LETTRE VIL
H. LOMBROSO À M. CONSO.N1.
Cher professeur, Maintenant que nous avons achevé le résumé de celle histoire qui devrait faire germer une estime mutuelle entre les moséites et les chrétiens, nous allons pouvoir entamer la discussion des propositions contenues dans voire première lettre. Analysons d'abord la plus intéressante, celle qui affirme que, suivant leurs Ecritures, les Israélites devaient attendre un Messie à une époque exactement fixée pur elles , et dont elles indiquent tous les signes capables d'en démontrer /'«'dentité, et qu'on ne peut nier que les prophéties se soient réalisées dans leurs moindres détails.
Il est incontestable que les saintes Ecritures promettent sans cesse la venue d'un heilmipleur, et qu'elles prédisent les tirconstances qui devaient précéder ou accompagner *a glorieuse carrière J mais 6JUQ os prophéties se soient réalisées, je ne puis en trouver la preuve dans les livres des Ilélii eut, puisque Malachic, le dernier des prophètes , vivait environ cinq siècle) avant le Christ. H sera doue aisé de nous entendra
I I.OMimOSO E* CONSONI. 500
pour établir ri, comment el quand le Messie devait paraître: mais nous ne pourrons pas déterminer, a laide des seuls livres hébraïques , ri , comment et quand il a paru. Pour nous fixer là-dessus, il laudra avoir recours au\ Evangiles qui font suite à l'Aucien Testament.
Ni les champs élysées des païens fanatiques, ni les voluptés que le slupide islamile espéré après le trépas . ni le paradis des chrétiens, ne peuvent donner une idée de ce que les moséites attendent de ce Messie, au sujet duquel ils conçoivent de si vastes espérances, et , disons-le franchement , ils 6e font lant d'illusions. Les puissants de la terre , les royaumes, L-s empires , tout doit tombera son apparition dans le monde. Pour cet espoir de gloire, de résurrection , le moséile se soumet a d'horribles souffrances qui durent autant que sa vie; à un mépris outrageant qui abreuve d'amertume sa pénible existence ; à un opprobre écrasant qui serait insupportable à tout autre mortel. Il s'expose souvent aux tortures el au martyre, dont il affronte les douleurs avec intrépidité, pourvu qu'il ne renonce à sa foi, à l'espoir de ce .Messie sous les drapeaux duquel le faible Israélite se propose de vaincre, de conquérir, de faire retentir par louie la terre le bruit de sa gloire, de son nom, de ses entreprises. Ce sont, comme on le voit, des voluptés terrestres, par conséquent transitoires et périssables , et pourtant elles le séduisent au point de lui faire sacrifier à ces vains espoirs des félicites réelles.
J'avoue qu'en louchant ces cordes délicates, je sens un frisson courir par tout mon corps ; car il serait aussi peu convenable d'arracher aux moséites celle illusion qui soulage leur fardeau de lant de sacrifices , que de les confirmer dans celte croyance que l'histoire combat si victorieusement. Je me flatte cependant que beaucoup d'entre eux tireront un grand parti des recherches faites par nous dans le but de les instruire et de les éclairer sur un point si important et si controverse. Ceux qui auront le bonheur de se convaincre que l'aveuemcnl du Messie est un fait accompli à l'époque et dans la manière prédites parles Ecrileres , pourront sans incertitude et sans hésitation, embrasser le christianisme comme le perfectionnement de leurs précédentes croyances. Ceux qui ne voudront pas s'en convaincre se mettront sur la bonne voie en attendant un moment plus opportun , ou, au pis aller, leur postérité, moins iinbuo peut-être de préjugés , moins aveuglée par l'ignorance, donnera, il y a tout lieu de l espérer, de oiei leurs résultats. C'est cet ave nir souriant qui me console, el qui m'a détermine à inetire de côté tout égard humain pour entrer barditaeut dans le sentier ardu el scabreux que je me suis proposé de parcourir.
Une circonstance qui devrait être d'un grand poids pour le moséite forcé , comme, nous allons bientôt le voir, à s'en ra por er au livre du Nouveau Teslameut pour la so-
DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES
lutron de ses doutes, c'est que, parmi un nombre si prodigieux de grands hommes fleuris dans le sein du chrisii misme , pendant dix-huit siècles, il ne s'en soit jamais trouvé un seul qui ait élevé le moindre doute sur l'identité de Jésus-Christ avec le Messie. Et pourtant c'est là la base de la foi dans le Rédempteur pour tous les chrétiens. Jl y eut malheureusement, et il est encore des mécréants qui refusent de croire à la promesse du Messie et à la réalisation de celte promesse; mais je ne sache pas qu'il y ait un seul exemple de fidèles qui, admettant la véracité des prophéties annonçant la venue de ce sauveur, et amenés à vérifier si l'avènement du Messie a eu lieu ou non , ne se soient pas pleinement convaincus que Jésus-Christ en avait tous les caractères, toute l'identité.
