LE DOCTEUR SACK
L'ouvrage du docteur Sack va nous forcer nécessaire ment d'aborder une des questions les plus considérables de la controverse moderne : je veux parler des rapports qui lient entre elles la révélation primitive, la révélation mosaïque et la révélation chrétienne.
Dès 1829 le savant écrivain dont il s'agit publia une Apologétique chrétienne. Dans ce livre remarquable sous certains rapports (1), il s'attachait avec ardeur à défendre l'Ancien Testament contre les dédains affectés de l'exégèse rationaliste. Il faisait sentir encore combien il était important de defcii-
(I) L'Apologétique An docteur Sark n'aurait pas en Franc» le succès qu'elle i eu eo Allemagne. C'est un livre très peu intelligible dana plusieurs endroits. La défense des prophéties qu'un y trouve,
Ml
dre des livres qui renfermaient toutes les promesses et toutes les prophéties du Christ iutur. Cette manière d envisager les choses, si profonde el si vraie, reparut encore dans
l'ouvrage quia pour litre: La Vie de Jésus Ira, Ire nu point de vue de la critique du docteur StraïUi, par [<■ docteur Sack, profesteur de théologie à lionn (18.'1G .
L'auteur pense comme nous qu'il serait très-utile d'examiner successivement lef principales difficultés renouvelées par le professeur de Tubingue. Pour lui, tout en te connaissant l'utilité d'une pareille méthode de discussion, il déclare qu'il veut surtoul combattre le point de départ de son adver« saire, el il affirme qu'il n'est ni philosophique, ni théologique , ni historique.
Pour demeurer fidèle à la promesse que nous avons faite de rester autant que possible sur le terrain des fails, nous allons nous attacher principalement à ce côté de sa démonstration. Or le christianisme esl loin d'être un fait isolé dans l'histoire. Il est la conséquence naturelle el rigoureuse de toutes les espérances d'Israël et de ses luttes éternelles contre l'ancien paganisme. Pour renverser par la base tous les antécédents historiques du christianisme, afin de le réduire à n'être qu'un fait purement accidentel, Strauss devait donc considérer l'Ancien Testament comme une simple collection de légendes judaïques. Pour atteindre un pareil résultat, il suppose sans cesse l'autorité incontestable des travaux de de Wette et le Valer. Le docleur Sack fait remarquer qu'après des ouvrages comme ceux de Frédéric Kanke sur le Pentateuque (2i, de Keil sur les Paralipomènes, enfin d'après la marche des autres recherches sur les temps antiques, l'Ancien Testament reprendra certainement dans la science l'importance et l'autorité que des préventions enracinées, ou bien la légèreté la pins déplorable, pouvaient seules lui ravir.
Les rationalistes français, serviles imitateurs de l'exégèse allemande, ont déjà tenté de populariser chez nous les attaques protesianles contre l'Ancien Testament. Ils espéraient par là pouvoir s'avancer sourdement jusqu'au cœur même du christianisme.
Nous ne pouvons jamais nous lasser de signaler aux défenseurs de l'église les procédés perfi les de la tactique de nos adversaires contre les monuments sacrés de la révélation chrétienne. Pendant que nous nous endormons au milieu de ces attaques habilement renouvelées, le poison de l'exégèse allemande s'insinue perpétuellement dans les esprits français. Mais pour qu'on ne nous accuse pas d'exagérer l'importance du péril, laissons parler un des chefs les plus décidés du rationalisme contemporain.
« Depuis cinquante ans, dit M. Edgar
quoique iréa-coette, ■ île la célébrité.
(JJ .Nous en ivons donné une analyse dans le bulletin du CorrttponHwU.
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
Quinet, voilà l'Allemagne tout entière (1) occupée à un sérieux examen de l'authenticité ries livres saints du christianisme. Est-il vrai que le Penlateuque est l'œuvre, non de Moïse, mais de la tradition des Lévites ? que le livre de Job, la fin d'/soïc.ou, pour tout résumer, la plus grande partie de l'Ancien et du Nouveau Testament, sont apocryphes? Cela estil vrai ? Voilà la question qui est aujourd'hui flagrante, et dont vous ne parlez pas... Les défenseurs de la Foi, abandonnant le lieu du péril, imaginent de triompher subitement de quelques fantômes sans vie, en même temps qu'ils désertent le sanctuaire où l'ennemi fait irruption ; mais nous ne cesserons pas de les ramener au cercle brûlant que la science a tracé autour d'eux. C'est là qu'est le péril, non pas dans les doutes timides que se permet parfois l'Université de France. » (Revue des deux momies, 1842, p. 335.)
Développant ce reproche avec une complaisance haineuse, M. Quinet demande « où est la réfutation des recherches et des conclusions d'un Gésénius sur haie, d'unEwald sur les Psaumes, d'un Bohlen sur la Genèse, d'un de Wette sur le corps entier des Ecritures. Ce sont là, d'une part, des œuvres véritablement hostiles, puisqu'elles ne laissent rien subsister de l'autorité catholique, et de l'autre de savants auteurs, qui semblent parler sans nulle autre préoccupation que le désir de la vérité. Il ne suffit pas de les maudire, il faut les contredire avec une patience égale à celle dont ils ne se sont pas départis. L'ennemi ne se déguise pas, il ne recule pas; au contraire, il vous provoque depuis longtemps; il est debout, il parle officiellement dans les chaires et les universités du Nord ; et pour nous, simples laïques, que pouvons-nous faire, sinon de vous presser de répliquer enfin à tous ces savants hommes, qui ne vous attaquent pas sous un masque, qui vous harcèlent, ne vous provoquentpas en fuyant, mais qui, publiquement, prétendent vous ruiner à visage découvert... Entre vos adversaires, qui tranquillement chaque jour vous arrachent des mains une page des Écritures, et vous, qui gardez le silence ou parlez d'autre chose, que pouvez-vous demander de nous, sinon que nous consentions à suspendre notre jugement aussi longtemps que vous suspendrez votre réponse? Avant de songer à attaquer, songez donc à vous défendre 1 » [lbid., p. 336.)
