L'ABBE CHASSA Y
se porter maintenant L'attention des premiers pasteurs- Le désir de l'amélioration îles éludes ne doit leur laisser ni repos ni sommeil. La question «le l'avenir «les générations catholiques ne peut pas leur n ster indifférente. Nous sommes heureux de reconnaître dans Mgr de Marguei j e le premier evéque de France qui ait mis la m.iin à la réforme des éludes Idéologiques. \' Aperçu de hi Théologie contient déjà tout le gèrent d'une réforme (1). Il est vrai qu'il nous est impossible d'en juger complètement la portée par les deux volumes que nous avons dans les mains, puisqu'ils ne sonl qu'un résumé Irès-analylique du grand tours de Idéologie qui se fait mai ni nantau séminaire de Sainl-Flour.Nous croirions agiravec légèreté, et juger tout un enseignement sur des matériaux malheureusement lro;> courts. Nous avons l'espérance que de nouvelles publications présenteront dans tout leur ensemble le nouveau cours de théologie. Et attendant ce moment, que nous appelons de tous nos vœux, nous félicitons bien sincènmeni l'auteur de la tendance générale de son livre. Débarrasser la science théologique des vaines subtilités du moyen âge , présenter dans sa majestueuse unité tout l'enchaînement du dogme cl de la moi aie catholiques, s'attacher à combattre lès erreurs les plus vivantes et les plus répandues , s'appuyer constamment sur le terrain solide des faits, telles sont les pensées qui nous paraissent résume l'enseignement théologique de Sainl-Flour. Nous sommes convaincu que celle direction nouvelle rendra dans ce diocèse la vie et la popularité aux éludes théologiques. Puisse cet exemple, donné par un des évéques les plus zélés de noire Eglise de France, ne pas rester stérile! Lascience idéologique, immobile dans ses principes, doit varier dans ses formes et ses applications. Elle estde ce côté-là susceptible de développement et de progrès. Comme elle a mission de surveiller eld'élouQ'er l'erreur, il faut qu'elle étudie sans cesse ses formes changeantes et capricieuses. Les combat» de la vérité ont commencé avec le monde et ils ne doivent Unir que dans l'cleruilé 1
La nécessité d'un enseignement ihéologique supérieur nous parait invinciblement démontrée. Tous les esprils qui ont considéré de près la situation de l'église de France, sont d'accord sur ce point. Espérons que bientôt l'épiscopat, s'emparant avec ardeur de celle pensée sérieuse, s'efforcera de lui donner la consistance avec la vie. L'épiscopat français renferme des esprils éininents qui paraissent réservés pour la réalisation des grands projets qui s'agitent dans toutes les intelligences catholiques. Puissenl-ils ne pas reculer devant les rudes labeurs de leur mission sublime! Puissent-ils, bravant les préjugés vulgaires de la routine, ou bien les résistances de l'apathie, comprendre les véritables intérêts de l'Eglise el les augustes (destinée? de ce clergé français qui a donne au
(1) î vol. in-8', à Paris, chez Méquignoii, 1845.
moule tant de docteori et de saints! Quelle belle mission que celle d'un évéqoe qni • 1ère à la nauleqr de la sublimité de charge ! N'esl-ce pas à lui qu'il appartient de réi uncilier l'Eglisi el la p < tri«- '.' N'esl-ce pas a lui à défen Ire cette foi de nos pères, qui a l.t .1 jusqu'ici la grandeur de la France? N'est-ce pas lui qui préparera pour l'avenir les prêtres qui devront reconquérir les générations, nouvelles? U est impossible qu'ai de telles obligations |es| rit ne loi! p des pensées le» plus hautes. L'âme irrésistiblement dans certaines situation! merveilleuses. 1 oui porte dont à croire que l'épiscopat dirigera nécessairement ses \ues vers une organisation supérieure des éludes cléricales.
Mais nous sommes resté jusqu'ici sur le terrain de la spéculation ; s'il est facile de comprendre l'évidente nécessité d'études Ihéologiqucs plus étendues et plus profondes, il n'est pas aussi simple d'in iiquer les moyens pratiques d'organisation. Nous nous trouvons en face de plusieurs systèmes que nous devons essayer d'apprécier.
Quel sera ['objet d'un tours de hautes études Ihéolotjiqws ? Quelle en sera Informe? Quelle en sera la méthode? Questions tapitales devant le -quelles je ne veux pas reculer.
La pensée d éludes idéologiques supérieures n'est pas nouvelle. On en a tenté la réalisation depuis la restauration du tulle : il n'est rien sorti de tes essais malheureux. Ces tentatives sans résultai ont découragé les esprits les plus actifs el les plus entreprenants, l'ourlant , si l'on avait suivi de près les applications d'une bonne pen-éc , il eût été ta(ile de se convaincre que la s ter li lé des résultats venait de la melho e el nou pas de l'idée. En eflct, quelle marche a-t-ou suivie? Quel but se proposait-on? Quelles questions voulait-on eboisir de prelcivni e? Tandis que les ancicus cours des facultés roulaient exclusivement sur des sujets dogmatiques , on s'est avise de professer quelques traités de casuistique qu'on a eu l'ingénieuse idée d'appeler pompeusem. i il grands cours d'études théologiques '. La casuistique est certainement une chose utile. Mais est-ce qu'elle n'est pas suffisamment enseignée penàanl les trois années d'études llieologiqui s ? Nous crovous , pour notre compte, que c'est la seule brandie des éludes ecclésiastiques qui ne demande pas d'c\lension. D'ailleurs, la casuislique est par elle-même si aride el si monotone, que le professeur charge de l'enseigner doit vaincre, pendant trois longues années, la résistance d'une grande fatigue intellectuelle. 11 faudrait un lalenl véritablement remarquable pour donner a ce cours H mouvcincn l la vie. Supposez dont pour un moment qu'après Irois sérieuses années d'une élude qui les a si p' u cliarmes , on vienne à jeter les élèves ies plus capables dans des questions du même genre adroiiemenl étendues et compliquées, savei-vous ce qui arrivera? C'eat que pour ne pas retomber dans les banalités
DISSERTATIONS SLR LES ETUDES CLERICALES.
