DOCTRINES DES BA1ANISTES ET DES JANSÉNISTES
Extraites, tant de 79 propositions condamnées par Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIII, que de celles censurées par Innocent X.
1° L'intégrité primitive de l'homme fut sa condition naturelle, et l'immortalité avec laquelle il fut créé ne fut pas un bienfait de la grâce; en sorte qu'il n'a pu être produit, comme il l'est aujourd'hui, sans la justice naturelle (prop. 26, 55, 78, 79).
2° L'élévaiion de la nature humaine à l'association de la nature divine fut une dépendance de l'intégrité de l'elat primitif, et par conséquent doit être dite naturelle, et non surnaturelle (prop. 21, 23, 24).
3° Ni les mérites des anges, ni ceux du premier homme, ne doivent être appelés grâce, et si celui-ci eût persévéré dans son Mat primitif jusqu'à la Gn de sa vie, la félicité eût été pour lui une récompense et non une grâce ; attendu que par ce mot, dans le langage de l'Ecriture, on ne peut entendre que les dons qui sont conférés aux iudigues par Jésus-Christ, et que la vie éternelle fut promise aux anges et à l'homme dans l'état d'intégrité, en vue de leurs bonnes œuvres, lesquelles, en vertu de la condition naturelle, sont suffisantes pour la faire obtenir (prop. 1, 3,4,5,8,9,11).
4° Le mode de liberté, qui est dit de nécessité, ne se trouve point dans l'Ecriture sous le nom de liberté ; mais on y rencontre seulement le nom de liberté dans le sens d'af-
Démonsiralions que quelques principes sociniens qui seront signalés en leur lieu.
franchi-sement du péché: ce qui se fait volontairement, quoiqu'il 16 fasse nécessairement, se fa r l cependant librement; et par conséquent l'homme pèche, même mortellement, dans ce qu'il f'.-iil nécessairement : bien plus, le volontaire n'est pas inclus dans l'essence du péché. (Les balanistes tirent de là plusieurs conséquences, relatives tant au volontaire du péché originel qu'aux funestes effets de la concupiscence, à l'infidélité négative et à la culpabilité des actions du pécheur [prop. 35, 39, 40, 41, 4G, 47, 48, 49, 50, 51, 07, 08, 73, 74,75].)
5" Le libre arbitre de l'homme déchu, destitué du secours de la grâce, ne peut porter qu'au péché; et c'est donner dans l'erreur de Pelage que d'admettre quelque exercice du libre arbitre qui ne soit pas mauvais, ou de dire qu'il puisse, soit faire éviter aucun péché, soit faire résister sans le secours de la grâce à aucune tentation, de telle sorle qu'il ne soit pas vaincu par elle. D'où il résulte que toutes les œuvres des infidèles sont des péchés, et les vertus des philosophes des vices (prop. 22, 25, 28, 29, 30, 37, 05).
0° Aucun péché n'est véniel de sa nature, mais toute œuvre mauvaise est digne de mort éternelle: de plus, elle souille son auteur et tous ses descendants de la même manière que la première transgression. De même, toute bonne œuvre, même faite sans la grâce d'adoption, est de sa nature digne de la vie éternelle, et ne tire pas son mérite de ce qu'elle se fait par l'esprit d'adoption résidant dans les cœurs des enfants de Dieu. Bien plus, les œuvres de justice et de tempérance que fit le Christ ne tirèrent pas leur plus grande valeur de la dignité de la personne de l'agent. Au reste, ce n'est pas une véritable obéissance à la loi que celle qui n'est pas le fruit de la charité (prop. 2, 13, 16, 17, 18, 19,20, 52, 53,01, 02).
7° Tout amour de la créature raisonnable est, ou une cupidité vicieuse qui fait aimer le monde, et qui est proscrite par saint Jean, ou cette charité louaLle qui fait aimer Dieu en remplissant le cœur par l'opération du Saint-Esprit ; d'où il suit que la distinction de deux, amours, dont l'un naturel porterait à aimer Dieu comme auteur de la nature, et l'autre gratuit fait aimer Dieu comme auteur île la béatitude, est vaine, mensongère. Cependant, la charité parfaite et sincère, qui est la plénitude de la loi, peut exister sans la rémission des péchés et demeurer avec la peine encourue de la damnation éternelle, laquelle reste seule après l'acte du péché, et ne dsparaît proprement que dans le sacrement de baptême ou par l'absolution du pré- Ire. Au reste, la contrition, même jointe à la charité parfaite, ne peut, hors le cas de nécessité, ou celui du martyre, remettre le péché sans la réception actuelle du sacrement (prop. 31, 32, 33, 34, 36, 38, 50, 57,58, 70, 71).
8° Néanmoins, il existe dans les hommes pénitents avant le sacrement de l'absolution, cl dans les catéchumènes avant le baptême, une vraie justification, distincte toutefois de lu rémission des péchés. Mais la justice qu'o-
IlÊVISION DKS DEMONSTRATIONS EVANGELIQUES.
père
la foi dans l'impie consiste formellement dans l'obéUiance aux commandements, qui e->t la justice des œuvres, et non dans quelque grâce infuse dans l'âme, par laquelle l'homme devient Fils de D eu par adoption De même, les fidèles sont justiliés en vue des bonnes œuvres qu'ils font, seulement jour obéir aux commandements de Dieu, mais celles-ci ne produisent point en eux l'accroissement des vertus: et la satisfaction n'est pas le fruit des lionnes œuvres et dei indulgences, mais elle ne doit être attribuée qu'aux mérites du Christ. Toutes les af fin — lions des ju>les mêmes sont des peines du péché, soit actuel, soit originel ; d'où il suit que la sainte Vierge est morte â cause du péché d'Adam, et que Job, ainsi que les martyrs, ont souffert pour leurs péchés. Enfin, le sacrifice de la messe n'est pas plu> sacrifice que toute bonne œuvre que fail l'homme, pour former avec Dieu une société sainte (prop. 10, 42, 43, 44, 45, 59, 00, 03, 64, 09, 72, 73, 77).
Les cinq propositions de Jansénius proscrites p»r Innocent X.
l°Quelques préceptes de Dieu sont impossibles aux justes, selon leurs forces présentes, quoiqu'ils souhaitent et lâchent de les observer; ils sont destitués de la grâce, par laquelle ces préceptes sont possibles.
2° Dans l'état de la nature corrompue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure.
3* Pour mériter et démériter, dans l'état de nature corrompue, la liberté qui exclut la nécessité n'est pas requise en l'homme, mais il suffit d'avoir la liberté qui exclut la coutrain te.
4° Les semi-pélagiens admettaient la nécessité d'une grâce intérieure, prévenante pour chaque action en particulier, même dans le commencement de la foi, et ils étaient hérétiques en ce qu'ils prétendaient que cette grâce fûl de telle nature que la volonté eût le pouvoir d'y ré^sler ou d'y consentir.
5° C'est une erreur des semi-pélagiens de dire que le Clmsl soit mort, et qu'il ail répandu son sang p mr lous les hommes.