M. Quinet veut nous faire peur. 11 nous croit probablement la simplicité naïve des théologiens universitaires de la Revue des
(i) Au lieu de toul entière, lisez rationaliste; c'est une illusion perpétuelle de l'incrédulité de ne voir qu'elle-même dans l'univers.
(2) Nous avons démontré dans le Christ et CEvanaile, par la conservation des miracles dans I Eglise, I intervention perpétuelle de la Providence dans l'histoire de l'humanité.
(3) Dans la Ravue des deux mondes, dans le Génie aes rebutons, 358-360, et même dans I l Itramonlanume. Dans ce dernier pamphlet, Tailleur fait à la Jeunesse .lu collège de France un magnifique éloge du docteur de VVetie. L'auteur renouvelle les mêmes
deux mondes. Il semblerait qu'en évoquant ainsi devant nous avec emphase tout ce qu'il est convenu dans un certain monde d'appeler V Allemagne savante, on nous fera descendre de nos chaires vaincus et le front incliné. On nous permettra de ne pas mettre bas les armes même avant la bataille. Quand même nos adversaires seraient aussi nombreux, aussi intelligents, aussi forts qu'on aime à nous les peindre, nous nous appuierions au mur d'airain de cette Eglise que le Christ a bâtie sur le roc, et nous tiendrions tête jusqu'au dernier soupir. Les géants de l'arianisme étaient plus fiers que les docteurs de l'exégèse allemande, et pourtant l'arianisme a été terrassé. Luther avait plus de génie que ses successeurs dans les chaires protestantes, el Luther n'a pas brisé l'Eglise. La Convention nationale avait un bras plus fort que celui de la jeune Allemagne, et elle n'a pas pu étouffer dans ses étreintes sanglantes l'épouse immaculée du Christ. Supposons que, par une découverte inouïe, vous puissiez déchirer, comme un livre usé par la science, toutes les pages merveilleuses de notre Rible, vous n'auriez pas pourtant terminé là votre œuvre. Il n'y a pas de ressources d'exégèse qui puissent escamoter l'histoire du monde ancien et moderne, et tout entière, à chaque ligne, elle porte en traits ineffaçables le doigt de Dieu qui s'y est imprimé'^) !
Cependant est-il vrai, comme M. Edgar Quinet l'insinue partout (3), que l'exégèse allemande aurait découvert dans les trésors de l'érudition moderne quelques faits incontestables devant lesquels nous autres chrétiens nous serions forcés d'abaisser enfin l'étendard humilié de la croix du Sauveur? Un homme dont la science est certainement aussi élevée que celle d'aucun autre professeur des écoles germaniques, s'est moqué avec une amère ironie d'une pareille prétention (4). Est-ce que nous sommes d'hier? Est-ce que nous sommes nés dans les ténèbres el dans la barbarie? A peine sortis du cénacle, nous nous sommes montré» à Alexandrie, à Antioche, à Corinthe, à Athènes, à Rome enfin, dans tous les centres intellectuels du monde païen. N'avonsnous pas dès notre origine étalé tous nos livres sacrés sous les regards sceptiques des philosophes du paganisme? Nous avons grandi pourtant dans la persécution, dans l'examen, dans la contradiction (5). Vous ignorez donc que les Celse, les Julien, les Porphyre, les Hiéroclès, ont secoué de leurs
difficultés dans te Génie des religions, dans lequel il parle avec un enthousiasme dithyrambique de l'exégèse rationaliste.
(4) Le docteur Tholtick. Voyez l'histoire qu'il fait des antécédents du système mythique, chap. ier de W réfutation de Strauss.
(5) Le docteur Kuhn dans son Introduction à la vie de Jésus, examinée an point de rue de la science, fait remarquer avec un grand bon sens que les premiers ennemis du christianisme étaient tout aussi subtils et tout aussi malveillants que ses adversaires contemporains.
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mains de sopliisles toutes les pages <)<■ nos deux li si .-iijii- t- ? Lst ce que \mii ne s;i\c/
pas iiic ne que 1rs Origène, les Cyrille d'Alex imli if, les 1 ii-i'l)r, les Augustin, uni bien
mi les défendra devant les savantes, écoles d'A tln-ncs ci d'Alexandrie? Ceot pdanl alors,
si |iK's îles c\ cticnifiiN. au milieu d'ennemis • mli' Is autant qu'intéresses, |a |£< b<- eût été périlleuse, si nos livres saints étaient aussi Vulnérable g que vous osez le dire I
Je veux même, pour un muni' ni, en oubliant lous les faits de l'histoire, supposer avec vous que les adversaires païens du christianisme n'ont pas soupçonné, les points attaquables de la Bible. J'accorde que les bases profondes de l'exégèse n.oderne aient été jetées pir le juif Spinosa (1). Le patriarche du panthéisme allemand n'a-l-il pas vu ses principes vigoureusement réfulés par les plus habiles exégètes du xvn' et du xmr siècle? Huet (2;, Jacquelot (3), Ablndie (V), Lardner (5), Valsecchi (G), Guénée (7), Lcland (8), Paie? (9), Hicrlock (10), BalUis (11), Bergi'er (12), Pompignan (13), Duvoisin (IV), (i. Wcstl(lo), La Luzerne (16), Bul et (17), Veilh (18), Pezron (19), Stattler (20;, Arnauld (21), Colonia (22), Walson (23;, Waterland (24), Fabricy (25)?
Cependant je prévois une objection de M. (Juinet. Quoiqu'il lui soit dilOcile de contester la science des écrivains que je viens de citer en si grand nombre, il ne manquera pas de me répondre toujours qu'il n'a confiance qu'en l'exégèse allemande. Il est clair pour moi que si l'on connaissait plus sérieusement les travaux d'herméneutique sacrée qu'ont produits dans les deux derniers siècles la France, l'Angleterre et l'Italie, on parlerait avec moins i'e chaleur et d'enlhousiasme de l'exégèse des écoles germaniques. Je n'ai pas voulu pourtant laisser échapper une occasion de montrer à nos
(1) M. (Juillet, Allemagne et Italie, II, 527, et M. Saissel, Introduction aux œuvres de Spinosa, élève jusqu'aux nues la science exégéliipie de 1 auteur du Traclatus theologicu-polilicus. Il sera l facile de démontrer pourtant que Spinosa n'a guère Inventé, sinon peut-être la cauteleuse hypocrisie des pasteors rationalistes protestants qui voudraient poignarJer le diriMi;Hiisme par ileuïère.
