PROJETS POUR TERMINER I.A PRESENTE CONTRO- VERSE
23k. La justice veut que je ne prive pas M. Guadagnini d'un éloge bien mérité. 11 propose, pour terminer le débat qui nous occupe, un projet qui n'est pas à dédaigner, et que j'accepte très-volontiers, sauf certaines petites déclarations que j'y ajouterai. Ecoulons la proposition de M. notre a.rhiprêtre. « En tout cas, dit-il, s'ilen est ainsi, que lèsent « de Jansénius est celui de Calvin, ou de tout « autre hérétique, et non celui de saint Au- « gustin louchant la grâce intrinsèquement « efficace, et de saint Thomas touchant la « prédestination gratuite à la gloire, parcon- « séq uent celui des Pères dominicains et au- « gusliniens et de leurs écoles, la guerre, « grâce à Dieu, est finie; tous condamnent « avec le pape Innocent dans les cinq propo- « sillons le sens de Calvin et de tout antre « hérétique ; personne ne défend autre chose « que le sens de saint Augustin, la grâce v efficace, la prédestination gratuite, sans s'in- « téresser le moins du monde à défendre ni « la personne, ni le livre de Jansénius, et « ainsi on ne trouve nulle part celle secte « hérétique si nomhreuse des jansénistes , « dont vous prétendez ridiculement épouvan- « 1er le monde (n. 191). »
235. Dieu soit béni I M. notre archiprétre a pu trouver un peu de calme dans son cœur, de sérénité dans son esprit, et déjà il commence à s'approcher de nous, afln que nous nous donnions réciproquement le baiser de paix. Qu'il ait la bonté de prendre en considération les réllexions suivantes que je lui soumets. Premièrement, c'est une chose trèscertaine, et avouée par nous tous, que le sens .leJansénius n'est pas celui de Saint Augustin el de samt Thomas, ni de la grâce efficace et de la prédestination gratuite à la gloire, comme u» l'enseigne dans les écoles augusliuieune cl
thomiste ; sur ce point nous sommes d'accor,l certainement. Secondement, quant aux opinions qu'on appelle systèmesdes écoles augustinienneet thomiste, sont-elles conformes à la doctrine desainl Augustinetde saintThomas? Vous savez Irès-hien, monsieur, que c'est là un pointlrès-contestéetnié par ungrand nombre de théologiens. Nous, dans notre controverse, nous avons uniquement en vue le dogme, et la doctrine définitivement approuvée ou condamnée par l'Eglise : c'est pourquoi il faut mettre de côté les systèmes de ces écoles, qui n'appartiennent pas au dogme, et n'entrent point dans les décisions de l'Eglise. Que chacun ait la liberté que l'Eglise laisse à tous de suivre et de défendre, ou même de rejeter ou d'attaquer ces systèmes, sans que pour cela il faille entendre parmi nous les fausses imputations de jansénisme et pélagiani-me. Troisièmement, on a raison de n'être pas du tout content de cette déclaration : Tous condamnent avec le pape Innocent dans les cinq propositions le sens de Cal-vin et de tout autre hérétique : elle est bonne, mais elle est un peu yague et ne sulfit pas. 11 faut, avec les souverains pontifes Alexandre Vil et Clément XI, condamner dans les cinq propositions d'une manière déterminée le sens de Jansénius : c'est ce qu'exigent expressément les bulles de ces deux souverains pontifes, bulles acceptées et vénérées dans toute l'Eglise non moinsque la bulle d'InnocentX ; cela est encore conforme à la pensée du même Innocent, manifestée dans un bref qui vous est bien connu. De plus, ce pas devrait vous coûter bien peu d'efforts, puisque vous vous êtes tant approché du terme. Quatrièmement, effacez donc en eniier de votre projet l'article suivant : Ainsi on ne trouve nulle part cette secte liérétique si nomhreuse des jansénistes, dont vous prétendez ridiculement épouvanter le monde. Faites le sacrifice de cet article, je vous en conjure au nom de la vérité et de votre réputation. De la véiité : car c'est un fait notoire et très-certain qu'il se trouve dans le monde un grand nombre de personnes quidéfendenteomme catholique et très-catholique la doctrine du livre de Jansénius, et qui sont en réalité jansénistes. Demandez-en, s'il vous plaît, des nouvelles à votre ami dom Pierre Tamburini, qui pourra vous en parler savamment el vous assurer du fait comme de quelque chose qui le concerne personnellement. Et de voire réputation ; car en faisant tant d'efforts en faveur delà bulle contre le molinisme, laquelle n'a jamais paru , et au sujet des prohibitions d'Hardouin et de Berruyer, on ne peut concevoir par quelle inconséquence vous ne tenez nul compte des condamnations dont on a frappé ces livres, dans lesquels on débile que le jansénisme est une hérésie imaginaire, et que les jansénistes ne se trouvent nulle part.
