LA VIE DE JÉSUS PAR LE DOCTEUR STRAUSS
Les choses en étaient là, en France, quand M. Littré, membre de l'Académie des inscriptions, publia le premier volume de la Vie de Jésus, ou Examen critique de son histoire, par le docteur David-Frédéric Strauss. Ce livre avait déjà fait une profonde impression en Allemagne, et le rationalisme français c inpi ait beaucoup sur lui pour avancer l'émancipation philosophique C'est l'histoirede cet ouvrage que nous nous proposons d'esquisser, c'est-à-dire, la chronique d'un ouvrage qui est évidemment un des événements les pi us significatifs <!e la grande lutte qui préoccupe maintenant tous les esprits graves. Mais le livre deSlrauss n'est qu'un anneau dans une grande chaîne, c'est le dernier flot d'une mer orageuse soulevée contre le Christ. Il nous faut donc remonter aux origines de cette grande guerre, et savoir avant tout comment la tempête a commencé; oublions, pour un moment, la France contemporaine et songeons que nous sommes en Allemagne vers 1770.
Le protestantisme avait porté ses fruits dans les esprits et dans les cœurs. Le christianisme se voyait attaqué sur tous les points; mais ses plus grands périls lui venaient plutôt de ses maladroits amis que de la science on de l'adresse de tous ses adversaires. Le docteur Hengstenberg (4) fait des apologistes protestants de ce temps-là, de l'élroitesse de
(1) Nous avons réfuté cette supposition dans Le Christ et VRvanflUe, la France, cli. u, art. 3.
fi) Voyez aussi Histoire critique, cl). XVII, p. 31!). (3) Jiib.e de Vuhen, t. IX.
leur esprit, de la niaiserie de leurs concessions, de la petitesse de leurs vues, le tableau le plus vrai comme le plus triste ; mais laissons parler encore ici un autre docteur du protestantisme orthodoxe dont nous reproduirons plusieurs idées. Dans son savant et spirituel ouvrage contre le système de Strauss, le docteur Tholuck s'exprime ainsi : « Les défenseurs de la foi ne manquèrent pas jusqu'en 1800 ; mais leurs cœurs étaient sans feu et leurs raisonnements sans sel. La théol gie fut-elle jamais destituée, comme à celte époque, de direction mystique et spéculative? Il y a, à la vérité, quelques exceptions, par exemple , Ch.-Aug, Crusius, JEllinger, Keukler; mais on ne trouve chez la masse de nos théologiens qu'une tendance mesquinement pratique, une logique étroite et une sèche érudition. Tels sont J.-D. Michaëlis, Zacharia, Seiler, Morus et l'école de Tubingue elle-même. Dans leur plate exégèse, ces timides surnaturalistes éliminaient de plus en plus, des dogmes et de l'histoire du christianisme, ce qui leur paraissait superflu ; et, semblables à cet Anglais qui criait au voleur en jetant lui-même son mobilier par la fenêtre, ils trahissaient ainsi leur propre cause. Le rationalisme pouvait avec raison , à cette époque, invoquer ses adversaires comme ses complices (5). »
Un pareil système d'exégèse n'en pouvait rester là. Le clergé protestant vit n;:îlre alors en foule, du milieu de ses rangs, une masse d'ennemis cachés du Christianisme , qii , sous prétexte de le mettre eu harmonie avec les be oins de cette époque, s'efforçaient d'arracher de ses mains tous ses titres do gloire. Le protestantisme avait été, dès son origine, une véritable organisation du doute, une constitution de l'anarciiie intellectuelle. On peut voir dans le liant/ net de Théodule, par le baron deStarck, l'impression que produisait ce spectacle de ruine et de désordre sur les meilleurs esprits de ce temps-là. Mais, pour qu'on ne nous accuse pas d'écouter nos préjugés catholiques , laissons parler remirent écrivain protestant que nous citions tout à l'heure. « Dans les années 1780 à 90, on vit entrer sur la scène un rationalisme dont tous les efforts avaient pour but de débarrasser l'exégèse des éléments surnaturels du dogme, et de l'histoire. LorsqueJésus s'écrie : «Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre, » cela voulait dire: « La direction de. l'enseignement m'a été donnée chez les Juifs et chez les païens. » Quand il dit de lui-même : « Avant qu'Abraham fût, fêlais, » cela voudrait dire : Longtemps avant Abraham, Dieu a conçu le dessein de m'envoyer dans le monde pour enseigner la vertu. » Lorsque les anges chantent, à la naissance du Sauveur : Gloire à Dieu au plus actif/ des cicux, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, » leur éclat resplendissant est, suivant
(4) Authenticité du l'entateuque. Introduction.
[5) Thoiuck, page 7 de la traduction française, uu«
ttliee par M. l'abbé do Valider.
DEMONSTRATION KNAJNCLLlUlh. 1. AbHfc CHASSAY.