do renseignement élémentaire, il faudra nécessairement exhumer du tombeau des vieux livres une infinité de questions véritablement spéculatives. Mais nous n'avons plus les longs-loisirs du moyen âge. L'ennemi est là qui veille auprès de nous. Pendant que nous nous épanouissons à l'aise sur de subtiles questions, les démolisseurs de l'exégèse allemande battent en brèche tous les monuments de la révélation chrétienne. Pendant que nous faisons de grands cours de casuistique, toute l'histoire sacrée de la révélation est mise en morceaux dans les philosophies de l'histoire que dévore la jeunesse des écoles. Nous nous inquiétons énergiquement de l'avenir du syllogisme pendant que le panthéisme ou le scepticisme sapent les bases de
travailler ardemment à reconquérir les esprits égarés. La société rationaliste nous touche de tous les points par ses doctrines et par son influence. Elle respire avec nous l'air de la patrie: elle parle notre langue ; elle nous coudoie, pour ainsi dire , de tous côtés. Le prêtre qui vivra dans ce monde composé d'éléments si divers, ne doit pas s'attendre à voir tous les fronts s'abaisser respeclueusementdevant son caractère sacré. S'il veut s'enfermer doucement dans la portion fidèle de son troupeau, il coulera facilement des jours purs et sereins. Mais s'il a véritablement le zèle qui dévore et qui brûle, il ne pourra laisser s'égarer dans les sentiers perdus tant d'âmes dont il est le pasteur et le père. Loin de briser avec elles toute relation
la métaphysique chrétienne. Ce n'est pas as- sociale, il s'attachera, pour ainsi dire, conssez : descendu des régions supérieures , le tamment à les suivre dans leurs voies léué-
rationalisme pénètre rapidement dans les classes inférieures par la presse quotidienne. 11 n'est pas de prêtre de village devant lequel ne se dresse le fantôme menaçant. Soldats destinés à la garde de la cité sainte, ne nous endormons pas au bruit flatteur de nos périodes cicéroniennes, quand il s'agit de la défense de l'Eglise. 11 est sans doute fâcheux qu'on nous fasse si peu de loisir. Mais les premiers apologistes du christianisme en avaient moins que nous. N'avaient-ils pas affaire en même temps aux hérétiques, aux sophistes, aux bourreaux ? Ils étaient partout où l'erreur paraissait. Ils étaient dans les places publiques, dans les écoles des philosophes, dans les conciles , dans les cachots des confesseurs, dans les agitations populaires ; ils ne se reposaient que dans le glorieux sommeil du martyre.
La méthode suivie par le nouveau cours de théologie publié par Mgr de Saint- F lotir, n'a pas les inconvénients que nous venons de signaler tout à l'heure. 11 y est bien plus question du présent que du passé. On y laisse paisiblement dormir dans leur tombe éternelle les donalistes avec les nestoriens. C'est au xix' siècle tout entier qu'on s'adresse. Ce sont ses erreurs, ses préventions, ses haines qu'on veut combattre. C'est là un pas immense de fait, et ce progrès, s'il devient général, doit rendre l'intérêt et le mouvement aux éludes dogmatiques. Une polémique monotone faite contre un passé mille fois mort n'intéressera jamais puissamment les jeunes intelligences. Mais si vous les transportez sur le terrain vivant des fails, si par une méthode saisissante vous les jetez dans la tempête des agitations contemporaines , vous verrez bientôt la chaleur et l'action rentrer dans les études théologiques. D'ailleurs, dans quel but demande-t-on si généralement , pour les sujets les plus distingués, des études supérieures? Pour deux raisons fondamentales, qui toutes deux nécessitent une connaissance véritablement approfondie du rationalisme contemporain. Nous allons insister sur ce point.
La mission du jeune clergé ne devra pas se borner simplement à conserver d ms la foi les âmes vérilablemtut fidèles. 11 doit aussi
breuses. Si l'on s'aperçoit qu'il a de la science et du dévouement, la considération qui s'attachera naturellement à sa personne fera tomber devant lui bien des barrières qu'on juge infranchissables. Le monde rationaliste épargne à un prêtre vulgaire l'embarras des polémiques savantes. Il ménage, avec une moquerie courtoise, son incapacité constatée. 11 ne faut pas croire, pour cela, qu'il ne soit pas avide d'aborder les grandes questions de la controverse chrétienne. L'ignorance de la théologie catholique est si grande aujourd'hui , qu'on environne avec une inquiète curiosité les prêtres qu'on sait savants. Si, à une connaissance profonde delà polémique catholique, ils joignent une lenire compassion pour leurs frères égarés , une douceur invincible, une franchise ferme et droite, il est impossible qu'ils ne fassent pas, surtout dans le ministère des villes, bien des conquêtes à Jésus-Christ.
C'estsurtoutparla/jr^rfî'catî'onque s'exerce l'influence salutaire du sacerdoce. C'est par elle que les apôtres ont conquis l'univers; c'est par elle encore que nos admirables missionnaires ébranlent les cultes despotiques de l'immobile Orient. Si l'on ne se propose, par la prédication, que de compléter l'instruction des âmes restées fidèles, on enferme volontairement son ministère dans un cercle qui va se rétrécissant tous les jours. C'est là un malheur trop général , et qui demande les plus prompts comme les plus énergiques remèdes. Comment I la parole chrétienne, qui a brisé l'idolâtrie, s'affaiblirait volontairement comme un sou file qui s'éteint 1 La science catholique, qui a confondu tant d'erreurs et terrassé tant d'hérésies, reculerait devant des ennemis qui n'ont ni la force ni le génie de leurs pères I Puisse le ciel susciter de nos rangs des hommes qui se posent vis-à-vis de la société moderne sans peur cl sans forfanterie ! Qu'ils viennent, apportant la paix de. l'Evangile, annoncer aux générations nouvelles le Christ rédempteur! Plus d'une fois les peuples égarés se sont écarles bien loin des droits chemins ; plus d'une fois, dans sa force et dans sa douceur, la Providence a suscité des hommes puissants parla science, par la parole et par la charité. La
bHMONSTKAÏJON hVxM.H.Igl !.. L'ABBE CHAbSAY. IM
noire opinion par le raisonnement et par
France du xix* siècle n'est pas déshéritée de la gloire de nos ancétret. Des hommes comme les PP. Lacordaire et de Ravignan soutiennent contre le rationalisme tout puissant une lut le pleine d'héroïsme , de grandeur et de talent. Mais Paris n'est pas la France ; et pendant qu'au centre du mouvement ces Jeux hommes étonnants ont fait sur l'ennemi
d'admirables conquêtes , la propagande rationaliste s'étend dans les provinces au lieu de s'arrêter. Nous avons la triste conviction qu'elle devra , pour ainsi dire , grandir de jour en jour (1), si lesevéquesde la province n'opposent à celle contagion de l'erreur les résistâmes de ia vérité. Il faut qu'ils mettent en réserve et qu'ils préparent, pour le combat, des prêtres en quelque sorte sacrifiés à celle luite généreuse. Il existe, il est vrai , dans plusieurs diocèses, de peiites congrégations de missionnaires. Tous les catholiques se plaisent à rendre justice au zèle et au dévouement de ces hommes apostoliques. Mais leur ministère ne s'élend pas au delà de nos campagnes, et ce laborieux travail consume tout leur temps et leurs forces. Il est évident qu'il faut, pour le ministère de controverse dont nous parlons, des hommes préparés par des études spéciales et même approfondies. Les missionnaires qui traversent de temps en temps les grandes villes de province, y laissent peu de souvenirs. Pour qu'une instruction religieuse véritablement forte pénétrât dans les classes éclairées, il faudrait un enseignement qui eût de la fixité et de la permanence. Ce sont les pluies douces et fréquentes du printemps qui font germer les (leurs et qui préparent la moisson de l'été.
