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au souvenir des blessures qu'il fit à la France et à son roi. Mais l'historien s'efforce de considérer toute la vie de Grégoire sous un point de vue historique et universel; et de ce terrain bien plus élevé que celui où se placent l'Allemand et le Français, il approuve ce qu'ils censurent. D;;ns un anlre endroit il écrit encore : On me dira peut-être : Est-il bien sûr que l'on trouve en lui cette sincérité , cette intime conviction de la justice de sa cause, de la vérité de ses motifs et de ses prétentions ? Ne s'estil point épuisé en mensonges et en fourberies? N'a-t-il pas essayé d'établir la grande monarchie sur des faits inventés, sur de fausses conséquences, sur de fausses interprétations de la sainte Ecriture? Pour flétrir l'opinion qu'il soutint comme une certitude , que le pouvoir qu'il exigeait résidait dans la personne du pape , ne faudrait-il point l'appeler l'hérésie d'Hildebrand? N'est-ce pas en effet un hérétique, unhypocrite, un fourbe ? — Atout cecinous répondons : ou Grégoire est l'homme le plus abominable , le plus infâme scélérat qu'on ait jamais vu sous le soleil, ou il est tel que nous le peignent ses paroles et ses actions. Ses lettres nous fournissent en abondance des preuves de laplus vive ardeur, du plus intime amour pour sa religion, dont il crut la divinité avec la foi la plus inébranlable : elles nous attestent la plus exacte fidélité dans l'exercice de sa charge, la plus sainte, ta plus ferme confiance dans la justice de ses actes et dans la vérité de ses décisions ; il suffit de les parcourir pour voir percer la conviction qu'il avait que les actions des hommes seront un jour récompensées ou punies. On remarque surtout qu'elles respirent le sentiment de la sainteté, de la dignité, de la divinité même, de ce qui attirait ses soins : on y trouve partout le langage transparent d'une conscience pieuse , et une sainte disposition à se sacrifier à ses nobles desseins. Puis le mémo auteur ajoute en terminant:
Si Grégoire avait maladroitement choisi ses moyens pour atteindre les fins qu'il se proposait ; s'il n'avait ni pesé les circonstances , ni tenu compte des temps; en un mot, s'il s'était laissé emporter en quelque chose au delà du terme, on pourrait se plaindre de sa prudence cl luirefuser le talent; mais la pureté de son cœur serait toujours hors d'atteinte. Or c'est uniquement celte pureté de cœur qu'on lui conteste, car tout le reste , on le lui accorde. Son génie embrassait tout le monde chrétien, et il devait l'embrasser, parce que, comme il la concevait, In liberté de l'Eglise était universelle. Ses actions devaient nécessairement être arbitraires, eu égard au siècle où il lui fallut agir : sa foi, ses convictions étaient nécessairement telles qu'il les manifesta ; il ne pouvait en manifester d'autres, parce que le cours naturel de la vie tes avait produites et créées en lui(l).
Ludcn ne parle pas autrement des desseins et du caractère de notre pontife. Quoiqu'il en sait , dit-il, la pensée d llildebrand parait être sortir des plus nobles sentiments qui aient jamais animé l'esprit humain. On le voit, c'est le résultat d'une immense commisération des
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afflictions qui désolaient les hommes, et du bridant désir d'en détruire la cause : non, cette pensée magnifique ne pouvait être nourrie que par un génie vigoureux : ce n'était rien moins que la mise en œuvre d'une résolution de rendre l'homme meilleur , de l'ennoblir en l'enveloppant du manteau vivifiant de la religion chrétienne. C'est une injustice de ne pas avouer qu'il aima les hommes , d'élever des doutes sur sa piété : il est bien plus probable qu'il puisu son projet dans la religion cl dans l'amour. Quelle passion, quelle puissance humaine auraient jamais pu l'élever à de si grandes pensées ? L'appétit des plaisirs des sens? mais, déjà plein de jours, Grégoire y avait renoncé ; il ne désirait plus les voluptés de la chair; et d'ailleurs l'œuvre dont il s'était imposé l'exécution ne lui promettait aucun plaisir, aucune jouissance, mais des travaux sans fin, des fatigues infinies , la haine et les persécutions. L'ambition , la vaine gloire, furent donc les mobiles de cet homme ? mais pouvait-il jamais avoir la certitude de se voir un jour assis sur le trône, maître de la puissance suprême ; et quand même la promesse infaillible lui en eût été faite, il lui fallait rester solitaire ici-bas : c'était un tronc sans rameaux ; il n'avait pas l'espérance de pouvoir fonder une dynastie ; ses jours étaient comptés. Il s'était élevé assez haut, ses œuvres étaient assez éclatantes pour lui assurer un renom fameux dans les annales de l'humanité (1).
Le même historien avait déjà fait, dans un précédent ouvrage, l'éloge suivant de notre héros : Il paraissait toujours dans la gloire de sa dignité sublime , comme sous une auréole, exempta la fois des illusions de l'orgueil et des vertiges que nous inspirent trop souvent nos propres mérites. Du resfp. , il fut toujours d'une vie simple cl de mœurs irréprochables (2). On peut, ce me semble, placer ici fort àpropos l'observation que ht sur cet éloge le Journal littéraire de Halle (novembre 1822). Après avoir fait observer que l'opinion du professeur Ludcn ne recevrait pas une approbation générale, le critique ajoute: Ludcn aurait tort de s'inquiéter d'une semblable mésaventure. Ccrtcsnous espérons bien que quand les véritables historiens entreront dans l'arène pour faire disparaître les amateurs du champ de l'histoire, l'étude des sources originales, dont l'amour commence à naître de nos jours, dissipera une multitude de ces préjugés téméraires auxquels le vulgaire a une foi si opiniâtre, et dévoilera, à l'aide de l'investigation allemande et de la véritable philosophie de l'histoire, l'absurdité de tant d'opinions qui paraissent aujourd'hui si profondément enracinées dans les esprits.