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Eck, la lumière «l'une lanterne portée par un messager, à laquelle se joint le cri Ho j > ■ ie de ceux qui l'accompagneDl j ou, suivant le docteur Paulus, une compagnie de feux-follets qui , d'après les icciis des voyageurs, ■Ueignenl en Orient une hauteur remarquable. Quand le Sauveur lutte et combat dans le jardin de (î et h sema ni, c'est, d'à près TbiesS, un mal de va u> soudain qui lui est survenu fi). »
Celte méthode d'interprétation se résume dans Ilollen et surtout dans le docteur Paulus d'Heidelberg, auquel M. Strauss a donné le nom d Evhémère chrétien (-2). Pour lui , l'Evangile est une histoire toute simple, certainement écrite par les apôtres. Il faut bien se garder pourtant d'y voir des merveilles. D'heureuses circonstances , les guérisons faites à propos , les interprétations peu réfléchies des textes, ont seules pu faire passer le Christ pour un thaumaturge, il était certainement trop modeste pour avoir des prétentions si hautes ; c'était un sage doux et humble de cœur, qui est venu donner au monde la fraternité, et qui doit rester éternellement l'étendard des amis de l'humanité et du progrès (3).
Un tel système de théologie ne pouvait pas durer bien longtemps ; il était fondé sur des hypothèses trop arbitraires , il entraînait trop de contradictions, il réduisait à des proportions si mesquines tout le gigantesque édificeduChrislianisme, qu'il était impossible qu'on ne fût pas rapidement frappé de tous ses inconvénients; nous avons pu le juger dans M. Salvador. D'un autre côté, la mobilité des idées protestantes , la curiosité inquiète qui en est le résultat, ne donnent aux théories qu'une existence fugitive et agitée. La vérité n'y gagne certainement rien dans les pays réformés. Elle sort toujours meurtrie et torturée de ces violents orages. Pourtant la Providence ne laisse pas un si grand spectacle inutile pour les esprits purs et pour les cœurs droits. On sent si bien le bonheur et le calme qu'on goûte au sein de l'unité catholique , quand on voit des frères séparés de la sainte Eglise de Dieu s'agiter dans les convulsions sans fin d'une terrible anarchie! Ces tempêtes de la pensée humaine, loin d'être un scandale pour notre foi., la consolent et l'affermissent plutôt. H nous faut comprendre celle vérité sérieuse et grave , que, sans autorité, il n'y a pas de Christianisme, sans le Christianisme, pas de conviction , c'est-à-dire pas de vertu ; car bien croire est le fondement de bien vivre, a dit ttossuet. Ces réflexions nous viennent naturellement en lisant les deux premiers chapitres du livre dudocteur Tholuck. On voit en lui une intelligence vraiment chrétienne, irrésistiblement désolée des variations protestantes qui maintenant s'attaquent à l'essence même du Christianisme. Son cœur généreux s'indigne de l'hypocrite lâcheté des prétendus ministres de l'Evangile qui livrent et trahissent encore le Sauveur, comme autrefois Ju-
(!) Voyez le docteur Tholuck, p. 8 et 9. (!) Strauss, Introduction, § G.
iéêA >n s'.ipen oitqu'il parle avec bonheur do la Herad nce du système naturaliste. Ondirait qu'il a entrevu dans le ciel ténébreux du protestantisme un peu de calme et de soleil ; il semble <-ourire avec tant de satisfaction aux bonnes idées chrétiennes qui commençaient à fleurir dans les âmes !
Mais il n'en peut être ainsi. La terre aride de l'hérésie ne doit jamais voir c< U.re les humbles et douces fleurs de la piété chrétienne. Dans le désert ou vous avez placé votre tente, les vents sont trop violents et le ciel est d'airain. Vous n'avez plus d'autre destinée que de changer d'orages et d'agitations. Nous comprenons volontiers que les cœurs qui ont conservé quelque sentiment chrétien s'irritent et s'indignent d'un avenir aussi sombre. De là ces inutiles efforts de lantd'esprils d'élite au sein du protestantisme actuel, pour bâtir un lanlôme d'autorité et saisir une ombre d'Eglise. On peut donner à ces efforts une larme ou quelque sympalhie, mais on ne peut leur promettre l'espérance du succès. Nous allons voir, en effet, tout à l'heure, combien tout espoir de calme et de stabilité est inutile et vain au sein des églises protestantes. Un fait va se montrer à nous comme un des plus éclatants de l'histoire contemporaine , c'est qu'au temps où nous vivons les termes moyens deviennent de jour en jour plus impossibles. Etre catholique ou n'être rien, telle est la tendance qui se manifeste de plus en plus dans l'histoire du xix' siècle.
Le syslème naturaliste, avons-nous dit , était en pleine dissolution. Selon le docteur Tholuck, outre les causes que nous avons signalées, il faut attribuer sa décadence rapide à trois circonstances principales qui se rencontrèrent au commencement du siècle.
