‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 71 sur 255 · PREMIÈRE DISSERTATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DISSERTATION

l'enseignement théologiqce dans les grands séminaires (1).

L'organisation des études théologiqucs , avanj l'a révolution, était cerlainemenl peu avantageuse pour les élèves d'une capacité ordinaire. L'enseignement du dogme s'y faisait d'une manière trop élevée pour être utile à tous. D'un autre côté, on n'y ensei» gnait jamais la Casuistique, science qui pourtant est complètement indispensable pour la préparation aux saintes fonctions du ministère.

C' tte méthode d'enseignement, si peu avantageuse pour les besoins des masses, produisait pourtant des résultats immenses pour la défense et pour la gloire de notre Eglise de France. Il sortait, pour ainsi dire incessamment, des facultés de théologie, des hommes en état de lutter avec talent comme avec énergie contre l'envahissement des doctrines rationalistes. Dans le dernier siècle , et jusqu'au commencement delà tempête, on compte encore chez nous un grand nombre de théologiens dislingues. C'étaient certainement des hommes éminents en science théologique, que les Bergier, les Hookc, les Lafosse, les Laluzerne, les Legrand, les Baltus, les Montagne, les Duvoisin, les Régnier, les Pompignan, les Collet, les Tournély, les De Pressy, les Leclerc, les Kmery (2), et tant d'autres esprits remarquables que nous serions heureux et fiers de posséder encore. Leur souvenir vit toujours dans nos écoles théologiques . environné d'une juste vénération. Mais est-ce qu'il nous suffirait d'une stérile el vaine admir ilion des travaux el îles luttes de nos ni re's dans la foi? Est-ce qnll nous faudrait dégénérer de leu.s glorieux exemples? Est-ce qu'il nous sullira de b . bulier les réponses qu'ils faisaient à :'cs ennemis qui sont tombés dans l'éternité?

(1) Ce travail a été publié en IMS el I S itï, a pro-

£os de V Aperçu de t.i ihrotogie imprimé par ordre do Igr de Marguerye, éveque de Sainl-Flour.

Ce serait un labeur inutile de rombaltre la milice de Voltaire tandis que la fougueuse phalangede Hegel nous insulte et nous brave. Il ne faut pas oublier qu'atec la presse, les rapports perpétuels des nations et la liberté politique, l'histoire se fait vile au temps où nous vivons. Nous sommes emportes dans l'avenir malgré notre amour pour un ( assé qui n'était pas sans gloire La vénération du passé est un beau et noble sentiment, mais le souci de l'avenir est certainement l'inquiétude d'une grande âme qui voudrait embrasser l'humanité dans son amour. La conquête et la pacification de l'avenir dans la science et dans la vertu, c'est bien là. ce nous semble, la pensée qui doit dévorer d'un saint zèle toute âme vraiment sacerdotale. Qu'elle* sont belles les conquêtes ainsi faites ! Qu'il est glorieux pour la science chrétienne de vaincre parle seul éclat delà lumière éternelle ! Qu'il serait heureux, ce beau pays de France, de voir s'élever au milieu des générations corrompues par l'or et par le plaisir, des prêtres qui ne devraient leur autorité qu'à leurs souffrances, qu'à leur savoir, et qu'à leur amour du genre humain ! Ce n'est pas la domination des consciences, mais leur bonheur qu'il faul rêver. Ce n'est pas au pouvoir, mais au dévouement qu'il faut aspirer avant lont. Va\ / pas peur! le rationalisme, qui nous veise goulle à goutle l'air et la liberté, nous laissera bien la permission de souffrir. Si nous sommes ainsi disposés à tout endurer pour assurer le retour de nos frères égaie-, qu'elles nous sembleront douces les fatigues de la science, entreprises dans un si noble bul l Nous saurons faire pour Dieu el pour le prochain tout autant que le monde fait pour un vain orgueil. S'endormir dans un égoïsme étroit, dans une insouciante paresse, quand tant d'âmes périssent autour de nous, il faudrait pour cela n'avoir pas dans le cœur une seule fibre chrétienne.

