‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 23 sur 255 · DU RAISONNEMENT HUMAIN · texte numérisé non relu

DU RAISONNEMENT HUMAIN

H5. Jésus-Christ nous a enseigné par son exemple à faire usage du raisonnement dans ce qui regarde la religion révélée. Il a cité plusieurs fois aux Juifs les passages de l'Ancien Testament, et il en a tiré, en raisonnant, les conséquences qui servaieut de preuve à ses doctrines, et de réponse aux difficultés que ceux-ci lui proposaient. Plusieurs fois même il détruisait leurs accusations parles seules raisons naturelles, comme lorsqu'il fit voir que ses miracles ne pouvaient être faits par la vertu du prince des démons, mais qu'ils étaient évidemment opérés par la vertu de Dieu, et qu'ils étaient par conséquent une preuve convaincante de la mission divine qu'il avait reçue de son Père céleste {Luc. xi, 14 sqq. ). Les saints apôtres, soit en prêchant, soit en écrivant, se sont toujours servis de raisonnements appuyés, tantôt sur les textes des saintes Ecritures, tantôt sur les vérités naturellement gravées dans le cœur de tous les hommes pour prouver les dogmes de notre foi et réfuter les erreurs contraires. C'est ce qu'ont fait les conciles généraux' et particuliers , tous les saints Pères, les docteurs et les auteurs ecclésiastiques. Nous avons déjà parlé de l'efficacité des raisonnements pour former notre foi, en distinguant ces vérités, qui naissent d'une autre, par suite immédiate, évidente et nécessaire, de celles qui se déduisent par des raisonnements plus longs, et par l'enchaînement de diverses propositions, qui ont de la dépendance et de la connexion les unes avec les autres : il est certain que, dans ce dernier cas, le raisonnement ne peut jamais devenir entièrement efficace pour convaincre des esprits préoccupés d'une idée contraire. Alors la prévention fait tous ses efforts pour ne pas voir cet enchaînement

(1) Quid ergo Alhenis et Jerosolymis? Quid académie et Ecclesix? Quid hrcreticis et chrislianis ? Nostra institutio de porlicu Saiomonis est, qui et ipse tradiderat Dominum in siinplicitate cordis esse quanrcniliim. Viderint qui stoicum et platonicuni, et

DÉMONSJT. ÉVANjGÉUQUE. XVIII.

qui lie une vérité avec une autre; et la volonté, sans que l'homme presque s'en aperçoive, obscurcit l'entendement, ne lui fait paraître vrai que ce qui lui plaît. Si l'homme, dans la recherche de la vérité, ^-lisait taire ses affections, il serait très-heureux, et il verrait disparaître une foule de questions qui le tourmentent, retardent sa marche et l'empêchent d'arriver rapidement vers le terme auquel il aspire.

146. Terlullien se plaint d'un grand nombre de raisonneurs de son temps, dont il dit qu'ils avaient formé un christianismedu goût des philosophes stoïciens, platoniciens et partisans d'Aristole. «Qu'a de commun, s'écrie-t-il, Jérusalem avec Athènes, l'Eglise avec l'académie? Notre école nous enseigne à chercher Dieu dans la simplicité de notre cœur. Nous n'avons pas besoin de discuter, de philosopher après que Jésus-Christ nous a enseigné sa doctrine. Nous croyons à l'Evangile : cela suffit pour notre salut, et nous n'avons pas besoin de faire d'autres recherches (1). » Tertullien dirige ses paroles contre les hérétiques qui, à force de raisonnements, voulaient introduire leurs erreurs dans le christianisme, et transformer l'école de l'Evangile en école d'Aristole. Mais il faut remarquer que les raisonnements de ceux-ci tendaient à exclure l'autorité de l'enseignement public et universel de l'Eglise, sur laquelle seule Tertullien s'appuie pour interpréter les divines Ecritures et pour convaincre les hérétiques de nouveauté et d'erreur dans leurs doctrines. Du reste, Tertullien ne désapprouve jamais que l'on raisonne, que l'on argumente sur les textes sacrés, quand on le fait conformément à la tradition et au sens généralement reçu dans l'Eglise : le même docteur, dans tous ses ouvrages, et en particulier dans ce même livre des Prescriptions, emploie cette méthode et enseigne à tous les chrétiens à l'employer. Prétend-il seulement que la base de tous nos raisonnements dans l'interprétation des divines Ecritures doive toujours être l'enseignement public et de vive voix , donné par l'Eglise, pour exclure et réfuter les fausses interprétations et les nouveautés des hérétiques? En cela il a raison, et il nous présente précisément la règle que j'ai cherché à développer dans les deux chapitres précédents. Si les jansénistes voulaient s'en tenir à celle règle dans toutes les questions qui sont agitées entre nous, la paix se ferait bientôt, et toute controverse cesserail. Quel immense avantage pour eux, et quelle consolation pour nousl Par exemple, dans la question de l'infaillibilité de l'Eglise louchânlles faits dogmatiques, M. Guadagnini a proposé contre moi trois observations dans lesquelles il fait une foule de raisonnements pour distinguer le droit du fait, pour répondre à mes preuves, et, en somme, pour défendre la cause des jansénistes. Les preuves

dialecticumchristianismumprotulerunt. Nobis curiositate opus non est post Jesum Christum, nec inquisilione post Evangelium. Cuin credimus, nihil desideramus ultra credere (Tertullianus de Prœscriptione, cap. vu).

[Cinq.)

DEMONSTRATION EVA6IGELIQUE. BOLUENI.

que j'npporlc en faveur de l'infaillibilité de l'Kglise sur ces hits sont nu nombre de quatre : In première montre la pratique confiante et universelle de l'Eglise , et contient

des raisonnements tons fondés sur cette pratique. Quant aux réponses de M. Gnadagnlnf,

elles sont lai! les, subtiles et sophistiques, et par conséquent très-faciles à rél'uier jusqu'à l'évidence, .le ne veux pas toutefois perdre mon temps, ni fatiguer la patience de rues lecteurs en entrant dans une réfutation détaillée. Je leur fais grâce des trois dernières preuves ; et j'invite seulement M. l'archiprélrc à ne point perdre de vu • ma première preuve à laquelle il n'a pas été répondu, et l'on ne pourra jamais rien répondre de satisfaisant. Qu'il range, pour ainsi dire, eu bataille une année entière de raisonnements les plus spécieux, qu'il mette son esprit à la toi lure pour en faire sortir toutes sortes de subtilités et de sophismes, il ne réussira jamais à persuader un esprit chrétien contre un fait public, constant et irrécusable, et contre la conséquence qui naît évidemment et nécessairement de ce fait. Quand un voit la sainte Eglise calh lique décider non-seulement sur des propositions isolées, et en faisant abstraction, mais d'une manière expresse, sur des écrits et des livres comme contenant une doctrine bonne ou mauvaise, et exiger de tous les chrétiens une croyance vraie, intérieure, de cœur, et une profession extérieure, de bouche, sur une telle décision, et tenir les réfractaires pour hérétiques, en les traitant comme tels, et les appelant de ce nom ; quand, dis-je, l'on voit ce fait prouvé par des monuments nombreux et à l'abri de la critique, qui forment une chaîne de tradition non interrompue, depuis les premiers siècles jusqu'à nous, .1 est impossible de ne pas reconnaître l'infaillibilité de l'Eglise et sur le droit et sur le fait. On trouvera, il est vrai, mille sophismes pour essayer d'obscurcir l'évidence de celle conséquence : et les efforts d'un orgueil opiniâtre viendront à bout peut-èlre d'étouffer, du moins en partie, la voix de la conscience et le cri de la foi; maison ne parviendra jamais à jouir tranquillement du repos, et à ne pas sentir les remords que les maximes de la religion réveillent dans le cœur de tout chrétien, même de celui qui est médiocrement instruit.