(2) Démonstration évangé tique dans les Dém. évang. de M. Migne, l. V, p. 1.
(â) Prophéties de l'Ancien Testament, dans ibid. t. VIL p. I.
i i i 7 raité de la religion chrétienne.
(.pi) Crédibilité de l'histoire de l'Evangile (eu anglais).
i<i) La religion vengée dans ses livres fondamentaux (on latin et en italien).
(7) Lettres de quelques Juifs à M. de Voltaire.
(8) Autorité des deu i Testuments (an anglais).
((J) Evidence du chriitianisme , irait. Levadc . dans les Dém. évang. de II. Migue, I. XIV, p. ti7(>. i I Horœ V.tulinœ.
(W) De l'usage de la prophétie, trad. Le Moine, dans idem, t. Vil, p. 440.
(1 1 1 Défense des prophétie*.
(12) Traité de ta vraie ratifia» , et Certitude de» preuves du chrUtianisme, le dernier dans M. Migne, i. M, p I.
ilôj L'incrédulité convaincue parles Prophét ra.
lUt I I \l;l;l i.,i\> \Y. G',8
adv ci maires que nous sommes - or i es qnestio!,s-!.i beaucoup moins ignoi anli < t bi
CQUP moins embarrassé- (|ii'ils n'aiment
fairi croire. Mais puisque M. Quinel abuse, à poire égard, de son érudition aile aw un dédain trop visible pour la science nationale, tout en ri s1 ml plus patriote que lui, nous voulons bien le sui\ re pour un moment dans 1 \terre c las tique de s fantôme» afin de juge, par nous-m ■me- et par nos propres veux, si nous n'j IrouvoBS pas encore des dél nseurs dopt on craindrait peutêtre avec, prudence de nous faire loupçooo r rexisteucc «t les. travaux.
Li s points les plus important! de l'histoire de la révélation sont contenus principalement dans le Pentateuqu , dans les PrçpJUfe* et dans le Nouveau Testajm
J'avouerais volontiers que le protestantisme rationaliste a depuis cinquante ans épuisé loule sa vie et toute son acliviic ,i saper, avec un incompréhensible aveuglement, ces trois bases de 1 1 révélation ebrélie ne. .Mais la queslion capitale, la question sérieuse, la queslion véritablement scientifique, c'est de savoir quel a été le résultat positif de celte h,.ine effrénée qui pousse fatalement ie protestantisme dans l'anime de l'incrédulité. Il ne suffit pas d'ipsuller an c plus ou moins d'au lace et d'effronterie la grande histoire de la révélation, pour la renverser d'un seul souille. Jusqu'à nos jours les livres saints ont subi des attaques plus sérieuses que nus adversaires ne l'imaginent. Les libres penseurs de l'Angleterre, si profondément oublies, élan ni au si subli s et aussi savants que les docieurs de la nouvelle exégèse (27). Et pourtant qu'esl-il rr ve ? Qui donc a fait taire leur parole? Est-ce 1>' despotisme ullramontain qui leur ferma la bouche el leur arracha l'epée des ma n ' El : m vcz-vous pas qu'ils ont été vaincus par la
(14) Autorité des livres de Moïse <f du Couteau Testa me ut.
(I5j Observations sur la résurrection , d.ui» les Dim. évang de M. Migue, t. \, pag. llllS.
(16) Dissertations sur la religion el sur les propliélies.
(17) Réponses crilqttes aux difficultés pr
les in.-r- du es su diver- endroits c.s livies ;;unls, 51' nlil. iu-12. I77.">.
(14) Suiptura sucra contra incredulos propuuuala, dans li Script, sacra de il. Migne, i. IV . p. i
(t9) Histoire évanaélique coup . dausiiiJ ,
t. XX Vil. p. 923.
(ÎÛ i l>i iiKinstration évaugélique dans les Dem. evung.
de m M e, i X. p. 150.
(21) llisuniu et éonrordia evunqcHca, dans Script, sacra de M. Migne, l. XXI. p. II.
Téntoigumgedéê juifs et des petmu en fat eu* <i^ lEuingii | \ m- 12. Lyon, 171S; In4°, l'.iris,
(21 1 Défense de il triture.
» priautif» ttesm réuétotutn, dan- la Script. sacra de M. Mig ie, i. \W II , p. S
■ ilg.u Quiui I, AUem. n Ittiie. 1. 11.
,ii.l . Histoire iiitique du philotophUnu - P a. t/,mmies pour servir a I Ittsloii . ,/ue du \\ul«
LE POCTEUR STRAUSS ET SKS ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
science dans !a libre Angleterre? ne savezvous pas qu'ils n'ont pas même laissé quelques successeurs obscurs de leur doclrine, qu'il n'est pas resté sur le sable I i trace de leurs pas? N'essayez donc pas de nous faire peur de la science ni de la liberté. Vous ne vous rappelez pas que plus d'une fois déjà l'on s'est promis de nous vaincre par de pareils moyens. Pourtant vous devriez savoir que nos plus sérieux adversaires nous ont déclarés immortels (1).
Nous n'avons donc pas à nous effrayer de ces létes de Méduse avec lesquelles on veut nous fasciner. Nous devons nous attacher aux résultats positifs, et déd ligner le vain bruit des paroles menaçantes. Si nous venons donc à nous poser sur ce terrain, nous pouvons rerlainementcontinuer de défendreavec assurance l'autorité divine des livres saints. Parlons d'abord du Pentateuque. Il est vrai que ce monument sacré a toute l'importance que M. Quinet veut bien lui attribuer, et il en a bien plus qu'il ne suppose encore. Il contient, en effet, l'histoire des premiers jours du monde, la chute primitive, l'éducation providentielle du genre humain, l'origine des nations et de leurs cultes divers, la mission de Moïse, la promesse d'un Sauveur, en un mot les révélations de l'Eden et du Sinaï, qui viennent aboutir au Calvaire. C'est précisément son importance extraordinaire qui a fait désirer si vivement à la cabale rationaliste de pouvoir déchirer du livre de l'histoire ces titres primitifs de la révélation. En France, en Angleterre et en Italie, toutes les vaines tentatives qu'on a faites pour contester sa haute antiquité ont été brutalement renversées par la science. Mais (Jésénius et Bohlen sont bien loin d'élre aussi favorables! Que dirait donc M. Edgar Quinet, lui l'adulateur de l'érudition allemande, lui le contempteur dédaigneux de l'exégèse française dont il ne soupçonne même pas les chefs-d'œuvre, si nous osions avancer que les historiens les plus renommés de l'Allemagne contemporaine pensent, avec Bossuet, avec Pascal, avec Fénelon, avec
(1) Voyez sur les destinées de l'Eglise catholique, un très remarquable article du célèbre historien protestant M. Macauley dans la Revue d Edimbourg, traduit dans les Annales de vhilosophie chrétienne, t. V, p. 405 (3« série).