On doit commencer à comprendre maintenant quel doit être, dans noire pensée, V objet des hautes études ihéologiques:— \a Révélation el l'Eglise. Nous devons rendre cette justice à la nouvelle théologie de Saint-Flour, qu'elle insiste principalement sur ces deux idées capitales. Mais nous ne croyons pas , comme l'auteur, qu'il faille consacrer un temps assez considérable pour établir l'enchaînement du dogme et de la morale catholique. Ce n'est pas que la chose ne soit certainement bonne en soi et d'un intérêt visiblement incontestable. Mais dans un cours de hautes éludes , ces deux importantes questions de la Révélation et de l'Eglise demandent des développements d'une telle étendue, elles touchent en tant de points à la dogmatique, à l'exégèse, à l'histoire, à la philosophie , qu'elles ne permettent certainement pas qu'on puisse ajouter d'autres questions sans h s briser ou sans les amoindrir. Si nous comprenons ainsi les hautes éludes Ihéologiques , il est clair que, dans notre pensée, ces études ne s'adresseul pas à la masse des élèves. Il nous parait que nous ne sommes pas d'accord sur ce point avec l'auteur de la théologie de Sainti<lour. Nous jugeons capitale celle question d'organisation , el nous nous croyons obliges, à cause de cela, de motiver solidement
(1) Les progrès effrayants do Socialisme, qui menace aujourd h«i la religion, la liberté, la civilisation
el la lami le, n ont que Hop prouvé combien Unîtes.
l'expérience.
lis raisons que nous avons données pour démontrer la nécessité des hautes éludes Ihéologiques ne s'appliquent pas évidemment aux membres du cierge des campagnes. Le peuple des villages, < 'est par le dévouement* par la charité et par le zèle qu'on doit surtout le ramener à l'évangile. Ses préjugés viennent du cœur bien plus que de la raison. Nous croyons donc à peu pre-> inutile d'admeltre dans les cours supérieurs, s<>ii de philosophie , soit de théologie , les élèves que leur intelligence médiocre rend peu propret à i e genre ue travaux. Il résulte d'ailleurs du système contraire un immense inconvénient pratique. Les élèves qui ont véritablement de l'avenir se trouvent alors perpétuellement paralysés par la lenteur intellectuelle de leurs condisciples. Le professear, obligé de proportionner son enseignement aux besoins de la majorité de sa classe, restera nécessairement superficiel et banal. Ce vice d'organisation a fait échouer plusieurs lentalives honorables d'amélioration dans les éludes ecclésiastiques. Nous le jugeons sérieux el grave.
Mais, peut-on m'objecter, l'enseignement ordinaire ne suflil pourtant pas pour les besoins des jeunes prêtres qui doivent exercer le ministère des campagnes. Il se trouve, dans les plus humbles villages, des personnes qui ont fait des éludes, el vis-à-vis desquelles le clergé doit prouver sa connaissance de la science sacrée. J'avoue bien volontiers que si, par éludes ordinaires, on entend Bailly pour la théologie, Ménochius pour l'exégèse, Réraull-Bercaslel pour l'histoire de l'Eglise, le Manuel de Lyon pour la philosophie, l'objection est véritablement invincible. Mais si l'on me permet de dire toute ma pensée, j'espère la réduire à sa juste valeur. En parlant de la nécessité des hautes éludes Ihéologiques, j'ai supposé perpétuellement la réforme de l'enseignement ordinaire de la philosophie, de la théologie, de l'exégèse el de l'histoire de l'Eglise dans nos grands séminaires. Quelques séminaires, je le sais, ont déjà beaucoup fait; mais, dans le plus grand nombre, il reste beaucoup à faire. On comprend facilement pourquoi nous ne faisons qu'indiquer ici cette question capitale, dont la solution doit exercer une si grande influence sur l'avenir de notre Eglise de France. 11 y a certains problèmes qui ouvrent devant nous d'immenses horizons ; mais il y aurait de la témérité à vouloir, d'un seul regard, sonder toutes les profondeurs du ciel.
J'ai parlé jusqu'ici de Vobjet du cours supérieur d'études Ihéologiques; il me resle , pour remplir ma promesse , à traiter deux questions pratiques d'une importance incontestable : celles de la méthode cl de la foi nie qu'il laudrail adopter.
Dans loule espèce d élude, la méthode est
nos terreurs étaient fondées sur un sérien exanee des faite. (Note de 1849
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leur époque : ils s'en emparent avec énergie et vigueur, pour les maîtriser et les conduire au bien. C'est la mission des intelligences supérieures , et le clergé en renferme certainement bien assez pour entreprendre la tâche de renouveler les hautes études théologiques, en les replaçant sur la base de l'histoire.
Si l'on a bien compris ce que nous avons dit de Vobjrt que nous avons désigné pour la matière du cours, on comprendra mieux syllogistique offre-t-elle ce double avantage? encore la rigoureuse nécessité d'une méthode Nous n'avons pas à nous occuper ici de Tu- historique. Cet objet, n'est-ce pas la Révélalililé du syllogisme pour les études philoso- tion et 1 Eglise? Or, les partisans les plus dé
beaucoup. Si l'on a tant discuté sur la vraie mélhode philosophique, c'est qu'on a senti que ce problème conlenait en lui tout l'avenir de la science. En théologie, science d'autorilé, la question n'a certainement pas la même importance. En faudrait-il conclure qu'un professeur de hautes études ihéologiques doive laisser de côté les questions de mélhode? qu'il ne doive pas, pour le succès d'un enseignement nouveau , en chercher une vivante et populaire? Or, la mélhode
phiques ou théologiques élémentaires. M Jules Simon, dans le nouveau Manuel de philosophie à l'usage des collèges, a chaudement recommandé l'usage du syllogisme à la vive jeunesse des universités. La Théologie de Saint- Flour le regarde aussi comme fort utile pour l'enseignement Ihéologique élémentaire; mais elle proclame qu'en même temps il est impossible d'appliquer la méthode syllogistique dans les études dogmatiques supérieures. Si la première partie de cette opinion ne rencontre pas une sympathie universelle, il me semble du moins évident que la nécessité d'une autre mélhode ne sera contestée par personne, quand il s'agira de renseignement supérieur. Celle mélhode, selon nous, c'est la méthode historique.