La nouvelle école lit léraire qu'on a appelée romantique et qui a donné à l'Allemagne presque tous ses grands génies poétiques , commençait à briller alors d'un éclat qui attirail tous les regards. Deux hommes , deux esprits éminents , et dont la renommée vil encore, Tieck et F. de Schlégel se montrèrent les intrépides et spirituels adversaires des platitudes littéraires de l'école naturaliste. Comme ils avaient un sentiment fin et délicat, ils firent bonne et rapide justice d'une doctrine dénuée du véritable sentiment de l'art et du véritable sentiment religieux. Les théories de Fichle et de Schelling, en discréditant l'esprit positif de Kant, devaient amener naturellement la ruine d'une exégèse toute pénétrée du système du philosophe de Kœnisberg. Enfin , les progrès des éludes philologiques rendirent de plus en plus difficile l'escamotage des miracles par de simples procédés de grammaire.
Pendant que l'hypothèse naturaliste achevait de se perdre en se développaut, de se compromettre en complétant ses applications, une autre théorie naissait déjà au sein des écoles protestantes. Les systèmes n'apparais-
(3) Voyez Strauss, Introduction, jj b.
sent pas tout d'un coup à la lumière. Us se produisent par une germination qui longtemps s'enveloppe et se dissimule dans les profondeurs du monde moral. On a cru trop facilement en France que le docteur Strauss était un de ces génies éminenls qui se montrent à la terre sans que rien les annonce et les prépare, qui se rattachent bien plus à l'avenir qu'au passé (1). Il semble que cet écrivain, avec une franchise qui lui fait honneur, ait travaillé lui-même à prévenir cette idée. 11 nous a, dans son Introduction, tracé sa généalogie et donné l'histoire de ses audacieux ancêtres. Les hommes qui, par des tentatives plus ou moins timides , lui ont fourni tous les antécédents de son hypothèse, qu'il signale et qu'il recommande à la reconnaissance de tout le monde savant, sont MM. Gabier, Schilling, Bauer, Vater, de Welte, etc. M. Edgar Quinet, dans Allemagne et Italie, a fait aussi l'histoire des prédécesseurs du système mythique. Afin d'être court et de ne pas nous écarter de notre but, nous nous bornons à résumer ce que le docteur Tholuck en dit dans la Réfutation du docteur Strauss, parce que nous ne croyons pas nécessaire d'insister trop longtemps sur un point d'histoire reconnu universellement par nos adversaires.
Semler paraît avoir trouvé le premier l'idée fondamentale delà théorie mythique (2) ; il donna même le nom de mythe aux histoires d'Esiher et deSamson (3). Dès l'an 1802, Bauer osa publier une Mythologie de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le docteur de Wette appliqua les mêmes principes à l'Ancien Testament d'une manière plus incisive ; mais il restait pour le Nouveau Testament une difficulté capitale. En effet , si les quatre Evangiles ont été rédigés parles témoins des faits, on ne peut supposer que l'histoire qu'ils renferment soil le produit de l'imagination de l'Eglise chrétienne primitive. Le docteur Strauss , avec sa candeur ordinaire , n'a pas dissimulé que, si on pouvait parvenir à démontrer parfaitement que les témoins apostoliques ont écrit la vie de Jésus-Christ , le système mythique serait renversé par sa base. Les efforts devaient donc naturellement se porter de ce côté-là. Le docteur Schultz avait émis des doutes sur l'authenticité de saint Matthieu; mais restaient les trois autres témoins évangélistes , et surtout saint Jean, qui contenait tous ces éléments mystiques devenus si à ch;irge au protestantisme rationaliste. Un esprit hardi et décidé, le docteur Bretschneider , attaqua le quatrième Evangile dans sis Probabiliu; le soulèvement fut universel, l'hypothèse fut vivement combattue, et, avec une franchise qui fait hou neur à son caractère, il avoua qu'il était ré
(1) M. Saisset vient de tomber récemment dans celte étrange méprise, « J'appelle hardi un livre com me la vie de Jésus du docteur Strauss, où une érudition forte et solide est mise au service d'une conception originale, > (Revue des deux mondes, \*T févriei t84>f>). Du reste. M. Saisset trouve l'ondée Féloqueiilt critique de H. E. Quinet.
(2) On trouvera des détails étendus sur cet exégèle
ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE. 60Î
futé. Qu'on nous permette de rapprocher d'un désaveu si honorable et si positif ces paroles excessivement remarquables que je lis dans la préface de la troisième édition du docteur Strauss : « Le Commentaire de de Welte et la Vie de Jésus-Christ de Néander à la main, j'ai recommencé l'examen du quatrième Evangile, et cette élude, renouvelée a ébranlé dans mon esprit la yaleur des doutes que j'avais conçus contre l'authenticité de cet Evangile et'la créance qu'il mérite.... Dans la première rédaction de mon livre, j'avais , avec le zèle d'une polémique exclusive, mis uniquement en évidence le côté défavorable qui me semblait avoir été négligé ; mais peu à peu le côté favorable a repris ses droits ; seulement, je ne puis pas, comme le font presque tous les théologiens actuels jusqu'à de Welte, sacrifier, sans plus ample informé, toutes les objections. » {P. vi.)
