LA FOI EN J. C
à soi-même, montrant la loi écrite dans son cœur, étant conduit par la loi naturelle, comme nous voyons plusieurs des Gentils, observant la justice, gardant la charité, sera juste, modeste, tempérant. Avec tout cela cet homme est éloigné de la vie éternelle, parce qu'il ne croit point en Jésus-Christ, et n'aura
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ependant il semule, selon ce qi.„ pâtre, qu'il ne peut pas perdre entièrement la gloire, l'honneur et la paix de ses bonnes œuvres.
Mais dit-on, encore qu'ils ne|puissent pas sans la foi participer à la vie éternelle, ils ne laissent pas de mériter par les bonnes œuvres qu'ils font. Origène ne dit point qu'ils méritent, mais qu'ils ne perdent pas entièrement la gloire, l'honneur et la paix de leurs bonnes œuvres. Or c'est ce dont tout le monde convient. Personne ne doute, par exemple, que Fabricius n'ait autant eu d'honneur de sa tempérance, que Catilina de déshonneur de ses désordres ; que le premier n'ait été moins agité en cette vie du remords de sa conscience, que le dernier; et même qu'en l'autre vie Catilina ne soit plus grièvement puni que Fabricius. Mais ni l'un ni l'autre n'a pu mériter par ses œuvres sans la foi en Jésus-Christ, non seulement la vie éternelle, mais même la grâce et la justice. Ainsi c'est abuser visiblement de ce passage d'Origène, que d'en vouloir tirer cette conséquence, que les Gentils ont pu être sauvés ou même mérité d'être justifiés sans la foi en Jésus-Christ.
On allègue deux passages de saint Ambroise,dont l'un ne fait rien à notre sujet, et l'autre est pris à contre-sens. Saint Ambroise, dit-on, n'a pas fait difficulté d'ouvrir le paradis à Valentinien le Jeune, nonobstant le défaut de baptême. Cette objection ne peut avoir été faite que par un homme qui n'avait nulle teinture de théologie. Car tous les théologiens conviennent que le vœu du baptême suffit pour être sauvé, quand on a la foi, et qu'on n'a point différé à le recevoir par mépris. Or il est certain que Valentinien l'avait désiré ardemment. Saint Ambroise en avait été assuré par les lettres mêmes de ce prince qui était dans une grande impatience de le voir pour recevoir le baptême de sa main. C'est donc avec raison que ce saint dit de lui, qu'il est monté au ciel purifié de ses péchés, parce que sa foi l'a lavé, que sa demande lui a tenu lieu de la consécration du sacrement: Dclcrsa labe peccati ablutus ascendit, quem sua fides lavit et pelitio consecravit. Mais il semble que l'on n'ait rapporté cet exemple que pour déshonorer la mémoire de ce prince, et faire retomber cette injure sur saint Ambroise, en faisant croire qu'il a été capable de louer comme un saint, un homme qui avait persécuté les catholiques, et qui s'était étranglé lui-même. Car c'est avec ces couleurs qu on nous le dépeint. Néanmoins, dit-on, cet empereur avait fort persécuté les catholiques en faveur de l'impératrice Justine, qui était arienne, et plusieurs cru-
DÉMONSTRATION l.v \M.l' Mol I .
rcnt a sa mort qu'il s'était lui-même attaché le licol dont ou le trouva étranglé. Deux calomnies étranges dont on noircit la mémoire de ce pieux empereur; car il n'eut
aucune part à la persécution que Justine, sa mère, suscita à saint Ambroise, l'empire étant alors entre les mains detiralien: et Ion ne peut douter, sans faire passer saint Ambroise. pour un imposteur, et sans démentir les auteurs les plus dignes de loi, qu'il n'ait perdu la vie par le crime du traître Arhogasle, qui lit malicieusement courir le bruit qu'il s était étranglé lui-même.