(2) Histoire de la religion de Jésus, etc.
(3) Histoire du commerce et de la politique des peuples de l antiquité, 1850 et suiv. —Manuel de l'histoire ancienne, in-8", 1827.
U) Histoire universelle, 4 vol. in 8° 1826.
(5) Histoire de l'antiquité.
(6) Histoire de la littérature.
l"l Il isloire universelle de l'antiquité, 3 v.in-8°,1828. P| Instruction sur t 'histoire universelle. 91 Manuel de. chronologie.
(lil) Philosophie de la tradition, trad. par Quris, in-8', 1834.
(11) Sur la fondation, la formation et le développement de I histoire universelle, et la dissertation s-ur la dispersion des peu) /es.
(12) Vhilosophie de l'histoire, trad. par l'abbé Léchât, 2 vol. in 8°, 1836.
(13) Introduction u l'Ancien Testament
(14) Introduction à l'Ane. Test.
Flenry, avec Bourdaloue, avec Bergier, arec Duvoisin, que les cinq livres de Moïse n'ont pas perdu leur valeur historique , même après les attaques d'une certaine exégèse. Stolberg (2), Hcoren (3), Jean de Mùller (/i), Luden (5), Wachler (6), Schlosser (7), Léo (8) , Ideler (9), Molitor (10), Joseph Gœrres (11), Frédéric de Schlégel (12), ne pensent pas tout à faiteomme Gésénius et Bohlen, ces deux maîtres auxquels s'attache obstinément le professeur du Collège de France. M. Edgar Quniet, qui s'occupe â'exéqèse, ne doit pas ignorer que dans cette science il n'y a pas beaucoup de noms plus connus que ceux de Hœverniek (13), Haneberg (14), F. Ranke (15). Sack (16), RosenmuHer (17), lahn (18), Kueper (19), Cellérier (20). Fh bien I tous ces savants disciples de l'exégèse moderne (21) démontreraient à M. Quinet, s'il avait le temps et le désir de faire de si profondes études, que les cinq livres du Pentateuque ne sont nullement une épopée mythique et sacerdotale, mais l'œuvre personnelle du législateur d'Israël!
Mais avant tous les autres j'aurais dû nommer Hengstenberg, dont M. Edgar Quinet a vanté la science profonde avec une bonne foi qui lui fait honneur (Allem. et Italie, t. II). Ce célèbre exégéte, après avoir étudié avec une attention sérieuse toutes les objections cent fois répétées contre le livre de Moïse, les a victorieusement renversées dans son grand ouvrage sur Vaulhenlicité du Pentaleuque. Depuis il a complété cet immense travail par un nouveau livre dans lequel il achève de confirmer l'autorité historique de Moïse (22). L'infatigable adversaire du rationalisme s'occupe maintenant d'un commentaire sur les psaumes, qui enlèvera probablement à M. Quinet la ressource consolante de pouvoir nous opposer sans cesse le livre d'Ewald (23).
Si nous attachons une grande importance à la défense du Pentaleuque (24), nous avouerons volontiers encore à M. Quinet que si l'on parvenait à renverser l'autoritédes prophéties, on enlèverait au christianisme une de ses plus magnifiques démonstrations. Tout
(15) Du Pentaleuque au point devue de la haute critique.
(16) Apologétique chrétienne.
(17) Scholia in Penlateuchtm,
(18 1 Introductio in libros veteris fœderis. (l9)Jeremias sacrornm librorum utfttfwt. Cet ouvrage renverM- pai liciiliereinent I hypothèse de Roblen.
(20) Introduction à la lecture de l'Ancien Testament et Esprit de ta législation mosaïque. Il y aurait île linjuMice à oublier les travaux de Ilug, deilovers, de Kelle, cb' FriUsche , de Scbiebal , de Kanne , de Bauer . de Deltinger, de HcrU, et surtout les profondes recherches de Pareau, sur ccHe question.
(21) Parmi les savants anglais, on pourrait consul ter encore l'ouvrage de Faber uui a pour litre : Horœ Mosaicœ.
(22) Les ouvrages d'Hengstcnberg ont pour litre : Authenticité du Pentateuque. — Les livres de Moïse et de l'Egypte. — Nous avons donne une analyse de ces ouvrages dans le bulletin du Correspondant.
(25> C'est ce qu'il l'ail dans le Génie des Religions.
(21) Nous insi tous peu sur le Pentateiupie , para) qu'on en trouve une apologie compile dan» le savant ouvi agede M. l'abbé André intitulé : Moïse et le l'enlateuque.