Pour rechercher si ce que vous affirmez dans la première partie de votre proposition est exact, il faut que je remonte aux premières lignes des saintes Ecritures , et que j'en parcoure les pages les plus remarquables pour arriver aux dernières prophéties touchant la venue du Messie, ce sujet interminable de controverse obstinée entre les juifs elles chrétiens. Moïse, personne ne l'ignore, débute par nous invitera assister à un spectacle sublime qui eut po ir théâtre l'univers , pour sujet la création. Il nous peint celle création, non pas ébauchée, mais dans la pensée, dans l'idée qui la précède, déployant à nos regards ébahis le monde , non pas préexistant , mais bftfft au moment de recevoir de la main toute-puissante de Dieu l'impulsion qui devait tirer du néant tout ce qui s'y trouvait engouffré. Les éléments qui devaient servir à la construction de notre globe sont plutôt présumés que décrits, car ils étaient encore enveloppés des ténèbres. C'est l'idée repoussante de l'anarchie, et partant le besoin d'un régime qui y introduise l'ordre , qui y impose l'obéissance. L'agent moteur dont Dieu se servit, ce fut la parole, symbole de la force de l'éloquence. Par la parole, il créa la lumière, qu'il trouva meilleure que les ténèbres : voilà la suprématie de la science sur l'ignorance. Mais les ténèbres furent séparées, et non détruites, non anéanties, ce qui prouve que la lumière excessive peut devenir importune : c'est là le résultat de la première création.
Avec un autre ordre , le Créateur toutpuissant sépara les eaux de dessous de celles de dessus : tel fut le travail du second jour. Le troisième, Dieu le consacra à accomplir et à perfectionner cette ségrégation : il sépara les eaux de l'élément aride , et comme il voulait peupler d'habitants ce dernier, il le rendit d'abord fécond en herbes et en fruits qui pussent servir d'aliments aux animaux qu'il allait créer.
Puis l'Eternel fit éclater sa puissance en créant les deux corps lumineux destinés à éclairer la voûte des cieux ainsi que la (erre. Voilà donc le soleil , la lune, et les étoiles ensuite différant de splendeur, différant de
mission : il donna au premier le domaine du jour, au second le règne de la nuit; le premier devait marquer le cours des années, le second celui des mois; les étoiles serviraient de guide au marin aventuré sur l'océan : c'est ainsi que le travail extraordinaire du quatrième jour fut achevé.
Le cinquième et le sixième furent employés eux aussi au perfectionnement des choses créées , afin d'apprendre à l'homme comment il doit se conduire dans ses entreprises. Aussi la mer devint l'élément des poissons ; l'air, celui des oiseaux. A toutes ces grandioses créations il manquait un maître ; l'Eternel créa l'homme, l'homme, cette grande merveille, ce prodige des prodiges! Dieu se reposa alors. Voilà où Moïse prit l'idée du repos du sabbat, repos qu'il prescrivit si rigoureusement à ses disciples.
L'Eden dans lequel Dieu avait placé l'homme était plein de délices ; mais l'homme y était seul. Dieu l'ayant donc endormi, lui fit une compagne : le don était grand; l'histoire montrera les effets qu'il a produits. A l'exception du fruit d'un arbre, l'heureux couple pouvait manger de tout ce qui se trouvait dans le jardin : cet arbre était celui de la science du bien et du mal. La transgression à cette défense entraînait la peine de mort; mais la femme, ayant été séduite, ne tint aucun compte des menaces divines, et fit partager sa faute à l'homme. Alors la mort s'appesantit sur ces deux premiers vivants et sur toutes les générations à venir. Voilà l'origine du péché; voilà une grande leçon pour l'homme, un avis salutaire pour le prémunir contre trop de complaisance envers sa compagne.