L'autre passage de saint Ambroise qu'on apporte , tiré du chapitre 11 du livre du Jsien de la mort, est pris tout à l'ail à contre-sens. On suppose que saint Ambroise n'a pas désespéré du salut de Socrate : il faudrait dire qu'il l'a assuré, s'il avait cru de Socrate ce qu'il rapporte que ce philosophe dit de luimême , qu'il se hâte d'aller trouver ces demidieux , ces hommes justes, Tune Sevrâtes feslinare se divit ad illos semideos , il lus ojjlimus viras. Mais S. Ambroise n'allègue ces paroles de Socrate, que pour faire voir que Platon, qui les met dans la bouche de Socrate , avait eu quelque connaissance de l'autre vie qu'il avait tirée des auteurs sacrés (1). Qui , dit-il, est le premier d'Esdras ou de Platon? Saint Paul du moins a suivi plutôt les paroles d'Esdras que de Platon. Esdras a déclaré, suivant la révélation qu'il en avait reçue, que les justes seront avec Jésus-Christ et avec les taints. Socrate dit aussi qu'il se hâte d'aller à ses dieux (et non pas à ces demi-dieux, comme l'auteur que nous combattons a cité cet endroit ) , à ces hommes de bien. Il faut donc dire que ce qu'il y a de plus excellent dans les livres des philosophes vient de nous. Platon a écrit une chose dont il n'avait point de témoignage qu'il pût s'approprier: mais nous autres, nous avons l'autorité de la loi de Dieu. N'estce pas abuser visiblement de ce passage , que d'en conclure que saint Ambroise n'a pas désespéré du salut de Socrate. C'est si peu son dessein , qu'il n'apporte celte pensée de Socrate , que pour faire voir que Platon l'a prise d'Esdras, et que l'autre vie n'était pas connue aux philosophes.
On allègue quelques passages de saint Jérôme , pour montrer que les païens et les infidèles peuvent faire quelques bonnes œuvres. Mais ce même père déclare dans un de ces endroits (2), Que ceux qui font quel-
(1) S. Ambrosius tib. deDuno mollit, c. 10. iimn .M . Quis ulk|uc prior Esdras, an IMaio? imm Pauiufl Lsdric non Plaionis Beculus (M dicl;t. bsdras retela— vii sccmiduiii collalam in se revelaiionera, jo -i<>s cum Chrislo l'ulinos cum sanciis. Iliuc ci Socrales ill stinare se dicii ad illos buos deos, ad illos oplhnos virbs. Nosira sont ilaquequa? in philosopborum 1 1 1 1 <■ris pressurai : ci ille pbsuit ca quorum legliraonium non liabebai , nos divin! praecepii babemus auclorilan-in.
(1) .S. Hieronym. in Lpisl. ml datât, cap. I. Unde mulii absque Ade cl EvangeJiQ Ghrisli , vel Btpicntâr l'aciiini aliqua, vel sancp» ul parenlibus obaequaotur, ut inopi niainiin pomganl , non opprimant vicions, non aliéna diripiaut, magisqae judicio Dpi pbnoxii
ques actions de justice $ans la foi et .«m» l'E vangile, sont plus coupables devant Dieu; parce qu'ayant tn tox quelques principa <le vertu, <t quelques tenu /<■ 1 1 de /• de Dieu, ils m traient pat </< celui son* I pi im i il être.