La prédilection pour les points de vue où la spéculation dominerait empêcherait certainement les professeurs de donner à leurs cours tout l'intérêt dont ils sont susceptibles. Certes, si les élèves ne mettent pas, dans l'étude de la dogmatique catholique, toute l'intelligence et l'activité qu'on pourrait désirer, ce n'est pourtant pas la faute d'un sujet si propre à intéresser tous les esprits sérieux. Mais supposez que cet enseignement se fasse d'une manière pâle et décolorée, il devient alors prodigieusement difficile de maintenir un peu longtemps l'attention d'une jeunesse pleine d'ardeur et d'imagination. Ce n'est pas qu'il faille d'énormes efforts pour intéresser les jeunes gens , dès qu'ils ont du sérieux et de l'intelligence : il ne faut pour cela que leur parler leur langue; et soyez certains que vous en serez toujours compris alors. Mais si vous vous attachez à réduire en formules arides ce magnifique ensemble de laits saisissanls qui doivent former un cours de hautes études, ne soyez pas surpris si vous ne produisez que la fatigue et l'ennui. Le siècle où nous vivons est éminemment hostile à la spéculation : il dédaigne les dissertations abstraites; il n'a pas souci des distinctions savantes ; il lui faut toujours des faits, et des faits sensibles et vivants, qui frappent ses yeux comme la lumière du jour. Faut-il donc s'élonner que la jeunesse cléricale, sortie des entrailles du siècle, en conserve irrésistiblement toutes les tendances intellectuelles. Les esprils éclairés ne passent pa« leur vie à gémir sur les tendances de
(1) Vater, Bohlen, Gésénius, ont attaqué sartoiil le Pmiateuque; Strauss ei Baucr, V Etatique; de Welle,
cidés de la mélhode syllogistique sont forcés, quand il s'agit de ces questions capitales, d'entrer à l'instant dans le domaine des faits. C'est là le terrain ferme et solide de la controverse contemporaine. D'ailleurs les adversaires les plus redoutables de la Révélation ou de l'Eglise ne nous permettent pas de choisir. En Allemagne et en France, les Strauss, les Vater, les de Wette, les Bohlen, les Gésénius, les Bauer, les Quinet, les Michèle! (1), nous livrent aujourd'hui bataille sur le terrain de l'histoire. H nous est impossible, sans contredire toutes nos idées, de ne pas accepter le combat. Le rationalisme est sorti des rêves métaphysiques et des utopies creuses; il attaque le christianisme en face : c'est au cœur qu'il voudrait le frapper. Il n'est pas d'esprit réfléchi qui puisse se dissimuler l'importance véritable de celte tactique perfide. Il faudrait s'aveugler étrangement pour se dissimuler la prodigieuse patience, l'infatigable activité de celle classe d'adversaires de la Révélation. Ils remuent le monde pour y trouver quelques témoins contre le Christ. Ils ont usé leurs yeux dans la poussière des livres, afin de déterrer, s'il est possible, quelque problème que nous ne puissions résoudre. Ils ont secoué, de leurs mains actives et pétulantes, tous les mille systèmes de la science du passé , afin de trouver l'inventeur de celle merveille qui s'appelle le Christianisme. Le lemps est venu de travailler à les confondre. Le rationalisme a bâti sa cité d'imposture, qui s'élève orgueilleuse vers le ciel, qu'elle croit pouvoir maintenant braver en vain. Mais la Providence ne permet le triomphe de l'orgueil que pour le confondre par la faiblesse et par l'humilité (I Cor. i, 27). La pierre sortie de la fronde d'un berger d'Israël fui plus puissante un jour que l'énée des guerriers.
Une dernière question nous reste à décider : celle de la langue qui devra servir à l'enseignement du cours. L'usage du latin provoque ordinairement beaucoup d'antipathies. Pourtant nous sommes intimement convaincu qu'il faul leur résister, au moins jusqu'à une certaine limite. L'Eglise, qui doit embrasser tous les lieux et Ions les temps, a besoin d'une langue universelle, d'une langue qui conserve, sous des formes invariables, la merveilleuse immobilité de
l"s deux Testaments; MM. Michelet et Quinet, surtout l' Histoire du Christianisme depuis J.-C.
DKMONgTRATION EVANCgLlQ! I . I. \l:r:l. uUSSAT. 572
son domine, d'une langue qui puisse r.iira disparaître de ses saintes cérémonies la vulgarité des idiomes populaires. Nous p usons donc quo dans les éludes élémentaires on doit exiger rigoureusement des élève-, l'intelligence de la langue sainte. Nous allons n.éme jusqu'à penser qu'on admet trop facilemenl aux études philosophiques et Ihéologiques des jeunes gens qui n'ont qu'une connaissance beaucoup trop superficielle de la langue latine. Ce n est pas en théologie que l'on doil apprendre le latin; mais c'est dans les petits séminaires qu'on devrait s'attacher, avant tout, à un genre d'étude qui peut tant influer sur l'avenir scientifique des jeunes théologiens. L'ignorance du latin leur fermerait toujours, pour ainsi dire, les précieux monuments de la tradition catholique, tous ces grands travaux que nous ont légués le zèle et la science profonde de nos pères dans la foi. Mais si nous sommes bien convaincu de l'importance du latin, nous pensons aussi, avec la Théologie de Saint-Tlour, qu'il pst liès-essenticl,dans les circonstances où nous sommes placés, d'habituer les jeunes ecclésiastiques à manier habilement notre langue nationale. L'usage de la langue latine n'est plus dans les habitudes de la science. Il n'est pas de savant qui ne s'attache avec beaucoup d'art à donner de la popularité au genre de connaissances qu'il cultive et qu'il aime. C'est ainsi que la science a pris de l'importance dans la société moderne. Le rationalisme est devenu une puissance formidable, en parlant le langage des masses. Il est temps aussi que la polémique catholique prenne les allures décidées de l'époque contemporaine. Le siècle oublierait volontiers les sévères enseignements de la foi, si la foi ne daignait pas parler sa langue. Celle condescendance est d'autant plus facile, que l'admirable clarté de la langue française, sa marche logique et débarrassée d'inversions, la rendent tout à fait propre aux discussions sérieuses. N'est-ce pas dans cette langue que Bossuet a écrit l'éloquente Histoire des variations et ['Exposition de la doctrine catholique; Fénelon, le Traité de l'Existence de Dieu, et Pascal, ses Pensées? Nous ne croyons pas qu'en latin on ait jamais mieux dit. On s'imagine trop facilement pouf éloigner de l'enseignement théologique supérieur l'usage de la langue nationale, qu'on en prend rapidement l'habitude dans les discussions savantes, ou bien dans la prédication. C'est une erreur démentie par des faits trop nombreux. Un certain nombre d'ecclésiastiques savants s'étonnent que le siècle ne lise pas leurs livres, ou ne veuille pas écouter leur parole; ils ne peuvent s'expliquer non plus la popularité d'un certain nombre de leurs adversaires, dont la science médiocre saule aux yeux. Lis esprits sérieux ne sentent pas toujours l'importance de la forme. Le monde ne comprend p as leur langue; il s'irrite qu'on veuille lui en imposer une qui lui est devenue connue étrangère. S'il arrive qu'un jeun* piètre sorte de ses études avec les formes pesantes
d'une littérature oubliée, avec une véritable ignorance des raille nuauoei pour ainsi dire insaisissable* d< h forme dominan'e, son influence intellectuelle s'arrêtera vile dans un cercle borné.