Tel était l'état des choses en Allemagne, quand, en 1835, parut, avec privilège royal, la Vie de Jésus par le docteur David-Frédéric Strauss, répétiteur de théologie au séminaire évangélique do Tubingue (4).
L'impression que fit ce livre fut profonde en Allemagne, et cela s'explique naturellement : pour la première fois , le protestantisme se contemplait tout entier dans son œuvre. Jusqu'alors, le travail destructif des théologiens protestants semblait s'être fait dans l'ombre, comme s'ils eussent rougi de leur trahison. Tout en souffletant le Christ, ne disaient-ils pas : Je suis chrétien ? Le livre de Strauss a été un éclair dans celte nuit ténébreuse : Illuminabit abscondita tenebrarum. Strauss a présenté à quelques-uns de ses contemporains le miroir fidèle de leur intelligence; il a écrit sur les murs d'une Babylone condamnée le sinistre présage de la ruine et de la mort. Le mal était fait ; et comme on parle bas à la chambre d'un malade qui va mourir, tous gardaient caché dans leurs poitrines ce secret qui devait désespérer tant d'âmes. Il est vrai , le sacrifice et le dévouement, ce véritable battement du cœur d'une société chrétienne, le scepticisme les avait tués. Il est vrai, il ne restait plus de l'œuvre de Luther qu'une ombre et qu'un cadavre. Mais à celte ombre de christianisme, que d'esprits y tenaient encore par le fond des entrailles 1 N'était-ce pas, en effet, tout ce qui restait des vieux souvenirs, des vieilles gloires, d'un calme cl d'un bonheur, hélas 1 perdus si vite? Nul depuis n'a pu se faire illusion. Le protestantisme, en brisant avec la tradition catholique, avait frappé au cœur même l'histoire du christianisme, et un dernier coup de hache venait de renverser dans une église infidèle ce grand arbre de la foi , qui , si longtemps , avait
célèbre dans Le Christ et V Evangile, l'Allemagne, ch. i, art. 2, Semler.
(3) Libre examen du canon, par Semler, 2e partie, p. 282.
(4) On trouvera dans Le Christ et l'Evangile, l'Allemagne, i, des détails étendus sur les études, les opinions et le livre du docteur Strauss.
rouvert d'une ombre si douce les générations du passé. Voilà, ee nous semble , m loi fait du livre de Strauss un des plus remarquables évéfietMntI de l'époque conteinp traîne. Si son neuvre eûl éle une (iMivre originale , une œuvre d'uti génie égaré, mais d'un génie puissant, c'eût été peu de chose ; il n'y a dans Slrauss ni originalité, ni éloquence, ni puissance d'invention. Mais il a tait plus que de faire une œuvre de génie : 1/ a résum<: toute une époque. Il a été le Voltaire du protestantisme allemand, moins le talent. Le docteur Tholui k a eu raison de dire qu'il a été l'organe d'un certain ttpril contemporain.
L'Allemagne étant ainsi disposée par les travaux de tant d'écrivains, qui, couverts du manteau de doc leur et de ministre du saint Evangile, avaient, dans l'ombre et par derrière, porté au Christ tant de coupi de stylet, un homme vint enfin qui voulut, comme le soldat romain, lui donner un dernier coup de lance. « Slrauss prononça, au péril de son existence civile, un mot que beaucoup d'hommes en habit noir ont peut-être maintenant dans le cœur, et qu'ils n'osent laisser venir jusqu'à leurs lèvres. Il l'a fait avec une franchise et une hardiesse que ses adversaires eux-mêmes doivent pleinement reconnaître.
Cependant aussi , sous ce rapport , il savait bien ce qu'il faisait. On voit combien il est sûr de ne point être un Ilot isolé, mots de couler nu milieu d'un fleuve dont le lit étenlu h protégera. La conscience de sa position lui donne une assurance qui aura sur beaucoup de gens une action plus grande que la force des arguments. Sou audace est la moitié de sa victoire (1). » Laissons continuer encore le docteur Tholuck ; ses observations, sur ce point, feront plus d'effet que toutes les nôtres i « Si l'on peut prouver que pas un des matériaux de cette imposante construction n'est nouveau, on aura certainement le droit de s'étonner que des théologiens mêmes, qui doivent connaître tous ces matériaux, aient pu s'en laisser imposer. Mais ces paroles : L'histoire chrétienne est une fable, ces paroles que beaucoup de ministres n'osaient laisser parvenir jusqu'à leurs lèvres, ont été prononcées par notre auteur, et prononcées dans un temps où, au grand chagrin du parti de la négation, la foi était redevenue une puissance. Comment n'aurait-il pas été accueilli avec joie par une race si hypocrite et si lâche, ce champion qui s'expose à toutes les fatigues et à la poussière du combat , pendant qu'eux, se cachant derrière les buissons, se contentent de se frotter les mains et i!e se sourire les uns aux autres (2)? »
lui France, nous ne croyons pas que l'ouvrage du docteur Strauss produise jamais d'effets durables. Les utopies savantes n'ont jamais d'existence bien sérieuse dans un pays essentiellement positif, où le sentiment des faits et de l'histoire l'emporte toujours sur les systèmes. D'ailleurs, le livre est
{i) Tholuck, ch;q>. n, p. aï
il) Tlioluck, ch;i|>. u, p. 53.