236. Il semble que le projet ainsi réformé est près de recevoir l'approbation de M. Guadagnini , puisqu'il s'exprime ensuite avec moins de réserve , et que pour la paix il ne demande qu'une condition très-juste et très-
DEMONSTRATION E¥ ANGELIQUE. ROLGENI.
acceptable 1 Voici donc ce qu'il dit : «r Je a passe néanmoins par-dessus tout. On n'a « que faire «lu livre de Jansénius, puisque, n sous le prétexte de Ce livre, on ne prétend « point condamner les ouvrages de samt Au- « guslin. Nous avons déjà démontré qu'lnno- « cent X et tous ses successeurs ont déclaré « baulemenl (|u'aucune bulleapostolique ne « condamne la doctrine du saint docteur , et « en particulier celle de la grâce intrinsé- « quemenl efficace, et de la prédestination « gratuite à la izloire, suivie par saint Tho- « nias, par les Pères dominicains, les Pères « augustiniens et par toutes les écolesaugusti- « niennes et thomistes. Donc les cinq propo- « silions n'ont pis été condamnées dam le « sens de Jansénius, quaild on veut entendre « par sens de Jansénius le sens de saint Au- « gustin. de saint Thomas, des Pères domi- « nicaius et augustiniens, et de leurs écoles « si célèbres et si estimées : cela suffit. »
237. J'accepte très-volontiers cette condition, et je suis assuré que tous les catholiques l'acceptent avec moi. Reprenez donc vos esprits, M. l'archiprêtre, et soyez bien persuadé qu'il n'est aucun catholique qui, sous le prétexte du livre de Jansénius, prétende condamner les ouvrages de saint Augustin, aucun catholique qui, par le sens de Jansénius, entende le sens de saint Augustin, de saint Thomas, des écoles augustinienne et thomiste. Vous pouvez et devez en être fermement convaincu, car c'est là ce que prouvent les protestations et les monuments publics de tant d'écrivains qui ont attaqué et attaquent sans cesse le jansénisme. Vraiment je ne puis comprendre comment il vous est venu dans l'idée de vous figurer les molinistes assez fous pour prétendre condamner, sous le masque du livre de Jansénius, les couvres de saint Augustin. C'a été en vous, pardonnez-moi l'expression, un délire passager, qui a eu sa source dans l'ardeur de votre zèle trop brûlant pour la grâce intrinsèquement efficace, et pour la prédestination gratuite à la gloire. Personne ne condamne le livre de Jansénius pour ces raisons. Ainsi la paix est faite, et M. Guadagnini dorénavant n'a que faire du livre de Jansénius ; il condamne les cinq propositions même dans le sens de Jansénius, et il confesse l'infaillibilité de l'Eglise dans la décision des faits dogmatiques.