147. C'est donc à cette seule preuve que je rappelle M. Guadagnini, et je dispute contre lui, comme saint Augustin disputait contre les pélagiens, et je lui d.s que je veux bien lui accorder que je ne réponds pas à tons ses raisonnements subtils et sophistiques, et que le fait fait nailrc pour moi une question très-emhrouillée et au-dessus de mes forces et de mon peu d'habileté : l'y islam tmceitionem profundumsentio, et ad ejus fundum rimandum vires meas idoneas nonaynosro. Mais dans l'embarras très-compliqué d'une question si profonde je prends pour règle de mes sentiments non la faiblesse du raisonnement humain, mais l'autorité de rivalise, qui découle directement des promesses infaillibles de Dieu : Libi ergo ttun invenia in

profnndo profundum, attendere debeu ! u>nari(it)i infirmitatem. non damnare ditiw. ■ 0Mctoritatem. L'Eglise :. toujours propo é ,,u< fidèles ses décisions nir les faits dogmatiques

comme des d n»i infaillibles, >-\ .

d'eux la soumission d'esprit par la foi intérieure, et l'obéissance par la professi i i térteure, anima et ore. C'est celte pratiqni de l'Eglise que je présente i M <i ladagninl; c'est sur elle que je m'appuie, et «est par elle que, comme avec un bouclier, je rep tous les coups qu'il me porte dans ses r« ses, et que je suis en sûreté contre tous les traits de n s raisonnements : Ego infirmitatem meam hSt t<ibi< munio, 'itmc eauteta rfreumsrptui advenus sagillas raliccinationum sunrum muralui assisto [Serm- ccxiv, al. xiv de Virbis apott., cap. vu, n.7). M.Guadagnini répondeequ'ontrépondu cent foi* tous les défenseurs de Jansénius, cherchant à obscurcir tant le fait de la pratique de l'Eglise , que la conséquence qui en découle nécessairement : mais si l'on pouvait espérer d'obtenir de nos adversaires au moins une bonne fois seulement l'aveu sincère et clair de ce qui se passe intérieurement dans leur esprit, je. guis très-convaincu qu'ils nous diraient qu'ils ne sont pas contents eux-mêmes de lou^ leurs arguments, et qu'au fond de leur cœur ils reconnaissent invinciblement leur tort. Pourquoi donc sont-ils obstinés à nourrir et à fomenter ainsi au sein du catholicisme le feu d'une dispute si funeste? I)'où peut naître un zèle si ardent à soustraire aux censures de l'Eglise le livre de Jau*"nius ; de ce Jansénius, dont les lettres devenues publiques fournissent des preuves décisives du peu d étendue de ses connaissant s et de la pratique relâchée de sa morale? Mais ne nous fatiguons pas à chercher le ressort qui met en mouvement tdnl d'écrivains pour soutenir la cause de Jansénius. Qu'il nous suffise de savoir que nos raisonnements ont pour règle et pour base l'autorité et la pratique de l'Kgli>e, tandis que les raisonnements de nos adversaires sont i ntièremenl hors de cette règle, et tendent même à l'attaquer. Cela seul met en et il Loul lecteur chrétien de prononcer un jugement solide dans notre dispute, et de déni, r - ans crainte d'erreur qui de nuus a raison ou tort.

14-8. Dans le chapitre premier (n. 19 el saiv.) j'ai exposé les raisons pour lesquelles les témoignages des personnes déjà mortes , et qui sont arrives jusqu'à nous par écrit , sont sujets à élre ni.il entendus et à subir de fausses interprétations. Tous les mots , ou du m ii s la plupart des mois qui sont employés dans le langage humain peuvent avoir plusieurs sens , el on s'en sert en effel Irès-souveul dans un sens différent . el do là uail l'incertitude dans laquell : se trouve le lecteur pour fixer le sens précis et unique , qui a été dans l'esprit de I auteur. A cel effel on donne pour règle de eon*iderer attentivement loul I ensemble de la doctrine , et de comparer ce qui précède al qui suit. CefteS Cette rèu'lc est très-ut.!. ; mais

EC0N0M1R DE LA FOI CHRETIENNE

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il est très-difficile de la bien mettre à exécution comme il faut; car elle demande beaucoup d'intelligence , de l'étude , du soin , de l'attention, et un travail pénibleet ennuyeux, et pour réunir toutes ces choses il manque souvent aux lecteurs la capacité, et plus souvent encore la bonne volonté. Une règle plus facile, à mon avis , et qui est certainement plus sûre, c'est d'avoir bien présent à l'esprit le but vers lequel un auteur quelconque dirige ce qu'il dit. En même temps que ce but fixe dans l'esprit de l'auteur un sens unique pour toutes les expressions qu'il emploie, et pour toutes les propositions qu'il avance, il enlève aux lecteurs toute incertitude , et le porte à rencontrer le véritable sens , qui était dans l'esprit de l'auteur. Ainsi, par exemple, quand, dans la lettre du pape Honorius à Sergius , évéque de Constantinople , nous lisons ces paroles : Unde et unam voluntatem fitemur Domini nustri Jrsu Christi (Apud Labbe, tom. VI, col. 918 sqq.), il nous semble voir clairement enseignée l'erreur des monothélitos. Il est vrai qu'en faisant attention à tout le contexte de cette lettre, nous n'y trouverions pas celle erreur, puisque nous y voyons le dogme des deux volontés en Jésus-Christ, exprimé par les paroles les plus justes et les plus énergiques , celles mêmes dont s'était servi saint Léon dans sa Lettre dogmatique à Flavien : Unum Dominum noslrum Jesum Chris tum Filium Dei vivi, Deum verissimum, in duabus naluris operalum divinitus atqite humanitus. Mais cette règle relative au contexte, excellente en elle-même , peut être obscurcie et embrouillée par un raisonneur pointilleux, qui dira qu'il y a donc contradiction dans la lettre d'Honorius ; qu'il n'y a pas de raison pour laquelle on doive expliquer et entendre le premier passage d'après le sens du second, ou plutôt le second d'après le sens du premier. Certainement les jansénistes, comme nous l'avons remarqué ailleurs (Note delà col. 61), sont assez fourbes pour se contredire souvent , en admettant dans un passage et soutenant les vérités catholiques, el dans un autre en défendant les erreurs contraires à ces vérités : ils tendent ainsi un piège à leurs adversaires, et les accusent de calomnie et (l'imposture, quand ceux-ci croient avoir surpris les jansénistes dans l'hérésie.

149. Mais si nous suivons la règle, qui consiste à faire attention au but de l'auteur, nous arriverons à connaître le sens véritable d'une manière plus sûre , et nous nous débarrasserons de plusieurs sophismes, qui retarderaient notre marche. Sergius de Constantinople dans sa lettre au pape Honorius (lbid.,col. 917 sqq.), avait déclaré que plusieurs attribuent deux volontés à Jésus- Christ, l'une contraire à l'autre; ce qui était impie et hérétique : Similiter autem et duarum operationum dictio multos scandait zac... Insuper et conséquent! eis sil prœdicare duas voluntalis contrarielales circa invicein ha~ bénies, tanquam Deo quidem Verbo salularem volente adimpleri passionem, humanitale vero ejus obsistente ejus volunlnti , et resistente et

perinde duo contrariavotentesintroducantur, quod impium est. Or , c'est une chose évidente que , quand quelqu'un répond à une proposition qui lui est faite, il répond dans le sens de cette proposition, et ainsi la réponse éclaircit la chose proposée, et enlève toute équivoque. Donc d'après celte règle , quand Honorius nje deux volontés en Jésus- Christ, il les nie dans le sens exposé par Sergius, c'est-à-dire dans le sens de deux volontés l'une contraire à l'autre ; et ainsi ces paroles : Unam voluntatem fatemur Do mini nostri Jcsu Christi, sont si éloignées de l'erreur des monothélites , qu'elles contiennent un dogme catholique. On fixe pareillement d'une manière vraie le sens de ce passage de l'Evangile où Jésus-Christ dit qu'il n'irait pas dans la Judée a une certaine fête qui s'y célébrait, et qu'ensuite il y alla : Vos ascendite ad diem festum hune : ego au-

