‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 76 sur 255 · LE DOCTEUR STRAUSS ET LES THEOLOGIENS NATURALISTES · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR STRAUSS ET LES THEOLOGIENS NATURALISTES

Si l'on a bien saisi l'exposé que nous avons exquissé du système de Strauss, onadû s'apercevoir qu'il soulevait contre lui deux classes d'adversaires à la fois. Habitués que nous sommes à vivre au sein du calme el de l'unité catholique, nous avons peine à comprendre les divisions profondes qui séparent dans l'Allemagne protestante les partis Ihéologiques. Dans un pays où la liberté politique n'existe presque nulle part, on se fait la guerre sur le terrain des questions religieuses. Cette guerre a commencé avec le protestantisme ; cl qui sait quand l'unité se rétablira dans les entrailles déclinées du genre humain? Avant l'apparition elles développements du système mythique, deux grands partis théologiques comprenaient (ouïes les innombrables variétés des systèmes protestants.-11 semblait qu'il ne fût pas possible de trouver de milieu entre la foi aux miracles du Christianisme et une hypothèse qui voulait les expliquer comme des événements naturels. La théologie protestante croyait être à boul de sa fécondité; elle croyait avoir rencontré les colonnes d'Hercule; elle pensait avoir lié pour l'éternité, dans un dilemme, le Protée de l'esprit humain. Mais, en temps de révolution, il est diflicile d'imaginer l'avenir et de le mouler sur le passé : il se produit, dans les idées comme dans les faits, de ces combinaisons étranges qui déconcertent toute la politique des partis. Un jour le docteur de Tubingue vint se placer sur la frontière des deux écoles : « Vous avez raison, dit-il aux uns, de croire que l'histoire de l'Evangile ne renferme ni miracles, ni mystères. Vous n'avez pas tort, ditil aux autres, de trouver qu'on a mal expliqué ces faits embarrassants. Les deux partis onl raison dans leur négation; mais ils se trompent dès qu'ils affirment. La critique est plus facile que l'art. Le Christianisme est une chose assez sérieuse pour qu'on ne s'en débarrasse pas par des hypothèses aventurées. Nul n'a trouvé jusqu'ici le défaut de la cuirasse du géant. Les explications faites depuis dix-huit siècles n'ont rien expliqué; c'est à nous que cette gloire est réservée. » Personne, comme il fallait le croire, ne fut content de la conciliation. La position des défenseurs du surnaturel ne changea pas : nous parlerons plus tard de leurs travaux el de leurs efforts. Mais la situation du parti naturaliste devint singulièrement équivoque. Il avait conservé assez de christianisme pour garder ses titres et ses appointements. Ne re-

DEMONSTRATION EVANGFXlGliE. L'ABBE CflASSAY.

connaissait-il pas dans Jésus l'idéal do l'hupianilé, l'étendard de la < ivilisation moderne, lr Saurenr du passé ci l'espérance de l'avenir? Ne disait-il pM qu'il c rotait à l'autorité bislorfqne de l'Evangile et à la vérité fond <mentale des farta qu'il renfermait? Il es! vrai qu'en éliminant petit à petit du symbole tout ce qu'on appelait ses éléments mystiques , on niellait ['histoire à la place de la poésie; qu'on dépouillait enfin ce grand arbre du christianisme de ses plui belles fleurs et de ses plus vigoureux rameaux. Mais comme on gai (rail sur le front le signe du Crucifié, et dans la main le livre de la Bonne-Nouvelle, on accusait avec horreur de mysticisme tous ceux qui osaient dire que ce n'était pas la vraie foi de Luther. Celle douce vie, ces illusions ralmes allaient loucher L-ur terme ; car que signifiait le livre de Strauss? Ne disail-il pas, d'une voix retentissante, qu'on n'était ni dans la vérité ni dans la franchise? N'annonçait-il pas que le temps des termes moyens ne pouvait plus revenir? qu'il fallait choisir entre le Christ cl Hegel? Il sembla quelque lemps qu'on n'avait pas compris. Attaqué dans ses principes et dans son existence même, stigmatisé comme une vieillerie, numéroté parmi les ruines, le parti naturaliste resta quelques moments dans l'incertitude et dans l'hésitation. Au fond, un bon nombre de minisires, ennemis décidés, mais prudents du christianisme , n'étaient pas bien vivement contrariés du scandale qui se faisait autour d'eux. C'est un témoin des faits qui nous l'apprend, le. docteur Tholuck. Quant à ceux qui ne partageaient pas leur joie à la \ue d'un événement qui contrislait toutes les âmes chrétiennes , il n'est pas difficile de se figurer leur embarras. L'auteur de la Vie de Jésu< avait si vigoureusement contesté toutes leurs démonstrations,il avait lai si bonne justice de leurs escobarderies philologiques, qu'il leur était dilficile de ne pas comprendre le discrédit qui s'attachait dorénavant à leurs travaux. Il est cruel de voir s'évanouir tout d'un coup le labeur d'une vie entière. Quand on a consacré toute son existence aux chimères de l'orgueil et d'une science vainc et sans réalité, il est malaisé d'en abandonner subitement les préjugés et les habitudes. Les naturalistes n'avaient que deux clioses à faire ; il fallait entrer franchement dans la voie de la vérité historique , en acceptant sans réserve le surnaturel des faits chrétiens, ou bien se mettre au service d'un sjstètne plus populaire, plus élevé que celui qu'ils avaient jusqu'alors défendu. Nous allons examiner le parti qu'ils ont pris.

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