‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 101 sur 255 · AUTHENTICITÉ DES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

AUTHENTICITÉ DES ÉVANGILES

Ce qui nous a été laissé par écrit sur la vie et les actions de ce Jésus de Nazareth, dont l'esprit a créé un monde nouveau, qu'il a doué d'une force infinie et comblé à jamais d'une foule de bénédictions, se présente à nous, envisagé dans son origine, comme un des fruits nombreux des travaux entrepris par ses premiers adhérents et disciples, pour répandre la connaissance de son nom. H n'a rien laissé lui-même d'écrit à la postérité, et il ne s'est pas mis en peine, pendant sa vie, de faire perpétuer par ce moyen la mémoire de son nom et de ses œuvres. Cela doit être d'autant moins considéré comme l'effet du hasard, qu'il a toujours mis la plus grande importance à la conservation et à l'extension de sa doctrine et de ses préceptes, et qu'il les a recommandés à ses disciples à plusieurs reprises de la manière la plus formelle. En effet, ce qu'il venait donner n'était pas une doctrine dont la conservation pût être facilement assurée par des ouvrages écrits par lui-même ou sous ses yeux, mais plutôt un nouvel esprit, un nouveau principe de vie à l'expression duquel les caractères de l'alphabet ne pouvaient suffire. Jésus s'attacha uniquement à communiquer cet esprit à ses disciples pour les diriger d'après la loi vivante et divine, les maintenir en tout temps dans la voie droite, et donner naissance par eux à des institutions qui fussent les points principaux et nécessaires du développement de son royaume. D'après ses ordres, ils annoncèrent l'Evangile d'abord

docteur Kuhn. Comme nous avons le projet de pu blier nous -même plus lard un traité complet de lauthenlicilé des Evangiles, nous avons donné ici sans commentaires ni réflexions celui du professeur de Tubingue. On pourra un jour comparer sa manière d'envisager les faits avec ia nôtre : nous nous bornons seulement à dire que sa démonstration est loin de nous paraître complète et invulnérable en tout point. — La traduction que nous citons ici est due à la personne qui a traduit les fragments d'Eschenmayer.

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oralement \Marc. xvi, 15 ,et celle prédication est l'original et le prototype des Evangiles écrits, qui devinrent les seuls documents httains de l'histoire de Jésus, lorsque la prédication apostolique cessa.

Les apôtres et les premiers serviteurs du Verbe ne se servaient, à notre connaissance, d'aucun plan écrit pour annoncer l'Evangile ; et cela est bien naturel, car la vie et les actions du Messie étaient gravées dans leur mémoire en traits profonds et ineffaçables, de sorte qu'il leur était facile d'en parler et de les exposer en toute occasion. Mais la mémoire de ces choses et la faculté de les reproduire dut s'aff ùblir chez ceux qui, n'ayant pas puisé à la source abondante de l'expérience immédiate et de la réalité, n'avaient eu la connaissance de l'Evangile que par la tradition orale. La prédication de l'Evangile par les apôtres et les témoins oculaires dut aussi naturellement être trèsooinée localement , et là où l'Evangile avait été annoncé par d'autres, il fallait complément, rectification ou confirmation. Enfin la diminution graduelle des témoins oculaires et des premiers apôtres du Verbe dut faire craindre que sa sainte bistoirc ne vint à disparaître ou à se perdre dans une foule de fables à mesure que les témoins vivants qui en étaient les dépositaires viendraient à quitter la terre. Telles furent les causes manifestes de la fixation de l'Evangile par l'Ecriture.

Lors de la composition du troisième Evangile, il existait plusieurs écrits de ce genre, où les faits les plus saillants de la vie de Jésus-Christ étaient consignés d'après la tradition orale des témoins oculaires et des premiers propagateurs de l'Evangile ( Luc. i, 1-3). Si nous mettons de côté l'Evangile de saint Marc et de saint Jean, que saint Luc ne pouvait comprendre dans l'expression de jT'/jj.oi, puisqu'ils n'existaient point à celte époque, il n'y a, parmi les documents nui sont parvenus à notre connaissance, que les textes grecs cl hébreux desainl Matthieu, dont il ait pu vouloir parler; mais ces textes ne formant à proprement parler qu'un seul Evangile ne peuvent justifier le mot deTroUoi dont il se sert. Nous ne devons pas non plus chercher les autres parmi les Evangiles appelés apocryphes, si nous en exceptons l'évangile des Hébreux, dont nous venons de parler, puisqu'il celle époque il ne devait encore faire qu'un avec le texte hébreu de saint Matthieu; car ces évangiles apocryphes, d'après