>.iint Chrysojtoj tout lei plm le
seul dont on puisse tirer quelques passages en apparence contraires a la nécessité de la loi en Jésus-Christ pour le salut des Gentils qui ont bi< u \éi u avant •>;! venue. L'auteur de ce traité prouve très-bien, que Im principes qqe ce père établit . sont entièrement contraires à cette erreur. Mais cependant il faut avoui r qu'il semble - en <■■ arter en deux endroits de sa trente— septième homélie sut saint Matthieu, où parlant de la demande orna. saint Jean-Baptiste avait faite i Notre-S gneur par ses disciples : S'il était celai qui devait venir, ou si l'on en devait attendri un autre , ii réfute deux différentes inductions que quelques-uns liraient de celte demande de <ainl Jean. La première (1) , que ce su, ut précurseur n'ignorait pu» que /< tus-Christ ressusciterait et donnerait son isj>rit ; mais, qu'il ignorait s'il serait attaché à la croix. Saint Chrysostome rejette cette opinion pour deux raisons: la première, parce qu il ne pouvait savoir la résurrection de Jésus-Christ qu'il ne sût sa mort ; la seconde , parce qu'étant plus grand que tous les prophètes , il ne pouvait pas ignorer ce que les prophètes avaient connu et prédit. Cela donne lieu à ce saint docteur de recueillir avec son érudition et son éloquence ordinaire, les excellentes prophéties de la passion de lésos-Christ : après quoi il entreprend de réfuter une antre induction encore plus extravagante qtic quelques-uns tiraient de la demande de S. Jean- Baptiste, qu'il l'avait fait faire à Jésus-Christ dans le dessein de prêcher aux enfers. Il dit (2) qu'en peut appliquer à ceux qui sou-
fiant, quod habenles in «e principia vinuium ci Dci scinina, non cre.lunl in eo Bine qtio esse non pus- 5111. 1.
(i) S. Chrysos. homil. 37. im Muiili. Rcsumaurum quidem ipsum (Chrislum) non ignorabai, sed cruci aftigendum nesciebai? Uuomodo igitur resurgere poieral, nisi passu» crucilimsque fuissel? Quomodo auieio major propbelis Jouîmes qui vcl ipsa qua prophète dixerunl pesciebal? quod rero major erai quam prophcia ij'Se Clu i~uis atlesituu e-i : quod aiiitin prophétie Passionem Cerisli irevidernni, nemo miquaro mliciabiiur. Uaias enim clamai , sicut ovis ad occisioueœ duclus esi, etc.
. Idem ibui. Mulio aulem illud ridiculosius esl : asserunt enim ideo a Joanue quisiium fuisse, uicum ad inferos devenisset, ibj quoque pnedtearet. Adversus quos non exil absque re ila d être : t'miret, nolitc pueri efici sensibus, tcd matitia parvuli Prxsens enim baec vila oi casionem el opporlnniuien lialici, postquam verodiem luum obiers, jodiciumci
pœna consequiiur Quod si iia non eet, eed om-
ncs ab iniuo defuuctos 1 gefae&M liberavii : Qnomodo ip.c inquil, loltrabibt» ait terrœ Sodomorum et Gomwrhœorum ? Qaod cerle significal puniendos quidem illoa omnioo quamvis reniissiiu. Quod si illi qui tam graviter lue punili sont, ibï (|iioquc puniini-
iin , quanta mtg'u qui nuilum lue eerpew moi Bon-
pliciuQ) !
NÉCESSITÉ DE LA FO! ENJ.-C
tiennent ce sentiment, ces paroles de l'Apôtre: Mes frères, ne soyez point enfants dans vos pensées, mais dans la malice. Car, dit-il, cette vie présente est le temps de bien faire : après la mort il ne faut attendre que le jugement et le supplice , si Von a mal fait. Il soutient donc avec raison, que Jésus-Christ n'est point descendu aux enfers pour déli vrer ceux qui avaient mérité la damnation par leurs crimes. Là-dessus il se fait une objection (1) : Mais si cela est, dira quelqu'un , tous ceux qui sont morts avant sa venue ont donc été punis? Point du tout, répond-il. Car il n'était pas impossible alors que ceux qui ne confessaient pas Jésus-Christ , fussent sauvés. On n'exigeait point cela d'eux, mais seulement qu'ils ne commissent point d'idolâtrie, et qu'ils connussent le vrai Dieu. Ce qu'il répète quelques lignes après. Car alors, dit-il, il suffisait pour le salut , comme j'ai déjà dit, de connaître le vrai Dieu. Mais il n'en est pas de même à présent. La connaissance de Jésus-Christ est encore nécessaire. Enfin il conclut que ceux d'entre les Gentils morts avant, l'incarnation de J ésus- Christ , qui sans avoir connu Jésus-Christ , s'étaient abstenus du culte des idoles , qui avaient adoré le seul vrai .Dieu , et mené une vie parfaite, jouissaient du souverain bien, suivant ce que dit l'Apôtre : « Gloire , honneur et paix à tous ceux qui ont fait le bien soit Juifs soit Gentils. »
Je ne puis mieux répondre à cette objection, qu'en me servant de la réponse que saint Augustin fait à un passage de saint Cbrysostome , que Julien lui objectait, qui ne paraît pas moins fort contre le péché originel, que celui-ci le paraît contre la nécessité de la foi en Jésus-Christ, avant qu'il se fut incarné. Car on y trouverait précisément, qu'on ne baptise pas les enfants pour les purifier de leur péché , puisqu'ils ne sont pas souillésde péchés: Cumpeccalanon habeant:
mais pour leur communiquer la sainteté , la justice, l'adoption, l'héritage et la fraternité avec Jésus-Christ ; afin qu'il fussent ses membres : S cd ut addalur ei s sanctitas , justilia, adoptio , hœr éditas , fraternitas Chrisli , ut cjus membra sinl.