Voici le portrait que Je professeur Eichhorn, dans son Histoire d'Allemagne, nous retrace de Grégoire VU : Soutenu par la plus profondeet laplus religieuse persuasion de la nécessité où étaient le pape cl l' Eglise d'être indépendants de tout pouvoir temporel, et cou-
(1) Hildebrand, p. 171 el soiv.
{2) Histoire universelle des peuples ri des Etats. \ùùf.
vaincu que lu ml tion du vicaire de J Christ l obligeait de s'opposer à l'orgueil et à l'injustice des princes, il déploya la prudence lu plus pénétrante <t un indomptable courage. il choisit heureusement tes moyens d'action, et put réaliser une réforme dans l'Eglièi forme qui avait déjà été tenté* têtu avoir jumais pu réu sir.
M. Léo, professeur à l'université de Halle, parle ainsi qu'il suit (dans son Introduction à l'histoire du moyen âge, lS.'IOj de l'humiliation qu'eul à suliir l'empereur Henri IV à Canossa : Quanti on se représente le spectacle donné à Canossa , il faut que l'intérêt national se taise en présence de l'intérêt intellectuel. Cet reniement est un triomphe obtenu par cette énergique puissance de l'âme, qui crée les forces extérieures lorsqu'elles n'existent pas encore ; c'est une victoire sur un tyran efféminé, qui sut cependant retenir la force matérielle dont il était armé.
Le philosophe Henri Sleffens ne porte pas d'autre jugement sur Grégoire. Dans son livre intitulé: Le siècle actuel (Berlin 1817), il écrit en effet : // ne nous est certainement pas permis de douter de la droiture de ses intentions, ni de son gigantesque pouvoir. Le moine de Clugny, qui osa poursuivre un pape élu par l'empereur, mais i/ni arait méconnu (a divinité des droits de l'Eglise en recevant delà main des laïques ce que l'Eglise seule pouvait confé-er ; le paissant conseiller des souverain» .peniifés qui dédaigna si longtemps l'éclat extérieur de la papauté ; le pape qui humilie l'empereur sans jamais recourir à d'autres armes qu'aux armes spirituelles; le pape qui trahi de la fortune, qui banni de sa patrie, demeura ferme, inébranlable dans ses principes, else sacrifia à cette grande idée qui avait encouragé sa noble constance pendant tout le cours de sa vie ; l'homme enfin auquel il fut donné, à la veille de mourir, de voir que ses projets reposaient sur la vérité, ce que bien peu d'esprits avaient compris, ne fut-il pas un grand homme? ne fut-il pas la conscience, l'âme même du siècle où il vécut?
Le docteur Schmidt , premier professeurde théologie à Giessen, dans son Manuel d'histoire ecclésiastique chrétienne, 1828, prouve qu'il fallut contraindre Grégoire d'accepter la dignité papale et qu'il professait, le jour même de son entrée au pouvoir, les sentiments dans lesquels il persévéra jusqu'à sa mort, sans hypocrisie et sans crainte.
Afin de ne pas ennuyer plus longtemps
ÉVANGÉLIQ1 ;;.
lecteurs, je fermerai cette série de témoignages pi par les paroles suivantes de Jean de Huiler; elles sopi i m. mais décisives : Il eut le courage d'un h la prudence d'un ténateur, le zèle d'un \ phete , il furent dune rigoureu
Nous voici donc au terme que je \oulais atteindre : on a vu le caractère du saint pontife Grégoire VII apparaître dans loute sa vérité, dans toute sa gloire , sous le pinceau des écrit :ins protestants les plus modernes. Leurs propres paroles onl prouvé i|ue le devoir fut son guide dan-- tôutl • lions, soit que Ton considère I :i- dont il usa ou la manière dont ii 1 - mit en oeuvre. Comrrfe souverain pontife el cbcl reconnu de la république chrétienne, il s'arma de toute son autorité, qui était un élénaenl nécessairede l'organisation sociale ci qui, par conséquent, ne lui venait pas des hommes, mais de Dieu. Toutefois , il ne s'arma «le sa puissance que pour sauver les droits de la partie principale de toute société chrétienne , pour ravir aux mains des usurpateurs les prérogatives essentielles de la religion , pour purifier l'Eglise de ces souillures qui l'empêchaient d'exercer sur la son bénigne influence, afin d'y ramener l'ordre, l'harmonie et la vertu. En un mot . nous avons vu les protestants saluer dans la personne de Grégoire, un grand génie, uu héros, un saint.
Quand on ; imc à comparer les différents âges de l'Eglise, quand on va demander au les présages de l'avenir, on ne peut assurément étudier l'histoire de ce siècle sans y remarquer des analogies frappantes avec ce qui se manifeste autour de non-. La question du célibat religieux a été soi; de nos jours avec autant de chaleur el d'obstination en différentes parties du monde catholique; les droits respectifs de l'Etat et de l'Eglise ont fourni matière à d'interminables débats: l'autorité civile use, en certains pays, de toutes les ressources imaginables pour restreindre , le plus \ . l'in-
fluence et le peuvoirdu clergé. Mais il est w,\ autre irait de ressemblance qui peut consoler l'Eglise affligée et lui rendre le courage. Le grand nom qui l'affranchit jadis de ses douleurs, lui fournit aujourd'hui la même espérance: sa bannière est encore la bannière du grand patriarche Benoit: qui pourra douter de la \ ictoire?