PLUS MENAÇANT OU ON AIT ÉCRIT DEPUIS VOLTAIRE
(Livraison d'octobre 184/.) — On devra maintenant comprendre pourquoi nous combattons si longuement le professeur de Tubingue.
'NMI.\iim\ l.\ AM.ELlUli:. L'AUBE CHASSAI
miracles de JituirChriit , attaqua la résurrection du Sauveur arec une certaine habileté. Mais les cfTorls du rationalisme n'amenèrent (l'autre résultat qu'un triomphe éclatant pour la vérité de l'histoire évangélique.
Thomas Sherlock (1), Dition (2), C West (•'{), S. Chandler (k) , réduisirent en poussière toutes les subtilités des libres penseurs de l'Angleterre. L'ouvrage de (î. West surtout a conservé toute sa valeur, parce qu'il renverse à l'avance et comme par prévision l'argument principal des mytbologm fondé sur les contradictions apparentes que contient l'histoire de la résurrection.
En Allemagne, l'auteur des Fragmenté fa Wolfenbuttel (5) suivit , contre la résurrection, la tactique des incrédules anglais. Il posa devant le monde savant dix questions qu'il déclarait insolubles. Mais l'école naturaliste, qui tenait à conserver jusqu'à un certain point l'enveloppe historique de l'Evangile, ne pouvait évidemment adopter une pareille méthode, qui blessait trop fortement les convictions chrétiennes de la foule. On supposa donc que le Christ attaché à la croix, n'était pas mort, que le coup de lance du soldat n'avait fait qu'cfdeurer sa peau , et qu'il était revenu à lui dans la chambre sépulcrale où l'avaient déposé ses disciples. C'est là le svstèmesuivi par ledocleur Paulus.
Triste destinée que celle des h) pot uses aventureuses 1 L'école mythique devait un jour discréditer par d'ironiques dédains ce système qu'on avait défendu par tant d'efforts d'érudition. Dès le temps même de sa plus grande popularité, il avait déjà suhi de vigoureuses attaques de la part de quelques savants qui avaient étudié profondément la physiologie de la passion du Sauveur. Richter avait fait remarquer que la pression sur l'artère principale avait dû produire une congestion dans le ventricule droit du cœur, plus intolérable qu'aucuue douleur et que la mort elle-même (G). Puis il ajoute : » Les veines et les artères pulmonaires et les autres autour du cœur et de la poitrine, par l'abondance du sang qui y affluait et s'y accumulait, doivent avoir ajouté de terribles souffrances corporelles à l'angoisse de l'esprit produite par l'accablant fardeau de nos péchés. « Charles Gruner fait encore observer que si les deux larrons étaient morts dès le vendredi, eux qui n'avaient pas subi avant le crucifiement les mêmes tortures et les mêmes angoisses, il est impossible que le Christ n'eût pas rendu le dernier soupir quand ses disciples vinrent le détacher de la
(1) Les témoins de la résurrection jugé» d'après 1rs refiles du barreau, dans les Démonstrations cran. que s de M. Migne, lom. Ml. |>. 1 in.
(y2) La relation chrétienne prouvée par la résurrection. Ibid., i. Vllf, p. 294.
(3) Observations sur la résurrection. Ibid., t. \, p.
(!) Preuves de la résvrrrction.
(5) Reimarns, de Hambon j; (Test :» icrt qu'on les dit de Leasing.
(6) Ge'org. Kiclit* ri Dissertationcs quatuor mcdntr.
croix (T. Il allirme qu < n COOSIQê/aol l"Ul l'enseml le du récil évangélique, le coup de lance que le soldai romain don;
Christ était seul capable <le lui donner la mort. Son père, Chn-ii.ui (initier, a prou que quand même le 1er n'aurait fait qu'une h :c saignée, elle eûl été mortelle dans la syncope (8j. Nous ajouterons, en terminant, ('observation d'Escbenbacb : ç'eil qu'on ne ! Inellre une syncope qui durât ai.
longtemps que les naturaliste i revient bien , >l .us l'intérêt de leurs> iième L'OBVrage de Gelpke, dont nous rendons
compte, - a i esse à d'autres adv< rsaires. Il a pour litre : Opinion de Strqtu* sur la rie de Jésus ; ce qu'elle a d'il , \ rapport
à la cireonst net capilaU de celte rie, par Cl. (ielplie, pasl ur évangélique à WeroMdorl et llubertsboui g ( (iriinma , 1836). I. uteur prétend faire \oir dans cet mil tout ce que l'opinion de Str.iuss sur la résurrection a de contradictoire el d'inadmissible.
Il serait véritablement à désirer que, \isà-v:s des attaques incessantes de l'exégèse rationaliste contre l'histoire de l'Evangile, d'habiles théologiens prissent à part les points 1 s plus saillants de cette histoire , afin de démontrer pleinement la futilité des obj clions qu'on leur oppose (10). Gelpke , qui a été précisément dirigé par cet e pensée, fait très - bien ressortir toute l'importance du dogme de la résurrection, qu'ii montre, avec raison, comme un point central dans toute l'histoire évangélique. Il fait bien sentir que Strauss se sépare profondément de I'h\pothèse naturaliste, qu'il admet, comme Celse, Julien, Spinosa, Woolstoii, Ldelmann et les encyclopédistes français, la réalité de la mort du Fils de 1 homme.