lem non ascendo ad diem festum hune Ut

autem ascenderunt fralres ejus, tune et ipse ascendit ad diem festum (Joan. vu, 8, 10). Pour accorder le fait avec les paroles de Jésus-Christ, quelques commentateurs disent les choses les plus étonnantes ; mais rien n'est plus facile, à mon avis, en mettant en pratique notre règle. Les paroles du Sauveur ne doivent pas être prises isolément, mais d'après le rapport qu'elles ont avec la proposition qui lui fut faite par ses disciples : or, ceux-ci proposèrent à leur maître d'aller dans la Judée pour montrer publiquement ses miracles : Transi hinc , et vade in Judœam,ut el discipuli tui videant opéra tua, quœ facis. Nemo quippe in occulto quid facit, et quœrit ipse in palam esse : si hœc facis, manifesta te ipsum mundo (Joan. vu, 3, k). Jésus-Christ répondit qu'il ne voulait pas aller dans la Judée; non pas absolument, mais pour y montrer publiquement ses miracles : il y fut en effet, mais secrètement, comme le remarque le texte sacré : Ut autem ascenderunt Ira très ejus , lune et ipse ascendit ad diem festum non manifeste, sed quasi in occulto (Ihid., 10J. Ainsi disparait toute contradiction entre ce que dit et fait Noire-Seigneur Jésus-Christ. Cette règle, d'après laquelle on examine le but que se proposent les auteurs, est si universelle, qu'elle ne me paraît pas pouvoir souffrir quelque exception. Et jo suis convaincu, comme je l'ai fait observer ailleurs, que si l'on s'en I e n ; : i t strictement à cette règle dans la lecture de saint Augustin, que l'on ne perdît jamais de vue la substance des erreurs qu'il allaquc, et des vérités qu'il veut établir , on verrait cesser beaucoup de ces disputes qui s'élèvent sur la manière dont il faut entendre certains passages du saint docteur, et l'on parviendrait à en fixer le véritable sens , pour le plus grand avantage delà religion ctde la charité chrétienne. 150. Faisons une dernière réflexion , qui est Irès-imporlanle , pour servir de règle au raisonnement humain dans les matières qui regardent la religion révélée. Les choses écrites présentent d'abord à quiconque les lit un sens , que l'on appelle ordinaire el naturel, parce qu'il se présente le premier et

naturellement à l'esprit des Ici-leurs, et est .primé par le sens commun , que tmis le-,

ijoniines attribuent aux paroles. Quand, par exemple, nous lisons dans l'Evangile, que Jésus-Christ prit du ;> tin, qu'il le rompit, et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez; ceci e>t mon corps; le sens delà présence du corps de Jésus-Christ sous l'espèce de ce pain se présente tout à coup à l'esprit de tous les hommes ; et il faut se faire violence , violence qui sera toujours inutile, pour ne pas entendre ces paroles dans ce sens. Or, quand il n'y a pas une raison invincible, qui n'oblige pas nécessairement de se départir du sens dit ordinaire et naturel, il faut toujours suivre celui-ci, et d'après lui régler l'intelligence des choses qu'on lit. La parole de Dieu écrite et établie par Dieu lui-même pour l'instruction commune , quœcumque enim scripta sunt, ad nos tram doctrinam scripta sunt (Rom. xv, k), ne doit pas, à force de raisonnements et d'interprétalions subtiles , être réduite à une telle difficulté d'intelligence, qu'un très-petit nombre puisse la comprendre : je parle en particulier pour les choses qui doivent être connues et pratiquées en général parles chrétiens, et je fais abstraction de celles que l'on peut ignorer sans détriment de la foi et du salut. Dans des choses semblables , ou doit toujours supposer que Dieu emploie un langage simple , à la portée de tous, et que par conséquent le premier sens, qui naturellement se présente à l'esprit de chacun, et ojue les paroles annoncent généralement d'après l'acception commune , est le véritable sens des textes sacrés. Cette règle seule suffirait pour convaincre les hérétiques anciens et modernes de leurs nombreuses erreurs. Les saints Pères, en attaquant les hé-

(t) Dès les premiers siècles, les hérétiques ont été dans l'usage de forcer le sens clair, facile et naturel des passages de la divine Ecriture par des interprétations tirées par les cheveux et arbitraires, pour les accommoder à leurs erreurs. Terlullieii nous en fournit la preuve. « Il y en a quelques-uns, dit-il, qui, voyant que l'Ecriture tient quelquefois, quoique ce ne soit pas toujours, un langage allégorique el figuré, entendent dans ce sens même la résurrection des nions, qui est prédite en termes exprès et très-clairs, et disent que la mort même de l'homme doit s'entendre allégoriqueinenl. Ils disent que par cette mort ort ne doit pas entendre la séparation réelle el sensible qui a lieu entre l'âme et le corps, mais l'ignorance de Dieu par laquelle l'homme mort à Dieu est dans l'erreur comme dans un sépulcre. Par conséquent le nom même de résurrectioD signifie le retour à Dieu par lequel l'homme triomphe de l'ignora non el sort comme d'un tombeau. » Nacti enim quidam solemnissirnam eloquii prophetici formant, allegorici et figurali plerumque, non lamensemper, resurreclionem quoque mortuorum manifesl - anountiatam, iu imaginariam sigiiificationem distorqueot, asseveranles ipsam etiam morlem spiritaUterintelligendani. Non enim bancesse in veto, quae sii in medio, dissidium carnis, alque anima-, sed ignoranliam Dei, per quamborao morluus Deo non minus in errorejacuerit, quant inaepulcro. Itaque et resurrectionem eam vindicandam, qua quis, aditt veritate, reéaoimatna ■el reviviiicatus Deo, igoorantiœ morte discu&sa, velui de sepulcro veleris hoininis eruperil. > El ceuxlà, ajoute Tertullien, trouvent même dans les livres

n lies , n'ont cessé d'objecter aux novateurs le sens ordinaire el naturel de la parole de Dieu écrite, et par lui oui prétendu exclure tontes les interprétations arbitraires et forcées , a l'aide desquelles on cherchait à ea obscurcir I i clarté. (Juaud je lis que Jesus- Cbrisl pOîC pour fondement de SOD Eglise la foi professée et précliée publiquement par saint Pierre, et affirme que tous les effort* de l'enfer ne pourront jamais la renverser, tout à COUD , et je dirai presque nécessaiiement, se présente à l'esprit le sens de l'infaillibilité de saint Pierre dans la prédication de la foi. Quand ensuite je lis ailleurs. que l'Eglise doit durer jusqu'à la consommation des siècles , el que je sais , à n'en pouvoir douter, que saint Pierre est mort, mon esprit se porte subitement sur ses successeurs dans le siège de Konte , et je demeure convaincu que l'infaillibilité de saint Pierre passe dans ses successeurs, puisque un édificene peut exister si son fondement n'existe aussi. Pareillement, quand je lis que Jésus- Ghrist pria pour que la foi de saint Pierre ne défaillit point, et lui commanda de confirmer ses frères dans la foi , ces paroles présentent à mon esprit le sens de l'infaillibilité de saint Pierre dans la prédication de la foi ; ensuite, par le même raisonnement que je viens de faire, je demeure encore convaincu de l'infaillibilité des successeurs de saint Pierre. Ainsi donc le sens ordinaire et naturel de ces deux passages de l'Evangile, accompagné d'un raisonnement naturel el évident, me persua le fermement d'une vérité très-importante dans la religion chrétienne ; car elle doit servir de règle commune à tous pour fixer la véritable croyance dans les controverses qui se sont élevées, et qui peuvent s'élever dans la suilc (1).

sacrés certaines choses dont ils abusent pour donner quelque apparence de vérité à leurs capricieuses interprétations, et couvrir la difformité de leurs erreurs. Dd ce que Jésus-Christ appelle dans son Evangile les scribes et les pharisiens des sépulcres blanchis, ils infèrent que l'on doit entendre par résurrection la nouvelle vie qui s'acquiert par la loi et par le baptême. < Quia el Oominus scrihas et pharisaeos sepulcris dealhatis adxquaveril : exinde ergo resurrectionem lile comecuios cum Domino esse, quum eumin baptismale induerint (De ttesurrectione carnit, cap. xix).