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etpril sérieux el réfléchi ne s'étonnera donc pas <le voir les écrits «les prophète! combattus ;ivt •(■ (fini de constance el d'obstination. Porphyre( des les preniert temps du christianisme, avait attaqué Daniel avec celle Bnimotité (|u'il avait contre toutes les idées ehrétienoes; mais les objections dû philosophe d'Alexandrie disparurent bientôt, renversées par les réponses approfondies du savant solitaire de Bethléem (1). Après la naissant e du protestantisme, la lutte contre les prophètes, ainsi qu'il fallait s'y allcndre, recommença bientôt. Il serait difficile d'avancer que le résultat de cette guerre fut glorieux pour l'exégèse rationalise. Quelques hommes d'un savoir profond réfutèrent toutes les interprétations sociniennes qu'on prétendait déjà donner des prophéties. Nous nous contenterons de citer le célèbre évéque d'Avranches, Huel et les jésuites Ballus et Berthicr (2). L'exégèse rationaliste allemande a recommencé, de notre temps, le vain travail des commentateurs sociniens. M. Quinet triomphe de ses efforts, el nous comprenons bien sa joie. L'espérance flatteuse d'enlever à la révélation une de ses plus magnifiques démonstrations est véritablement flatteuse pour les fondateurs de la nouvelle cité d'alliance. Mais ses espérances sont loin d'être aussi positives que nos adversaires le répètent tous les jours avec une assurance qui n'est peut-être pas complètement sincère. On feinl d'ignorer, en effet, que les objections prétendues nouvelles qu'on soulève maintenant contre les prophéties ont été complètement réfutées par des savanls dont il est difficile de nier la compétence. On a, ditrs-vous, attaqué l'authenticité d'Ezéchiel (3). Mais ne savez-vous pas que les écrits de ce prophète ont été chaudement défendus par Eichhorn, Bosenmuller, Berlholdt, Gésénius, de Welle et Winer, qui ne passent point tous pour crédules. Jérémie a été aussi l'objet de quelques attaques. Son authenlicitéaélé aussi contestée parSpinosa et par Thomas Payne [h). Mais Berlholdt, Eichhorn, Winer , Gésénius , de Wetle , Bosenmùller , n'ont-ils pas fait justice des sophismes de ces deux écrivains? Les vintjtsepl derniers chapitres d'haie ont été attaqués, comme vous le dites, par plusieurs disciples de l'exégèse nouvelle. Nous le savons aussi bien que vous et peut-être mieux que vous (5). Ce que vous ne devriez pas
(I) Hieronymi in Dmiielem pnefatio. Dans la lïibliolheca patrum de M. Migne, t. XXV, et dans le t. V de S. Jérôme, p. 491.
(-2) Huel, Démonstration évangélique; Baltiis, Défense des prophéties; Berlluer, Commentaires sur les psaumes. Dans la Script, sacra de Al. Migne. I. XIV, XV el XVI.
(3) Vogel ; OEder ; Corroéi.
(■i) Spinosa, Tractatus tlieologicopoliticus ; Thomas Payne, Age de raison.
(5) Ces écrivains sont Kopp, Dttderlili , Paulus, Eichhorn, Bauer, Rosenmnller, BerlhoMl, de Welle, Gésénius el Hilzig.
(6) La France, dil M. Quinet, qui a produit Richard Simon.
(7) On peut consulter surtout Piper , lnltariia*
Llyl K. L ABBE CHASSAI
ignorer, c'est que l'intégrité de ce prophète a élé démontrée par Bii li.inJ Simon, que \ Ml admirez tant [6 , Bo< hart, Dathe, J.-U. Mi- (haeiis, l.ovflh, Piper, Hensler, lahn, Kleineri, Hengalenberg, Mœller, Hœvernick et Bekhaus (7). l'ouï passer rn re>ue lous les grands prophètes de I Ancien Testament, il nous reslc à parler de Daniel. Plusieurs Allemands ont continué contre l';iulhenlicité de son livre la polémique païenne de Porphyre (8), mais Daniel a elé défendu par J.-D. Michaëlis(9), lahn (10), Luderwald (1 1), Slœudlin, Dereser 12), HœvernikflH), et surtout par Hengslenbergdans son savant Irailé sur l'anlhealieité de ce prophète (li).
Nous ne nous croyons donc pas obligés de déchirer les pages de nos livres saints pour les jeter aux v< nts de l'incrédulité, rapidis ludibriu ventis. Mais si l'Ancien Testament conserve toule son importance historique en face des attaques d'un scepticisme extravagant, il est encore plus impossible peut-être de contester l'authenticité et la vera< ilé des livresdu Nouveau Testament. Commel'Evangile est, pour ainsi dire, le centre de l'histoire de la révélation, la Providence a permis qu'il fût invulnérable aux coups de la science la plus malveillante et la plus léméraire
CHAPITBE X
LE DOCTEUR HARLESS.
La Vie de Jésus par Strauss, examinée tu point de vue de sa valeur scientifique, tel est le titre de l'ouvrage du docteur Harless, professeur à Erlangcn.
L'écrit de Harless porte le caractère d'une décision remarquable. C'est un penseur qui ne s'effraie nullement des fastueuses prétentions du rationalisme contemporain. H dil avec franchise que lous ces esprits indépendants, qui paraissent dédaigner les préjugés de la foule, sont tout autant que les âmes vulgaires , dominés par d'étroites préventions. Frérel disait, au dernier siècle, en parlant de Toland, « que lous ces libres penseurs n'étaient pas inoins crédules que les partisans de la superstition » la plus fanatique. Une femme d'esprit disait aussi à Baynal : « Si vous ne crovez pas, ce n'est pas manque de foi. » Harless ne trouve pas que les rationalistes de notre temps soient plus habiles ou plus savants que c< ux du x\nr siècle. Il pense, comme l'illustre Joseph
ha'ur a receniiomm conatibu* vindicata ; M. J. H. Brikliaus, Intégrité proplie ique des écrits de l'Ancien Testament; C. J. Grève a lait panttre ■> àarterdain, en 1818, un excellent livre m latia sur Mm derniers chapitres d'Isiie; Job. Mœller, De Authentia o aeul+ ru'm lsai,r; BeBgrtenberf, Chrtstoioaie de l Ancien Testament : A. P. Kl, inert, Eum critique.
, Bertboidi, Geaéains, Bleik, île NN eue, Kirms, Rosenmûlltr, Lengerke.
(f) lutridiiclwn à l'Ancien Testament.
(10) /• troène M in libris veteris jiederit.
(11) Commentaires sur Daniel.
rlil Ibié.
(13) U'ul.
(14) HeagttenlMrf, Authenticité de Danitl.
LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE
Gœrres (1) « que la science sérieuse esl du côté de la révélation ; que ce n'est (pas la faute de l'Fvangile si des esprits superficiels n'en découvrent pas la mystérieuse profondeur cachée sous de simples apparences. » Il est bien vrai que le rationalisme donne à ses partisans les plus dévoués les épilhètes les plus ronflantes et les plus sonores. Il paraît que c'est en Allemagne comme en France. Cette tactique cstbonne parce qu'elle a toujours réussi. N'appelle-t-on pas chez nous Spinosa un théologien de premier ordre, et M. Eugène Sue un moraliste éminent? Les disciples de l'éclectisme ne se proclament-ils pas mutuellement dans leurs livres les hommes les plus spirituels et les plus savants du pays légal. Le Siècle et le Constitutionnel ne se déclarent-ils pas tous les jours gens d'esprit? Et cela dans la patrie de Labruyère (2). Les masses, qui ne réfléchissent guère , même depuis Descartes et Leibnitz, acceptent avec une naïveté candide toutes ces vaines illusions du charlatanisme rationaliste. Aussi verrons-nous les hommes qui ferment à M. de Cormenin les portes de l'Académie française, proposer, dans peu de jours peut-être, de les ouvrir à l'auteur du Juif errant (3) I Harless a trop d'esprit pour tomber dans ces pièges grossiers. Il s'étonne, avec une surprise qui n'est pas feinte, de voir le docteur Strauss et son école se déclarer théologiens. Il leur refuse nettement, sans la moindre apparence d'hésitation, la science des choses divines. Il est probable que s'il venait à lire le magnifique éloge que M. Edgar Quinel fait de la science théologique des Daub et des Schleiermacher ('«•), le docteur d'Erlangen aurait besoin de tout son respect
four l'enseignement supérieur du collège de rance, afin de ne pas laisser passer sur ses lèvres quelques sourires de scepticisme. Il lui faudrait aussi se rappeler toute sa vénération pour notre école normale quand il lirait avec quelque surprise, dans un article de M. Saisset, que le livre de Strauss est bien une œuvre originale (5). Ce sont de ces choses qu'on éprouve le besoin de faire remarquer plusieurs fois, tant elles sont propres à nous instruire de notre véritable situation en présence de certains hommes et d'une certaine école.
Pas plus que le docteur Sack, Harless ne s'attache à rétablir tous les faits de l'Evangile dont son adversaire conteste la réalité historique. Il a pour but de signaler les points fondamentaux du système mythique, afin de démontrer tout ce qu'il renferme d'hypothèses hasardées et contradictoires. Loin d'être effrayé , comme Grùlich, de l'apparition de l'ouvrage de Slrauss, il en est plutôt satisfait. On sait, en effet, maintenant dans quel abîme profond le rationalisme veut
(1) Dans son ouvrage Sur la fondation, etc., de l'Histoire universelle.
(2) Voyez dans les Caractères son admirable chapitre des Esprits forts.
(3) Ecrit eu 1846.
(4) Allemagne et Italie, l. Il, de l'étal du chrislia-
entraîner les esprits. Le temps des réticences perfides n'est déjà plus. Les ennemis du christianisme ont jeté le masque, qui si longtemps cacha leurs traits. Ils avouent, à la face du soleil, leurs espérances ainsi que leurs prétentions. C'est au christianisme même qu'ils s'adressent, et tant que l'étendard du Crucifié sera debout dans notre Europe civilisée, ils ont juré de combattre jusqu'au dernier de ses défenseurs. Quand Stolberg, Wemer, F. de Scblégel, rentrèrent dans le sein de l'église, c'était au jésuitisme qu'on en voulait; maintenant cette ingénieuse allégorie n'est plus même devenue nécessaire. Un des docteurs de la jeune Allemagne n'a-t-il pas osé appeler avec brutalité la croix du Rédempteur une épine qui fait suppurer le cœur de Vhumanité (6) ? Quant à nous , nous désirerons pour notre Eglise de France de6 adversaires qui aient le courage de leurs convictions. Nous n'avons pas peur des déclamations furibondes. La violence ne nous effraie pas. Mais ce que nous craignons, c'est la guerre qui se cache sous les dehors de la paix, c'est la haine qui se dissimule sous les dehors hypocrites d'une bienveillance sournoise. Nous souhaitons, commeM.Michelet, les blessures qu'on fait par le glaive, et qui saignent (7). Nous ne redoutons pas l'épée, mais nous avons peur du poignard qui frappe par derrière et dans l'ombre.
Nous avons dit quelles sont les vues qui ont présidé à la composition de l'ouvrage du docteur Harless. Son livre est divisé en trois chapitres : 1* les assertions préliminaires ; 2° les résultats de la critique de Strauss ; 3" les arguments sur lesquels elle s'appuie.
Dans le premier chapitre, l'auteur discute avec vivacité tous les points renfermés dans la curieuse Introduction de Strauss. Une des prétentions qui se montrent le plus à découvert dans l'audacieux professeur, c'est de présenter à la science contemporaine un système nouveau qui échappe tout à la fois aux inconvénients de l'orthodoxie et aux embarras inextricables de l'interprétation naturaliste. Il se pose fièrement entre les deux camps rivaux, comme un médiateur suprême. Il essaie de concilier les deux partis contraires en les traitant l'un et l'autre avec un impartial dédain. Il est vrai qu'il met en poussière les interprétations tout à la fois niaises et savantes de l'école du docteur Paulus. Celte partie de son livre pourrail fournir aux défenseurs de l'Evangile des armes très-fortement trempées. Mais s'ensuit-il que son système soit au fond bien différent de la théorie naturaliste? Quelle est, en effet, la tendance perpétuelle de l'exégèse naturaliste ? Nesl-ce pas, par une interprétation particulière tirée d'un exa-
nisme en Allemagne.
(5» Revue des deux mondes, 1845; renaissance du vollairianisme.
(6) Voyez du PUilosophisine de la Pru$se, par M. d'norrer, dans l'Université catholique.
(7) Des Jésuites. Préface.
IIF.MONSTUATIO.N F\ A.Nt.KUOl.'i:. I.WIlBK CHASSAT.