N'Ois avons élé bien long déjà) et pourtant il nous resterait b i dire. P notre f.iilde parole trouver un écho dans les .•"unes que dévore le z le de la défense de l'Eglise I Nous n'avons pis p ur de la lutle et de la tempête ; c'est la noir- vie cl poire gloire. Mais puisqu'on sait que le roml. toute notre destinée, qu'on nous pr< donc des chefs et des soldai»!
SECONDE L»lSsEIU ATION.
DF.S ÉTl.'OES ECCUCSIASTIQLES APRES LE i IN Al CE.
C'est un préjugé répandu que les éludes cléricales finissent naturellement avec l'entrée dans le saint ministère. On s'imagine volontiers que quand un jeune prêtre po tout ce qu'il faut de science pour gouverner pieusement et raisonnablement la paroisse que l'évêquc lui confie, personne ne doit rien lui demander davantage. Je comprends que si la vie sacerdotale devait s'enfermer dans les limites du devoir rigoureux, on [ ouïrait 'ire en agissant ainsi : J'ai bien rempli ma destinée! Mais c'est à un autre point de vue qu'il laut considérer la vocation du prêtre. Si tous les chrétiens sonl faits par le bap'ëme soldats delà vérité, que faudral-il donc dire des pasteurs de l'Eglise? Que faudra-t-il penser de ceux dont il est écril que leurs lèvres garderont la science ? Pendant que les artisans du mensonge usent , avec une sorte de générosité, tout ce qu'ils ont de vie et d- sang dans les veines , p mr la diffuion de l'erreur, les ministres de Jésus-Christ calculeront-ils avec leur divin Maître rigoureusement et avec une sorte de honteuse avarice ce qu'ils lui doivent de dévouement et d'amour ? Assurément il n'en peut être ainsi. Il n'est pas de prêtre qui ne doive penser qu'à l'Eglise appartieu t tous les moments de sa vie ainsi que tous les battements de son cœur. En sortant du cénacle, la première pensée d'un jeune prêtre doit donc être de chercher sérieusement, non pas s'il doit travailler, mais quel genre de travail il faut saisir. Il se présente, en effet, plusieurs manières d'envisager la vie sacerdotale , même au point de vue du dévouement le plus complet et le plus rigoureusement chrétien. Faut-il uniquement s enfermer dans l'action T faut-il absorber dans l'élude son existence entière? faut-il mêler , dans une proportion harmonieuse, l'élude avec l'action?
Il est impossible de soutenir que. généralement parlant, la v ii* du prêtre doiv»! être une vie d'étude. H est sans doute à désir r qu'il se trouve, dans tous les di uèses, un certain nombre de prêtres sacnlies a la science. C'est peut-être une nécessite du roo 'lit vis-à-vis dis envahissements continuels du rationalisme dominant. Pourtant il est à regretter que ces esprits d'élite ne puissent pas voir de pics tous les develop-
DISSERTATIONS SUR LES ETUDES CLERICALES
pements de l'activité contemporaine. L'isolement de leur existence laissera toujours dans leur esprit d'irréparables lacunes. La vie, a dit un savant médecin, c'est l'action. Si cela est vrai du développement physique, cela est tout aussi vrai de la vie intelligente. Qu'étaient en effet ces grands hommes , défenseurs et docteurs de l'Eglise, qui ont laissé dans leurs profonds ouvrages tant de traces d'un savoir prodigieux? C'étaient des hommes d'action. Ils professaient, ils prêchaient, ils confessaient; ils allaient aux conciles, aux discussions savantes , aux palais des grands, aux assemblées du peuple, partout où la vie s'agitait, partout où se remuaient les pissions, partout où il fallait souffrir et combattre. C'était là la vie des Jérôme, des Augustin, des Basile, des Grégoire de Nazianze, des Athanase, des Léon -le-Grand , des Chrysostorne, des Ambroise, des Grégoire-le-Grand , des Bernard , des Gerson , des Bonaventure, des Thomas d'Aquin, des Anselme , des Bossuet et des Fénelon. Nous sommes intimement convaincus que le contact perpétuel avec la vie contemporaine a développé chez ces grands hommes cette merveilleuse activité, ce sentiment pratique, celle connaissance du cœur et des passions qui donnent à plusieurs de leurs écrits comme une jeunesse toujours nouvelle. Mais si l'action est si nécessaire aux esprits les plus éminents du clergé, même pour le développement des éludes qui paraissent les plus spéculatives , elle est un devoir rigoureux pour les jeunes prêtres que leur évêque envoie dans le saint ministère. Un prêtre n'éludie cl ne doit étudier que par zèle du salut des âmes. Or, qui ne voit qu'il s'éloignerait bien étrangement de celle obligation sérieuse, s'il sacrifiait;) son goût pour l'élude la conversion et le salut des frères que la Providence lui confie? qu'il abuserait évidemment des pouvoirsqueleciel luidonne. s'il n'arrosait de ses sueurs le champ qu'il doit fertiliser? Ce serait là un prodigieux renversement d'idées de n'être qu'un savant quand on est le père et le pasteur des âmes. Ce serait le cas de répéter alors cette admirable parole de saint Bernard : Lucere vanum l
On aurait tort pourtant de conclure que nous prétendions enfermer dans l'action la vie d'un jeune prêtre. Que cela soit nécessaire dans quelques diocèses où les ministres du sanctuaire peu nombreux se trouvent (barges de bonne heure de plusieurs paroisses à la fois , nous ne pouvons pas le conlesler. Dans les diocèses abondamment pourvus, il se trouve même certaines situations où l'étude est assez difficile et peutêtre impraticable. Mais cette situation particulière n'est certainement pas celle du plus grand nombre des prêtres dispersés pour les besoins du ministère sur tout le sol français. Dans un grand nombre de paroisses, et surtout dans les communes rurales, les occupations du ministère ne sont pas également réparties dans tous les moments de l'année. Il se trouve certaines saisons où les maladies
sont assez rares et où les paysans sont absorbés par les travaux des champs : il est incontestable que pendant ces momenls-là il reste aux prêtres de la campagne surtout des loisirs étendus pour des études solides. Il est d'autant plus à désirer qu'ils en prennent le jToût, que rien n'est essentiel dans une vie chrétienne et sacerdotale comme la loi du travail. Toute âme, si bien disposée qu'elle soit, qui méconnaît cette nécessité sublime, met en danger sa vie morale. La Providence a établi entre le travail et la vertu une mystérieuse harmonie. Dans une vie qui n'est pas perpétuellement occupée , les désirs frivoles, les vaines pensées, les instincts du monde s'épanouissent rapidement. Un des secrets de la perfection des saints, c'est la soif ardente de travailler pour accomplir la destinée humaine. Ces infatigables ouvriers du ciel s'endormaient de lassitude sur le sillon, comme le moissonneur à la fin de sa journée. Mais si le travail continuel est une des nécessités de la perfection chrétienne , il est surtout indispensable au clergé des campagnes. Les prêtres qui vivent dans cette situation pénible sont obligés de passer leur vie au milieu d'une population grossière, absorbée par le travail des mains. 11 leur est très-dilficile de former parmi elle de ces relations d'amiiié qui servent à dépenser la vie. D'ailleurs, la familiarité avec les gens de la campagne engendrerait bien vite le mépris pour leur ministère. Ils sont donc obligés généralement de s'enfermer presque toujours dans l'isolement du presbytère. L'existence des curés de campagne est ravissante dans les idylles , mais elle est , dans la réalité, sérieuse et grave, quand on veut remplir tous les devoirs essentiels. La vie retirée du clergé de la campagne est précisément ce qui le rend trèspropre à ces études sérieuses qui demandent de la patience et de la suite. Qu'on ne s'imagine pas d'ailleurs que les prêtres de villages soient incapables de développement intellectuel. Tous ceux qui connaissent le clergé, qui l'ont vu de près, ont rencontré dans ces modestes positions des hommes susceptibles, par leur patience et leur activité, de travailler avec une certaine énergie au progrès des études cléricales.