(o) Voir une excellente exposition du système de
i ao point de vue philosa essentiel*
l.'ineiit contraire a la leodaoce Iran, t ec nia lions ténébreuses de la philosophie
hégélienne ne s'y enracinèrent jamais, quoi qu'on lisse, tir, c'< »t (elle shéOTM qui a I lit 1" lnredu docteur Miauss | <haque page en est pénétrée; do i p ilout le souffle aride qui glace le mou\ement et la rie dans leurs gel m ■- Isa phw riches et les plu- léconds. Celle absence de la réalité vous transporte , pour ainsi dire, dans ce Tarlare antique où l'on n'élrei. que des fantômes. Les figures si expressives du Christ et des apôtres no l (tas plus 4 que les abstractions se ilastiqnes de la logique (li maître. Il semble, en effet , que ou a dit de choses étonnantes , plus on doit apparaître dans l'histoire revêtu d'une majesté imposante; c'est, on en convient, la loi qui se reproduit perpétuellement dans les faits ; il n'en est pas de même pour les systèmes. Le Christ, qui de sa main puissante a brisé l'ancien monde, le Christ, qui a fait d'un seul mol la société moderne, rapetissé qu'il est par l'esprit de système, a perdu son auréole et sa grandeur. Qu'étaitce donc que cet être étrange qui se montre sur la frontière de deux univers pour terminer le vieux monde et créer le monde nouveau? Ecoutez, car il y a de ces livres qu'on apprécie par les résultats.
Jésus était un Juif pieux, un esprit clair et dr ;it, mais sans idéeé très-élevées. Attiré par la réputation de Jean-Baptiste, il lui demanda le baptême, et résout de s'amender. 11 se mit ensuite à prêcher la pénitence. Les que-lions qu'on lui adres-a sur sa mission lui firent penser qu'il serait peut-être le Messie. Il faut convenir que, dans cette circonstance, il manqua de modestie et qu'il s'abandonna trop facilement à celte opiniou flatteuse. L'exaltation l'emporta dans son esprit, et il finit par croire sincèrement qu'il tenait sa mission du ciel. Ses projets pourtant n'étaient pas étendus. Il s'imaginait que les gentils étaient toujours exclu- du plan delà Rédemption. Il subissait eu cela.
me en beaucoup d'autres choses .
de son temps. On a peine à distinguer s'il ne se figur.iit pas le royaume da Mess e -ou-, les formes les plus matérielles. Cependant certaines paroles feraient croire qui avait làdesusdes théories plus rele\ecs. Kn un mot, il n'était pas dégage des préjugés de son époque, excepté sur un point , celui par le uel il devait faire avancer l'humanité. Lesinveclives contre les pharisiens . le mépris témoignait pour le sabbat . lui attirèrent la boitte fanatique des chefs de sa nation B m entrée populaire à Jérusalem l'ang mente encore. Il fut li\re a ses ennemis par un Id Ml disciples, et mourut sur la irm\.
On voit que l'auteur a brutalement supprimé de l'histoire du c irislianiemt loul ce qui dépasse le niveau le plus \ uLa; a, comme
Hegel, p:»r M. I tbM de Vslroger dans le tome vr un - ne), p. 568 el 419 des 4mm(nSi ph losophie
Tarquin abattait du bâton la tête des plus belles fleurs. On voit qu'il a retranché de la vie du Christ, non-seulement tout ce qui est merveilleux, mais même tout ce qui est grand. Sa fureur dénigrante a retranché de la passion cruelle et touchante du Sauveur l'agonie du jardin, lesoutragesdes larrons, le vinaigre des soldats , et jusqu'au coup de lance. On dirait qu'il a peur de laisser du Christ une ombre trop saisissable. 11 semble que, dans cet état de mort, il épouvante encore son imagination timide; qu'il voudrait même effacer de la terre l'empreinte de ses pas. Parhaiiiedu Dieu, ila voulu nous enlever jusqu'à l'homme. Il n'a pas seulement découronné sa tête auguste de son auréole , il lui a disputé jusqu'à ses souffrances et ses ignominies. Il ferait volontiers de sa croix une figure, et de son agonie un mythe. Celte sublime douleur lui rappelle le serpent d'airain 1 11 nes'aperçoit pas que, pour bannir le Christ del'univers, il faudrait faire disparaître du sol touies les merveilles qui le couvrent aujourd'hui; et si l'histoire de l'Evangile pouvait disparaître de nos mains, nous retrouverions le Christ vivant par la trace des miracles que sa parole a fait éclore. O Rousseau 1 vous qui trouviez le Fils de Marie si sublime et si grand, qu'eussiez-vous dit d'un tel blasphème? Qu'eussiez-vous donc pensé du génie d'un tel homme qui veut faire croire qu'on a inventé Jésus-Christ?