L'interprétation réfutée ici par Te: milieu est parfaitement semblable à celle de Calvin qui. dans ces paroles si claires de Jésus-Christ : Hoc en corpus matin, hic est santjus meus, entend le corps et le sang en figure el non eu réalité. En général les protestants ont recours à ce moyen d'interprétations loi cées et absurdes pour obscurcir, s'ils le pouvaient, le sens très-clair des divines Ecritures dans les passages qui sont contraires à leurs hérésies. Citons-en un seul exemple. Ces paroles du chapitre XVSS <t saint Matthieu, dites pat Jésus-Chris! aux apôtres : Tout ce que tous lierez et délierez tur la terre, sera lie et délie dans le ciel, deuionltaiil d'une manière trop claire que Joiis-Chrisi donne un pouvoir véritable et proprement dit. écoutes comment les interprète l'esprit subtil de Jean Camerano : i Lier, ditil, n'est autre chose que déclarer qu'une chose est illicite et profane; délier, c'est prononcer qu'une chose est légitime el licite. > Itaque iiqare ett dexlarare rem aliquam tue profanant et iltutlam; eviitra

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ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

151. Mais la parole de Dieu écrile, comme aussi les témoignages des personnes mortes -et les monuments de la tradition, ne sont que la règle éloignée et médiate de notre foi , comme nous l'avons déjà prouvé. La parole vivante de l'Eglise, qui se fait entendre dans l'enseignement actuel, et en particulier celle qui se fait entendre dans les décisions expresses, sert de règle immédiate , prochaine et universelle, pour former et lier la foi de tous les chrétiens. Puisque j'ai employé le mot de décision, je dis que notre règle doit être suivie ici sans la moindre exception, et qu'il faut entendre les décisions dogmatiques du pontife de Rome , et du corps des pasleurs, dans le sens ordinaire et naturel, qu'elles présentent d'abord à l'esprit de tout le monde. Le langage de l'Eglise devant servir de règle prochaine et générale pour faire disparaître les doutes et terminer les controverses qui s'élèvent dans les matières qui regardent la foi chrétienne , et pour fixer l'esprit de tous ses enfants dans les mêmes sentiments, il est nécessaire qu'un tel langage soit extrêmement clair, précis, et qu'il puisse être compris facilement et sûrement , et des savants, et des ignorants, et des théologiens, et du peuple. Or, celte intelligence facile et sûre ne se trouve que dans ce sens ordinaire, que les mots font naître naturellement dans l'esprit de tous, dès qu'on les Jît, ou qu'on les entend prononcer. En effet, toutes les décisions de l'Eglise, qui ont été (fuites, contre les erreurs qui ont paru, sont d'une très-grande clarté, précisément à cause de ce sens naturel qu'elles présentent. Vouloir introduire en elles la subtilité des interprétations, pour donner aux paroles un sens recherché, que l'on n'obtient que par le moyen de raisonnements longs et subtils , c'est vouloir proprement obscurcir la lu-

solvere est pronunliare rem aliquam esse legithnam (In cap. xvui Mallh.). S'il est permft de corrompre de la sorte le sens des choses les plus claires, il ne sert plus de rien de lire aucun livre, et même le commerce entre les hommes cessera d'exister, et, grâce aux hérétiques, nous nous trouverons dans la même confusion dans laquelle se trouvèrent les ouvriers de la tour de Babel. Et tous les livres des divines Ecritures seront très-inutiles pour notre instruction, et ils deviendront le jouet des caprices de l'homme. Comment, en effet, pourrait-on convaincre les anciens hérétiques qui niaient la réalité du corps de Jésus-Christ, si dans les expressions si claires et si nombreuses employées pour décrire sa passion, sa mort, sa résurrection , il plaît à quelque écervelc de n'y voir que des choses fantastiques et de pure apparence ?

Quand le moyen des interprétations les plus étranges ne réussit pas, quiconque veut s'obstiner dans l'erreur en trouve aussitôt un autre en vérité trèscxpédilif et très-honorable. Dans les textes que l'on cite, l'on omet quelque expression très-importante, et ainsi tout va à merveille. Saint Epiphane raconte que Valens, arien, devant souscrire la troisième formule de Sirmium, dans laquelle il était écrit que le Fils de Dieu était semblable au Père en tout et pour tout, l'astucieux hérétique laissa bravement au bout de la plume les mots in omnibus. Celte I nberie ayant été découverte par l'empereur, Constance, Valens fut contraint pur lui d'ajouter ces paroles et d'y souscrire. « Post liœc. Valéoa cum suo

mière qui brille aux yeux, pour ne pas voirCeS objets que la vérité place devant nous : c'est vouloir de sang-froid et de propos délibéré se tromper soi-mêmeet les autres. L'Eglise s'est montrée toujours très-sévère pour repousser de semblables subtilités et toutes ces interprétations forcées de ses définitions dogmatiques. Que d'efforts, que d'artifices, que de sophismes n'employèrent pas les ariens, après la définition du concile de Nicée sur la consubslantialité du Verbe, pour plier cette définition à quelque sens qui fût compatible avec leurs erreurs 1 Ils réussirent à faire goûter leurs subtilités à un très-grand nombre de personnes, et ils trompèrent même la plus grande partie des Pères rassemblés au concile de Rimini. Ils firent sonner bien haut avec le plus grand succès les mois pompeux d'amour de l'union et de la paix, pour laquelle il semblait que l'on pouvait se départir un peu du sens ordinaire et naturel de cette expression consubstaniiel , pour lui donner un sens moins propre , dans lequel pussent s'accorder à l'amiable les partisans d'Arius et les disciples de Jésus-Christ. Faudra-t-il donc, disaient les ariens, bouleverser toute l'Eglise et entretenir des schismes très-funestes pour un seul mot , tandis que par d'autres termes on peut exprimer la même chose d'unemanièreéquivalente, et en conservant à peu près le même sens? Mais la sainte Eglise n'a jamais voulu entrer en composition, ni capiiuler avec ses ennemis, pas même pour la moindre de ses décisions. Qu'ils se rendent à discrétion, ou qu'ils soient impitoyablement retranchés du corps mystique de Jésus-Christ. Ainsi toutes les subtilités des interprétations ariennes ayant été rejetées, le mot consubstantiel et son sens naturel et contraire ont toujours distingué les ariens des catholiques. Que l'on parcoure

more subscripsisset, et ad substriptionem addidisset similem esse Patri Filium, prœtermissis bis vocibus in omnibus... piushoc imperator observavit, et ut in omnibus adjicerei,coegil (S. Epiph. Iiœres. lxxiu, n. 22, edit. Patavii). > On a plusieurs fois reproché aux jansénistes de semblables tours d'adresse, mais toujours inutilement. Le tour est trop bon et trop favorable pour qu'il y ait lieu d'espérer qu'ils y renoncent. Trois ou quatre fois j'ai reproché à M. Pierre Tamburini d'avoir, dans la définition du concile de Florence sur la primauté du pape citée par lui dans sa Véritable idée du saintsiége, omis l'épithète plenam jointe aux paroles potestatem regendi Ecclesiam. Cette omission nous l'ait comprendre l'importance de cette épilbète et l'embarras dans lequel s'est trouvé M.Tamburini. Que mes lecteurs ne trouvent pas mauvais •pie je revienne si souvent sur la même matière, car elle peut très-bien leur faire connaître si tous les défenseurs de Jansénius et les détracteurs de l'autorité du pape se trompent par erreur de l'esprit ou mauvaise volonté. M. Guadagnini ne le cède point en courage à M. Tamburini : dans la seconde paitie de cet ouvrage, nous verrons que M. l'arcbiprèlre, dans une définition du même concile de Florence, a pris la liberté de mettre de côté une expression si importante,, que sur elle seule tombe toute la définition. Il dira ensuite que je fais le honteux office de Chain, en montrant à tout le monde verenda patrum ou frotrutn nostrowm ; mais cela est nécessaire pour que tons connaissent l'impartialité et la bonne loi de nos adversaires.

