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il ne dit point qu'ils puissent être sauvés san9 foi et sans baptême.
Jérôme Aléandre dit avec l'auteur du livre de la Vocation des Gentils, qu'on ne peut pas douter que quelques-uns des Gentils n'aient obtenu le salut avant la venue de Jésus- Christ. Hél qui en doute? Mais ils l'ont obtenu, selon ce même auteur, par la foi en Jésus-Christ.
Saint François de Sales reconnaît des vertus morales et humaines dans les infidèles; mais il déclare en même temps qu'elles ne peuvent pas être récompensées d'un loyer éternel. C'est aussi le sentiment de monsieur Cerisiers, qui assure que pas un de ceux qui reconnaissent les actions morales des païens pour bonnes, n'a assez de témérité pour assurer qu'elles soient suffisantes au bonheur de la vie éternelle.
Que reste-t-il donc à ceux qui voudraient soutenir que les païens qui ont vécu moralement bien, ont été sauvés sans la foi en Jésus-Christ , par la seule connaissance d'un Dieu et de sa providence ? Ils ont pour protecteurs parmi les anciens (1) les simoniens et les gnostiques qui honoraient les images de Pythagore, de Platon, d'Aristote et des autres philosophes païens ; les pélagiens qui prétendaient qu'avant la venue de Jésus- Christ on avait été sauvé par la loi naturelle ou par celle de Moïse, quoiqu'ils reconnussent que depuis sa venue on ne pût plus être sauvé sans la foi en Jésus-Christ : en quoi ils étaient plus raisonnables que les nouveaux défenseurs du salut des infidèles, qui sauvent encore ceux qui n'ont point entendu parler de l'Evangile : entre les auteurs du moyen âge , un certain Probus, prêtre de Mayence, qui, peut-être pour se divertir, avait entrepris de faire une satire, pour montrer que Cicéron, Virgile et les autres honnêtes païens étaient du nombre des élus, est blâmé par Loup de Ferrières (Lup., ép, 20), et son ouvrage a éfé enseveli dans les ténèbres : parmi les nouveaux, l'hérétique Zuingle, abandonné en cela de tous les autres; le Fèvre d'Etaples, qui a eu des sentiments particuliers , et quelques philosophes qui ne sont pas théologiens, comme est un Licélus, un Pierre Seguier, un Pierre du Jarric, un Horatius Tubero et quelques autres.
Mais quoique ces auteurs indignes d'être écoutés puissent dire, c'est une vérité constante et éternelle qui ne peut souffrir ni d'altération ni de prescription : qu'il n'y a point de salut par aucun autre que par Jésus- Christ ; cl que nul autre nom sans le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel ils puissent être sauvés. Non est in alio aliquo sains , nec enim aliud nomen est sub cœlo dalum homi nibus , in quo oporteat nos saWos firri. C'est une vérité sur laquelle la religion chrétienne est fondée, et à laquelle on ne peut donner atteinte sans ouvrir la porte au paganisme, au déisme et à l'indifférence des religions.
(1) S. lien. I. i. conl. Ifxres. 1. sxiv; s. Epi|ih,
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(Quinze.)
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A L'OUVRAGE DARNAULI).
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Le rigorisme dont cet ouvrage n est [leut— être pas tout à fait exempt et qui semble
trahir le penchant de l'autour pour les doctrines de Jansénius , pourra choquer, au premier abord, la piété du lecteur. Frappés nous-mêmes de ia sévérité quelquefois un peu outrée des principes d'Arnaud, nous avons éprouve le besoin de nous remettre sous les yeux le dogme catholique, dégagé de l'apparence même de l'exagération , et nous nous sommes reportés à une des conférences de U. Frayssinous ayant pour titre : Maximes de l'Eglise catholique sur le salut des hommes. La dernière partie de celte conférence détermine avec tant de clarté, de sagesse et de précision ce qu"il faut penser du sort des infidèles après celle vie, que nous n'avons pu résister au désir d'en tracer ici une esquisse rapide : elle pourra, au besoin, servir de correctif à lapreté du théologien de Port-Royal.
Après avoir, dans les deux premières parlies de son discours, exposé et discuté la doctrine catholique sur le salut des hérétiques de bonne foi et sur l'avenir des enfants morts sans baptême, l'orateur transporte la question aux infidèles.
Il établit d'abord, comme autant de principes évidents et conformes à nos saintes Ecritures : « Que Dieu demandera beaucoup à celui qui a reçu beaucoup , et moins à celui qui à moins reçu; que le serviteur qui, connaissant La volonté de son maître , ne la fait pas, sera sévèrement châtié, et qu'il n'en sera pas ainsi des autres; que Dieu, l'équité même, ne voudra pas recueillir là où. il n aura pas semé ; que ceux à qui le Ciel a départi avec plus d'abondance ses dons et ses lumières auront à rendre un compte plus rigoureux et plus étendu ; » enfin : « que le degré de malice doit se mesurer en grande partie sur celui de l'intelligence, «Cette base une fois posée, et après quelques détails tendant à faire ressortir l'immense avantage des peuples éclairés par la révélation sur ceux auxquels la Providence a refusé ce bienfait , il conclut que « vouloir appliquer indistinctement aux actions des infidèles les règles par lesquelles nous jugeons la moralité des nùt serait un rigorisme insensé. »
Appuyé sflr ces premières considérati il établit aloi lie proposition : Les infidèles «ne seront . • d'après l'Evj et cite, pour L'appuyer, le passage suivant de rdafoue (1) : « 11 faut, cln I cette pcitséc n'est pas de moi, mais de S. Jérôme,