la connaissance qui nous en reste, ne peuvent en aucune façon être regardés comme des rapports émanés de la tradition des témoins oculaires. Si donc, ce qui ne peut être douteux, nous en croyons le rapport de saint Luc, nous avons à déplorer la perle de plusieurs expositions historiques, qui, à en juger d'après les sources dont elles découlent, devaient avoir des titres non équivoques à notre croyance. Si elles u'el.uenl pas dans le sens le plus rigoureux des e.\pu.itio;.s uu-

l.'AlillK CHASSA V 732

Identiques de la vie de Jésus, puisque pour cel | il eut fallu qu'elles lussent composées par des témoin- oculaire*, < e que saint Luc M paraît pas alliiui'i, elles eussent cependant niérile pour nous le litre de documeuls réellement historiques, eu ce que leurs sources étaient aulhenliq i

Nous devons cependant nous consoler de celle perle , puisque, si l'on doit en croire la tradition , les Evangiles parvenus jusqu'à nous sou: eu partie d tu benliqees

dans le sens le plus rigoureux ,en partie des récits tirés des sources historiques. Nous ( lasSCMM dans les premiers le premier et le quatrième évangile, sous la pu-supposition qu'ils ont été écrits par les apôtres saint Matthieu el saint Jean, et dans les derniers, le second et le troisième, s'il, sont attribues à juste litre à saint Marc et à saint Luc, qui étaient disciples des apôtres. Nous les avons tous classés dans la catégorie des reals tirés des sources historiques, pour ne pas trop préjuger en commençant.

La plus haute critique qui puisse présider à des recherches sur l'authenticité d'un écrit prend pour règle l'accord des caractères exler.ies et inlernes. Plus cet accord est grand, plus la preuve est frap;>au'e. Les preuves que l'on appelle communément externes et internes ne sont en au< une manière deux genres de preuves différents et indépendants l'un de l'autre, mais seulement deux portions essontie les d'une seule el même preuve. Toute recherche critique doit donc arriver à sou objet par ces deux i et là où une seule a été mise de rôle ou le moins du monde nég igée, ou ne peut prétendre avoir suivi méthodiquement les r de la critique, encore bien moins avoir obtenu des résultats positifs.

L'exposition scientifique de la vie de Jésus a un côté critique el un côte Ihéûlogiq/oe, et il s'agit de déterminer quel doit être le rôle de la crilique dans ce travail. La critique interne est seule liée immédiatement à la partie théologique, et la critiq e externe y joue simplement le rôle de presupposilion. Mais elle ne pourra former une partie intégrante de l'exposition de la vie de Jésus.

Il en est tout autrement dans une exposition de la vie de Jésus, qui n'a pour but que la crilique de l'histoire évangelique et qui ne s'élève pas au point do vue Idéologique, ou qui. du moins, n'entreprend pas de le traiter comme une partie essentielle du procès scientifique.

une telle critique de l'histoire évangélique n'a aucune valeur scientifique, si elle repose sur la prépondérance des preuves internes sur les externes ou le contraire. Un genre de preuves aussi M u que l'antre peut, à la vérité, être présente séparément, mais un résultat critique général . excluant ou concluant, ">' peut être. basé ni sur l'un ni sur l'autre. On a donc le droit de s'étonner que le plus nouveau travail sur la vie de Je-

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

sus fi), qui cependant n'est qu'une critique de l'histoire évangélique, s'occupe à peine de la question de l'authenticité de ses sources hasées sur les preuves externes , et croie pouvoir se contenter de quelques indications sans étendue et sans profondeur. Ces indications n'ayant point un caractère correspondant à l'ensemble et à la force des preuves internes donnent au tout un caractère incertain et même purement hypothétique, en sorte que le juge le plus indulgent serait forcé de convenir que ce n'est autre chose que la tentative de combattre l'histoire des Evangiles par elle-même, et par des raisons philosophiques, sous la présuppusition précaire de sa non-aulhenlicilé. L'exposition théologique de la vie de Jésus au contraire, si elle n'entreprend pas ellemême la recherche de l'authenticité de ses sources par les preuves externes, peut s'appuyer avec raison sur les résultats de la science qui sont applicables au sujet, ou sur la tradition historique elle-même qui garantit l'authenticité de l'histoire évangélique. Elle a donc en cela un double avantage sur la criiique de l'histoire évangélique dont nous avons parlé: premièrement , le droit de se passer des recherches sur les preuves externes ; secondement , le terrain solide sur lequel se place l'appel à la tradition. Car l'importance de la tradition historique pour l'authenticité des Evangiles ne laisse à personne le droit de contester qu'une recherche qui, s'appuyant d'abord sur elle, passe ensuite à l'examen du contenu des Evangiles, ne prenne, dans le cas où ce contenu s'accorderait avec elle, un caractère de critique historique positive, bien différent de celui que peut avoir une critique interne d'e l'histoire évangélique, basée sur l'hypothèse de la non-authenticité. L'un est un essai scientifique , l'autre un essai arbitraire.