Qu'il est admirable , qu'il est instructif cet ensemble des vicissitudes et des suites de la création, soit dans les merveilles physiques , soit dans les conceptions morales 1 On y voit le monde et l'homme ébauchés d'abord, puis perfectionnés; on y voit l'idée de la première loi donnée et violée, et les conséquences de celle infraction. On y admire l'homme dans son état primitif, puis vivant en famille et s'acheminant vers l'état social. Les idées du bien et du mal, des châtiments et des récompenses, se font jour dès les premiers versets de la Bible; on y parle de la dégradation do l'homme, du crime, du remords, de la punition, de l'expiation , des sacrifices.
Tous les germes des fautes se développent l'un après l'autre dès les premiers moments de l'existence de l'espèce humaine. Ce fut d'abord la désobéissance en mangeant le fruit défendu, désobéissance provoquée par la séduction. Vint ensuite l'ingratitude dans le reproche qu'Adam adressa à Dieu : « La femme que vous m'avez donnée pour compagne m'a présenté de ce fruit, et j'en ai mangé. » A son tour, la femme, prenant exemple de son mari , qui avait voulu se justifier en l'accusant , chercha à prendre l'impunilé en prétextant : « Le serpent m'a trompée, o Trois furent les fautes, trois le» pécheurs, trois les punitions. L'homme ingrat fut condamne à gagner, à la sueur de
DEMONSTRATION EV ANC EU QUE. LOM15HOSO r.i CONSONI
son fronl , son existence dont il avait joui jusqu'alors gratuitement. La femme , qui porta dans le monde la destruction, fut condamnée à le repeupler, p;iyanl chèrement la joie de devenir mère. El le séducteur, c'està-dire le démon, fut condamné à ramper sur le ventre, à être foulé aux pieds.
Après nous avoir montré l'origine de la faute, l'Ecriture nous donne celle du crime qui dériva du dérèglement des passions. La haine fraternelle enfantée par l'envie, voilà le premier homicide, voilà le premier exemple d'un homme trempant les mains dans le sang de l'homme. Dieu punit l'homicide, non par la mort, afin de ne pas dépeupler le monde naissant, mais par la condamnation au vagabondage. Donc il savait que l'homme aimait une demeure fixe, puisqu'il lui infligeait comme peine d'errer sur la terre. Cet arrêt nous donne l'idée de l'appel de la grâce; le criminel fait des remontrances au juge, et le juge, qui était Dieu lui-même, l'exauce et modère la rigueur de la première sentence.
De génération en génération , ie monde dégénéra, de sorte que les hommes , devenus enfin tout à fait pervers , s'attirèrent la colère de Dieu, qui se manifesta par le déluge universel (165Gdum., 2318 av. Jésus-Christ).
Noé seul échappa, au moyen de l'arche, ainsi que le Seigneur le lui avait dit, à ce grand fléau qui , après avoir duré plus de cinq mois, disparut de la terre pour la laisser retourner à son état primitif, et se repeupler par les créatures que Noé avait sauvées. D'un des descendants de ce patriarche naquit Abraham, souche de cette race devenue ensuite un peuple nombreux , puissant,jouissantde la prédilection de Dieu qui, en faisant alliance avec ce patriarche, avait réservé à sa descendance de grandes destinées, de prodigieuses vicissitudes.
Ce pacte solennel , qui date de l'an 1921 avant la naissance du Christ, renferme la promesse du Messie. La circoncision imposée à Abraham pour lui et pour sa postérité était une marque, un signe pour distinguer le9 descendants de cette famille, la première famille patricienne dont l'histoire fasse mention. Je dois donc croire , ainsi que tout bon et fidèle moséite, que celle alliance a eu lieu comme la promesse qui en fut une des plus importantes conditions. Nous tous , sectateurs de Moïse , devons prêter foi à tout ce que l'histoire sainte nous apprend. Nous devons croire qu'Abraham ait offert à Dieu le sacrifice de son fils unique Isaac ; qu'un ange l'ait empêché de l'accomplir, satisfait de l'obéissance du père et de la résignation du fils. Nous devons croire tout ce qu'on nous raconte au sujet de Jacob , appelé ensuite Israël , qui seul mérita la prérogative de transmettre à sa descendance la protection spéciale de Dieu. Nous devons croire que Jacob avait douze fils qui devinrent autant de chefs de tribu ; que so sentant près de mourir, il réunit aulour de lui sa nombreuse famille, el qu'en la bénissant, il lui promit un Rédempteur qui devait sortir de
Mi
la postérité de Judas le plus vaillant de ses enfants. Nous devons croire tous les miracles , tous les prodiges qui out rendu célèbre la naissance et la vie de Moïse. Nous devons croire que Dieu lui a ordonné de délivrer son peuple ; que, s'étanl mis à l'œuvre , Moïse y est parvenu en contraignant Pharaon , à force de miracles, à rendre la liberté aux Hébreux; et que Ini-méme , | l'âge de 80 ans , s'étanl fait capitaine et chef de ce peuple , l'a conduit eu lieu de sûreté, loin de la terre barbare d'Egypte.