Si l'autorité des évêques s'emparait de ces bonnes intentions pour les affermir et pour les diriger, la situation du clergé changerait rapidement vis-à-vis de la nation. Un corp3 dont tous les membres partageraient leur vie entre la charité et la science ne pourrait manquer d'acquérir dans le pays une considération tout à fait remarquable. Le siècle est tellement idolâtre de l'intelligence, qu'il n'acceptera jamais volontiers l'influence d'un clergé qu'il ne regarderait pas comme savant. Le peuple même de la campagne observe avec une vigilance spirituelle ses propres pasteurs. Il parvient à connaître as- .*•('/ vile, on ne sait souvent comment, le degré de leur intelligence et la portée de leurs études. On peut croire à l'avance que l'action et la considération du prêtre sont Itès-sou-
5W DEMONSTRATION EVANGEI
vent basées sur de pareilles enquêtes. Il n'est pas nécessaire de consulter la eonriclion des masses pour juger qu'il est impossible BUS jeunes prêtres, s'ils veulent remplir dignement leur ministère sacré , d'alun lonner tOOtes leurs éludes a la sortie du séminaire. Quand même on supposerait que les cours de théologie sont aussi solidement professée qu'on le désire; quand même on admettrait que les jeunes clercs ont étudié d'une manière assez étendue le domine, la casuistique, l'exégèse, l'histoire de I Eglise , la lilm «ie, la controverse, la philosophie, on sera toujours bien obligé de supposer qu'ils n'ont pas pu acquérir dans toutes ces branches si nombreuses de la science des connaissances suffisamment approfondies; quand même on supposerait que les éludes philosophiques et théologiques durent cinq années, ce qui n'a lieu que dans u\\ petit nombre de diocèses, comme Paris, Bayeux et Sainl-Flour, il s'en faudrait de beaucoup que ces quelques années ouvrissent aux regards tous les horizons de la science ecclésiastique. Des professeurs qui ont passé après leur séminaire de longues années dans de patientes éludes sont obligés de reconnaître à tous les instants les immenses lacunes de leurs connaissances théologiques. La seule prétention raisonnable des directeurs de l'enseignement ecclésiastique, c'est de donner à leurs élèves les connaissances les plus pressantes et les plus essentielles, de leur indiquer les meilleures méthodes, les sources les plus pures de la science; en un mot, tout ce qui peut faciliter dans l'avenir le développement normal et régulier de leur intelligence. C'est là la destinée de tous les professeurs. S'imagine-t-on, par exemple , que les élèves des écoles normales, des facultés de médecine el de droit arrivent tout d'un coup, sur les bancs, à la plénitude de la science? Ne saiton pas au contraire que les plus distingués de ces jeunes gens considèrent l'entrée dans leur carrière comme la continuation des études véritablement sérieuses? Tous les moments que l'action leur laisse libres, ils les consacrent au développement de leurs connaissances élémentaires. Les jeunes professeurs, les avocats ou les médecins , qui cesseraient d'étudier en entrant dans leur profession , seraient bientôt frappes par la justice publique. L'heureuse facilité d'un talent naissant ne se soutient pas sans l'élude ; les brillantes qualités de la jeunesse s'enfuient aussi vile que ses rêves dores. Il ne faut donc pas s'étonner si de jeunes ecclésiastiques pleins d'avenir onl elé dépassés dans la carrière par des esprits moins heureusement doues qu'eux, mais qui comprenaient mieux la nécessite de l'élude et de la science.
Dans une question du genre de celles que nous traitons ou est assez d'accord sur les principes. Tout le inonde conviendra aujourd'hui que si les jeunes préires pouvaient, dans le saint ministère continuer leurs éludes, il en rejaillirait sur noire Eglise de France un véritable éclat. Mais on peut dire
IQUE. L'AbUK CHASSAT.
que rien n'est facile comme de bâtir en l'air une ci'e toute d'imagination. Nous comprenons les exigences des hommes positifs. Ce qu'il y a , en effet, de véritablement embarrassant, ce n'est pas de montrer les dilli< ultés, c'est de les résoudre. Cependant, si les esprits pratiques ont leurs exigences raisonnables , il faut avouer pourtant qu'ils s'arrêtent souvent devant des impossibilités à peu près chimériques. L'antipathie qu'ils ont pour l'innovation leur donne quelquefois un penchant seeret pour la routine. Il y a pourtant une immense utilité a soulever certains problèmes, quand même on ne les résoudrait pas sur-le-champ. C'est déjà beaucoup d'avoir appelé l'attention des esprits graves sur certaines questions de la plus haute importance. Bien des réformes se sont faites après avoir été longtemps traitées comme des impossibilités. 11 faut donc s'attendre à voir certaines améliorations bafouées d'abord comme de pures utopies. Ces pensées nous rassurent jusqu'à un certain point. D'ailleurs, si tous les esprits ne partagent pas nos vues sur le plan que nous allons développer, il serait difficile de qualifier d'impossibilités toutes les idées que nous allons émeltre pour arriver à développer, les éludes cléricales dans l'exercice du ministère.
