‹ Démonstrations évangéliques (volume 3)Chapitre 99 sur 255 · SIXIÈME PREUVE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PREUVE

La sixième preuve qui est aussi la plus forte, ce sont les œuvres et les actes de Jésus.

Mais Eschenmayeradévoloppé cette preuve d'une manière vague et beaucoup trop superficielle. Il montre surtout que tout le système mythique est fondé sur l'horreur du surnaturel (l). Du reste, un professeur universitaire, admirateur zélé de Strauss, ne nous permet pas de douter que ce ne soit là le point de départ de toutes les chrislologies rationalistes.

« Je le dis avec cette franchise qu'on ai-

(1) Celle horreur est partagée M. R professeur

de l'Université, qui, dans Ha Liberté de penser, s'est prononcé énergiqueinent pour le système de Strauss. (Voy. la Liberté de penser, 1849 : Les historiens critiques de Jésus.) C'est pourtant à de telles mains qu'est eotlftée noire jeunesse, et l'on s 'étonne des progrès de l'anarchie morale et intellectuelle !

niera, j'espère, à me reconnaître, c'est perdre sa peine que de disputer avec celui qui croit au surnaturel. Il est impossible de le réfuter par des arguments indirects, t/ett comme si l'on voulait argumenter le sauvage sur l'ubsurdité de ses fétiches. Le seul moyen de guérir de eetle I ihangk maladif qui, à la honte de la citittsution , n'a point encore disparu de l'humanité , c'est la culture moderne. Mettez l'esprit au niveau de la science, nourrissez-le dans la méthode rationnelle (8), el sans lutte, sans argumentation, tomberont ces superstitions ^i u années. Les apologistes triompheront à leur aise de vos arguments a priori et se joueront de vos raisonnements ; décidés à fermer les yeux aux considérations délicates (3j , à ne tenir compte d'aucune nuance, ils vous porteront a la figure leur mot éternel : Prouvez que c'est impossible ! Le critique les laissera triompher seuls et sans disputer avec des esprits bornés (i) et décidés à rester tels, il poursuivra sa roule, appuyé sur les mille inductions que l'élude universelle des choses fait jaillir de toutes parts et qui convergent si puissamment au point de vue rationaliste. 11 faut dire des miracles ce que Schleiermaofier disait des anges : On ne peut en prouver l'impossibilité (oj. Cependant toute celte conceplion est telle qu'elle ne pourrait plus naître de notre temps ; elle appartient exclusivement à l'idée que l'antiquité se faisait du monde. La croyance aux miracles esl en effet la conséquence du point de vue où le monde est considéré comme gouverné par la fantaisie et non par des lois immuables. Sans doute ce n'est pas ainsi que l'envisagent les supernaturalisles modernes, lesquels sont bien forcés par la science d'admettre un ordre stable de la nalure et supposent seulement que l'action libre de Dieu peut parfois le changer. Mais ce concept, je le répèle, n'était nullement celui des hommes primitifs pour lesquels le miracle était l'ordinaire et surgissait à chaque pas. C'est une de ces pâles compositions entre les idées primitives et les données de l'expérience qui ne réussissent ni à être poétiques ni scientifiques. Ce n'est pas d'un raisonnement, mais de tout l'ensemble des sciences modernes que sort cet immense résultai : il n'y a pas de surnaturel 1 Depuis qu'il y a de l'être, toul ce qui s'est passé dans le monde des phénomènes a élé le développement régulier des lois de l'être, lois qui ne constituent qu'un seul ordre de gouvernement qui est la nature. Qui dit au-dessus ou en dehors de la nature dans l'ordre des faits dit une contradiction, comme qui dirait surdivin dans l'ordre des substances. La nalure, c'est la raison, c'est l'immuable, c'est l'exclusion du caprice. L'œuvre moderne ne sera accomplie que quand la croyance au sur-

(2) Lisez rationaliste, ce qui n'est pas la même chose.

(3) Lisez insaisissables.

(*) Nul n'aura d esprit, sinon nous el les nôtres, (.est dommage! Strauss n'est pas si généreux.

LE DOCTEUR STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE

naturel, sous quelque forme que ce soit, sera détruite, comme l'est déjà la croyance à la magie, à la sorcellerie. Tout cela est du même ordre. Ceux qui combattent aujourd'hui les supernaturalistes seront aux yeux de l'avenir ce que sont à nos yeux ceux qui ont combattu la croyance à la magie au xvie et au xvii' siècle.

Proclamons donc avec Strauss que le rationalisme véritable doit déclarer non historique tout récit où sont violées les lois de la nature; que la cause absolue n'intervient jamais par des actes exceptionnels dans l'enchaînement des causes secondes; qu'elle ne se manifeste que par la trame infinie des causes finies et leurs actions réciproques. Ne cherchons pas la grandeur de Jésus dans le pays des chimères. « Eh quoil dit Strauss, nous prendrions à quelques guérisons opérées en Galilée un plus haut intérêt qu'aux miracles de la vie morale et de l'histoire du monde, qu'à la domination toujours croissante de l'homme sur la nature, qu'à la puissance irrésistible de l'idée se soumettant incessamment la matière? Quel intérêt particulier peut donc s'attacher à un fait isolé qui n'a d'autre valeur que de représenter symboliquement ce mouvement éternel (1)? »

Nous avons consacré un volume entier du Christ et l'Evangile à réfuter ces grossières facéties ; nous ne croyons donc pas devoir nous y arrêter ici. Mais ne voit-on pas, comme nous l'avions annoncé en 1846, quel parti les rationalistes de notre pays espèrent tirer de l'exégèse allemande? Il ne s'agit plus des éludes spéculatives et des questions oiseuses, c'est la révélation elle-même qui est en cause.

Le y chapitre forme la plus grande partie de l'ouvrage d'Eschenmayer. Il a pour titre: Appréciation spéciale du point de vue mythique. L'auteur juge d'abord ce point de vue par rapport à l'annonciaiion et à la naissance de saint Jean-Baptiste. Il passe ensuite à la descendance de Jésus, de David, puis il traite tous les points principaux de l'histoire du Sauveur jusqu'au baptême et à la tentation. Enfin il parle du théâtre de la vie publique de Jésus-Christ, du temps qu'elle a duré, et il traite avec quelques détails la fameuse question des trois voyages à Jérusalem. Ses opinions sont généralement conformes à celles de Hess, dans sa vie de Jésus. h'ischariotisme d'Eschenmayer n'est pas terminé, du moins nous n'avons jamais pu trouver la seconde partie. Quoique ce livre se sente souvent des opinions protestantes de l'auteur, et qu'il soit loin d'être exact, il contient des fragments très-intéressants et mé-

(1) La liberté de penser, 15 avril 1849, Historiens critiques de Jésus — L auteur de cet article est bien connu quoiqu'il n'ait signé que R.

(2) Tubingue, oi: Strauss a quelque temps vécu, a vu sortir de ses écoles trois adversaires de son sys tème : Sleudel, Eschenmayer et Kulin.

("i) Nous avertissons nos lecteurs que la traduction que nous donnons ici est libre et non pas littérale. Nous avons éliminé quelques considérations sans intérêt; le texte conservé est cependant celui du

rite la place étendue que nous lui avons donnée dans ce travail.

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