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hOUI les éléments Surnaturels (le la vie (iu
Sauveur? Or. Mrauss ne prétend-il pat a il » si tirer de l'examen mémo de (es textes et d"s difficultés (|u'il y renronlie, li prouve iin'ils n'ont pas do valeur historique ? Loin d abandonner les bases de la méthode naturaliste, il la complète et l'exagère. Son m>|iticisrne est plus ar dent et plus décide : -a malveillance est plus rude et m ans <l I s -. i m ulée. Il dédaigne les cauteleuses précautions de certains interprèles. Mais pourtant est-ce qu'il ne ramasse pas dans la poussière les armes déjà rouilloesde l'exéi.'èse naturaliste? On conçoit que, dans l'intérêt de sa gloire, il ait désiré paraître s'écarter des traditions d'une école décriée par ses insipi < s imaginations. Mais sous l'ample perruque, le chapeau à plumes et les nouds de rubans, l'œil malin du peuple reconnaît toujours e bourgeois gentilhomme. Ouand le docteur de Tuhingue vient nous vanter dan son Introduction l'antiquité, la profondeur, la supériorité de son système, j'ai toujours envie de lai crier avec Molière: Vous êtes orfèvre, monsieur Josse !
Strauss montre dans tonte son Intro'lucf/on la même admiration naïve de soi-même, qui est un des caractères principaux du Nationalisme contemporain. Il n'est pas de si mince penseur qui, après avoir foulé aux pieds la croix devant laquelle s'inclinèrent saint Augustin, Bossuet, Pascal et Leihnilz . ne s'imagine marcher à l'avant-garde de l'humanité. M. Edgar Ouinet disait à ses auditeurs du collège de France (1) : « On pourra briser cette chaire, mais on ne nous brisera pas, et ma parole vivra en vous ! » Ne dirait-on pas que le nouvel Evangile prêché par l'auteur de Promèthée va, porté sur les ailes de feu du libre examen, voler jusqu'aux extrémités du monde I On doit bien penser qu'on n'est pas plus modeste dans une chaire protestante, qu'on ne l'est au collège de France. Strauss, en effet, présente son système comme l'expression la plus complète et la plus décidée do la pensée théologique, et comme destiné, à cause de cela, à faire avancer la société chrétienne dans les voies glorieuses de l'avenir. Harless se moqi-e spirituellement de toutes ces majestueuses prétentions à diriger le siècle. Ou'ost , en effet, le livre de Strauss '.' un simple écho de l'aversion que le rationalisme a conçue pour la Bible. Se laisser entraîner ainsi par les préventions étroites de son époque, est-ce là véritablement constater son génie? Il fut un temps où l'on croyait montrer un goût très-pur en mesurant d'un regard dédaigneux cl disirait Notre-Dame de Paris, ou la (lèche de Strasbourg. Ou nul Marmonlel, Palissot, J. Chonier et La Harpe composaient leurs cours do littérature, on
(I) Klgar (Juinct, l'I Itrtnnoiitanismr.
[îj Vovei pour preuve Lessing, Vh'.ducnthn du y «ire humain.
(3) Voyez les réflexions de Tliiet Jui ÏAhcnvirui de H. Quiuet dans ses £*Mtf,
eut pcse pour petit es, rit en admirant La dit inr comrtlie. Il y a plus daualo'ie qu'on ne le croirait d'abord entre le- p'ventions r Mit laliftM et II s | réjtlgéf littéraires. Toute niani re l.>usse d'appieeicr les lait- ou les il M mi, ■• en dernière analyse, sur un point de vue mesquin et borné. Or, telles «ont li | préoccupations- du siècle par rapport à la Bible. I.o livre sacie 9upff&»< sans cesse que l'éducation du <jenro huriiin s'est par une perpétuelle intervention île la Providence. Telle idée, qui a «es racines dans lis profondeurs do la raison et dans |,j conviction universelle do l'humanité, blesse |pg tendances matérialistes de notre époqu ' . On ri* veut vot a tonte force dans l'histoire que le développement de l'a, tivité humaine ; comme si Dieu, nour flatter l'orgueil de l'homme, àtdit dû se bannir du m comme un étranger qu'on proscrit, manière d'envisager le développement < e l'humanité a quelque chose d" lugubre et d'amer. I! semble qu'on voie d ■ nouveau la fat lit • du paganisme se dresser <ur «on Irôn > d'airain et pousser les mortels de son pie! dédaigneux dans l'abîme du n anl. Le genre humain n'a plus de père nnx cieux tors lequel il puisse élever se • prier, s , t ses mains. La vie des individus mêmes n'est plus qu'un (lot qui disparait bientôt dans l'insensible océan do la vie universelle. Or, s'il en était ainsi, le xvnr siècle aurait raison ! S'il n'y a pas entre le ciel et la terre une chaîne d'or merveilleuse qui ÙdlrS s ,u- Iève du fond de no're misère, c'est l'atbéiSnie s -ul qui est logique e! raisonnable (3). Ce qu'il nous faut invoquer maintenant, ce ti' (pas le rJlt*d virant du rhrritfani! mais le tout-puissant tv ant qu'adore la J<-une Allemigne ('*). Brisez les autels et baissez vo . fronts vers la terre, n'ayez plus de ftfve d'iriimortaliié bienheureuse. Le ciel e«t icibas, ou pour mieux dire, il n'y a qu'un enfer que vous ne pouvez pas fuir, l'enfer terrestre de la fatalité du matérialisme ! Vous devez savoir maintenant assez pourquoi l'on Ht prie plus Dieu corne au temps du papisme (51 ?
Strauss, après avoir déclaré b surnaturel impossible, l'intervention de laPio\i ertee dans le développement de l'human.lo chimérique, (vt amené nécessairement à comparer les miracles de l'Evangile avec les mjtlieé de la tradition hellénique. Selon lui. I s immenses progrès faits dans l'étude dos mylhologies auraient puissamment servi à affaiblir l'autorité historique de la Bible Maries* àppëlli ,nec raison celte m mière de raisonner seau 'aleuse b'I dérisdire.Ce a est vrai, et pour reprendre la dillicullé dans son principe, il me semble que le point de départ des mythologues ne soutient pas l'examen de la science. Heyne ayant remarqué de frappan-
, Paroles même de Feuerbacb, l'un des écrivons .es plus ronnus d ■ i elle ctble.
|5) Catherine de Bora adressait cottr question è Liùber, Voyez sa Vie par M. AudW.
