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diale et universelle de la foi chrétienne. Les jansénistes avouent même que les cinq fameuses propositions sont hérétiques, et sont comme telles condamnées par la bulle d'Innocent X, à laquelle ils protestent d'être respectueusement soumis. Malgré cela, M.
Guadagnini n'épargne pas même cette bulle, et, après avoir calomnié les jésuites en exposant les machinations qu'ils ont employées dans cette affaire, il conclut ainsi : « Ils ob- « tinrent donc par ces moyens que le pape « condamnât comme hérétiques les cinq pro- « positions, et qu'il ne fit aucune distinction « des sens qu'elles pouvaient avoir (n. 26).» Je laisse à mes lecteurs le soin de faire ici toutes les réflexions que suggère une manière de parler si scandaleuse, car je désire ardemment de ne plus m'occuper d'un sujet si affligeant pour un chrétien.
185. Proposer aux fidèles l'enseignement public cl acluel de l'Eglise pour règle de leur loi, sans qu'il soit nécessaire de consulter la parole de Dieu écrite et les monuments de la tradition, est pour M. notre archiprêlre un coup mortel qui le frappe au milieu du cœur, arrache à sa langue les cris les plus déchirants, el à ses yeux un torrent de larmes amères. Dans la dénonciation de mes graves erreurs, qu'il a ajoutée à ses trois observations, il propose cette méthode d'enseignement : C'est là précisément une des hérésies condamnées dms Harduuin et Berruyer. M.
l'abbé Colini (c'esl d'une de ses lettres qu'est tirée en partie la proposition dénoncée; je dis en partie, puisque M. l'archiprêtre y a fait un supplément desa façon), M. l'abbé Colini, dis-je, a répondu à M. l'archiprélre Guadagnini par une autre lettre insérée dans le journal ecclésiastique de Rome, n. xui, le S avril 1790 : sous la date de Brescia, il a dil que la première partie de .sa proposition n'est (/aune vérité de foi crue fermement par tous les catholiques : que la seconde partie na éié, ni de vive voix, ni par écrit, et beaucoup moins dans d'S outrages publics, ni enseignée, ni sont nue par moi. Ensuite M. Col.iii prouve très-bien que la première partie est une véi i'é de foi crue par tous les catholiques ; que la seconde partie est une imposture inventée par le seul M. Guadagnini. L'accusé ne serait-il pas pleinement en droit d'user doublement de récrimination contre l'accusateur, en dénonçant M. Guadagnini comme hérétique au tribunal de l'Eglise, et comme faussaire et imposteur au tribunal du siècle? Mais qu'il est triste que certains écrivains retombent sans cesse ituns des erreurs si graves et si honteuses t La parole vivante de renseignement actuel de l'Eglise de nos jours est un coup de foudre, qui frappe infailliblement de morl les jansénistes el les renverse dans la poussière ; la clarle cl la force de cette lumière dissipent toutes les ténèbres de leurs doctrines. C'est pourquoi ils font tous leurs efforts pour effrayer le peuple avec l'épouvantail du berruyérism» ; pauvre ressource pour une cause très-mauyaise et entièrement désespérée, Je ne parlerai pas davantage à c« sujet, puisque]* l'ai
DEMOSSTIlATION EVANGELIQl'E. BOLGEM.
déjà fait assez longuement dans la première partie de cet ouvrage. L'esprit du jansénisme est de porter les esprits a l'examen des passages de l'Ecriture sainte et des monomeoti de la tradition, pour prendre un parti au milieu des controverses actuelles, <<atis faire attention aux décisions d< s pontife- romains acceptées par toute l'Eglise, et formant par ronséquent renseignement actuel de l'Eglise elle-même. Or, tel est précisément l'esprit du luthéranisme. H est nécessaire de dire cela en termes clairs à nos adversaires, sans avoir recours à des circonlocutions, et même de le leur répéter plusieurs fois, afin qu'ils sortent du sommeil léthargique dans lequel ils sont malheureusement plongés, et qu'ils rejettent une bonne fois ces doctrines, qui font que ab unitale Ecchsiœ (dans le for intérieur) vento superbiœ tanquam sola palea sepnrali areœ dominicœ calumnianlur {S. Augustin, not. de la col. 159).