Ce qu'il nie, c'est la résurrection, et il la nie parce qu'elle est impossible. En sorte que toutes les apparitions prétendues de Hîas n'ont existé que dans l'imagination hallucinée de ses premiers disciples. Strauss, in. donne la main à MM. Calmeilet Maury ,11). On voit que la fameuse théorie de {'hallucination commence à s'introduire dans l'exégèse, ltève pour rêve, celui-là a peut-être autant d'avenir que tous ceux qui l'ont précédé (12). Les apôtre* ne pouvaient se figurer que le glorieux martyr de la vente el de la vertu fût resté dans la poussière du tombeau. Pénétrée de celte conviction profonde, l'âme enthousiaste de ces pécheurs galileens leur présentait sans cesse l.i vivante imago de leur mailre ressuscite d'entre les morts. La tradition de ces visions bi/ aires se repandit dans la première communauté chre-
(7) C.ar.-Frid. (iruneri (ommentaiio antiimariatiedieu de Jcsu (.hnsti morte vera non sinuilala. 18llj>. Vùuiiciaf morfii lent Christi tere.
Scripla medUo~bib"ca. ITî in \ .u* avons le projet de le-s.nerd.iii> une Vit du (.iiritiAu pontée vue te 1 1 setenoa.
(Il) Veyea U- -;i\ .mi MTrasje ihidoçtoat Briere Je Boismo t, sur les '' UbteimatHm».
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tienne; elle s'embellit, avec ie temps, de circonstances poétiques qui lui donnèrent sa forme définitive. L'Ancien Testament fournit le fond de ces ornements légendaires.
Telle est la supposition de Strauss, réduite à ses éléments essentiels. On voit comme elle se sépare profondément de l'hypothèse encyclopédiste, qui supposait la fraude dans les disciples bien-aimés du Sauveur, et du système naturalisa, qui n'admet pas la réalité de la mort de Jésus Christ. Gelpke combat la supposition des mythologues avec une grande vigueur de logique et de bon sens. 11 s'établit avec assurance sur le terrain des faits, et il oppose victorieusement à ses adversaires toutes les impossibilités historiques que leur système entraîne. Les preuve* qu'il développe sont tirées de l'exégèse, de la psychologie et de l'histoire.
Raisons exégétiaues. — Quand Paul , dit Strauss , parle de la résurrection de Jésus , il suppose que ses apparitions étaient du même genre que celles qu'il avait vues sur la route de Damas (/ Cor. xv). Or, Ammon et Eichhornont, selon lui, constaté que c'était une pure vision (1). On reconnaît là la tactique de Strauss. Esl-ce qu'il oublie les preuves invincibles par lesquelles Grotius, Bergier, Lytllelon , Wettstein , Hess , Niémeyer, Néander, Sepp , Coquerel , Mussard, etc., ont démontré la réalité du mirai le qui convertit l'apôtre des naiions (2j? Gelpke montre ensuite, par le langage habituel de la Bible, par la liaison de ce passage (/ Cor. xv, 45) avec ce qui précède, par le but de l'apôtre lorsqu'il parle de la résurrection de Jésus et de ses apparitions, par l'importance que. saint Paul attache à ce fait, comme preuve de la mission divine de Jésus, par d'autres textes des Evangiles , tels que 9aint Luc (xxiv , 34, 36) , saint Matthieu |.\iy , 26) , par la règle admise universellement que l'Ecriture doit s'expliquer à l'aide de 1 Ecriture ; par tous ces molils, dis-je, l'auteur prouve d'une manière concluante que dans ce passage de VEpître aux Corinthiens il s'agit d'une résurrection véritable, et que, par conséquent, l'hypothèse de Strauss est insoutenable au point de vue de V exégèse.
Raisons psychologiques. — Strauss reconnaît lui-même que l'expérience des faits psychologiques présente contre son système plusieurs difficultés. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que, non content d'opposer à ces difficultés des objections misérables, il passe prudemment sous silence les plus fortes qu'on pourrait lui faire. Cette réserve est tout à l'ait caractéristique. Le rationalisme éprouvera toujours un immense embarras dans toute l'histoire du christianisme, lui qui pourtant prétend tout expliquer. Nous
(1) On peut consulter, sur ce point, le savant ouvrage de. Lyitleion : La religion prouvée par la conversion de saint Paul, un de ces livres que l'exégèse allemande ferait bien d'étudier avant de parler des origines du chritlMOisme. Il se trouve dans les Démomt. évan<j. de M. Migne, t. IX, p. 644.
1 1 .Vu-* avons nous-méroe établi la certitude de ce miracle dans Le Christ et ["Evangile, l'Allemagne, II,
ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
avons, en effet, le droit de demander aux mythologues ce qu'ils peuvent répondre à ces observations de sens commun que nous leur proposons.