l'histoire de l'Eglise, el l'on verra que toutes 1rs nciei des hérétiques oui (oujoui- • payé la voie des sobtilitéa pour affaiblir dans l'esprit des chrétiens la force 'le-- définitions de l'à'glise ; mais le sens ordinaire, clair et naturel de ces mêmes définition! a toujours < ir u i irait profondément enfoncé dans leur cœur, d'où ils n'enl pu l'arracher malgré leurs elïorls. cl qui a fini parleur donner la ■tort. Ki, une rénexion très-jusle. que devrait faire tout hou chrétien, confirmée par Inexpérience de tous les siècles, c'est que qui onque, trompé par un fans amour de la para, a voulu, pour ainsi dire, pactiser arec les hérétiques, et s'approclier un peu de leur langage pour trouver un point d'union et d'amitié, ou du moins a prétendu assoupir les discordes en imposant silence à l'un ci a l'autre parti ; quiconque, dis-je, s'est laissé séouire par celle pensée, et a agi enV onséquence, a toujours uni par tomber dans l'bérésie, et a trouvé sa p>rle au lerme du •voyage. Et il semble que c'est précisément celle roule, dont parle Jésus-Christ, qui parait être bonne et droite , et qui conduit à l'abîme fatal de l'enfer.

153. C'est précisémenl d.ms celte voie que marchent les jansénistes , les véritables auteurs des dissensions qui troublent la tranquillité de l'Eglise; et cependant ils ne cessent d'attribuer la cause d'un si grand mal à leurs adversaires. Ils confessent ouvertement qu'on ne doit pas une foi intérieure et de cœur à la bulle Unigenilus, mais seulement un silence respectueux de bouche, et cependant ils ont rempli le monde d'écrits contre CPtte bulle, el ils ne cessent de dogmatiser publiquement, même de nos jours, et de la manière la plus outrageante conire elle. Si quelqu'un parle ou écrit pour défendre les décisions de l'Eglise contre les erreurs de Jansénius et de Qucsnel, on voit tout à coup paraître de mille endroits des

(1) M. Guadagnini commence, dès la dédicace à Mgr Morosini, évèque de Vérone, à chanter sur ce Ion : ( Vous voyez encore ici mieux que loul aulre, « dit-il, que le livre par moi réfuté s'applique à alla-

< mer, même dans noire Italie jusqu'à présent i tranquille, le feu des divisions horribles que cet c artifice réveilla, el qui troublent en grande partie

< la France, la Flandre el la Hollande, i Dans le cours de l'ouvrage il revient à la charge plusieurs fois ; il parait que cel air plaît infiniment a ses oreille! : < M. Bolgeni, avec son livre des Faits dog nati- « ques, ne se propose rien moins que de renouveler « en Italie les tragédies que les siens ont excitées

< en France, en Flandre et en Hollande (n. •40). « M. Bolgeni, toutefois après M. le chanoine Hozei,

< dérire de troubler la paix de l'Eglise d'Italie,

< nintenant qu'il voit qu'il ne reste plus d'espoir <ie i troubler ni la France..., ni la Flandre (n. 458) ; i mais il se liait i li.ii • ulemeni de réveiller l'Italie t par ces cris séditieux pour la plonger dans le trou-

< lil.-... (n. 450). > Enfin, il a cru important de consacrer un paragraphe entier a c el odieux mensonge, et c'est l'article v de n troisième observa lio , où il dit que « mon livre est funeste a la tran-

< quillilé de l'fciai (n. 461), et que les efforts desjé- « suiies contre le prétendu jansénisme, el ce livre

< e i particulier de M. Bolgeni, tendent à transporter i en Italie les troubles de France (n. 466). > U lire

DKMO.NSïHAÏlON KVAM.KIP.it K. EtOUSENI. IH

réponses , dei observations , des fcejilles périodiqoes, on la calomnie lance ses brocarda sous mille formes, il où l'on tapotée à la faiblesse des raisons les plot ma! assorti les plus a ambiquéea par l'abondance des

traits empoisonnés de la satire la plus violente. M. Jean- Baptiste Goadag , an.hi-

prétre de Civldate di Valcamonica, ooui I

fourni une prcti\ ncanle et Iré

cenle de celle méthode dans ses trois <•■ valions contre mes Faits dogmnt< ouvrage pouvait à bien plus juste raisin s'mliluler : Le Livre des digressions, puisque les deux tiers ne contiennent presque qu'une satire conire les jésuites, pour décrier leur doctrine, leurs actions et leurs personnes. Quiconque Kra celouvrage se trouvera, pour ainsi dire, toujours en : rétence des jésuites et du tableau hideux, épouvantable, de tous les maux possibles et impossibles q l'ili ont commis. Or, les jésuites sont-ils par hasard un fait dogmalique? Il faut bien qu'ils le soient dans l'esprit de M. Guadagnini. Ensuite dans plusieurs endroits il dépciul mon livre des Faits dogmatique^ el la défende que jly prends de l'infaillibilité de l'Eglise, en déclarant hérétique la doctrine contenue dans le livre de Jansénius, il dépeint, dis-je, mon livre et moi-même comme une furie qui porte partout le flambeau de la discorde, propre à troubler la paix de l'Eglise, el à bouleverser les Etats. Je cite ici dans une note quelques pa>sagesde M. Guadagnini, qui pourront soulager et égayer le lecteur, en interrompant pour quelques instants la série des discussions (1).

153. Une des raisons sur lesquelles nos adversaires s'appuient pour ne pas reconnaître dans la bulle Unigenitus le caractère d'une décision dogmalique et infaillible de

l'Eglise, est précisémenl celle que nous développons. Ils convi nnent avec nous qu'une décision de l'Eglise, devant servir de

enfin cette conclusion, que « l'entrepris cou-

« pable et que, par conséquent, le livre des Faits dogi viatiques de M. Bolgeni attaque la. saine doctrine, < l'honneur du sainl-siége, la paix de l'Eglise, la t tranquillité des Etals. > C'est ainsi précisément qu'ont parlé tous les hérétiques pour épouvanter cl laire taire tous ceux qui combinaient leurs erreurs . el c'est là une des traditions pturisaïques fidèlement conservées par les jansénistes. Jésus de Naiareth, disaient les Juifs, remplit la ville de tumulte et excite le peuple a la sédition par ses doctrines. Alitli invatescebant, dicentes : commovet populum docens per universam Judœam (Luc. xxiu, 5). Il y aurait il i une petite question à décider. Les jansénistes conressenl publiquement que l'ob jssance due aux bulles des papes sur le fait de Jansénius exige de- chrétiens au moins un respectueux silène . H. Pierre Tamburinl a été le premier à rompre li i co ■ ire-

disant ces bulles dans ses Lettre* de Plaisance, et moi, pour les défendre, j'ai fait imprimer mon livre des Faits dogmatiques. M. l'aichiprèire Guadagnini ro api une attire lois le silence res lectueux par trois o!i> r valions. Oui de non- trois trouble la tranquillité d i de l'Etal? Ad i*ta respond lupi tapâtes (Tard innex-moi celle e\pre.v>iou qui de saint Augustin), mi oeUibut uiiiiis indui car tes, etc. iLib. n de liaptis. contra Donatiil., cap. vu, n. 11).