Une question se présente ici naturellement : si la vie du Christ a été si humble et si modeste, si ce n'est pas sa parole et son sang qui ont fait le miracle de la société renouvelée, d'où venons-nous donc et où allons-nous? Sommes-nous encore dans le passé ou sur la roule de l'avenir? Qui nous a donc donné celte foi qui fait notre vie et toule notre espérance? Il n'est pas de ciron ici-bas qui n'ait sa cause, et le Christianisme seul n'en aurait donc pas une? Nous faudrat-il, comme M. Salvador, recourir à l'adresse de saint Paul ou à la philosophie platonicienne de saint Jean?
Le docteur Strauss trouve devant lui une difficulté dont il faut tenir compte. Avec une modération qu'il affecte perpétuellement et qui dédaigne les hypothèses vollairiennes, il veut bien laisser aux apôtres leur vieille réputation de droiture et de sincérité. 11 est d'ailleurs peu commode de transformer en politiques ces naïfs témoins qui se sont fait égorger, comme dit Pascal. 11 n'y a donc eu dans les origines du Christianisme ni politique, ni fraude; tout n'a été qu'un simple malentendu. « Il est très-naiurel de penser que les apparitions du Christ, telles qu'elles s'étaient présentées réellement aux femmes cl aux apôtres, avaient le cachet visionnaire de celles qui apparurent à Paul sur le chemin de Damas. Une fois reçues dans la Ira- . (lilion, elles y prirent une consistance de plus eu plus forle par les efforts des apologistes pour écarler tous les doutes sur leur réalité; et ainsi, de muettes, elles devinrent parlante) Tboluck, p. 23 et 24
tes, de spirituelles , matéi >ielles, et de visibles, palpables » (Strauss). C'est aussi dans la foule des disciples visionnaires que se forma celte multitude de récils légendaires et d'actions merveilleuses dont on embellit la vie si prosaïque du sage de Nazareth. Tout ce travail était déjà fait dans la société chrétienne primitive quand furent rédigés les Evangiles par des mains inconnues.
L'Evangile n'est donc pas des apôtres, témoins des événements, ni de disciples des apôtres, qui les eussent pu connaître d'une source véritablement digne de loi. Rédigés à la fin du 1" siècle, les trois premiers Evangiles sont l'écho de la tradition populaire de la communauté chrétienne. Le k' Evangile, composé au milieu des disciples de l'apôtre Jean, contient seulement, dan* ce qui lui est propre, les fictions d'un écrivain inconnu. Voici comment le docteur Tholuck résume, avec exactitude et précision, la manière dont Strauss comprend la formation de la multitude des histoires fabuleuses contenues maintenant dans nos quatre Evangiles : « La communauté chrétienne, animée par l'esprit de son maître, qui avait quitté la terre, lui appliqua involontairement tout ce que l'Ancien Testament raconte des grands hoinmesdel'antique Alliance, et ce qui, d'après l'opinion des fidèles, aurait dû arriver au Messie. C'est ainsi que s'est formée toule la masse des récils miraculeux qui n'ont aucun fondement historique. Les choses mêmes qui, n'ayant rien de merveilleux en elle», renferment seulement un sens el une intention profonds, ont souvent une pareille origine, et ont été placées autour de la simple histoire de Jésus comme une enveloppe significative (1). »
Il est clair qu'une pareille théorie ne peut se concilier avec l'authenticité de l'Evangile ; aussi, c'est là un des points de départ du système que nous essayons de faire connaîtreici. C'est sur celle question capitale que se trahissent toute la faiblesseet le défautd'originalité du livre du docteur Strauss. L'authenticité de nos quatre Evangiles étant un des faits historiques les plus clairs et les mieux constatés, ce serait sur ce terrain que devrait se porter tout l'effort du combat. En ouvrant le livre du docteur Strauss, on est étrangement frappé de le voir consacrer à peine quelques pages à ce cœur même de toule la discussion, pour s'épanouir de la manière la plus fastidieuse et la plus accablante sur les questions les plus insignifiantes el les plus vaines. Quels sont donc les arguments nouveaux par lesquels notre auteur espère en finir avec l'autorité des Evangiles ? La première preuve de son système, c'est que les Evangiles sont pleins de récils merveilleux, c'est-à-dire impossibles. Il ne dissimule pas qu'en étudiant l'Evangile, la philosophie l'avait depuis longtemps débarrassé de toute présupposition chrétienne el dogmatique.