î s- Toute recherche historique, selon le sujet qu'elle traite, a certaines lois et certaines limites qu'elle doit connaître et respecter pour avoir quelque valeur scientifique. Le dernier auteur de la vie de Jésus (Strauss) ne doit avoir aucune prétention à ce genre de mérite, d'après la manière dont il apprécie les anciens témoignages en faveur de nos Evangiles. 11 demande pour l'authenticité de nos Evangiles un témoignage d'un homme qui ait connu l'auteur, c'est-a-dire , « d'un témoin oculaire de l'acte de la ré- « daction, et un témoin auriculaire de l'as- « surance de l'auteur d'avoir écrit le livre « en question. » Il fait celte demande, la plus rigoureuse que l'on puisse imaginer, parce que, dit-il, il faut ici un témoignage capable de nous maintenir dans la ferme croyance de l'origine des Evangiles, même contre le résultat possible de la critique interne. Mais qui l'autorise à pré-upposi r ici, au commencement de se-, recherches, le résultat de sa critique interne, et d'i n faire la mesure de la critique externe.' Ce même

résultat repose essentiellement sur la présupposition de la non-authenticité de nos Evangiles. Comment est-il possible de déterminer, d'après lui, les principes de la recherche de l'authenticité? C'est une choquante pétition de principe.

C'est uniquement, ou au moins avant tout, par le témoignage que l'on peut décider si un écrit est l'ouvrage de l'homme dont il porte le nom en tête; car cette question est purement ou au moins principalement historique. Ce précis historique peut être jugé d'après des rapports historiques déterminés, d'après les écrits contemporains du livre en question , qui sont parvenus jusqu'à nous et dont le rapport à ce livre est réel, d'après les relations de leur auteur avec l'auteur prétendu du livre soumis à l'examen, d'après les allures du temps et des écrivains de l'époque, etc. Maintenant si nous ne possédons aucun écrit d'un témoin oculaire de la rédaction ou d'un témoin auriculaire de l'assurance de l'auteur d'avoir réellement écrit le livre, c'est-à-dire émanant d'hommes qui aient pu être l'un ou l'auire, l'exigenced'un tel témoignage pour l'accréditation du livre eu question sera dans ce cas manifestement impossible à satisfaire; elle n'est pas digne d'une critique historique claire et savante. On pourrait, au même litre, demander à Strauss de présenter un témoin auriculaire qui ait entendu affirmer à saint Matthieu , à saint Marc, à saint Lucel à saint Jean, qu'ils n'ont pas écrit les ouvrages qui leur sont attribués ; on pourrait encore lui faire une foule d'autres questions impossibles à résoudre, et que l'on trouverait facilement, en sachant où s'arrêtent nos connaissances historiques sur ce point. Au lieu donc de faire de certaines exigences, c'est-à-dire de certaines manières de prouver par le témoignage la valeur d'un écrit, la condition absolue de l'authenticité , on doit plutôt les considérer comme des degrés de démonsmoins forts en sa faveur, attaché au plus haut degré , quoique le scepticisme pût encore s'élever contre. Il suflirait, en effet, de faire ensuite

fiour le livre rendant témoignage de l'autre, a même demande que pour le premier, et si on pouvait par miracle répondre à celle-ci , renouveler encore la même demande pour le nom eau témoignage, pour que toute critique historique re*tât confondue, cl que la certitude historique fût inarquée du sceau de la niaiserie.

Quand une fois on est parvenu à atteindre les bornes du possible, eu égard à toutes les circonstances, et le degré nécessaire à l'accréditation réelle du livre, on entre alors dans le domaine de la critique interne, qui, d'après sa nature, peut renforcer ou affaiblir les résultats de ia critique externe, sans pouvoir toutefois jamais les détruire entièrement. C'est ainsi qu'à l'aide de ces deux criti lues on détermine la place qu'un écrit doit occuper dans l'échelle des différents modes d'accréditation historique, en attendant la

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(1) Celui de Strauss.— L'ouvrage de Kuho est eu effet de 185$.

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