149 ECONOMIE DE LA FOI CI1KET1ENNE

règle à tous les fidèles pour se décider au milieu des disputes qui s'élèvent , il est nécessaire qu'elle ait une grande clarlé dans le sens, et une extrême précision, afin que tous puissent aisément et sûrement comprendre la vérilé qu'il faut suivre , et les erreurs qu'il faut rejeter. Or, la bulle Unigenilus ne dit rien de clair ni de précis : on ne saurait d'après elle ni fixer un article, sur lequel on serait tenu de faire un acte de foi, ni déterminer une erreur digne d'anathème. M. ïamburini, dans ses Lettres d'un théologien de Plaisance, nous défie déformer, d'après la teneur de la bulle Unigenitus, un symbole qui serve de profession de foi contre les erreurs de Quesnel. Il faudra donc contenler cet honnête homme; deux ou trois lignes suffiront pour cela. Je crois que la doctrine de Quesnel , condamnée par la bulle Unigenilus dans cent et une propositions, est mauvaise et contraireàla doctrine de Jésus-Christ, et j'analhémalise du fond du cœur les erreurs que contiennent ces propositions. Voilà le symbole court et très-court , que M. Tamburini doit professer, pour être un véritable enfant de l'Eglise catholique , sur ce point. Mais il se rit de mon ignorance et de ma simplicité. Fixez-moi, me. répoud-il subitement , le caractère précis de chacune des propositions; indiquez-moi le degré d'opposition qu'elles ont avec la doctrine de Jésus-Christ ; spécifiez la censure déterminée, qu'il faut appliquer en détail. Sans cela tout est plein d'obscurité et d'incertitude ; et la bulle Unigenitus, au lieu d'assoupir les disputes, les fomente, même les accroît et les rend interminables. Mais, monsieur , vous voulez être théologien avant d'être chrétien catholique. Celle bulle n'exige pas la détermination précise que vous demandez ; c'est l'affaire des théologiens qui, par une étude spéciale et par des raisons théologiques , démontrent quelle censure convient précisément à chaque proposition. Ils vous diront que celle-là est hérétique, celle-ci conduisant à l'hérésie , cette autre scandaleuse, etc. Si dans ces déterminations spéciales vous êtes d'un avis différent, vous ne p?rdrez pas pour cela votre titre de catholique. L'Eglise ne demandede vous qu'une chose générale, c'est-à-dire que vous fassiez l'aveu et que vous croyiez que les cent et une propositions de (Jucsnel sont toutes opposées dans quelque degré et de quelque manière à la doctrine de Jésus-Christ. Au nom de Dieu, faites cet aveu sincère, el embrassez fermement celte croyance ; l'Eglise est alors satisfaite de votre soumission, et n'exige plus rien de vous sur ce point. Or, ce point est extrêmement clair el précis : l'Eglise parle ici un langage qui peut être très-facilement compris de tous ; il n'y a ici ni obscurité, ni équivoque. Mais si vous fermez les yeux avec opiniâtreté pour ne pas voir la lumière, pourquoi vous plaignezvous d'être dans les ténèbres ? Pourquoi errez-vous de côté et d'autre, cherchant à tâtons cette vérité que vous avez sous la main? Que si vous voulez néanmoins être

aveugle pour vous-même, cessez au moins de conduire les autres qui, aveuglés et trompés par vos sophismes , vont malheureusement tomber dans l'abîme.

154. Disons encore deux mots à M. Parchiprêtre Guadagnini. Dans son livre intitulé Trois observations, plusieurs fois cité, il dit que « je distingue très-bien les dogmes « des faits. Je puis donc, el je dois les dislin- « guer aussi moi-même. On a vu encore plus « haut que, autre chose est dire, autre chose « est décider. Nous distinguerons donc dans « ces bulles (contre le jansénisme) ce que « ces papes ont dit, de ce qu'ils ont décidé. » ( Pag. 259. J Je veux bien admei're sans difficulté la distinction entre dire et décider.

Voyons le reste. « Je dis donc que les

« papes ont bien dit, mais n'ont pas décidé « que ces propositions se trouvent dans « YAugustinus de Jansénius dans le sens « condamné. (Pag. 260.) Néanmoins, pour « ce qui a rapport purement au fait, «les deux papes (Alexandre Vil et Cléce ment XI) ont dit, il est vrai, mais n'ont « pas décidé, que les propositions aient été « tirées de VAugustinus de Jansénius. » (Pag. 262.) Examinons maintenant la bulle d'Alexandre VII, dont les paroles sont ain i rapportées par M. Guadagnini lui-même :

« 11 est encore très-certain que ces deux ponce lifes ont dit clairement, dans leurs bulle-;, « que les cinq fameuses propositions ont été « tirées du livre de Jansénius, et ont été « condamnées dans le sens de l'auteur.

« Alexandre dit : Quinque illas proposi- « tiones ex libro prœmemorati Janseniï epis- « copi Yprensis , cui litulus est Augir linus, « exceptas , et in sensu ab eodem Vornelio « Jansenio intento damnatas fuisse déclara- « mus, et definimus..., ac iterum damnamm. » La bulle de Clément, quoique un peu différente, a la même teneur. (Pag. 261.)

155. Donc le mot definimus ne signifie plus décider, définir, mais signifie simplement dire, affirmer. Brûlons tous nos vocabulaires latins el français, ils sont désormais trop vieux : M. l'archiprélre de Valcamonica nous en prépare un nouveau qui sera nécessaire pour bien entendre la langue latine, et il faudra bien se résigner à retourner encore à l'école avec les enfants. Mais non : ce bienheureux mot definimus reprendra bientôt son sens naturel, même à l'école et sous la plume de M. notre maître Guadagnini. Le concile œcuménique de Florence, en décidant que celui qui meurt dans le péché actuel el même originel va directement à l'enfer , se sert précisément de celte expression definimus: M. l'archiprélre appelle cela une définition claire du concile de Florence, une décision de l'Eglise. (Pag. 479.) Noire auteur a-l-il par hasard le privilège singulier d'expliquer à sa fantaisie le sens des paroles des autres, el de faire dire à l'Eglise ce qui s'accommode avec ses préjugés ? N'a-t-il pas honle de soutenir publiquement que, quand le pape dit definimus, on ne doit pas prendre cela pour une véritable décision, mais simplement pour l'équivalent du mot dit. Quel terme plus

im

DEMONSTRATION EVANGELIQUE. BOLGENI.

énergique cl plus propre pouvait i mpl le pape pour exprimer imo réri table définition? S'il es! permis de changer ainsi le sens des paroles, alors les ariens, les nestoriens, les eu'yrhiens, en un mot tous les hérétiques anciens et modernes pourront dire r|uo

I Eglise n'a jamais rien défini contre leurs

erreurs; le dictionnaire de M. Guadagnini à la main, ils feront voir que l'Eglise, à la vérité, a dit, mais n'a pas décidé qne leurs sentiments particuliers sont des hérésies. Et je ne parle i< i qne de la corruption du sens dé ce mot deânimug; plus bas je parlerai du fo'nd même de la distinction entre dire et décider (n. 17(>, 181).

156. Mais qu'on ne s'imagine pas que M. Gnadagnini parle ainsi par caprice; il a ses raisons, et quelles raisons, grand Dieu! Ce sont autant de coups de foudre capables... capables de renverser morts dans la poussière tous ses contradicteurs. Hcoulez-lc, chrétiens, et soyez dans la stupeur. « Que « faut-il pour qu'une chose ait été non-seulement ditr, mais décidée? Nous l'avons déjà dit, et c'est une chose connue de tous les légistes, il faut préalablement un légitime examen. Mais ni Alexandre VII ni Clément IX ne nous disent qu'ils ont fait cet examen. Donc tout ce qu'ils ont dit touchant le fait, ils l'ont dit, mais ils ne l'ont point décidé. » [Pag. 263.) A merveille! vous discourez là avec les légistes; mais les théologiens, les chrétiens eux-mêmes ne procèdent pas de la sorte. Quand l'Eglise parle et dit definimus, c'est être impertinent, et, pour parler plus juste, c'est se montrer animé d'un esprit d'hérésie que de rechercher s'il a été fait auparavant, ou non, un légitime examen. Que cet examen ail été fait, ou qu'il n'ail pas été fait, ce n'est pas de lui que dépend l'infaillibilité de l'Eglise, mais bien de l'assistance du Saint-Esprit infailliblement promise par Jésus-Chrisl ; et celte promesse n'est liée ni à un examen, ni à une étude, ni à une doctrine, ni à aucun autre moyen quelconque, mais au caractère de pasteur de l'Eglise, et à la pure et simple définition. Allez, dit le Sauveur à ses apôtres, apprenez à toutes les valions ce que je vous ai enseigné moi-même, et je serai tous les jours et sans cesse avec vous jusqu'à la consommation des siècles (Malth. xxvui, 19, 20). Et il dit en particulier à saint Pierre : J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne viennepoint à défaillir; et toi, confirme tes frères dans la foi (Luc. xxu, 32). Lorsqu'un catholique entend la voix définitive de l'Eglise, i! ne va pas s'informer s'il a été fait Auparavant un examen ou non : c'est à cela qu'a dû penser l'Eglise elle-même, laquelle, dirigée et assistée par l'Esprit saint, ne peut manquer de faire les diligences et de prendre les précautions nécessaires avant de rendre, ses décisions sans appel. Ses véritables enfants obéissent aussitôt, se soumettent d'esprit et de creur, et ne cherchent pas autre chose, croyanl à ci- qu'elle ordonne de croire. Les hérétiques seuls ont parle de cet examen pour l'opposer aux •! lisions de

