CINQUIÈME PREUVE
La cinquième preuve est l'application des passages de l'Ancien Testament aux temps messianiques.
Le judaïsme sort du cercle ordinaire de la vie des peuples et forme une nation complètement à part dans ses mœurs, sa constitution el sa religion.
D'où vient cette religion pure au milieu des diverses idolâtries païennes? d'où vient celle législation au milieu de royaumes despotiques? d'où vient cette admirable réunion du prêtre, du législateur et du chef militaire dans un temps où l'histoire des autres peuples n'a encore que des fables à nous présenter? comment est-il possible que la plus pure de toutes les formes de gouvernement, le véritable théocratisme, ait été inventée à cette époque? car la sortie d'Egypte remonte à huit cents ans au delà de la première olympiade et de la fondation de Rome? D'où viennent donc toutes ces choses à une époque où il ne pouvait être question d'aucun développement rationnel dans les idées d'un ordre élevé? Ce peuple ne porle-t-il pas sur son front le sceau de la révélation? Le Dieu un, éternel, vivant, qui se révèle lui-même, possède seul la vérité, el à cause de cela son culte ne devait point disparaître du monde. Il fallait donc qu'un peuple fût choisi pour garder dans son sein le véritable culte de Dieu. Cependant le judaïsme n'est nulle part le but et la On, il n'est que le moyen d'arriver à un but plus élevé. 11 portait en lui la promesse que toutes les nations -trouveraient leur salut dans la postérité d'Abraham et de David, et cette promesse était étroitement liée à celle du Messie, qui devait tout accomplir. C'est pourquoi nous voyons sans cesse les prophètes désigner un personnage qui doit venir et en vue duquel tout le reste doit précéder. La semence seulement est déposée dans le judaïsme, mais le fruit est le Messie qui appartient à l'humanité tout entière. Ce Messie a paru en Jésus-Christ, et il a accompli toutes les prophéties qui rendaient témoignage de lui. Le Christ dit : Ne pensez pas que je sois venu détruire la loi et les prophètes ; je ne suis pas venu détruire, mais accomplir (Matih. v, 17). — Car je vous le dis en vérité, le ciel et la terre ne passeront point, que tout ce qui est dans la loi ne soit accompli jusqu'à un iota et jusqu'au moindre trait (Ibid., 18). Quelle preuve plus puissante pouvait-il y avoir de la venue du Messie, que l'accomplissement en lui de toutes les prophéties. Aussi voyons-nous souvent, non-seulement les disciples, mais le Christ lui-même, faire allusion à ces prophéties, aliu de faire ualtre dans la Judée la foi au
Messie venu, foi nécessaire au salut de ce pays.
Ecoutons maintenant Strauss. Il intervertit la question d'une manière inconcevable, et raisonne ainsi : « 11 n'est pas vrai que les prophéties se soient accomplies dans l'individu appelé Jésus, mais ses sectateurs ont donné naissance à des légendes sur son compte, et se sont servis après coup de ces passages de l'Ancien Testament pour en composer une auréole de gloire qu'ils ont placée sur la lête de leur maître. » On ose à peine s'en fier à ses jeux lorsqu'on voit employer à fausser l'histoire du Messie précisément les circonstances qui jettent sur sa personne la lumière la plus vive. Ces passages n'étaient donc pas,selonSlrauss,des prophéties, mais seulement des idées fantastiques, produit accidentel des jeux de l'imagination, dont le style poétique et élevé favorisait l'application que ses disciples firent à leur maître pour embellir son histoire. Quelle dégradation du caractère de ces hommes remplis de la crainte de Dieu 1 La richesse de l'histoire juive est convertie en pauvreté, et la suite des révélations dont elle est remplie se trouve ainsi rayée d'un seul trait. Quelle n'est pas l'aberration de ce peuple qui, sous la conduite de ses destinées et d'hommes pénétrés de l'Esprit de Dieu, vit dans l'attente d'un Messie sortant de son sein, el n'enfante à la place qu'un héros fils des légendes! Jésus a-t-il bien réellement été crucifié à Jérusalem? quel a donc clé son crime? Strauss allègue ses idées de nature à bouleverser le monde. Mais sa doctrine et ses paroles sontelles donc révolutionnaires? Elles ne font qu'ouvrir le cœur, le purifier des éléments mauvais, y répandre la bonne semence, el le conduire à Dieu ; mais elles ne bouleversent point le monde. Et d'ailleurs quelle part doit revenir à Jésus dans ces paroles, puisque, selon Strauss, le quatrième évangélisle a tant ajouté de ses propres doctrines? Pilale ne trouve en lui aucun crime ef l'envoie à Hérode ; Hérode ne le juge pas non plus et le renvoie à Pilate; alors tout le peuple s'écrie : Crucifiez-le ! crucifiez-le! que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. Qu'a-t-il donc fait, puisque ses juges ne trouvent rien en lui qui mérite la mort, et que cependant le peuple en tumulte demande sa tête! Il était le Christ, et c'était là son crime. Nous trouvons la soluliondecettequestion (Matth. xxiii, 34-35) : «( C'est pourquoi je vais vous envoyer des sages, des prophètes et des docteurs, et vous tuerez les uns, vous crucifierez les autres; vous en fouetterez d'autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville, afin que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre retombe sur vous, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Ra^ rachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel. » Vers. 37 : « Jérusalem! Jérusalem! qui lues les prophètes et lapides ceux qui le sont envoyés, combien de foisai-je voulu rassembler les enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, el tu ne l'as
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pal voulu. » Act. des ap., vu, Si : «Quoi est le prophète que vos pèrea n'aient point perléentét Us ont tait mourir ceux qui prédisaienl l'avènement «lu Juste, que vous venez de livrer et dont vous avez été les meurtriers. »
Strauss taxe les évangélisles de partialité dans le portrait qu'ils font de Jésus : voyons donc les témoignages du peuple et des pharisiens, qui sont consignés dans les Evangiles d'une manière si simple qu'elle exclut toute arrière-pensée.
11 est souvent dit : a Les pharisiens n'osaient mettre la main sur lui, parce que le peuple le suivait el le regardait comme un prophète à cause des actions qu'il faisait, n Les pharisiens disaient : « Il chasse les démons par Béelzébud leur prince. » Ils cherchaient à s'emparer de lui, parce qu'il guérissait le jour du sabbat. Les pharisiens ne niaient donc pas ses actions, et se contentaient de blâmer la manière dont il les faisait. Quelques-uns d'entre le peupledisaient: Le Christ, quand il viendra, pourra-t-il bien faire plus de miracles que cet homme ? Le conseil des grands prêtres et des pharisicnsa'exprimait ainsi : Que ferons-nous ? cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons, tous croiront en lui. Et les Romains viendront et prendront notre pays et ses habitants. Et Caïphe dit : // vaut mieux qu'un homme meure que tout le peuple. Le grand prêtre lui dit : Je vous ordonne de la part du Dieu virant de nous dire si vous êtes le Christ, le Fils de Dieu?
11 faut bien que nous croyions à ces témoignages, car autrement nous ne pouvons motiver sa grande célébrité, son accusation et son crucifiement. Mais si ces témoignages sont véritables, il s'ensuit que ce n'est point par des idées révolutionnaires qui, du reste sont sans influence quand elles ne sont point accompagnées d'actions, mais par sonaclivité surhumaine, que Jésusa acquis une célébrité assez grande pour ébranler l'esprit du grand prêtre, à tel point que celui-ci vint lui demander s'il n était pas le Christ, le Fils de Dieu.