Sans doute le repos est doux à la naluro

(5) On doit à M. ['abbé Migne la réimpression des travaux devenus introuvables de plusieurs de ces théologiens émineaie

DISSERTATIONS SUR LES ETUDES CLERICALES

mortelle ; sans doute c'est une existence bien sévère et bien rude, que celle du dévouement et du travail ; sans doute on comprend qu'on s'arrête quelquefois avec hésitation en montant ce Calvaire ; mais le prêtre catholique doit avoir perpétuellement devant les yeux les admirables exemples et la vie sans repos de ses pères. Quelle noble existence que celle d'un Athanase, d'un Augustin, d!un Jérôme, d'un Bonaventure, d'un Thomas d'Aquin, d'un Salmeron, d'un Suarez, d'un Bossuet ! La science et la vertu ceignaienteesnoides fronts d'une double couronne. Ils ont prié, étudié, travaillé jour et nuit. La prière, comme l'a dit admirablement Féiielon , était le seul délassement de leurs âmes. Ils se reposaient dans le sein de Dieu des fatigues el des angoisses que leur donnaient leurs frères. C'est ainsi que la vie du cœur vivait en eux comme la vie de l'esprit. Ils n'étaient pas comme les savants de nos jours, dont la sensibilité s'étiole dans l'abstraction. C'est qu'ils n'avaient pas l'idolâtrie de la science, c'est que l'amour de la vérité développe le cœur au lieu de le rétrécir.

Sans doute les évêques ne peuvent pis espérer trouver dans les jeunes prêtres qui sortent de leurs séminaires , la science et la piété parfaite de ces grands hommes. Pourtant il est du devoir de leur charge de donner à l'Eglise, battue par la tempête, des pasteurs capables de la défendre et d'agrandir le cercle de son action. Si l'instruction qu'ils font donner aux jeunes lévites n'atteint pas ce but essentiel, ils ne remplissent qu'imparfaitement un des devoirs les plus rigoureux de leur ministère sacré. Placés qu'ils sont au gouvernail, leur regard exercé doit prévoir les orages et tout faire pour les conjurer. C'est d'eux que doit venir l'impulsion et la vie. S'ils manquaient de zèle et de vigilance, l'esprit d'activité et de prosélytisme s'éteindrait vite dans leur clergé. S'il arrivait encore qu'ils n'eussent pas de la science sacrée toute l'estime qu'ils en doivent conserver, s'ils n'avaient pas soin d'appeler aux premières positions de leur clergé les hommes les plus en état de défendre la doctrine de ï'Egli$e, le rationalisme ferait de rapides progrès dans leurs diocèses. On s'étonnerait bientôt de voiries pasteurs tomber dans la déconsidération, les rangs fidèles s'éclaire ir tous les jours , et l'Eglise perdre sur les intelligences et sur les cœurs toute espèce d'action spirituelle. Une fois qu'on en serait là, le recrutement du clergé deviendrait tellement difficile qu'on sérail évidemment forcé d'ouvrir le sanctuaire à des I -nimes peu capables, par leurs talents, d • reconquérir les positions perdues. On ne sent peut-être pas assez généralement parmi les catholiques que telles seraient inévitablement les conséquences fatales du dépérissement des éludes idéologiques ; car autrement les évêques trouveraient autour d'eux plus de concours et de sympathie, auand ils s'efforcent de les améliorer. Or, je

suis convaincu que les premiers pasteurs ont certainement bonne volonté de rendre de jour eu jour plus solides les études de leu.s grands séminaires. Je leur sais, pour mon compte, tout à fait gré de ces bonnes intentions ; mais j'ai la conviction profonde qu'il n'en faudra pas rester là, si l'on veut toucher le but qu'on se propose. Améliorer les études théologiques actuelles n'est certainement pas suffisant. Nous ne voulons pas dire que ces études ne soient bien assez étendues pour la masse des élèves qui doit desservir les paroisses de campagne. Mais nous avançons, munis de fortes preuves, que généralement les études philosophiques ou théologiques sont très-insuffisantes pour les jeunes prêtres capables d'un plus grand développement.

Voyons, en effet, comment les choses se passent.