l'Eglise contre leurs erreurs. Tout le monde <;> i que les ariens, les pélag eni, et i< rnièrement les luthériens, ont suivi cette tactique. Quel malheur pour les jansénistes de ne pouvoir défendre leur cause qu'en marchant sur les traces des hérétiques anathémalisés! Si la raison de l'examen, fait ou non fait, doit servir pour distinguer quand l'Eglise décide ou quand simplement elle dit, elle pourra scr\ir pour toutes les décisions de celle-ci, et son infaillibilité ne sera plus qu'une chose parfaitement inutile. Tout hérélique sera libre de dire qu'on n'a pas lait précéder l'examen préalable, qu'il n'a pas été fait avec assez de soin et de diligence; qu'il n'a pas été lait régulièrement, que les parties n'ont pis été suffisamment entendues; à défaut de tout autre prétexte , ou pourra toujours dire, que les juges peu instruits n'ont pas compris le rond de la question. C'est précisément tout cela que les luthériens et les calvinistes ont dit et disent sans cesse du concile de Trente. Or, que M. Guadagnini examine, de grâce, dans quel abîme l'ont précipité l'irréflexion, le préjugé, le zèle mal entendu, l'esprit de parti et le fond de la très-mauvaise cause qu'il a pris à tâche de défendre. Je respecte sa personne, je np juge pas de sa catholicité, cela ne me regarde pas; je reconnais et je loue son talent, mais je déteste sa doctrine, qui tend visiblement à éritrer le jugement particulier de tout chrétien en tribunal pour juger des définitions de l'Eglise, et rendre entièrement inutile et inefficace l'infaillibilité de renseignement de celte même Eglise. Je regrette d'être obligé de me servir de semblables expressions à son égard; mais les droits de la vérité le demandent, et l'erreur que nous réfutons ne peut se caractériser autrement. Ensuite il faut penser que, pour empêcher le scandale et la séduction des chré'iens \ ertucux et sans malice, il est nécessaire d'avoir recours à un langage clair, précis et énergique, qui fasse voir l'erreur sous toutes ses faces : un imprudent agneau ne se méfie point de la dent meurtrière du loup, tant que celui-ci est couvert de la peau de brebis. Ah 1 quand viendra le jour où Dieu, dans sa miséricorde, nous accordera la consolaliou de terminer enfin nos disputes avec des personnes qui vivent au milieu des catholiques, cl de cesser d'aigrir par nos écrits nos frères égarés ! Quand cesseront-elles, et par l'exemple et par leurs livres répandus partout , d'autoriser et d'enseigner au sein du catholicisme la résistance à la voix décisive de l'Eglise?

157. Encore quelques mots sur cel examen. « Alexandre VU va même jusqu'à dire « expressément el positivement qu'il n'a pas « fait d'examen, et qu'il s'en rapporte laïc dessus à l'examen qui en a été fait par son a prédécesseur Innocent X. Voici ses paro- « les : .Vos, qui omnia, qmv in liae re gesta « sunf, êufjictentcr et attente perspexinws ui- « pote qui BJUtdtm Innocenta prœdccessoris « jussu, dam adkuc in minoribus constituti « cardinalis munerc fungeremur, omnibus Mi*

ECONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE

« congre gationibus interfuimus , in quibus « apostolica auctoritate eadem causa (de Jan- « sénius) discussa est ea profeclo diligentia, « qua major desiderarinonpossit, etc. » (Pag. ÎG.'Î.) Ici M. Guadagnini s'est blessé avec ses propres armes, et le sang coule de tous côtés. Donccetexamen. qu'il réclamait a été faitavec tant de soin, qu'on ne pouvait en désirer davantage : Causa discussa est ea profecto diligentia, qua major desiderari non possit. Oui, répond-il ; mais l'examen, c'est Innocent X qui l'a fait, et non Alexandre VII, son successeur. Hé! quoi donc! ne suffit-il pas que l'examen ait été fait une fois? Quid adhuc quœris examen, disait saint Augustin au pélagien Julien , quod apud sedem apostolicam factum est? Si un pape ou un concile général rendail, ou pour mieux dire renouvelait quelque décision contre les ariens, les nestoriens, les luthériens, etc., etc., devrait-il donc faire de nouveau l'examen de ces hérésies? Et si cet examen n'avait pas lieu, cette définition ne serait-elle pas une véritable décision, ou faudrait-il la regarder simplement comme quelque chose d'équivalent au mot dit? Quand même j'accorderais qu'Innocent X n'a pas rendu une décision très-claire et très-précise sur ce qui concerne Jansénius, comme le prétend et me l'objecte M. Guadagnini, néanmoins, il est toujours vrai que l'examen de la cause janséniste a été fait avec le plus grand soin, et que, d'après cet exameu auquel Alexandre VII a assisté, ce souverain pontife a rendu sa décision, defxnimus. Mais où vais-je me perdre en suivant les traces perfides d'un guide infidèle? Une objection comme celle de l'examen ne peut être faite par un catholique. Or, je le répète, avec examen ou sans examen, la parole définitive de l'Eglise et de son pasteur suprême uni au corps des évoques oblige ma foi, celle de M. Guadagnini et de tous les chrétiens.

158. Mais non, réplique M. l'archiprêlre : « les papes ont bien dit, mais non décidé, « que ces propositions se trouvent .dans « I1 ' Augustinus de Jansénius dans le sens « condamné, et ils n'ont jamais prétendu « faire de ce qu'ils ont dit un article de foi « divine. » (Pag. 260.) Parmi ces papes se trouve Clément XI : voyons donc comment M. Guadagnini prouve sa proposition par les paroles de Clément XI. « Il semble même « que Clément s'explique d'une manière en- « core plus claire. Il n'entend point établir « un dogme de foi par une décision propre- « ment telle, mais régler par un décret l'o- « béissance due à la constitution par laquelle « Alexandre son prédécesseur avait ordonné « la souscription du formulaire. Il n'entend « pas fixer la foi, mais régler l'obéissance : « Obedienliec , quœ prœ inserlis apostolicis « constitutionibus debetur obsequioso illo si- « lenlio minime satisfieri.... decernimus , « declaramus , slatuimus , et ordinamus. » (Pag. 27.'}.) Ici M. l'arehiprétre a éteint perfidement la lumière pour nous laisser dans les ténèbres. Ces quatre petits points placés entre les mots satisfieri et decernimus, ca-