Nous devrions par conséquent, en commémoration de cel éclatant événement , sanctifier la pâque , nous abstenir pendant huit jours de manger du pain, et le remplacer par les azymes, pétris seulement de farine et d'eau , pains sans levain au sujet desquels on a inventé de si atroces calomnies.
Nous devons croire que Moïse , avec son peuple enfermé entre le désert et la mer Rouge, ou mer de Suez, a passé celle-ci à sec par miracle, tandis que les Egyptiens, voulant l'y poursuivre, y périrent tous submergés : événement qui inspira à Moïse un des plus beaux chants que la poésie ait produits.
A cette époque finit, ainsi que je l'ai déjà remarqué ailleurs, la première période, celle de la loi divine de nature , qui avait duré près de 25 siècles.
Le tableau devient plus magnifique, plus sublime, plus grandiose, dans celle de la loi écrite , inaugurée par Moïse ; et , comme fidèle observateur de ses préceptes, je dois croire que le 15* jour du deuxième mois après la sortie d'Egypte , jour qui répond au 15 juin 1491 avant Jésus-Christ, cette masse énorme de peuple arriva dans le désert de Sin , silué entre Elim et le mont Sinaï. Je dois croire le miracle des eaux amères adoucies par Moïse; celui de la manne , don précieux du ciel, au moyen duquel tous les Israélites vécurent dans le désert; celui de l'eau jaillie du rocher d'Horeb , au simple contact de la baguette de Moïse, en si grande abondance qu'elle suffit à éteindre la soif de plus de deux millions de personnes altérées par les fatigues de la marche dans ce désert aride, et par la chaleur excessive de la saison étouffante dans celte année el surtout dans celte contrée
Ici commence pourl'lsraélile le point cardinal de sa croyance religieuse; car alors la loi fut dictée par Dieu lui-même sur le mont Sinaï, à la présence de tout le peuple. (Jusque 3335 ans nous séparent de cet'e époque, cependant de nos jours encore retentit auv oreilles des sectateurs de Moïse la voix terrible de Dieu, voix qui doit cependant tetenlir aux oreilles de lous les autres peuples du monde , puisque les préceptes fondamentaux de cette loi el constituant le Decalogue Ml été et seront toujours la base fondamentale de toute législation. Les tonnerres , les éclairs, les leux, les convulsions do la nature agitée par un frémissement universel, annoncèrent cel éclatant événement regardé
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par le moséite avec une terreur sacrée, avec une sainte vénération. L'effet en est si puissant chez lui , qu'après tant de siècles il conserve un attachement inébranlable pour cette loi dont ni le temps ni la violence n'ont pu le séparer. 11 croit que c'est Dieu lui-même qui la lui a donnée , et redoute avec terreur tout ce qui pourrait l'en éloigner ou la lui faire transgresser.
Moïse ne se borna point à ces règles fondamentales. Il y en ajouta d'autres qui , plus lard, devinrent impossibles à observer, vu les circonstances locales et les lois des différents pays dans lesquels le peuple israélite se trouva dispersé , sans temple, sans sacerdoce, sans les mille moyens qu'il possédait auparavant pour ranimer cette sage et prévoyante législation. Moïse, qui la lui avait donnée , était si jaloux de la conserver dans toute son intégrité, qu'ildéfendit avec sévérité toute altération qui tendît à en diminuer ou même à en augmenter la rigueur ; mais les temps et les circonstances,1, ces deux causes irrésistibles, rendirent sa prohibition inefficace.
La même foi que je dois comme moseite aux préceptes de ce législateur inspiré, je la dois aussi aux chefs de la nation , ses successeurs. Ainsi je dois respecter la mémoire de Josué, croire tous les prodiges opérés par lui pendant la guerre qui mit le peuple d'Israël en possession de la Cananée. Je dois professer les mêmes sentiments à l'égard de tous les autres juges jusqu'à Samuel, le dernier d'entre eux et le premier fondateur de l'école des prophètes , homme probe, grand politique, mais théocrate inflexible.
