LE DOCTEUR PAL'LDS
Noos avons déjà eu l'occasion de parler du docteur Paulus; on peut le considérer comme le chef actuel de l'école naturaliste en Allemagne. S'il faut en croire Ml Eu L'eue Mussaid , ce théologien prole-lant a dépensé beaucoup d'érudition au servicod'un système qui a occupé, loule sa sie, son activité intellectuelle. On doit regretter, a\ec tel écrivain, de voir employer pour une si mauvaise cause des talents qu'on eût pu faire servir aux intérêts de l'Eglise et de l'humanité.
Le docteur Paulus naquit à Léomberg in 1710. 11 culiva de bonne heure et avec succès loules sortes de sciences. Ses étude* lui firent croire à la possibilité d'une conciliation entre les exigences du rationalisme et la foi de l'Eglise luthérienne. Une fois l'e«nrit frappé de cette pensée, il ne lui lut pis dif.icile de trouver un moyen dans la largeur élastique de la thé dogic protestante. Il commença par supposer que la tâche messianique de Jésus s'était bornée à prêcher le théisme à I univers. L'individualité du Siuveurélait forte et puissante : il agit puissantment sur l'imagination de ses contemporains. Sa vie douce et pieuse, sa mer» illeuse parole, l'héroïsme de sa mort, produisirent dans l'âme de ses disciples un enthousiasme irrésistible : et de l'enthousiasme à l'adoration la transition est facile à comprendre. Ce fut sous cette impression que les rédacteurs de l'Evangile composèrent leurs écrits. Donc il est impossible de contester l'an',; entieile de la basa historique; H lia il est ridicu e, au point de vue de la science au \ix* siècle, de prendre dans leur rigueur littérale les métaphores outrées de la poéafà
orien'alc, les expierions de l'exaltation, les opi lions personnelles des auteurs du Nouveau Testament. On ne peut nier dans l'Evangile l'existence de beaucoup de renseignement- historique^, niais ce serait se Immper gio sicrement que d'en adorer la lettre avec servilité. Tel c»! le fond d'un livre t;ni,
(î) Yoyei Moore, Voyage d'un gruiith., ci le docteur Pusey, ffîll. du ration, ollemand.
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES £,N ALLEMAGNE
pendanl longues années, fut un manuel populaire dans les universités protestantes. Ce livre ce sont les Commentaires du docteur Paulus sur le Nouveau Testament.
Le théologien de Heidelberg, si fortement attaqué par Strauss, s'est posé, dans une revue (20 juillet 1835), comme adversaire de la Vie de Jésus, quoique d'une manière peu tranchée. 1) après son point de vue bien connu, le docteur Paulus distingue dans les documents évangéliques, comme dans toute histoire, le fait, c'est-à-dire ce qui tombe sous les sens, soit comme action, soit comme sentence; ensuite le jugement, c'est-à-dire la relation du rapporteur immédiat, dans laquelle entre déjà involontairement l'appréciation qu'il a portée sur ce fait; et enfin la légende, c'est-à-dire le perfectionnement du récit par la tradition. 11 prétend que, d'après le procédé naturaliste, la recherche historique envisage sous cette triple face tout ce qui nous est transmis de l'histoire évangélique. G)n sait que cet écrivain a employé toute sa vie à approfondir la seconde de ces faces, c'est-à-dire ie jugement formulé par les narrateurs immédiats. A ses yeux, il y a également vue bornée, soit à admettre, comme la doctrine supernaturaliste, une exactitude et une fidélité entière dans la relation du fait, soit à prendre, avec Strauss, les récits évangéliques dans un sens purement mythique. Il se prononce à plusieurs reprises contre une pareille formation. Elle est, dit-il, ce qu il y a de plus impossible à croire. Il ajoute qu'il est bien plus facile d'enlever toute créance à des documents différents, écrits par différents autours, mais qui peuvent tous contenir la vérité, en faisant, comme Strauss, ressortir leur désaccord apparent, que de les accorder entre eux. Il expose très-bien les principes et la méthode de Strauss; il rend ensuite si façon de traiter les sujets sensible par quelquesuns de ses résultats. Quelquefois, dans ce travail du professeur rationaliste, on rencontre de bonnes observations sur le mode de conception purement mythique, dont les côtés faibles sont signalés, la plupart du temps, d'une manière frappante. Le traite de Strauss ne paraît à Paulus conséquent qu'en un seul point : dès que l'intelligence d'une relation offre quelques diflit ultcs , Strauss déclare aussitôt qu'elle ne renferme absolument rien de vrai en tant que fait, mais qu'elle est intégralement et uniquement mythique. Le critique trouve dans le raisonnement de Strauss, et dans sa manière de l'exprimer, souvent des jeux d'esprit et des tours de force. H se félicite néanmoins de l'indépendance de l'auteur et de la liberté de ses recherches, et termine en exprimant le vœu que, doué de connaissances et de talents aussi éminenls, il veuille bien nous faire P rt encore de ce que l'on peut dire de plus fort on faveur dq l'opinion qui lui est devenue si chère. Quoique superficielle, cette cri-
(l) Voyez. Staudlin, Histoire du rationalisme et du tunarnmuralhme, pag. 311 , et Arnaud Saintes, pajz.
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tique du docteur Paulus est remarquable sous plus d'un rapport, surtout parce qu'elle révèle l'extrême audace des opinions théologiques dans les pays protestants.