LETTRE VIII
M. CONSONI A M. 1 OMHHOSO.
Mon cher ami.
Vos lettres seront un sujet d'étonnemenl,
même pour les savants catholiques. Vous
avez répondu sagement , et d'une manière
satisfaisante, à ma question tendant à vous
christianisme. Celte traduction, ou pour mieux dire le fond de ce livre fut révélé à Moïse, affirme la lalniml de Babylone (lUdouschin, f. i9), sur le mont Siiui, eu même temps que la loi ; la tradition cou-
fa ire dévoiler la cause véritable, quoique nou unique, de la dégradation de la race juive comparée aux fidèles chrétiens; vous y expOtei avec simplicité et d'une manière incontestable tout ce qu'on aurait pu suggérer, expliquer et corriger plus tôt. Ces lettres étaient tellement liées et inséparables, que mes réponses n'auraient fait qu'en rompre le fil des idées et vous distraire de l'important sujet qui absorbait votre attention. Leur but était de rechercher d'abord les rapports cil ils et sociaux des Israélites, et d'observer, après avoir posé ces bases intéressantes, le juif placé sous l'influence des modifications religieuses, [iour tenter ensuite, par tous les moyens possibles, de l'amener à s'instruire aux sources innocentes et véridiques, lesquelles peuvent lui fournir la preuve que le Messie attendu par lui on le reconnaît dans la personne de Jésus-Christ. Cette vérité, une fois admise par lui, constituerait le perfectionnement de ses croyances. Etant du domaine de la théologie, cette thèse me regarde directement comme prêtre. Il faut donc que ce soit moi qui la traite, avec toute la clarté et toute la ferveur qu'exigent l'importance de la discussion et les résultats qui pourraient en dériver.
Dans ma réponse, je ne devrais donc m'occuper que de la controverse qui se rapporte directement à votre dernière épilre, dans la« quelle vous avouez franchement que, au moyen de vos seuls livres sacrés, vous ne pouvez décider, avec connaissance de cause, s'il y a identité entre Jésus-Christ et le Messie attendu par les Juifs, parce que vos saintes Ecritures s'arrêtent à cinq siècles de distance de l'avènement du Christ.
Mais avant d'aborder cette thèse, et pour vous montrer avec combien d'attention j'ai lu votre résumé historique, je vais vous communiquer les inductions que j'ai tirées en méditant sur les événements retracés par vous. Dans votre premier fragment historique, vous vous proposiez de faire ressortir comme elles le méritent, même pour les illettrés, les hautes conceptions de Moïse dans sa divine législation, législation aussi opportune pour les temps et les lieux dans lesquels elle était en vigueur , qu'inepte ailleurs, si elle demeure stalionnairc. Par conséquent, vous ne dissimulez point votre persuasion, à savoir, qu'il était réservé au christianisme d'entreprendre une réforme hardie, en façonnant cette législation de manière à ce qu'elle pût servir dans tous les siècles à venir et sur toute la surface du globe. Aucune autre religion ne saurait offrir les mêmes avantages, car elles manquent toutes plus ou moins de cet ensemble de préceptes moraux et religieux, partage du seul christianisme.
Votre seconde lettre historique, consacrée entièrement à la douloureuse période des persécutions, a réveillé dans mon cœur ces
serva ce monument impérissable jusqu'à l'époque des Tanaîiu, etOnkolos, l'ami de rairiJéhotcluouang et A'FJieier U Grand cul la cloire de l'écrire.
(.Vole; du Traduitcii.)
DES MOYENS DE CONVERTIR LES ISRAELITES
sentiments pénibles qu'elles m'ont toujours fait éprouver; mais j'ai vu avec plaisir la candeur avec laquelle vous avez mis au grand jour les efforts des pontifes et des saints pour protéger les malheureux Juifs de la fureur populaire. J'ai été bien aise aussi de vous entendre avouer que ceux-ci avaient été les premiers à donner l'exemple de l'acharnement et des carnages, en persécutant les croyants des doctrines qui ne tendaient pourtant qu'à perfectionner celte même loi protessée parles moséites.