Cela veut dire en français que, depuis (/ne Hegel a trouvé la loi véritable qui régit /'«-
DKMONSTKATION KYANGtLIQlt. I. ABHfc CflASSAY.
nivers, il est dorénavant défendu à Dieu de s'en mêler jamais. C'c9t la gloire de la métaphysique allemande d'avoir posé une borne formidable aux envahissements perpétuels du Créateur des momies 1 D'ailleurs, supposé que Dieu put foire des miracles, ce que le philosophe de Herlin démontre élre complètement impossible, il ne les tarait certainement pas faits grotesques, comme ceux qu'on lit dans l'Evangile. On pcul juger par celte objection, de la portée poétique et sentimentale du célèbre théologien allemand. Les merveilles de la naissance de Jésus, l'aveugle-né, la guérison de la Chananéenne, la résurrection du filsdela veuve et de Lazare: voilà ce qu'il appelle des histoires grotesques ! — La seconde difficulté nVl pis plus alarmante. Il rassemble, il entasse, il développe, il aggrave toutes les variantes qui se trouvent dans les récits de nos quatre Evangiles , pour en conclure qu'ils ne sont qu'une collection de mythes. Un judicieux écrivain, M.Eugène Mussard,a prouvé que le récit de la mort de Charles le Téméraire devant Nancy, fait qui n'est certainement pas mythique, renfermait de nombreuses contradictions dans les différents historiens qui nous l'ont racontée (t). Nous prouverons bientôt, en appliquant cette méthode, que la vie de Luther et de Napoléon sont aussi des mythes du 16' et du 19* siècle. Cette difficulté des contradictions apparentes de l'Evangile n'est pas nouvelle ; Porphyre l'avait déjà opposée aux Pères des premiers siècles, qui l'avaient savamment combattue (2). Chubb. Morgan et l'autour des" fragments de Wolfenbultel avaient, au dernier siècle, renouvelé toutes ces objections. Malgré son peu de nouveauté, c'est cette partie du livre de Strauss qui a fait principalement la fortune de l'ouvrage en Allemagne. Nous en pouvons juger par le récit d'un homme qui connaît mieux que nous l'état de son pays : « Si l'impression produite par ce livre a été grande chez nos théologiens, elle l'a été bien plus encore chez les laïques. Comme ils ne lisent le Nouveau Testament que pour leur édification, les discordances qu'ils ont pu y rencontrer leur ont échappé entièrement, ou, tout au plus ont excité chez eux un élonnement passager. Toutes ces discordances se présentent à eux, pour la première fois, enregistrées dans ce livre. Et si c'était un simple catalogue, le mal ne serait que peu de chose ; mais celui qui tient ce registre a été en même temps maître des comptes !....
« D'un autre côté, il ne vient point à l'esprit des laïques que ces difficultés sont connues depuis des siècles par des myriades de théologiens, que les uns ont résolu ces difficultés sans porter atteinte au texte ou à la raison, que les autres n'ont pas été étonnés, le moins du monde, de trouver dans l'histoire comme dans les dogmes du christianisme, des choses embarrassantes; enlin, que
il) Eugène Mus»anl, Ejximen du iwtèsM mt/tlnque. 2) Voyez Tholuck, p. Il, 25, 26 ,"27 et 28.
les uns et les autres ont vécu et sont morts heureux dans cette doctrine. Ils ne voient donc que le ton affirmatif de la crili |ue, et son assurance les étourdit. Aussi, la masse des données offertes par l'ouvrage de Strauss (données sur lesquelles un théologien instruit peut seul porter un juste jugement), et les conclusions destructives propo-ées aux laïques avec des données si nouvelles pour eux, rendent-elles très- langcreuse la propagation générale de cet ouvrage (3).»