1 I" Avenl . Sermon pour le premier Dimanche, premier point.
il faut bien établir dans nos esprits une rérité, à quoi peut-être nous n avons j. fait toute la réflexion nécessaire, que, le jugement de Dieu, il y aura une difTér infinie entre an païen qui n'aura pas connu la loi chrétienne, et un chrétien qui. l'ai int connue, y aura intérieurement renonce que Dieu, suivant les ordres mêmes de sa justice, traitera l'un bien autrement que l'autre. On sait assez qu'un païen, a qui la l<>i de Jésus-Christ n'aura point été ann sera pas jugé par celle loi , et que Dieu, tout absolu qu'il esl, gardera avec lui cette équité naturelle, de ne pas le condamner pour une loi qu'il ne lui aura pas fait connaître: ce que S. Paul enseigne en termes I Quicumque sine lege peccaverunt , sine ïege peribunl [Rom. II, 12
Enfin, après avoir préparé les esprits par la discussion des principes généraux qu'il vient d'établir, l'illustre orateur aborde le fond de la question, et la résout avec autant de modération que de clarté et d'éloquence. Voici ce passage . trop courl pour être abrégé, trop substantiel pour être anal;
« Pourquoi donc Jean-Jacques et d'autres déclamaleurs après lui semblent-ils supposer que , suivant la doctrine catholique . il y aura des hommes condamnés à des peines éternelles, précisément pour n'avoir pas connu une loi qu'il n'a pas été en leur pouvoir de connaître? (Mie supposition est chimérique. D'un tiile. nul homme ne sera sauvé précisément parce qu'il est né à Rome, parce qu'il connaît et professe la foi véritable. La naissance peut être un avantage, el'e n'est pas un mérite : si la foi est un don i récieux, la loi sans 1, s oeuvres serait un stérile. Le Dieu de vérité esl aUssi le Dieu de sainteté, et ne demain!. • pas moins l'observance de sa loi, que la soumission à sa parole. D'un autre cote, nul ne sera condamné au tribun. I de Dieu précisément pour être ne dans les I nouveau monde, ni ,
ai pour avoir ignoré les vertus chrétiennes, l.a naissance peut être un malheur, elle n'est pas un crime, et L'ignorance involontaire de la. révélation n'es! pas une faute punissable. Si le ciel l'ail briller la lumière aux veux de l'infidèle, celui-ci ne peut la rejesans être coupable: mais s'il n'a pas eu. s'il n'a pu avoir le moyen de s'éclairer, alors est invincible, il est excusable de ne pas connaître. La révélation chrétienne est mie loi positive . et il est de la nature d'une loi de n'être obligatoire que lorsqu'elle esl publiée el connue. Donc si l'infidèle se trouve condamne au tribunal du souverain Juge, ce ne sera que pour a\ oir \ iolé ci
MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION
pouvait et devait connaître de cette loi intérieure qui se manifeste par la conscience. Que si Dieu ne juge pas cet infidèle d'après la loi chrétienne, s'il ne le punit point de ce qu'if n'a pas eu la foi, s'il ne le punit que pour des fautes qu'il pouvait éviter, s'il mesure la peine sur le degré de connaissance et de malice, où est l'injustice? Je ne placerai pas cet infidèle dans le royaume de la béatitude céleste ; mais suivant sa conduite, il sera plus ou moins rapproché, dans sa destinée, tics enfants morts sans baptême, dont nous avons déjà parlé. Nous pourrions nous borner là avec un incrédule ; il n'en faut pas davantage pour faire évanouir la difficulté.
«Mais la théologie chrétienne nous fournit encore de nouvelles lumières. D'une part, elle nous dit bien que l'homme, par les seules forces de sa nature, ne peut pas mériter la foi; que même la première grâce est entièrement gratuite : et celui qui avancerait que Dieu la doit comme récompense de quelque mérite précédent, acquis par la seule raison, tomberait dans une erreur souvent condamnée, celle des pélagiens. Mais en même temps nous disons que, parmi les infidèles, il n'en est pas un seul qui soit étranger au bienfait de la rédemption, aux grâces surnaturelles, fruit du sacrifice offert sur la croix pour le salut du monde; que si l'infidèle était docile
à ces premières impressions de grâce tonte gratuite, il en recevrait de nouvelles, et que de lumière en lumière il pourrait arriver enfin à la connaissance de la vérité ; que Dieu pourrait l'y conduire, soit par la voie ordinaire de la prédication, soit par une révélation spéciale, comme celle qui a été faite aux prophètes et aux apôtres , soit par des impressions intérieures dont il toucherait son âme avant sa mort, soit par d'autres moyens pris dans les trésors de sa puissance et de sa sagesse. Connaissons-nous toutes les opérations secrètes de Dieu dans .'es âmes , toutes les manières dont il peut les éclairer? J'aime à croire qu'au grand jour de la manifestation, nous verrons éclater, a ce sujet, des prodiges de miséricorde, qui maintenant nous sont cachés , et qui raviront d'admiration les anges et les hommes. »
L'orateur conclut en invoquant à l'appui de sa doctrine l'autorité des théologiens et en particulier celle de S. Thomas , dont il rappelle cette parole mémorable, que «Dieu dans sa bonté enverrait plutôt un ange à celui qui, . aidé de sa grâce, le cherche dans la simplicité de son cœur, que de le laisser dans ses ténèbres ; » puis il ajoute : « Par celle manière de penser, les théologiens, loin de dégrader la Divinité, ne font que donner une excellente idée de la grandeur de sa miséricorde. »