Je dois croire que David, roi , guerrier et poète tout à la fois , était inspiré de Dieu , ainsi que tous les grands hommes qui fleu-
(1) Ces prophètes furent au nombre rte seize : c'étaient tous de saints hommes quoique inégaux de mérite comme écrivains. Ils avaient mission de ranimer par leurs prédications dans le peuple, sa ferveur affaiblie pour la loi de Dieu, afin de l'arracher à l'idolâtrie. A partir de celte époque jusqu'au retour de l'exil à Babylone, les Juifs se montrèrent moins portés aux obscénités de l'idolâtrie dans lesquelles ils tombaient si souvent auparavant.
Les principaux de ces prophètes furent au nombre de quatre : Isaie, Jérémie, Ezécbiel et Daniel, qu'on appelle aussi les grands prophètes.
isaie vivait pendant le règne des successeurs im- .nédiats de Salomon , c'est-à-dire environ 750 ans avant Jésus-Christ. Ses écrits sont remarquables par la pureté du style, par la noblesse des sentiments, la sublimité des conceptions , rehaussés par les figures de rhétorique et par des descriptions fort animées. Son éloquence était comme un fleuve d'eau très-limpide maigre la rapidité de leur écoulement.
Jérémie prophétisa sous les derniers rois de Juda, 600 ans avant Jésus-Christ. Il commença ses prédications étant encore fort jeune. Le royaume en décadence, la corruption des mœurs, allumèrent la sainte colère du voyant dont l'énergie était sans exemple, lorsqu'il reprochait au peuple et aux prêtres les infractions a la loi de Dieu. Elle lui valut la haine des grauds et celle de 1» populace. Blotti, pour ainsi dire, dans le vestibule du temple, il tonnait de là, avec sa voix puissante , exhalant sa douleur et l'a-
rirent sous le nom de prophètes après la mort de Salomon. Beaucoup d'entre eux prophétisèrent pendant la captivité des Juifs à Babylone , surtout en ce qui concernait le dogme du Messie , d'autant plus traité à cette époque que le moment de son avènement était moins éloigné (1).
Ces Ecritures sacrées auxquelles je dois prêter foi , Moïse les avait commencées , comme je l'ai déjà remarqué, par la tradition de l'origine du monde, dans son Pentateuque, livre précieux et saint, qui était originairement la propriété exclusive des Israélites. Il se divise en cinq parties :1a première, appelée Genèse, va de la création à la mort do Jacob, et contient la généalogie de la nombreuse famille de ce patriarche ainsi que la description du développement prodigieux qu'elle atteignit promplement. Il s'y trouve trois sources dont découle le dogme du Messie ; d'abord le péché originel qui devait être racheté ; ensuite la promesse de celle rédemption que Dieu fait à Abraham ; et enfin la prophétie de Jacob mourant, laquelle prédit qu'avant la venue du Messie le sceptre sortirait de la tribu de Juda le plus fort des douze frères, tribu qui était destinée à avoir sans cesse la suprématie sur les autres.
Après la Genèse vient VExude. Entre ce livre et le précédent il y a une lacune de 200 ans environ, époque de l'écrasante captivité d'Egypte. Il ouvre la scène au moment de la délivrance du peuple juif du joug sous lequel il gémissait, et finit par la description de ce qui arriva sur le mont Sinaï , lorsque Dieu lui-même dicta les lois dont le moseite se montre encore, après trente siècles, si rigide observateur.
Le Lévitique contient la partie rituelle, c'est-à-dire les formules, les statuts pour les sacrifices. On y rencontre en outre de pré-
mertume de son cœur, en prédictions toujours tristes et menaçantes, qui annonçaient de terribles malheurs, d'épouvantables désastres. Ses lamentations sur la ruine de la ville et du temple déchirent le cœur par l'affliction qui y domine , plus que dans tous ses autres écrits, quoique dans tous se trouvent de lugubres tableaux peints avec de vives couleurs. La colère, le dépit d'une àme agitée, se décèlent à chaque page de ses prophéties, où d'ailleurs abondent à prolusion les idées magnifiques et grandioses.
Ezécbiel était son contemporain , et lui aussi fut mené à Babylone : on n'a sur ce prophète que des notions vagues et incertaines. Il avait beaucoup d'imagination, mais il était obscur. Il prédit la fin de cette captivité et le rétablissement du temple de Jérusalem.
