son sein élait redevenu dans son état naturel, sans aucune trace de l'amputation qui avait eu lieu; et jamais, dans la suite, elle n'en ressentit plus aucune peine ni aucune incommodité. Le père François d'Ollajano, de l'ordre des Franciscains réformés, était attaqué de violentes douleurs rhumatismales, accompagnées de fièvre et de crachements de sang, qui s'augmentaient de jour en jour, au point que les médecins déclarèrent qu'il était arrivé à un degré avancé de pulmonie et n'avait plus longtemps à vivre. Se voyant ré-
IH.MONSTRAIION EVANGËI n» I
«luit A m triste état, ci n'attendant plni chaque jour que la mort, il se recommanda avec ferveur à la protection do saint, qui était mort peu de jours auparavant, el en pi. ira unereliqne sur sa poitrine en disant :5i voue
êtes réellement nu cul, ih In n z-imà de Cette
mort gui est si dégoûtante et si déteetéi de tout te monde. A peine avait- il prononcé
ces mots, qu'il tomba dans un sommeil paisible, dont il se réveilla parfaitement guéri, à l'admiration de ses amis qui l'avaient cru déjà mort.
La congrégation des Mtes permit que la
. .m-. ■ il. -,i béatification fût produite en 1796; et le 1» mai 1K02, elle décida qu'on pouvait
a bon droit commencer la procédure, le cardinal rapporteur avant de< taré que les IbéOlogiens qui avaient examiné ses ouvrages, tant en manuscrit que ceUI déjà li % ri- .t
l'impression, n'y avaient rien trouvé .1 reprendre. L'invasion des Français en Italie interrompit la marche de la eaoje; mais le 15 Septembre 1H1G, Me VU publia solennellement le bref de sa béatification.
S. FRANÇOIS DE GIROLAMO