186. Les jansénistes n'admettent pas l'infaillibilité du pape : il ne leur vient pas à compte d'avoir un tel juge, dont les décisions sont trop claires et trop difficiles à être éludées. IU demandent l'acceptation de l'Eglise universelle pour pouvoir dire qu'une bulle solennelle du pape termine infailliblement les controverses. Mais lorsque ensuite on recourt au fait de l'acceptation de l'Eglise, ah ! laissez agir librement leurs esprits inventifs et féconds, ils sauront bien trouver mille et mille ressources pour se défendre eux-mêmes et troubler la tête à tout le monde. M. Guadagnini parlant du fait de Jansénius demande, si au moins l'Eglise l'a admis pour vrai el incontestable ? et il répond : « Le fait « fut donc grandement contesté en France, « en Flandre et en Italie, et par conséquent « on n'a pas trouvé sur le fait l'acceptation m unanime de l'Eglise (n. 303). >• C'est une chose très-connue, que les jansénistes infèrent de l'opposition faite par un nombre plus ou moins grand de personnes aux bulles dogmatiques de Rome, qu'il manque l'accepiation unanime de l'Eglise, el à cause de cela ils chantent victoire. Si le raisonnement des jansénistes est bon, aucune hérésie n'a jamais été condamnée par l'Eglise, par une décision unanime et infaillible. Si l'opposition des réfractaires suffit pour dire qu'il manque l'acceptation unanime de l'Eglise, les ariens, les nestoriens, les monothéliles, les luthériens, tous les hérétiques en un mot sont à l'abri des analhèmes lancés contre eux, et sous le manteau du jansénisme ils peuvent se glisser en sûreté parmi les catholiques. On ne pouvait trouver un moyen plus diabolique pour ruiner la foi chrétienne jusque dans ses fondements, que cette doctrine de l'unanimité de l'acceptation de l'Eglise; une poignée de contumaces et de réfractaires suffit pour rendre entièrement inutile le grand don de l'infaillibilité accordé par Jésus-Christ au corps des évéques uni au pape : les rebelles n'auront à faire autre chose qu'à prononcer deux petits mots, lorsque de ce corps émanera une décision contre eux: nous ne l'acceptons pas. A quoi se ré-
duirail l'Eglise de Jésus-Christ dans un trèscourt espace de temps, si l<s doctrines (ondaiiK n'.ales des jansénistes prévalaient ? Mais porta1 inferi non prœtalebunl aditrsus tant.
187. Quelle idée ceux-ci se forment-ils de l'Eglise de Jésus-Christ ? je ne puis le concevoir. Que mes lecteurs examinent avec attention le passage suivant : i Si l'Eglise or- « donnait de condamner comme hérétique « quelque livre qui en substance fût calho- « lique, je ne sache pas que cela soit arrivé « ju-qu'à ce jour, si rien de semblable n'est « arrivé dans le fait d'Honorius, elle n'or- « donnerait pas toutefois de faire profession « publique d'une f m-seté par elle reconnue « pour telle, Dieu m'en préserve, mais d'une « chose crue invinciblement par elle être « une vérité (n. 309 .» Ces paroles me font horreur : à quelles impiétés il faut recourir pour soustraire à la censure le livre si mesquin de Jansénius? Le raisonnement de M. Guadagnini prouverait que l'Eglise, ou le pape avec le corps des évêques, ne pécherait pas dans ce cas ; mais cela suffil-il pour garantir que l'Eglise est la colonne et le soutien de la vérité dans les matières, où il est question de doctrine bonne ou mauvaise? (7 Tim. m, 15.) Comment sera-t-il vrai que nous devons écouter l'Eglise et le corps des pasteurs dans l'en cignemenl public des vérités de notre religion, comme si Jésus-Christ lui-même nous parlait? {Luc. x, 16. Jésus- Chrisi peut-il, en parlant par la bouche de son Eglise, nous commander de faire profession publique d'une fausseté? Voilà comment M. l'archiprétre de VaKamonica iépond victorieuse. i.enl el mel en poussière une des quatre preuves que j'ai apportées dans le livre des Faits dogmatiques pour établir l'infaillibilité de l'Eglise, eu condamnant comme hérétique la doctrine du livre de Jansénius.