Daniel commença à prophétiser 20 ans avant la destruction du premier temple. Prisonnier lui aussi à Babylone , il acquit une grande réputation dans l'art d'expliquer les songes. On connaît le miracle dont il fût l'objet dans la fosse aux lions desquels il fut préservé.
Quelques écrivains soutiennent que, dans le v8 siècle, les Juifs l'ont effacé du nombre des prophètes, justement parce que ses prophéties sur le Messie sont trop explicites et précise*. Les autres prédictions ont trait aux quatre empires qui se succédèrent en Asie et dans les pays limitrophes; savoir : l'empire chaldéen , ou assyrien, celui des Mèdes , celui des Perses, et enfin l'empire grec ou macédonien.
DEMONSTRATION EVAMiKLIQUK. LOMKHOSO ET GONSO.M.
cicux documents sur Ion meeurs et coutumes des Israélites i celte époque.
I.e livre des Nombres, qui constitue la statistique des Hébreux dans le désert, tribu par tribu, contient aussi quelques fragments historiques sur les événements arrivés dans la deuxième et dans la quarantième année du séjour dans le désert, laissant un vide de 37 ans. Il linil par un résumé de tous les déplacements de la nation, de tous les camps levés cl établis.
La dernière partie du Pentaleuque est le Deutéronome. 11 résume brièvement la loi et la constitution de Moïse; on y admire le zèle, le desintéressement et l'infatigable activité du législateur pour le bonbeur de son peuple. Pariai ses lois sont surtout dignes de remarque, celle sur les faux témoins (chai). xix, v. 1'.)), celle sur les pauvres (chap. xv, v. 7 et suiv.), celle concernant les étrangers et les orphelins [chap. xxvn, v. 18, 19), celle sur les animaux \chap. xxn, v. V et chap. xxv, o. '••), ainsi que bien d'autres qu'il serait trop long de citer.
Excepté dans li Genèse, Moïse ne parle jamais du Messie. Il connaissait trop bien son peuple pour l'entretenir d'un espoir si éloigné. Cette idée domine dans le Pentaleuque, où l'on ne trouve que promesses et menaces de biens ou de maux temporels, de paix, d'abondance, de santé, ou de guerre, de famine, de pe>le.
Après les livres de Moïse, l'Israélite doit regarder comme objets de foi, ceux de Josué, qui remplaça le grand législateur dans la charge de conduire le peuple hébreu du désert à la Cananée. Ils font immédiatement suite au Deutéronome, ainsi que l'annonce le premier verset, et embrassent un intervalle de dix-sept ans. On y trouve deux parties bien distinctes : la première nous entretient de la conquête de la Cananée faite en quatre campagnes ; la seconde traite de la division des terres conquises.
Viennent ensuite les livres des Juges, dont l'auteur est inconnu, qui arrivent jusqu'à Samuel. Ils embrassent une période historique de près de trois siècles et demi.
Ils sont suivis par les livres de Samuel et par ceux des Kois, les uns et les autres divisés en deux parties, où il est question d'autres documents qui ne sont point parvenus jusqu'à nous; ils constituent l'bisloiredu peuple hébreu depuis Samuel (1130 av. Jesus- Christ) jusqu'à la 37e année de la captivité de Bahylonc i5f>9 av. Jésus-Christ), c'est-àdire qu'ils embrassent un intervalle de 561 ans.
Pendant toute l'époque où le peuple hébreu fut occupé par la guerre, soit pour la conquête, soit pour la cou» ervalion de ses terres, le dogme du Messie demeura comme assoupi. Mais à peine la paix fut-elle rétablie, qu'aussitôt David ranimait cet espoir affaibli, prenant l'éclatant avènement du Messie pour sujet de ses poésies, ouvrage en grande vénération chez le moséiletqui eu lire d'abondants matériaux pour sa liturgie et surtout pour ses prières et ses cérémonies funèbres.
Traité de nouveau par le roi-pocte , ce
(lognir fut rn-nile inculqué parles prnpbele*
qui se montrent si m 'lit iinpirês par un
sujet si élevé et si sublime. Ctpaa tant on ne doit point chercher dans leurs écrits le seul sens littéral, mais y découvrir le sens figuré et symbolique, r-'.n effet, on y trouve aussi prédit que le Messie devait apporter la domination, la gloire, les conquêtes, aux malheureux restes du peuple hébreu, dès lors réduits à un étal bien triste et digne de commisération. Les uns affirment que Jérusalem dev.nl devenir la métropole du monde et répandre de ses murs les bénédictions sur tous h s peuples de la terre; d'autres se nourrissent tl'c>pérances de guerres et de victoires que l'Israélite devait réaliser une fois placé sous la conluile de son Matait, oui détruirait rois et royaumes et établira il son sceptre sur l'univers soumis.