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tes analogies entre les traditions sacrées des peuples et certains faits racontés dans les livres de Moïse, on s'empressa d'en conclure précipitamment que tous ces faits étaient un simple produit de l'esprit légendaire. 11 est vraique les circonstanccsde es histoires ont été souvent produites par l'imagination populaire. Mais l'universalité et l'identité perpétuelle du fond [trouvent évidemment que les légendes se sont surajoutées à une ba*e d'une autorité historique incontestable. Or, il suffit d'examiner la tradition du Pentaleuque, sa simplicité, sa brièveté, son caractère positif et historique, pour s'aperce\ oirqu'elle a servi de thème primitif aux légendes poétiques du polythéisme (1). C'est pour avoir méconnu ces idées si élémentaires et si rationnelles que Eichhorn, Gahler, Schelliiig, Bauer, Vater et de Welle prétendirent constater le caractère mythique de l' Ancien Testament. On n'en resta pas là, Krug, Horst , Gabier, W igscheider, Daub, Bau r, Kaiser, Àmmon, Bertholdlet de Welte, trouvèrent bientôt des mythes dans le Nouveau Testament. Pourtant, comme on reconnaissait en faveur de son authenticité des arguments Irès-forts, l'attaque languissait. Il se trouva heureusement pour le système que quelques théologiens tournèrent leurs efforts' de ce côté. L'authenticité d'un ou de plusieurs évangiles fut contestée par Brelscimeider , Schultz, Schleiermacher, Sielïert, Sciineckeuburger. On conçoit les tentatives qu'on a faitesdanscesens. De l'aveu même de Strauss, si les évangiles sont authentiques, le système mythique n'est qu'un rêve. Or, il s'en faut beaucoup que les mythologues aient renversé la constante tradition de l'Eglise. On en peut juger par les mesquines objections que Strauss met en avant dans son Introduction. Je ne m'étonne nullement de les voir appréciées sévèrement par Harless, qui déclare hardiment qu'elles n'ont aucune espèce de valeur scientifique. Il fait remarquer en effet que Strauss prend pour point de dépari incontestable les hypothèses de Vater et de de Welte sur l'Ancien Testament. Harless, en examinant de près les écrits de de Welte, s'est aperçu que ce théologien n'était pas aussi résolu sur le point fondamental de la question que Strauss l'a supposé 11 dit, en effet, dans la 1" édition de son Introduction à V Ancien Testament : « Pour tout esprit cultivé, c'est un point DÉCIDÉ que de semblables miracles n'ont pas eu lieu réellement. » Et dans la k' édition, abandonnant tout d'un coup l'incroyable audace d'un pareil dogmatisme, il modifie sa pensée d'une manière complètement significative : Pour tout esprit cultivé, il est au moins DOUTEUX que de pareils miracles aient eu lieu. » Strauss 3'appuie donc sur un roseau brisé tout prêt à lui percer la main. 11 es' obligé, pour attaquer l'autorité historique de l'Evangile, d'exagérer de la manière la plus arbitraire les principes de ses maîtres, cl de transfor nier leurs doutes en affirmations audacicu ses. Dire, connue il le fai
tion de l'authenticité des Evangiles doit se trancher par l'examen même du livre, c'est là une prétention contraire à toutes les données de la science contemporaine. Cette manière de juger la question est tout à fait tombée en discrédit quand il s'agit des écrivains profanes. Et c'est dans de telles circonstances que Strauss essaie de ruiner les Evangiles à l'aide d'une théorie si décriée parmi tous les savants. Harless termine par des considérations sur le caractère divin des Evangiles.
M. Quinet fortifie tous les arguments du professeur d'Erlangen , en montrant très— bi< n l'impossibilité d'une formation mythique : « Quoi! celle incomparable originalité du Christ ne serait qu'une perpétuelle imitation du passé, et le personnage le plus neul de l'histoire aurait été occupé perpétuellement à se former, ou comme quelques personnes le disent aujourd'hui, à se poser d'après les figures des anciens prophètes I On a beau objecter que les évangélistes se contredisent fréquemment les uns les autres, il faut avouer à la fin que ces contradictions ne portent que sur des circonstances accessoires, et que ces mêmes écrivains s'accordent en loul sur le caractère même de Jésus- Christ. Je sais bien un moyen sans réplique pour prouver que cette figure n'est qu'une invention incohérente de l'espritde l'homme : il consisterait à montrer que celui qui est chaste et humble de cœur, selon saint Jean, est impudique et colère selon sain! Luc ; que ses promesses , qui sont spirituelles selon saint Matthieu, sont temporelles selon saint Marc. Mais c'est là ce qu'on n'a point encore tenté de faire, et l'unité de celte vie est la seule chose qu'on n'ait pohl disculée. Sans nous arrêter à celle observatiori, accepterons-nous, pour tout expliquer, I i tradtion populaire , c'est-à-dire le mélange le plus confus que l'Histoire ait jamais laissé paraître : un chaos d'Hébreux, de Grecs, d'Egyptiens, de Romains, de grammairiens uAîéxarta'rie, de scribes de Jérusalem, d'esséniens, de sadducéens, de thérapeutes, d'adorateurs de Jéhovah,de Mithra,dc Sérapis? Dirons-nous que cette vague multitude, oubliant les différences d'origine, de croyances, d'institutions, s'est soudainement réunie en un seul esprit, pour inventer le même idéal, pour créer de rien et rendre palpable à tout le genre humain le caractère qui tranche le mieux avec tout le passé, et dans lequel on reconnaît l'unité la pins manifeste? On avouera au moins que voilà le plus étrange miracle dont oi ail jamais entendu parler, et que l'eau changée en vin n'est rien auprès de celui-là. Cette première difficulté en entraîne une seconde : car, loin que la plèbe de la Palestine ait elle-même inventé l'idéal du Christ, quelle peine ces intelligences endurcies n'avaient-elles pas à comprendre le nouvel enseignement! Ce qui demeure de la lecture de l'Evangile, si on la fait sans sysléi c conçu par avance, sans raffinement
q:-c la q-ies s ns subtilité, n'est-ce pas que la foule et les 1 1 1 Vovei Jalm, Inn m Penlateuchum, dans la Script, tac. de M. Migne, t. V, p. 9.
DEMONSTRATION EVANGE1.10I I. l.WHU (||.\SS.\Y.