Le savant théologien ajoute des réflexions qui peignent d'une manière naïve la profonde inquiétude qui tourmente, dans les sociétés protestantes, les cœurs restés chrétiens, à la vue d'une audace que nulle puissance humaine ne saurait plus contenir: «La communication aux laïques de toute hypothèse théologique n'est point légitime à nos yeux. Nous ne demandons pas du reste qu'on mette plus de réserve à cet égard qu'il n'est poss'ble. Une hypothè-e théologique a-t-elle passé, chez la généralité des théologiens, à l'état de conviction ; elle ne peut plus alors rester cachée à la communauté; mais M serait criminel à chaque idée arbitraire qui s'élève dans l'esprit d'un savant, d'appeler la foi des fidèles à un combat pour lequel les armes leur manquent. Ce serait un attentat contre ce que le peuple a de plus intime et de plus saint, de venir toujours remettre en doute les principes de la vie morale et religieuse, et d'en miner ainsi les fondemenis. On perd trop en ébranlant les bases de la foi générale I Quand l'usage d'écrire en latin ne serait plus bon à autre chose, il devrait au moins servir à dérober aux masses des ouvrages qui minent la foi des laïques destitués des connaissances nécessaires pour leur juste appréciation Il
serait aussi nécessaire de joindre à l'emploi de la langue savante, la défense de reproduire dans les journaux populaires la substance d'un pareil ouvrage, cl d'y soulever, à son occasion, des discussions qui arrivent jusqu'aux tavernes de village, comme cela a eu lieu pour le livre de Strauss (&). »
L'éditeur français n'a-l-il pas raison d'ajouter : «Si insulfisantes que soient les mesures proposées par M. Tholuck, il est clair qu'elles ne peuvent se concilier avec le principe fondamental du protestantisme. Car l'essence de ce principe n'esl-elle pas d'apneler sans cesse chaque raison individuelle à réviser par elle-même toutes les parties du symbole chrétien? »
Nous n'avons jusqu'ici montré que le côté historique du système de Strauss ; il nous reste maintenant à le considérer au point de vue dogmatique ; car, par une de ces excentricités bizarres qui sont particulières à l'esprit allemand, le disciple de Hegel prétend conserver un dogme véritablement chrétien. Il va sans dire qu'un pareil dogme n'est d'un bout à l'autre qu'un rêve panlbéislique. Li communauté chrétienne ne s'est pour ainsi
(3) Tholuck, p.
(4) Tholuck, p.
55 et ôt\
56 cl 37.
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LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
dire trompée qu'en appliquant ses idées dogmatiques à un sujet particulier el isolé, tandis qu'elles ne sont vraies que de l'espèce, que de l'humanité tout entière, le véritable Dieu fait homme. Nous allons citer les expressions mêmes du docteur Strauss, a lin qu'on ne nous accuse pas de faire des caricatures : « Le sujet des attributs que l'Eglise donne au Christ est, au lieu d'un individu, une idée, mais une idée réelle, et non une idée sans réalité, à la façon de Kant. Placées dans un individu, dans un Dieu-homme, les propriétés el les fonctions que l'Eglise attribue au Christ se contredisent ; dans l'idée de l'espèce, elles concordent. L'humanilé est la réunion des deux natures, le Dieu fait homme, l'infini descendu à la condition finie, et l'esprit fini qui se souvient de son infinité. Elle est l'enfant de la mère visible et du père invisible ; de l'esprit et de la nature ; elle est le thaumalurge, car dans le cours de l'histoire humaine, l'esprit maîtrise de plus on plus complètement la nature , au dedans comme au dehors de l'homme, et celle-ci, en face de lui, descend au rô e de matière inerte sur laquelle s'exerce son activité. L'humanité est l'impeccable ; car la n arche de son développement est irréprochable ; la souillure ne s'attache jamais qu'à l'individu, elle n'atteint pas l'espèce el son histoire. L'humanité est celui qui meurt, ressuscite el monte au ciel ; car, pour elle, du rejet de sa naluralité procède une vie spirituelle de plus en plus haute, etc., etc.. La liaison apparente de ce fond à la personnalité d'un individu ne tient qu'aux raisons subjectives suivantes, savoir: 1° Que tel individu, par sa personnalité et ses destinées, fut l'occasion d'élever ce fond jusqu'à la conscience Universelle; 2° l'intelligence du monde ancien el du peuple dans tous les lemps n'est capable de concevoir l'humanité que sous la forme concrète d'un individu, elc, etc.. De même que le Dieu de Platon forma le monde en contemplant ses idées, ainsi la société chrétienne, en traçant l'image de son Christ à l'occasion de la personnalité de Jésus, a eu en vue, à son insu, l'idée de l'humanité dans son rapport avec la divinité. » (Strauss. t. 1^.)
Tel est l'ensemble de l'ouvrage deStrauss ; il nous reste maintenant à peser sa valeur historique. « La barque qui va et vient sur le Rhin, dit M. Edgar Quinet, nous a apporté de la contrée des songes assez d'ombres sans corps auxquelles nous avons accordé le droil de cité. Avant de les suivre dans leurs vides royaumes, il doit nous être permis aujourd'hui d'examiner ces hôles. » (Allem. et Italie, t. II, p. 142.)
Nous nous proposons donc d'étudier et de faire connaître avec quelque étendue un certain nomltre des écrits publiés en Allemagne contre la Vie de Jésus. Nous nous servirons souvent de l'ouvrage allemand de M. Zeller, publié à Zurich, en 1817, et qui n'a jamais été Iraduilen français. Tout en utilisant les
(1^ Les Allemands le» appellent rationatiites, qualification vague et mal dennie.
renseignements curieux fournis par ce savant, nous jugerons presque toujours les faits et les doctrines d'une matière tout à fait différente de la sienne. Les voix de l'église allemande sont en effet une publication complètement protestante et que nous avons dû consulter avec une réserve extrême.