Le Christ ressuscité est apparu, au même moment , à plusieurs personnes et dans divers lieux; comment supposer qu'une illusion aussi étrange, plus rapide que la foudre , ait pu saisir au même moment des personnes dont les dispositions et le caractère devaient être complètement différents?
Les paroles que les évangélistes prêtent au Christ, dans ces circonstances, n'ontelles pas un cachet d'élévation, de convenance et de noblesse, que l'imagination fantasque des compilateurs de mythes ne rencontre jamais?
L'impression produite par la résurrection ne change-t-elle pas tout à coup les disciples de Jésus? Us étaient faibles et découragés, ils se relèvent tout d'un coup invincibles comme des lions. Comment expliquer une révolution morale si inattendue, arrivée en même temps dans l'esprit de tous les apôtres?
Comment expliquer encore la conduite prudente et réservée que tiennent, vis-à-vis de ses disciples, les ennemis du Sauveur?
Raisons historiques. — S'il fallait contester le témoignage si ferme, si constant, si unanime de la première communauté chrétienne sur la résurrection de son fondateur, on serait obligé de révoquer en doute les faits les plus certains de toute l'histoire profane. Un homme disait à Isaac Vossius : « J'ai au bout de ma plume un livre dans lequel je démontrerai, par des raisons invincibles, qu'il n'y a pas un seul fait raconté dans les Commentaires de César, dont on ne puisse démontrer la fausseté.» Strauss a tenté, pour l'Evangile, de réaliser ce rêve d'un savant du xvir siècle. Aussi Gelpke a-t-il raison de dire qu'il a admis, pour le Nouveau Testament,lesétranges principes que le P. Hardouin avait essayé d'appliquer aux écrivains classiques. Notre auteur fait valoir, contre la théorie de son téméraire adversaire, toute la force, toute l'importance du témoignage des apôtres. Cet argumenta été très-bien développé chez nous par Berg\er, par Duvoisin et par le cardinal de La Luzerne (3). Les apologistes français excellent à mettre en lumière ces raisons qu'on lire d'une connaissance pratique et positive du caractère des hommes. La véracité des apôtres est d'ailleurs prouvée par une institution qui s'est conservée jusqu'à nos jours dans toutes les communions chrétiennes. On voit, en effet, que le dimanche était déjà célébré dans les temps apostoliques, comme le prouvent plusieurs passages du Nouveau Testament (Actes, xx, 7; / Cor., xvi, 2 ; Apoc. i, 10;. Les
Témoignage de saint Paul.
(3) Le premier, dans son Traité de la vraie religion cl son Dictionnaire de théologie; le second, dans la Démonstration évangélique insérée dans les Déni, évang. de M. Migne, Uim. XIII, p. 702; et le troisième, dans les Dissertations sur la vérité de la religion. — NoBJ avons essayé atuaido le faire valoir dan.-, Le Christ et l'Iùangile, l'Allemagne, II.
ni.MONSTltATION EYANt.U.lQU L kBBE CHASSAT.
plus ancien* Pères, entre autres saint Justin, martyr, parlent aussi de la haute antiquité de cet usage dans l'Eglise primilife.
Gel|.ke se propose ensuite celte question : Pourquoi Jésus-Christ ne s'est-il montré qu'à ses disciples en sortant de la tombe? 1-e problème nom paraît véritablement insigniliant. Au reste, si l'on était curieux de trouver à celte di Bcultéune solution complète et solide, il fandratleonenlterl'ouvragede Ditton bien plutôt que celui de Gclpkc.
L'ouvrage esl terminé par une discussion métaphysique sur la nature des miracles. Gomme nous nous proposons de rester tout à fait surle terrain des fails, nous ne suivrons pas l'auteur dans le système qu'il expose sur la vraie no! ion de l'ordre surnaturel.
Il serait à désirer qu'un théologien habile, en approfondissant toutes les souries que nous avons signalées, fit un travail étendu sur l'histoire de la résurrection. Il faudrait que, résumant tout à la fois les travaux de Sherlock, de La Luzerne, de Kichler, de Duvoisin, des deux Gruner, de Chandler, de Gelpke.de Ditton, deG. Weslt, de Néander et de Sepp, il renversât en même temps, en les brisant les unes contre les autres, les hypothèses contradictoires des encyclopédistes, des mythologues et des naturalistes. La science théologique de notre temps voit s'ouvrir devant elle un immense horizon. 11 ne s'agit plus pour elle d'agiter longtemps encore les problèmes spéculatifs, qui absorbèrent les écoles du moyen âge. Puisque le rationalisme contemporain vent bien enGn revenir sur le terrain des fails, nous allons nous retrouver par là sur notre champ de bataille. Si c'est l'histoire qui doit décider entre le rationalisme et nous, nous devons à l'avance compter sur la victoire. Quant à nous, nous remercions le ciel denous avoirfatt vivre dans un temps où nous pouvons, selon la mesure de nos faibles forces, défendre Jésus-Christ contre le monde. Nous laissons à d'autres l'envie des doux repos el des tranquilles loisirs. Pour ceux qui veulent adorer le Christ en espril et en vérité, il n'y a d'autre repos que le combat, et d'autre calme que celui de l'éternité.