Du reste, quoiqu'on eût la certitude que ce Messie dût tôt ou lard faire son entrée dan* le monde, cependant l'époque de sa venue resta pendant plusieurs siècles, non -seulement vague et incertaine, mais presque impossible à présumer, vu qu'aucun des signes dont elle devait être précédée ne s'était point encore vérifie et ne semblait pas pouvoir se vérifier, surtout après la destruction du premier temple, et après la captivité de liabyluiie, desastres qui , en effaçant toute lueur de gloire et d'indépendance, faisaient évanouir chez les Hébreux leurs plus belles espérances.
Le prophète Aggel, qui vivait justement vers la fin de la phase douloureuse de l'émigration juive, fut le premier à fournir quelque donnée, sinon certaine, du moins présomptive, sur ce grand avènemenl. H prédit qu'il se réaliserait pendant l'existence du secoud temple qu'on allait bâtir alors, et cela en compensation de la pauvreté de celte seconde maison de Dieu, si inférieure à la première en splendeur et en richesse.
Daniel alla plus loin. lien indiqua approximativement l'cp que, se servant cependant d'un langage que beaucoup trouvèrent obscur, et de calculs susceptibles de différentes explications. Il fixa l'accomplissement de celle sublime régénération à soixante-dix semaines après que le monarque Persan aurait visé le décret pour la réédiGcation du temple. Il existe des opinions diverses sur ces semaines, et on a demandé si c'étaient des semaines de jours, d'années ou de siècles. Des sem aines de jours n'auraient pas seulement suffi à préparer le retour des captifs dans leur pairie ; des semaines de siècles seraient trop longues el dénuées de toute proSa bible; des sem aines d'années constitueraient un total de i'.'O ans, et les Ecriiurcs hebrai jues ne vont pas si loin, comme il etl ailé de s'en convaincre en réllechissanl sur l'époaut t laquelle cessèrent les praphélitl et la trace historique de la nation juiv c qui tombait de plus en plus eu décadence. La chronique suppléait autant que possible a l'histoire dans les derniers moments de l'existence éph mère de ce peu-
DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES
pie, pendant la restauration promise par Esdras, 467 ans avant Jésus-Christ.
H nous reste les Paralipomènes en deux livres d'auteur inconnu , qui se divisent en deux parties : la première nous donne la généalogie d'Adam jusqu'à la mort de David; la seconde, l'histoire du règne deSalomon et ses successeurs jusqu'à la captivité de Babylone. Ce iragment se rattache à celui d'Esdras, qui est le héros du retour des Hébreux à Jérusalem. On lui doit la remise en vigueur de la loi de Moïse, peut-être même, comme quelques-uns le prétendent, une sorte de réforme, et peut-être même quelque chose de plus. Par ses soins on a repris la lecture des livres sacrés, on a de nouveau sanctifié le sabbat, et rendu au culte, sinon toute, au moins une partie de son ancienne splendeur.
Son livre est suivi de celui de Néhémie, qui accrut les rigueurs déjà introduites ainsi que l'isolement du peuple juif, et fit des efforts inouïs pour l'éloigner de tout commerce avec les femmes étrangères. On rétablit la coutume de payer la dlme aux prêtres; on reconstruisit les tribus de Judas, de Benjamin et une partie de celle de Lévi. Le prophète inexorable ne pardonnait à personne; il tonnait sévèrement contre les transgresseurs de la loi, surtout lorsque c'étaient des prêtres.
Contemporain de ce zélé restaurateur du culte mosaïque, Malachie fut le dernier personnage qui se vit couronné de l'auréole prophétique. Les paroles suivantes de Malaehie méritent d'être citées dans toute leur intégrité, comme les derniers sons d'une voix qui avait traversé les siècles en annonçant le Messie : Souvenez-vous, disait-il au nom du Seigneur, en prenant congé de la nation, souvenez-vous de la loi de Moïse mon serviteur, que je lui ai donnée sur la montagne d'Hureb, afin qu'il portât à tout le peuple d'Israël mes préceptes et mes ordonnances. Je vous enverrai le prophète Elle avant que le grand et épouvantable jour du Seigneur arrive; et il réunira le cœur des pères avec leurs enfants, et le cœur des enfants avec leurs pères; de peur qu'fn venant je ne frappe la terre d'analhème.
