EXPOSITION DE DIVERSES DOCTRINES HÉRÉ- TIQUES
NOUONS PRELIMINAIRES.
J° Tous les protestants diffèrent des catholiques sur le contenu du canon des saintes Ecritures : ils n'admettent, en général, pour l'Ancien Testament, que les livres contenus au canon des Juifs, et rejettent comme apocryphes ceux, qui sont connus sous le nom de denléro-canoniques ; pour le Nouveau Testament, ils diffèrent les uns des autres , un grand nombre n'admettant que les livres proto-canoniques, quelques-uns reconnaissant aussi comme inspirés certains ou même tous les livres deuléro -canoniques. Tous rejettent quelques fragments deutéro-canoniques , lanl de l'Ancien que du Nouveau Testament.
2° Ils prétendent tous que l'Ecriture sainte est l'unique règle de la foi , et qu'il n'y a sur la terre aucune autorité vivante qui soit Infaillible.
3° Ils ne veulent reconnaître d'aulre interprèle de l'Ecriture sainte que le sens privé de chaque fidèle, rejetant ainsi l'autorité de la tradition.
§ 1. DOCTRINE LUTHÉniEN.NE,
Extraite en partie des propositions de Luther condamnées par Léon X.
1° Les sacremenls de la nouvelle loi ne produisent pas par eux-mêmes la grâce de la justification. Il n'y a que le baptême , qui n'efface pas le poché, mais seulement le couvre, et l'Eucharistie (Luther semble admettre aussi la pénitence, mais il condamne l'usage des autres sacremenls).
2° La concupiscence est un péché, et retarde par elle-même l'âme dans son entrée au ciel.
3° La charité imparfaite du moribond détermine une grande crainte , qui elle seule constitue la peine du purgatoire et empêche l'entrée dans le royaume.
4° La contrition, la confession et la salisfaction , comme parties de la pénitence, ne sont fondées ni sur l'Ecriture sainte, ni sur les écrits des anciens docteurs.
5° La contrition rend hypocrite; ni le prêtre ni le pénitent ne doivent eu parler.
6* Prétendre confesser ses péchés véniels, et même tous ses mortels, est une présomption destructive de la miséricorde.
7° Les péchés sont remis à quiconque se croit absous , et ne le sont qu à celle condition, soit qu'il y ail contrition et absolution, soit qu'il n'y ait ni l'une ni l'autre. Le pape' ou l'évêque ne fait pas plus pour la remise de It faute que le simple prêtre, ou un chrétien quelconque en I absence d'un prêtre ; tous les chrétiens, hommes, femme* ou enfanta, étant également prétn-s.
8° Les grandes pénitences sont inutiles : la meilleure pénitence est une nouvelle vie ; les trésors de l'Eglise ne sont point le-, mérites de Jésus-Chr st ; les indulgences, qui sont de pieuses fraudes, n'ont aucune valeur pour la remise de la peine due aux péchés actuels , et ne sont nécessaires qu'aux endurcis qui ont commis des crimes publics.
9* La foi seule prépare à la réception utile de l'Eucharistie, que les laïques doivent recevoirsousles deuxespèces. Le pain demeure avec le corps de Jésus-Christ, qui n'est présent que dans l'usage. Il n'y a ni transsubstantiation, ni sacrifice.
10u Les excommunications n'ont poinl d'effet spirituel , et doivent être plus désirées qu'appréhendées par les chrétiens.
tl° Le pontife romain n'est pas le vicaire de Jésus-Christ pour toutes les Eglises du monde ; ces paroles : Tout ce (jue r«us lierez sur la terre, etc., ne se rapportent qu'à saint Pierre.
12° Il n'appartient pas au pape ou à l'E* gli>e d'instituer des articles de foi , ni des lois morales ; il n'y a ni péché ni hérésie à penser contrairement au pape réuni à une grande partie de l'Eglise; on peut contredire les actes des concibs, et juger leurs décrets.
13° Le juste pèche au moins véniellemenl dans toute lionne œuvre ; personne n'est certain, vu le vice occulte de l'orgueil, de ne pas pécher toujours mortellement.
14° La grâce, dans l'étal d'innocence, était un appendice nécessaire de la nalure humaine; le libre arbitre, depuis le pèche, ■'exista que de nom et n'entraîna qu'au pèche, par rapport à la concupiscence; quoique Dieu, par une grâce toujours efficace, agisse dans l'homme sans l'homme lui-même.
15° Le purgatoire ne peut se prouver par l'Ecriture sainte canonique : toutes les âmes du purgatoire ne sonl pas sûres de leur salut; il n'est pas prouvé qu'elles ne puissent mériter : elles pèchent sans cesse quand elles cherchent le repos ; délivrées par les lullra-
ges des vivants, elles sont moins heureuses
que si elles eussent satisfait par elles-mêmes.