chent précisément ce que l'on recherchait. Lisons donc attentivement les paroles de la bulle supprimées par ces points : Obsequioso illo silenlio minime satisfieri, sed damnalum in quinque prœfatis propositionibus Janseniani libri sensum, quem illarum verba prœ se fernnt , ut proferlur, ab omnibus Chrisli fidelibus ut hœreticum non ore solum, sed «t corde rejici , ac damnari debere; nec alia mente, animo, aut credulitate supradictœ formulai (formulaire d'Alexandre VII) subscribi licite posse, etc., etc., decernimus, declaramus, statuimus, etc. Que diront nos lecteurs d'un procédé si déloyal, si honteux, d'une fourberie si évidente, si impudente? Tremblons à la pensée terrible des jugements de Dieu, qui aveugle le cœur de ce peuple : Excœcal cor populi hujus, et aures ejus aggravât, et oculos ejus claudit, ne forte vident oculis suis, et auribus suis audial, et corde suo inlelligat, et convertatur (Isa. vi, 10). Cependant M. Guadagnini doit avoir vu ce passage de la bulle de Clément, rapporté tout au long par moi dans mes Faits dogmatiques (n. 15) : comment donc a-t-il eu le courage de la mutiler en face du public, et de la mutiler précisément en retranchant la partie qui dément manifestement ses erreurs? Ceci est bien autre chose que découvrir, comme Cham, verenda palris sui. Dans ce passage, le pape ne pnrle pas des propositions janséniennes ahstraclivement, mais du sens du livre de Jansénius, condamné comme hérétique, damnatum Janseniani libri sensum ut hœreticum : dans ce passage on exige non-seulement une obéissance extérieure, de bouche, mais encore une croyance intérieure, de cœur, sur le sens hérétique du livre de Jansénius, non ore solum, sed et corde: dans ce passage, on parle de sentiments intérieurs, d'adhésion d'esprit, de croyance, nec alia mente, animo, credulitate; dans ce p issage on assure qu'il y a une véritable et stricte obligation de souscrire au formulaire avec celte foi et dans cet esprit, non satisfieri obedientiœ debitœ, non posse subscribi alia, mente, etc. Que faut-il de plus pour entendre que le pape a prétendu faire de ce point un article de foi divine? Je défie M. Guadagnini de trouver d'autres termes qui expriment mieux la pensée du pape. On pourra bien multiplier les mots, donner plus d'énergie aux expressions, les accompagner d'épilhètes plus ronflantes et plus convenables, mais le sens sera toujours le même. Et s'il faut s'en lenir aux subtilités auxquelles a recours M. l'arehiprétre, en désespoir de cause, il n'y aura plus dans toutes les langues humaines des expressions qui suffisent pour communiquer aux autres nos pensées. Pour dernière planche de salut, dans son naufrage, le pauvre M. Guadagnini s'attache à un bien faible prétexte; il dit (p. 3V7), que les bulles des papes n'exigent pas une foi divine, mais humaine, sur le fait de Jansénius. Comme si l'Kgiise avait été établie de Dieu pour enseigner et pour régler la foi humaine, et comme si celle foi humaine devait surtout nous rendre agréa-

DEMONSTRATION EVANGELIQUE. BOLGBNL

blos à Dieu cl nous faire opérer notre salut éternel, lit je suis convaincu que, pourcroire d'uni; loi <ltitii< le fait dogmatique de Jansénius, M. Cuadaguini aurait moins de violence a M taire qu'il l'eu est fait à dire, dans des ouvrage! lombes dans le domaine de la publicité, tant de pauvrclés qui le couvrent de honte, et tant d'erreurs funestes aux autres. Kl pour ce qui le concerne, je nourris la douce espérance que. frappé par U gravité des choses et la grandeur du danger qu'il court, cujits consummatio in çombuitionem (Ilebr. vi, 8), il reconnaîtra enfin sa méprise et rétractera ses erreurs : Confidimus auiem de te, dilectissime, melioruet viciniura saluti, tametsi ita loquimur (Jbid.). Quant aux autres, je ne cesserai de les exhorter ,i fermer l'oreille aux paroles de la doctrine homicide qu'il a répandue dans sou livre des il ois observations : Dhlurate uures vestra» ni non exaudiatis vocem venefici incanlanlis sapienler (Psal. lvh).

159. Nous avons jusqu'à présent expliqué et prouvé par divers exemples l'abus énorme que quelques-uns font du raisonnement humain dans les matières qui concernent la religion chrétienne. On ne saurait trop inculquer dans les esprits la règle qui consiste à suivre le sons ordinaire et naturel, principalement quand il s'agit des déGnitions de l'Eglise. Celles-ci sont le langage qu'une mère adresse directement à tous ses enfants, savants, ignorants, théologiens, peuple, pour les instruire; l'Eglise rend ces décisions afin de mettre à nu et de condamner les équivoques, les subtilités et les sophismes des hérétiques; afin que tous aient dans le cœur et professent extérieurement une même foi sans flotter dans l'incertitude et le doute. C'est donc une chose certaine et évidente que le langage de l'LgIisc se prend dans le sens ordinaire, facile et naturel, que les paroles présentent. Si nous nous éloignons de celle règle, nous retombons subitement dans le chaos de loutes ces obscurités que les esprits sophistiques et pointilleux savent répandre de cent façons sur ce qu'il y a de plus clair. Ensuite celle rè^le trouve une application plus spéciale dans ce qui concerne le jansénisme. Les jansénistes, semblables à des serpenls blessés , n'ont cessé de se glisser, de ramper et de s'agiter dans tous les sens, pour se soustraire aux coups qu'on leur portail : aussi les souverains pontifes, par un grand nombre de bulles, ont cherché à frapper sans relâche et à terrasser le monstre hideux du janséni>me. Le P. Quesnel, dans ses lie/lexions momies cl dans tous ses ouvrages, l'a fait revivre et

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lui a fait parcourir l'Europe, caché sous le masque de l'onction la plus dflOCt «-t la plus touchante. Clément X, par sa bulle Uniftni lus, a fait connaître quel venin moi ici iépaudail autour de lui ce rcplile impur Ton» les détours qui ont éle in \ entes < ■( n, usage par les jansénistes pour se dispenser de | ioIcsmt exteneurcmeni qu'ils ornjttenl d'une foi divine le faii dogmatique m J.msénius eu souscrivant au formulaire, uni < lé par d'autres bulles du même souverain pontife condamnes el aualliémalise*. Tous les sueeeeseun de saint Pierre, depuis Innocent X jusqu'à nous, n'ont cesse de veiller . vec la plus grande sollicitude, et ont coupé chaque rameau que l'énergie Mirprenante de cet arbre maudit poussait chaque jour pour infecter le clirisiiani-me. Bl je ne puis croire que la fécondité de 1 esprit humai* puisse encore retrouver quelque re>> nree pour si; soustraire à tant de condamnation*. 1G0. Toul ce que j'ai dit jusqu'ici pourrait suflire, sans aulie attaque, pour laire khicevoir une juste idée des Trois (•bservatiotis publiées par M. duadagnini sur mou 1m re des Faits duymatiqu s. Mais comme, pour éloigner des chrétiens la séductiou et le danger d'errer dans la foi, il importe infiniment de faire connaître à fond le caractère de ce» observations, je me Halle que les lecteurs me permettront de les entretenir encore un peu du même sujel. Les erreurs, les impertinences, les impostures que l'on pourrait relever, sont je dirai presque sans nombre. Mais ne parlant que d'un petit nombre, el comme à la dérobée, je me bornerai a faire remarquer el à réfuter, le plus bnè\ement possible, les mauvaises doctrines el ce qui tend à obscurcir les vérités de notre sainte religion, el à détourner les fidèles de se souinelire promptcmenl et avec un cœur miicère aux décisions de l'Eglise. Car, quand j'écris contre les erreurs dominantes, non je ne cherche poiul ma propre doleu-e ni celle do mes écrils, aiiu de trouver 1 oc MÎoe de répoudre aux injures dont mes auversan es mont accablé; mais je cherche uniquement et je n'ai d'aulre but que la défense de la vérité pour uie icndre utile à ceux %ui me lisent eu combattant l'erreur. Ego quutido cuigue vcl dicendo, tel scribendo respondeo, etiam conlumeiiosis criimnosts luttÊiâut, quantum mihi Uominus donat , (ranalts (Uquc contritis vunœ indignation s acultis , uudtloi i, lectorite consulens, non ago nt cfficiar homini cuniiciuudo superior, sed err^rem cohriiucndo salubrior (S. Auguslinus , tib. m tiint. Ltttcras Pililtunt, cap. i, ». 1).

accoutre partie.

161. Le livre que j'ai l'intention de réfu- Trois observation! sur le livre des Faits dogter aujourd'hui directement a pour titre: luuliques de M. Caftbé Jwm-finctnt liolg-ni.

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