Nous commençons par faire remarquer que les directeurs des grands séminaires exercent souvent sur l'esprit des jeunes gens l'influence la plus profonde et quelquefois la plus durable. Les élèves ecclésiastiques arrivent, en effet, dans ces établissements à un âge où les habitudes ne sont pas prises encore. Dans celle situation , été hommes plus âges, d'un caractère grave, d'une instruction généralement satisfaisante, doivent laisser nécessairement l'empreinte de leurs idées dans l'intelligence de leurs disciples. C'est là assurément un bien, parce que c'esl le moyen le plus fort que l'évêque ait dans les mains pour conserver dans son cierge l'esprit qu'il doit perpétue r et transmettre. On conçoit facilement, d'après ce que nous venons de due, que. si I évéque veut inspirer à tout son jeune cierge un zèle de la science qui persévère, même au milieu des agitations du ministère, il devra choisir pour former les jeunes clerc» des hommes capables de remplir les âmes d'un zèle ardent pour la défense de l'Eglise. S'il M bornait simplement à placer à la léle >ie ses léminairesdes prêtres qui ne fussent que réguliers, mais qui ne comprissent pas toutes les nécessités de la situation périlleuse de noire Eglise ne France, l'avenir scientifique de son cierge serait à i>»ui jamais perdu. Il
ne suflit pas, en ell l, que les jeun lances dan» le saint minislèr ne scandai pas les fidèles par leur manque de pii le , qu'ils lassent régulièrement le calècbia s rt les prônes, il laul de plus qu'ils soient forme- pour le combat. Il faul qu'on leur lV»e entendre que leur vie doit éire une vu- de Lutte contre le monde. S'ils sont bien pénétrés de celle pensée, s'ils onl véritablement
DISSERTATIONS SUR LES ETUDES CLERICALES
compris leurs destinées dans la société moderne, n'ayez pas peur qu'ils s'arrêtent de fatigue avant d'avoir rempli toutela carrière. Vous aurez plutôt besoin de modérer leur ardeur de jeunesse que de la stimuler. Alors les prêtres accueilleront avec une espèce d'enthousiasme tous les moyens que leur évêque leur fournira pour agir sur les peuples confiés à leur vigilance. Ils se serreront avec ardeur autour de sa chaire pastorale pour lui demander des armes contre l'ennemi. Au lieu de s'enfermer, par ignorance de la véritable situation des esprits , dans un cercle d'action nécessairement borné, ils iront partout chercher avec ardeur l'erreur pour la combattre et pour la vaincre. Comment! la société nouvelle est dévorée du besoin d'agir, elle fait en quelques années des siècles de merveilles, elle inspire dès le berceau à ses enfants la passion du mouvement, et l'on ne donnerait pas aux jeunes gens qui doivent exercer sur elle une si profonde influence morale le besoin d'action nécessaire pour la comprendre el pour la diriger! S'il en était autrement, il faudrait renoncer à la pensée d'organiser les études théologiques dans le sainl ministère. 11 est nécessaire, en effet, pour que cela soit véritablement possible, qu'on s'adresse à des âmes préparées à l'avance à vivre de science et d'activité, et pour lesquelles enfin l'inertie soit le plus grand des maux.
Indépendamment de celte influence que l'évéque peut exercer sur son clergé par l'éducation qu'il lui donne, il en est une tout à fait personnelle et qui peut seule produire des résultats immenses. Placé par l'Ësprit- Sainl pour gouverner l'Eglise de Dieu, c'est de l'évéque que doit venir toute la vie intellectuelle du clergé. Tous les regards sont tournés vers lui, et rien ne peut se faire de durable et de bon sans qu'il y participe. Avec celte plénitude de pouvoir et d'action, qu'il doit être facile à un évêque de conserver dans son clergé le feu sacré de la science 1 Les encouragements valent des ordres, et si l'on sait qu'il attache aux études tout l'intérêt dont elles sont dignes, chacun s'empressera bientôt, selon la mesure de ses forées, d'avancer rapidement dans cette voie. D'ailleurs l'évéque a dans les mains tout l'avenir de son clergé. Il saura, avec une facilité extrême, placer les nouveaux prêtres dans les situations les plus favorables pour le développement de leurs études. Il peut à son gré appeler les hommes spéciaux dans des positions où il leur sera possible de rendre des services en rapport avec leurs goûts et avec leurs talents. N'a-t-il pas son chapitre , ses grandes cures de la ville, ses communautés, ses chaires de séminaire?
Outre ces ressources générales , qui sont communes à tous les diocèses , il se trouve qu'un assez bon nombre d'évêques rencontrent déjà sous leur main, toute faite et toute organiser, une institution admirable , merveilleusement propre à conserver la science, jusque dans les plus humbles presbytères. Cette institution, nous sommes heureux de
le dire, est due partout an zèle de l'épiscopat français. L'évéque envoie chaque année, à tous les membres de son clergé, une série de questions théo'ogiques qui doivent se discuter une fois par mois sous la présidence du curé de canton. Cette belle institution enlève tous les prêtres aux inconvénients de l'holement intellectuel. Elle met en rapport les membres les plus instruits avec ceux qui peuvent avoir besoin de leurs conseils, soit pour leurs études, soit pour la bonne administration de leurs paroisses. Elle tend à conserver, dans tout le clergé du canton, la concorde et l'unité d'action. Sans doute l'organisation des conférences a déjà produit bien des fruits salutaires dans le clergé français. Pourtant la vérité et la franchise noas obligent en même temps à reconnaître qu'elles sont loin d'avoir encore donné tous les résultats qu'on en pouvait attendre. De longues et patientes réflexions sur cette questions capitale nous ont amené aux conclusions suivantes.
Le peu d'intérêt que l'on met aux études préparatoires que les conférences exigeraient vient du peu d'actualité des questions qu'on propose. On se borne généralement à reproduire les difficultés dogmatiques ou pratiques que chacun peut trouver dans les théologies élémentaires. Les prêtres instruits s'intéressent médiocrement à la discussion que ces questions soulèvent. Elles n'ont pour personne l'attrait de la nouveauté et de la curiosité. Chacun peut prévoira l'avance, avec les conclusions qu'on prendra, à peu près tous les arguments qui seront présentés. Il arrive encore que le clergé de la campagne s'habitue par là à considérer la théologie élémentaire comme la source unique de la science véritablement ecclésiastique. Il n'apprend plus rien alors , dans son isolement, de l'état des esprits et de la marche du siècle. L'ennemi s'avance avant qu'il ait appris à soupçonner son existence et ses efforts. La guerre contre l'Eglise grandit sans qu'il pense à se préparer pour la bataille. La presse quotidienne répand jusque dans les plus humbles hameaux tous les résultats de la science rationaliste, sans que les curés trouvent dans leurs études actuelles les éléments d'une controverse que les circonstances rendent de plus en plus nécessaire. Si.au contraire, le programme des questions annuelles était entièrement composé d'éléments tirés de la controverse contemporaine, les prêtres les moins savants trouveraient dans leurs études ordinaires des ressources pour le combat continuel qu'ils doivent livrer aux ennemis de l'Kglise el de la vérité. Les prêtres du ministère se trouvent dans des circonstances exceptionnelles qui leur imposent les obligations les plus élevées et les plus rigoureuses. Privée de ses ordres religieux, l'Eglise «le France n'a plus son avant-jjarde savante et guerrière à la fois. Le clergé séculier voit par la reposer sur sa lète et la défense du christianisme et la charge pesante du ministère sacré. Je sais bien qu'elle est accablante, celte charge ,
DEMONSTRATION F\ ANf.ELIQl E. L'ARRE CHASSAT.
mais, dans les tomps héroïques, nos pères l'ont supportée avec la persécution àèi bourreaux. Nous n'avons pas le droit de repousser la croix de 1er qu'ils ont si bien portée «levant 1rs proconsuls et devant les sophistes : Jhcruenti, sed pejores, hostes in nos cursilant.