Après quatre ans d'études philosophiques et théologiques, on place dans les vicariats des villes les jeunes ecclésiastiques les plus intelligents. Là, la prédication fréquente, l'instruction des enfants, les nombreuses confessions, la visite des malades, les autres soins absorbants du ministère emprisonnent si bien touieleur vie, qu'il leur faut du zèle pour ne pas oublier le peu qu'ils ont acquis. Quelle est la conséquence d'une telle méthode ? C'est que les hommes les plus capables du clergé s'arrêtent tout à coup dans leur destinée intellectuelle. Il arrivera de là, tôt ou tard, que les doctrines de l'Eglise se trouveront mal défendues devant l'ennemi. Qui soutiendra le choc du ration»* lisme français, qui devient une puissance dans le pays légal ? qui réfutera l'exégèse allemande, qui prétend déchirer, page à page, les litres de la révélation ? qui ramènera une jennegénérationqui grandit dans le doute ? qui soutiendra le; immenses fatigues que l'avenir réserve à notre Eglise de France ? Evidemment, il est grand temps de préparer dans le clergé, pour ces luttes colossales, une aristocratie intellectuelle capable de les soutenir. On s'étonne des profondes racines que l'Université a déjà jetées dans le pays ? Il est clair pour nous qu'elle doit principalement celte influence à cette jeune et brillante aristocratie du talent qui sort sans cesse de son école normale. Mais où sont les écoles normales du clergé ? Pourquoi n'a-t il pas aus<i ses maisons de hautes éludes? Un diocèse qui enlèverait tous les ans un ecclésiastique capable aux soins absorbants du ministère pour le consacrer exclusivement aux sciences ecclésiastiques, aurait, au bout de vingt ans, le clergé le plus intelligent et le plus capable d'agir sur la société laïque. Il faut savoir semer, si l'on veut récolter. Les sacrifices qu'on s'impose ainsi dans des vues prévoyantes sont largement compensés dans l'avenir.

Si l'on nous demandait positivement par quels moyens pratiques nous espérons pouvoir atteindre le but auquel il nous semble qu'on doit viser, voici ce que nous propose-

DEMONSTRATION EVANGELIQUE. L'AHBE CIIASSAY.

rions : d'abord, Vextension des étude* philosophiques.Ces éludes ont pris dans l'Uni \ ertité <le grands développements : il rsl impossible que la philosophie du clergé reslc au-dessous de l'enseignement laïque. Ne sait-on pft'l que h's «'"ludes philosophiques exercent une profonde influent e sur la société moderne '.' Ne tourne-t-ou pas contre le christianisme perpétuellement , ce qu'on appelle la raison? L'histoire de la philosophie n'est-elle pas une mine féconde dans laquelle on croit trouver des armes neuves contre la révélation ? H nous semble clair que la Philosophie de Lyon et son cartésianisme, usé par le progrès de la science , ne prépare guère à ces combats d'un nouveau genre. Il est vrai que du colé des études philosophiques, d'heureuses innovations ont été déjà faites. Dans quelques diocèses, le cours de philosophie a été augmenté d'une année , et mis plus ou moins à la hauteur des exigences du moment.

Les Annotes de philosophie chrétienne ont publié le programme d'un de ces nouveaux cours, qui a été fonde par un des adversaires les plus habiles de l'école rationaliste ( 1 ). Nous devons donc désirer sincèrement que ce mouvement se propage, et qu'au moins, pour les élèves les plus intelligents, l'enseignement philosophique ne reste pas dans l'ornière de la routine. C'est là une des nécessités les plus impérieuses du moment, et nous ne croyons pas qu'aucun esprit qui connaît tant soit peu la situation intellectuelle de la société moderne, puisse nous contredire avec quelque apparence de raison.

La seconde amélioration qu'exigent encore impérieusement les circonstances, c'est la création d'études théologiques supérieures. Ce projet , on ne peut le dissimuler, trouve beaucoup d'adversaires. On va même jusqu'à le déclarer impossible. En effet , si le nombre des élèves qu'on doit admettre à ces éludes élevées est nécessairement très-borné, comment voulez-vous, pour un si petit nombre d'étudiants, fonder des maisons , organiser un enseignement, occuper des professeurs capables, et les plus capables d'un diocèse? J'avoue que cette difficulté a son coté sérieux, mais je ne la crois pas pourtant véritablement insoluble. On conviendra, par exemple, qu'il ne serait nullement impossible d'établir ces éludes dans les grands séminaires actuels : c'est ce qu'a fait monseigneur l'évéque de Sainl- Flour. Il se présente encore une antre h\ poihèsc qui permettrait de donner à cette idée plus d'importance et de stabilité ; c'est d'avoir pour chaque province ecclésiastique, sous les yeux du métropolitain, une maison centrale d'études ecclésiastiques. 11 est clair que celte organisation au rail plus d'un avantage incontestable sur le premier système. Quand les élèves sont plus nombreux, i'émulalion et l'ardeur sont plus vives, par consé-

quent le progrès des études plus rapide. D'nn autre côté , nu pourrait choisir alors dans

plus d'un diocèse les professeurs d< renseignement supérieur, avantage positif et se— rieux, quand il s'agit de désigner des hommes qui doivent réunir une piété éminenU à une capacité très -distinguée