Tout ce que je vous ai rapporté de l'histoire des Hébreux depuis celle époque jusqu'au règne des Asmodées ou des Maccabées, et jusque même au règne d'Hérode, à la conquête des Romains et à la destruction du second temple, se trouve dans les œuvres de Joseph Flavius et des auteurs profanes. Le moséite manque donc d'un guide légal et authentique, soit pour la matière historique, soit pour la matière religieuse, depuis Malaehie jusqu'à nos jours. Il attend toujours le
(t) Il existe deux ouvrages qui portent le même litre de Talmud. Le premier, te Talmud de Jérusalem, se divise effectivement en deux parties, l'une appelée Mischa, et l'autre Guémara. La première fut achevée vers l'an 189 de l'ère chrétienne (Voy. Tezemacli David, f. 23); son auteur fut Judas le saint; il n'a fait dans son livre que rédiger les traditions conservées par les Tnnatm (organes de la tradition), qui apparurent au commencement du ut« siècle avant Jésus Christ, et dont il peut être considéré comme le dernier. Ou
prophète Elie qui doit être le précurseur du Messie. Mais au milieu de l'éparpillement de la nation juive sur toute la surface de ia terre, au milieu de tant de persécutions, quel est l'homme orgueilleux qui, sans avoir recours au Nouveau Testament, pourrait affirmer ou nier la venue de cet Elie, précurseur du Messie, et celle du Messie lui-même? L'état du moséite est bien terrible : son incertitude excite la compassion, ses doutes la pitié. Depuis dix-neuf siècles, un vague bruit court de génération en génération, parlant du supplice de .Tésus-Christ, accusé de s'être donné pour le Messie, tandis que, suivant la tradition juive, il n'en avait point les caractères requis. Vous aurez sans doute remarqué dans mon résumé historique les motifs d'intérêt privé qui peuvent avoir exercé leur influence pour accréditer cette fatale erreur, dans laquelle tombèrent, soit par ignorance, soit par calcul, les prêtres hébreux qui occupaient alors le premier rang à Jérusalem. Vinrent ensuite les talmudisles et tous les rabbins qui, quoique incapables, faute de preuves, de se prononcer pour l'affirmative ou pour la négative, à l'aide de leurs écritures auxquelles seulement ils prêtaient foi, se déclarèrent ennemis de ce Christ et de ceux qui croyaient en lui, mus par le zèle religieux ou peut-être par l'intérêt personnel. Ces talmudisles apparurent dans le ni* siècle de l'Eglise à Jérusalem, dans le iv' à Babylone. Ils se partagent donc en deux écoles, l'une moins compréhensible que l'autre. Les ouvrages qu'ils ont laissés renferment le droit civil des Juifs adapté aux nouvelles croyances religieuses, mais contraire aux nouvelles mœurs. Dans une autre lettre je vous donnerai quelques détails sur ces innovations en grande partie inopportunes et imprévoyantes, quoiqu'elles soient peutêtre rédigées dans les meilleures intentions et dans le désir de conserver intacte une religion respectable sous tant de rapports. Mais vous dire ce que c'est que ce talmud, ce corollaire du code de Moïse, je ne le pourrais pas; seulement je vais essayer de vous en donner les légères notions qui sont encore présentes à ma mémoire. Si je ne me trompe, cet ouvrage se divise en deux parties, l'une appelée Mischna, l'autre Guémara. La première est écrite en bon et pur hébreu rabbinique, mais avec fort peu de clarté dans les idées ; la seconde est en chaldéen. Ces livres sont de peu et même d'aucune utilité pour l'histoire, ne contenant que des choses fort invraisemblables. 11 en existe deux éditions, l'une de Venise, l'autre d'Amsterdam (1). Un des plus grands hommes de celte école et qui
voit surgir après .ui une nouvelle école de docteurs sous le nom à'Amoraïm (parleurs ou penseurs), qui commentent la tradition et en font la Guémara, c'està-dire le complément (de la tradition). Le second ouvrage, qui se nomme aussi Talmud, a été rédigé à Babylone environ 450 ans après celui de Jérusalem. C'est lui qui nous donne l'origine de la fameuse traduction chaldaïque des cinq livres de Moïse, ce livre sublime qui remonte à une époque si reculée et qui lournit des preuves si incontestables de la vérité du