Il ne suffit pas de rendre l'intérêt et la vie aux conférences ecclésiastiques. Il est essentiel de fournir à chacun des membres qui les composent les éléments nécessaires pour tout travail sérieux. Or si l'on vietit à réfléchira la modicité des ressources de chaque desservant des paroisses rurales , on conviendra facilement qu'après de longs efforts, il ne peut viser qu'à une petite bibliothèque , composée des ouvrages de théologie, d'Ecriture sainte et de liturgie, les pins rigoureusement indispensables. Il est clair que de tels éléments d'études sont complètement insuffisants pour atteindre le but que nous allons signaler. J'avouerai franchement que celte difficulté parait presque invincible dans l'état de pauvreté apostolique qu'a faite à l'Eglise la générosité du pays légal. Un curé de village dans sa pénurie est souvent obligé de rendre à ses frais son presbytère habitable, de pourvoir son église de quelques ornements décents, de donner, non pas de son superflu, mais de son nécessaire à des infirmes encore plus pauvres que lui. D'un autre côté, les évèchés , dénués de revenus, ne peuvent pourvoir en aucune façon à l'organisation de bibliothèques ecclésiastiques, même dans les principales villes du diocèse. Il nous semble que, si ce problème capital est susceptible de quelque solution, les éléments ne peuvent s'en trouver certainement que dans la puissance pour ainsi dire nouvelle d'association dont le clergé n'a peut-être pas compris toute l'importance. 11 arrive très-souvent dans 1.» so» ciété laïque que, par une application de celle idée, on obtient, avec des sacrifices assez minces, des résultats véritablement prodigieux. On sait l'histoire de la Propagation de la foi et de la société de Saint-Vincent de Paul. Ne serait-il pas possible aussi, par le moyen de souscriptions volontaires , de constituer à l'usage du clergé des bibliothèques cantonales? Ne suffirait- il pas pour cela que chaque prêtre de la conférence fît tous les ans quelques sacrifices véritablement minimes ? Une lois fondées, ces bibliothèques ne s'enrichiraienl-clles pas par beaucoup de dons volontaires? Les prêtres ne seraienl-ils pas heureux de pouvoir consei ver leur bibliothèque particulière dans un but d'utilité si évident, plutôt que de les laisser à des familles auxquelles ces sortes de livres ne servent j imas? Il deviendrait nécessaire, dans cette hypothèse d'une bibliothèque centrale, que les conférences cessassent d'être mobiles, et qu'elles eussent lieu, comme cela se fait du resle dans quelques diocèses, toujours au chef-lieu de canton. Chaque prêtre pourrait alors en venant aui conférences mensuelles, choisir it renapurter les livres qui lui seraient néces-
s pour ses études du moment. Je sais bien que, dans les c^mmenc emcuts, les li-
rrèt ne seraient pas en quantité suffisante
p'uir les besoins de ions, mais c'est l,i une difficulté ; , 't 'lui* toute organisa-
lion il faut toujours prévoir quelques embarras pour le il. but. Le londl primitif de ces nouvelles bibliothèques devrait ee composer de quelques revues calholiuues et de quelques livres de controverse contemporaine, les souscriptions an\ publications orthodoxe-; deviendraient par là plus nombreuses et plus assurées. Les hommes instruits , sûrs à l'avenir que leurs livres arriveraient à l'immense majorité du clergé, travailleraient plus volonl ers pour lui. La presse c.itholique prendrait une existence plus vigoureuse et plus vtvace. Or, dans un siècle où c'est une si haute puissance que celle de la presse , qui ne comprend la nécessité de soutenir les rcYue» et les public ilions qui sont consacrées avec tant de zèle à la défense des saines doctrines ? Oui ne voit là une question d'une portée immense et dont l importance a été trop longtemps dcplorablemeul méconnue.'
Cependant ce n'est pas assez d'avoir tous les moyens d'étude. La direction, l'unité, la méthode , sont aussi des choses très-essentielles. Comment l'évêque parviendra-t-il à saisir dans ses mains pastorales tous ces fils compliqués? Comment jugera-t-il de la sagesse des méthodes qu'on emploie ? Comment pourra-l-il apprécier les fruits du travail de ses prêtres? Qui lui dira les esprits qui semblent indiquer d'éminentes dispositions et qui deviendront par là même les plus propres à occuper les positions élevées de son diocèse? Il est impossible qu'un évèque se dessaisisse d'une aussi grave sollicitude. Il ne saurait sans imprudence laisser diriger par des influences secondaires tout le prégrès intellectuel de son chargé. Il faut qu'il soit là comme partout le point de départ H le centre du mouvement. L'évêque agit par ses prêtres; \'< enseigne par leur bouche : il doit par conséquent se considérer comme le principe moteur de son diocèse. Mais il ne lui est pas aussi difficile qu'il le parait au premier coup d'œil de ramener à l'unité de gouvernement cet ensemble de forces. Dans tous les diocèses où 1>'S conférences ecclésiastiques existent déjà, l'évêque trouve dans son chapitre des hommes qui, n'ayant pas la lourde sollicitude du ministère, peuvent se consacrer facilement à des du. les continuelles et approfondies. Ainsi comprise, l'institution des chapitres peut devenir dans les mains des evéques une imim ressource pour la direction des éludes cléricales. En même temps qu'ils trouveront par là un moyen d'action directe sur les cuies ne càntbh, présidents naturels des ronféren- CèSi îli se ménageront atMsIi pour le gouvernement de leur diocèse, des hommes qui, par leur capacité reconnue , leur connaissance du siècle, leurs études distinguées . donneront un véritable éclat à 1 administration
èpiscopalè,
Le clergé de France brille dans le monde par son dévouement cl par sa charité. Il supporte, avec une admirable constance, la pauvreté , l'outrage et la calomnie. L'obstination la plus odieuse n'a pu lui enlever la vénération des peuples. Il est de son devoir rigoureux de se montrer digne en tout de l'influence qu'il doit exercersur les destinées de la patrie. Puissions-nous voir renaître parmi nous les beaux jours de cette Eglise du xvne siècle, couronnée des palmes de la vertu et des lauriers du génie ! Temps heureux, où les Vincent de Paul, les Olier les La Salle, les Bérulle , les Tronson, les Con-
ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE. 582
dren, faisaient briller leur sainteté même au milieu des grands talents que l'Europe enviait alors à notre Eglise de France 1 La Providence permit qu'après les tempêtes du protestantisme, et à la veille des saturnales du xvur siècle, le clergé catholique répandît dans l'univers entier l'éclat de ses vertus et de sa gloire. Puisse aussi le ciel nous donner, après les orages de la révolution, dont le bruit gronde encore , ponr ainsi dire, à nos oreilles , quelques-uns de ces jours sereins, d'activité paisible, qu'embellissent à la fois la science et la vertu 1