Quoi qu'il en soit de la supériorité relaliv» de l'une ou de l'autre de ces deux h\ poihè*es, elles rencontrent toutes deux de- préventions ■aseï enracinées. Heaucoup de personnes, parmi les catholiques, ne comprennent qu'imparfaitement la nécessité d'une science ecclésiastique élevée. Il est vrai que si l'on ne lient pas compte des circonstances particulières dans lesquelles se trouve placée l'Eglise de France, cette difficulté peut paraître véritable. Il n'est pas évidemment nécessaire, pour continuer l'œuvre des apôtres , d'avoir une science véritablement approfondie. Mais qu'il soit indispensable dans les circonstances délicates où se trouve placée l'Eglise de France, d'avoirdans leclergé une avant-garde devant l'ennemi, une tête intelligente et vivante qui puisse gouverner tous les membres, c'est là une idée qu'il est difficile d'attaquer p-ir des arguments bien sérieux. La société laïqueelle-même ne doit-elle pas désirer qu'il en'-oit ain'i? Les rapports entre elle et l'Eglise ne seron'-ils pas toujours plus faciles et plus doux quand ils s'établiront naturellement avec des hommes éclairés, et par conséquent bienveillants, qui connaîtront leur siècle et ses besoins? N'imporle-t-il pas aussi à la gloire de la France que son clergé, qui est le premier du monde par le zèle et par la charité, devi< nne aussi le premier par la science ? Cela n'est-il pas nécessaire à un moment où le matérialisme et l'athéisme pratique s'infiltrent de jour en jour dans les masses corrompues? Le mouvement dv xvui' siècle, loin de s'être arrête dans la foule, va tous les jours faisant d'immenses progrès. Il est impossible que l'influence de la jeune école hégélienne, dont le scepticisme ardent et fanatique pervertit l'Allemagne, n'agisse pas profondément sur la France, à une époque où toutes nos doctrines rationalistes viennent d'au delà du Hhin. Qu'il serait beau pour notre paya de France de voir notre Eglise s'élever grande par la science et par la vertu devant ces églises protestantes que le scepticisme déchire en lambeaux sanglants ! Telle a été l'Eglise de France au xvii' siècle, et devant sa majesté imposante, L'homme le plus illustre du protestantisme , Leibnilz , n'a pu s'empêcher d'incliner son front couronne des plus beaux lauriers du génie. Nous croyons aimer sincèrem >nl la patrie et sa gloire, en déoirautde voir renaître l'aurore de ses beaux jours. Nous ne pou* mi s désespérer de l'avenir de l'Eglise de France. Nous aimons à croira que la Providence, qui fait sortir des rangs d'un siècle corrompu des préires comme les nôtres, reserve à de grandes choses ce cierge

(l) Voiries articles de M. l'abbé deValroger, ayant nour titre : Défenit du Chrùtianinu ;>«>■ fa méthode hutorioue. tomes III. p. **>&, et IV, p. 215 (S* né-

rie), il ceux de M. Riarobourg, intitulés : Plan d'un pour titre : Dëfenu du ChrittianUme par la méthoét cseri tfhitieire poit nu ;vm ttminaire (édit. Migni

5fil

DISSERTATIONS SUR LES ETUDES CLERICALES

S£if

vénérable, qui donne lous les jours ses martyrs et ses pasteurs aux églises d'Orient, ravagées par le fer des bourreaux.

Mais, peut-on dire encore, le clergé n'est pas assez nombreux pour consacrer à de longues et patientes études quelques-uns de ses membres les plus actifs. 11 faut pourvoir d'abord au besoin pressant des paroisses, et celle sollicitude, que les évéques ne peuvent abandonner, les empêchera longtemps d'agrandir le cercle des études. Nous ferons remarquer d'abord que cette raison n'a nulle valeur pour un assez grand nombre de nos diocèses. Quant à ceux où le cierge est beaucoup moins nombreux, nous ne croyons pas que ce motif les dispense de rendre leurs éludes plus complètes. L'essentiel n'est pas tant d'occuper tous les points d'un diocèse, que d'y faire au clergé une position forte et considérée. La meilleure manière pour faciliter le recrutement du clergé, c'est de lui assurer le respect des populations. Si, au contraire, les peuples s'aperçoivent que le clergé se recrute sans préparation suffisante, qu'il ne jouit pas de la considération des classes éclairées, qu'il n'a pas d'influence sur les esprits cultivés, alors les jeunes gens d'avenir n'auront pas même l'idée d'entrer dans un corps dont la déconsidération les frapperait nécessairement; tandis que s'il se trouve dans on diocèse un certain nombre d'hommes éclairés, placés dans les hautes positions de l'administration cléricale, ils attireront naturellement à eux et gagneront à l'Eglise des esprits qui feront un jour sa gloire et sa consolalion. Cette classe d'hommes est surtout nécessaire dans les grands et les petits séminaires. Dans les diocèses où le personnel de ces établissements n'est pas brillant, arrivés dans les classes supérieures, les jeunes gens capables, qui jugent le reste du corps par leurs maîtres, se détachent très-facilement de la pensée d'entrer dans le clergé .