238. Pour mieux établir cette paix, et ne la plus rompre à l'avenir, permettez, mon cher monsieur l'archiprêtre, que je vous propose un plan que vous trouverez trèspropre à servir de règle de conduite pour vous et pour moi, quand nous traiterons des questions Idéologiques. Dans la première partie de cet ouvrage, j'ai eu l'honneur de vous faire voir que, quand il s'agitdes points décidés par l'Eglise, il faut d'abord être chrétien , et ensuite théologien; il tant d'abord croire, et ensuite examiner ; et il faut examiner, non pour faire dépendre notre foi de cet examen, mais pour éclaircir, développer, et défendre contre les réfractaires les décisions de l'Eglise. Telle est l'économie de la foi chré-
tienne. Or, les bulles des pouti.es romains contre le jansénisme et le quesnellisme sont de véritables décisions de l'Eglise. Ce fait e-l km incihlement [trouve par les monuments anlhentiques, publics, notoires et très-mullipliés de l'acceptation de tout le corps des évéqnei dispersés, et par l'enseignement constant et universel de l'Kglise. Or, cela posé, si vous désirez à l'avenir disputer arec moi sur des matières qui concernent le jansénisme et le quesnellisme, j'exige de vous, comme un préliminaire nécessaire et indispensable, qu'avant tout vous fassiez votre profession de foi dans ces termes, ou dans d'autres équivalents : « Moi, Jean-Bapliste « (îuadagnini, archiprétre de Valramonica, ■ diocèse de Rrescia, je me conforme, avec « une entière soumission d'esprit et de cœur, « à toutes les décisions émanées COtttn le. «jansénisme et le quesnellisme, parlicu- « lièrement dans les bulles d'Innocent X , « d'Alexandre VII et de Clément XI, que je « reconnais et regarde ouvertement comme <( des décisions dogmatiques et irréformables « de la sainte Eglise catholique. Je conte damne comme téméraires, impies, blas- « phématoires et hérétiques, les cinq fameu- « ses propositions dites janséniennes, et je les « condamne non-seulement abstraitement et « absolument, mais encore relaliveuieut au « sens de Jansénius ; par conséquent je re- « connais et condamne comme impie et hé— « rétique la doctrine du livre de Jansénius, « intitulé Augustinus, et je confesse que le « sens de cette doctrine etdece livre estcelui- « là même que présentent naturellement et « littéralement les cinq propositions. Je re- « jette de tout mon cœur la distinction entre « le droit et le fait, que j'ai adoptée par le « passé pour l'appliquer au fait dogmatique « de Jansénius, et je déclare qu'une sembla- « ble application est erronée et préjudiciable « à la foi. Je condamne du fond du cœur le « livre très-mauvais de Quesnel, qui a pour « titre : Réflexions morales, ainsi que les « cent et une propositions condamnées dans « la bulle L'nigenitus de Clément XI, et avec « les mêmes qualifications et censures spéci- « fiées dans celle bulle. Tout ce que j'ai dit « par le passé de vive voix, ou publié par « écrit contre mes sentiments présents ex- « primés dans cette profession de foi, main- « tenant je le rétracte sans exception, je le « condamne sincèrement, et je demande parti don publiquement du scandale que j'ai « donné à mes frères, si quelqu'un par ma « faute a été induit en erreur. Sic me Deus « adjuvet, etc. »
:239. Alun cher monsieur l'archiprêtre, voilà la démarche que vous avez à laire, et qui ne me regarde pas, puisque mes sentiments ont toujours été très-conformes aux bulles précitées des pontifes romains, et que j'ai toujours et publiquement témoigné et manifesté dans mes écrits le respect et l'obéissance qu'elle! méritent. Vous ne pouvez pas en dire autant. Mais dans le cas où vous voudriez que la profession de foi que je rieni d'exposer fût aussi faite par moi, je suis
ESSAI POUR LA CONVERSION DE L'INDE PHILOSOPHIQUE
prêt à la faire publiquement. C'est pourquoi je m'explique nettement avec vous, et je déclareouvertement,que, si vous voulez entrer avec moi en dispute sur des matières doctrinales concernant le jansénisme et le quesnellisme, avant toute aulrechose, et immédiatement après le frontispice du livre que vous désirerez faire imprimer, vous devez placer la profession de loi exposée ci-dessus avec les mêmes expressions, ou au moins d'autres équivalentes , sans équivoques ni altération. A cette condition je disputerai volontiers avec vous selon toutes les règles de la cliarité chrétienne et de l'urbanité littéraire. Mais si vous ne faites publiquement cette profession de foi, je proteste et je déclare hautement que je ne vous répondrai pas même un seul mot, et que je vous laisserai très-volontiers chanter victoire et triompher de mon silence. J'ai en vue la règle donnée par saint Paul à
Tite , son disciple : Hœreticum hominem (prenez cette expression in sensu accommoda) hœreticum hominem pose unam, et secundam correptionem devita (Tit. ni, 10). Je vous ai fait la première correction fraternelle dans le livre des Faits dogmatiques ; la seconde, je vous la fais maintenant dans cet ouvrage. Si je ne vois pas dorénavant la preuve de votre retour à la vérité dans la susdite profession de foi publiquement faite par vous, je suivrai constamment la règle de saint Paul, hominem devita, confirmée encore par l'apôtre saint Jean : Si quis venit ad vos, et liane doctrinam non affert (la doctrine des bulles dogmaiiques des pontifes romains acceptées par l'Eglise entière), nolite recipere eum in domum, nec ave ei dixeritis : qui enim dicit illi ave, communicat ejus operibus malignis (II Joan. 10, 11).