La troisième période nous rappelle de plus riants souvenirs, en nous mettant sous les yeux la série des décrets favorables qui préparèrent l'émancipation de ce pauvre peuple Israélite. Malheureusement, cette émancipation produisit plus d'indifférence que de progrès; car, toute proportion gardée, les cas de régénération évangélique sont encore bien rares chez vos coreligionnaires', quoiqu'on les excite depuis plus d'un demi-siècle à s'instruire, quoiqu'on leur fournisse les moyens aptes à les rapprocher de ce but décisif, quoiqu'on cherche à leur donner une plus grande latitude de relations et de liens sociaux. Il faut donc avouer que les ravages faits par treize siècles d'erreurs ne pouvaient être effacés par cinquante ans de tolérance; il faut donc avouer que les mœurs, si spéciales chez l'Israélite, concourent à l'isoler autant et plus que ne le fait la religion ellemême. Il est vrai aussi que les lois oppressives ont donné plus de latitude à cet isolement; mais outre ces causes morales et civiles, quelque puissantes qu'elles soient, il doit y avoir n'importe quelle erreur religieuse tenace et grossière, provenant assurément des notions vagues et inexactes, des souvenirs incertains et illusoires qui succédèrent à la foi solide et positive dans le Messie. Si l'avènement du Rédempteur eût répondu à l'idée qu'ils s'en font encore, il n'eût pu porter remède aux maux qui affligeaient l'humanité; au contraire, il les aurait fait empirer. De ce rêve mal bâii naquit par conséquent la fausse opinion des Juifs, que Jésus-Christ n'avait point les caractères requis pour le Messie, quoique la preuve du contraire se trouve dans une histoire dont la véracité, vous pouvez aisément vous en convaincre, ne souffre aucun doute, n'admet aucune hésitation.
C'est là le plu9 grand écueil pour le moséile, l'isthme qui sépare les deux religions, et qui, une fois détruit, ne laisserait plus aucun obstacle à leur jonction. Entreprenons donc de le faire disparaître, en prouvant d'une manière irréfragable que Jésus- Christ est précisément le Messie qu attendent encore vos coreligionnaires, par un inexplicable aveuglement, quoique l'époque fixée pour Ron avènement soit déjà passée depuis dix-huit siècles. Car les Ecritures établissent péremptoirement qu'il devait paraître pendant l'existence du second temple, qui n'est plus, et descendre de telle tribu, de telle famille ; circonstance impossible à vériGer
maintenant, que toute (race généalogique est effacée parmi les enfants d'Israël.
11 est donc entre la loi des Israélites et celle des catholiques une communion de foi sur bien des points : cette communion de foi, que vous avouez, découle de la révélation. Vous admettez, dans votre résumé historique , ce rapport entre Dieu et l'homme : vous admettez donc, par conséquent, l'analogie qui existe entre les religions catholique et juive. Comme théologien, je vous demande Ja permission de disserter brièvement sur ce point capital de foi, sur lequel vous ne pouviez vous appesantir dans votre épitome tout à fait historique.
La révélation n'est autre enose que ia manifestation de la sainte volonté de Dieu, par laquelle Dieu parla aux hommes, afin de leur faire connaître leurs devoirs. Nous autres chrétiens sommes , partant, d'accord avec votre Moïse, ce Moïse qui recueillit pour le premier l'histoire du monde, écrivit la tradition orale de l'homme sorti des mains divines, et nous donna dans le Pentateuque les premières notions, les premiers dogmes, les premiers rites de la religion par laquelle Dieu voulait être adoré en esprit et en vérité.
La sainteté des doctrines et des dogmes enseignés par lui , et rendus vénérables par une longue série de miracles les plus éclatants, en prouve la véracité. Ces dogmes et ces doctrines ne cessèrent point d'être crus et professés jusqu'à l'avènement du Christ, qui, fondant son Eglise sur ces bases, confirma la divine mission de Moïse, ainsi que celui-ci avait déjà rendu témoignage de sa mission sur la terre comme Fils de Dieu. En cette qualité, il ne fit dans son Evangile que perfectionner la religion de Moïse, en donnant en soi-même l'accomplissement des symboles de l'Ancien Testament. Or, si la loi de Moïse est le résultat de la révélation divine, et si le christianisme, loin de les contrecarrer, vérifie les espérances que cette révélation avait fait naître , je suis fondé à conclure que le christianisme provient du ciel. Eiant fondé sur la même révélation qui annonce comme divine la loi de Moïse et sa mission dans le monde, il ne peut ne pas provenir de la même source. Si donc la nature et la perfection de la doctrine évangélique prouve, ainsi que l'atteste ce que nous venons de dire, que cette doctrine est le résultat de la révélation, il sera incontestablement prouvé aussi que le Juif, en embrassant le catholicisme, ne change point de croyance, mais qu'il perfectionne au contraire sa foi; thèse que j'ai établie dès ma première lettre. Et il en résulte, par conséquent, une vérité dont j'ai déjà parlé, à savoir, que cet acte, considéré comme blâmable , ne t'est en aucune façon.
Convaincu de cela, vous prenez et établissez pour base que, pour passer du judaïsme au catholicisme, il faut préventivement devenir bon israélite, c'est-à-dire croire que Dieu ail éclairé le patriarche Abraham par la révélation, qu'il ail contracté une allianre avec lui, qu'il lui ait promis de protéger sa