On peut nous objecter encore que, quand même on pourrait supposer l'organisation des hautes éludes Ihéologiques, il serait encore nécessaire d'imaginer quelques moyens pour conserver le goût et les habitudes de la science dans les jeunes prêtres qu'on aurait admis à ces cours supérieurs. Rien n'est plus facile à un évéque zélé. Est-ce qu'il est impossible au premier pasteur d'un diocèse, qui tient dans sa main et sous sa dépendance directe tous les prélres de son clergé, de les mettre en rapport les uns avec les autres et de diriger leurs travaux? Nous connaissons un diocèse où les prêtres les plus éclairés ont formé entre eux une association d'études théologiques et philosjphiques(i). Nous avons eu sous les yeux les statuts de cette intéressante associ ;lion, et nous voudrions qu'elle fûl connue de tous les évéques de France. Il est démontré pour nous que ce résultat est dû en grande partie au zèle du savant prélat qui gouverne ce diocèse. Cette heureuse ins-

(l) Il s'agissait du diocèse de Reims. Malheureusement l'association dont nous parlions en 18. ri n'existe

lilution a déjà produit d'estimables travaux, et nous savons de bonne source qu'elle en produira de plus importants encore. Pourquoi de pareilles idées ne deviendraient-elles pas fécondes? Pourquoi le clergé catholique, par le moyen des Revues orthodoxes , ne se communiquerait-il pas tous les plans d'amélioration réalisables? 11 en résulterait certainement une masse de données pratiques et positives que chacun trouverait dans le cercle de sa propre expérience. Les hommes compétents et désireux du bien apprendraient ainsi à se connaître et même à s'entendre. L'isolement intellectuel du clergé pourrait ainsi diminuer tous les jours. Assurément une telle union, qui aurait pour but le progrès de la science et la défense de la vérité, ne pourrait pas blesser les susceptibilités même les plus ombrageuses.

Heureux serions-nous, si nous pouvions saluer l'aurore de la renaissance des grandes éludes ecclésiastiques I Ouvriers obscurs de la cité de Dieu, nous n'avons qu'un désir, c'est d'apporler notre pierre à ceux qui doivent rebâtir le sanctuaire. Qu'on ne s'étonne donc pas que nous saluions par un sourire de bonheur et d'espérante les jours de l'avenir. Si nous étions plus fort et plus capable « nous aimerions à prendre une part active à la défense de la meilleure des eau-* ses; mais notre incapacité personnelle n'est pas une raison qui nous fasse désirer que le clergé s'enferme dans le cercle étroit de nos propres pensées. Nous serions Irop heureux si tous nos frères étaient plus que nous puissants en œuvres et en paroles. Tout prêtre qui travaille à la défense de l'Eglise peut compter à l'avance sur notre sympathie la plus vive. C'est déjà quelque chose , pour ceux qui combattent et qui souffrent, de savoir que des vœux ardents les accompagnent dans la mêlée. Nous ne découragerons jamais les défenseurs de la vérité en leur reprochant sans cesse toute la faiblesse de leurs efforts. Nous ne verserons jamais dans leurs âmes la défiance ou bien l'amertume. Dieu, nous l'espérons, éloignera toujours de. notre âme ce sentiment égoïste et mauvais qui fait que nous aimons à voir les autres partager notre propre impuissance.

Les réflexions que nous venons de faire, nous ont été suggérées par une publication importante que vient de faire imprimer Mgr de Marguerye, évêque de Saint-Flour. On connaît déjà, même en dehors de l'Auvergne, tout ce qu'a fait pour son diocèse l'activité, de ce zélé prélat. On sait qu'il connaît les besoins de son siècle, qu il a le désir véritable et sincère que le clergé de son diocèse unisse la science à la piété. Cette pensée, dans un jeune évêque, d'entreprendre, dès les premières années de son épiscopat, d'agrandir le cercle des éludes cléricales, indique déjà un esprit distingué et d'une portée qui n'est certainement pas commune. C'est la, en effet, un des points sur lesquels doit

déjà plus. Dans ce triste temps le mal seul sait durer '

wn

IlKMONSTlUTION E\ \ M. CLIQUE.

Page 1