188. Uncaulre erreur Irès-gravede M. Guadagnini, et extrême icnl pernicieuse à la foi chrétienne, a été déjà signalée. File coosiste à dire que, pour distinguer une véi ilable décision de l'Eglise, el pour être obligé de la tenir pour telle, il faut savoir el élre sûr qu'un légitime examen a précède. « Je de- « manderai à M. Bolgeni, dit notre auteur, « qu'il montre cette décision de r Eglise, cl « je lui rappellerai qu'il esl nécessaire pour « ceja qu'il me montre quand et où VFgltse « n fait l'examen légitime de cet article, il esl « certain qu'il ne pourra jamais me le mon- « trer. Donc il esl irès-faux que l'Eglise ait « rendu une semblable d. .'cision (n. \\H\ . Pour « pouvoir dire que le pape avait non-seuleo ment dit, mais décidé, il aurait fallu dé- .< monlrer qu'il .naît d'abord F lit faire un ■ examen en règle. Mais de cet examen en «règle, il n'y a pas le moindre vestige « (n. 203). » Les lecteurs voient déjà au premier coup d'œil, qu'avec le | rélexle de l'examen légitime on pourra toujours éluder toutes les décisions, même les plus claires, de l'Eglise. Quand même on prouverait jusqu'à la dernière év idem e le fait île l'examen, reste toujours la ressource qui consiste à dir«
ÉCONOMIE DE LA FOI CHRETIENNE
qn'il n'a pas été fait légitimement. En effet, c'est ainsi que parlent les luthériens contre le concile de Trente, qui, d'après eux, n'a p<is entendu leurs raisons et leurs réponses, et n'a pas sérieusement examiné tous leurs livres. Et M. Guadagnini dit à son tour, et cherche à prouver qu'on n'a pas fait et qu'on ne pouvait faire non plus dans un court espace de temps l'examen du gros livre de Jansénius. Et quand un catholique dira une chose quelconque à ce sujet, l'hérétique la niera avec la même facilité qu'on prononce une seule syllabe de deux lettres : non. Or, que l'on examine à quoi se réduit, sous la plume des jansénistes, l'enseignement infaillible de l'Eglise, la règle prochaine, immédiate et universelle de notre foi. Nous laissons de côté beaucoup d'autres choses que l'on pourrait dire sur des points particuliers : pour donner une idée du livre de mon adversaire, il suffit d'avoir signalé ces doctrines mauvaises et générales, qui en forment la base et le fondement. Mais je ne puis passer sous silence une chose qui causera peut-être une surprise d'autant plus grande à quelques-uns de mes lecteurs, qu'ils ne s'y attendaient nullement.
189. Il est connu que le concile de Trente définit (Sess. vi, chap. xi) que Dieu ne commande pas l'impossible ; et que, en commandant, il nous avertit de faire ce que nous pouvons, et de lui demander ce que nous ne pouvons pas faire : Deus impossibilia non jubet, sedjubendo monet facere qxiod possis, et pelerequod non possis, et adjuvat ut possis. M. Guadagnini explique comme pasteur à son troupeau cette doctrine catholique, et c'est ainsi qu'il traduit les paroles citées du concile de Trente : « Non : Dieu ne com- « mande pas des choses impossibles, comme « dit le saint concile de Trente, mais en « commandant il nous avertit, et de faire ce « que nous pouvons, et de demander par la « prière ce qu'il semble que nous ne pouvons « pas; et en effet il nous donne du secours « pour pouvoir (n. 133). » Les paroles du concile de Trente non possis traduites par il semble que nous ne pouvons pas, cachent quelque mystère; cherchons à le pénétrer. Les jansénistes enseignent que Dieu ne donne pas toujours et à tous la grâce nécessaire pour observer dans certaines occasions les commandements de Dieu. Les catholiques répondent : Donc.dansce cas, celui qui transgresse les commandements de Dieu ne pèche point, puisqu'il lui manque et le pouvoir et la liberté de les observer. Fausseté, répliquent les jansénistes : l'homme même sans la grâce de Dieu peut toujours observer tous ses commandements, et s'abstenir de tout péché mortel; et par conséquent il pèche, quoique la grâce lui manque. D'après cette doctrine (du moins c'est ainsi que je le soupçonne, et je ne pense pas que mon soupçon soit téméraire), M. notre archiprêtre a eu raison de se faire le correcteur du concile de Trente, et de rectifier cette expression non posais par cette autre, il nous panit ne pas pouvoir, il semble par ià que
M. Guadagnini a voulu nous dire: Apprenez, ô chrétiens, à ne pas vous fier trop candidement à la doctrine d'un concile œcuménique ; mais sachez en temps et lieu faire usage de la supériorité de vos lumières et de l'étendue de vos rares connaissances. On peut inférer de la doctrine des jansénistes que nous avons développée plus haut, que ces messieurs sont plus pélagiens que Pelage lui-même. Qui l'aurait jamais cru? les jansénistes devenus pélagiens ! c'est une grande merveille. Il faut nous arrêter quelques instants pour contempler ce spectacle étonnant. Je demande à M. Guadagnini, qui a fait tant et de si nombreuses digressions dans son livre, la permission d'en faire une seule et courte dans ma réponse.