Que répond à cela saint Augustin (2) ?
(1) Idem ibid. Sed magna, inquies, injuria illishnc raiione sit , qui anlè advenlum Chrisli nature con-j cusseruui ; minime, inquam ; poicrant enim uomines tune eliam ipsum poil confessi, salvari ; non enim Chrisli qui nondum veneral ab illis cul lus pcidjatur ; sed ul idolorum cullu sprelo unum soluni Deum conditorem omnium noscerent.... Tune enim , ul dixiinus, sufÛciebat unum soluni Deiim nossc; nunc auicin non iia csi, sed necessaria esi ad salutem Chrisli
cognilie Quod autem qui anle Curislum otrieruul
ac ideo ipsum non cognoverunt, si al) idolorum cultu rocessoruni ac Dcuui solum adorarunt , si praaterea boneste vitam peregëruni, aeterna bona et beaiiiudi-
nen; adi|iisceuiur. Audi quid dirai l'aulns : Gluria autem et konor, cl pax omni operanli boitum, Judœo primum cl gentiU.
(-1) S. Âttguet. lib. I. conl. .lui. c. VI. Itanc isla verra sancii loannis episcopi audes lanquam c contrario loi taliumque collegarum cjus opponere, cumque ab illorum concordissima socielaie sejungerc, et cis adversarium constiiuerc ? Absil, absil iioc malum
Quoi , osez-vous bien objecter ces paroles du saint évéque Jean , comme contraires au «rntiment d'un si grand nombre de ses excellents collègues , et le séparer de leur société qui est dans un accord si parfait , pour leur opposer ce saint comme un adversaire? A Dieu ne plaise , à Dieu ne plaise , que l'on croye ou que l'on dise une chose si désavantageuse d'un si grand homme. Â Dieu ne plaise , dis-je , que Jean évéque de Constantinople ait eu d'autre pensée sur le salut de Gentils ! J'applique à notre sujet ce que saint Augustin dit du péché originel et sur la nécessité de la foi en Jésus- Christ, etjedisque S.Chrysostome ne pensait pas autrementque tant et de si saints évoques comme lui, saint Ignace d'Antiochc, saint Irénée deLyon, saint Cyprien de Carthage, saini Grégoire dcNazianze, saint Hilaire de France, saint Augustin d'Hipponc, saint Léon et S. Grégoire de Rome, et plusieurs autres. Il y a des choses sur lesquelles les plus savants et les plus zélés défenseurs de la foi catholique ne s'accordent pas sans blesser l'intégrité de la foi , et dans lesquelles ce que l'un dit est quelquefois mieux et plus vrai que ce que dit l'autre. Mais la question dont il s'agit, appartient aux fondements de la foi. Quiconque veut donner atteinte à ce qui est écrit , que comme tous les hommes meurent en Adam, tous sont vivifiés par Jésus-Christ; qu'il n'y a personne que lui , en qui et par qui on puisse avoir obtenu le salut: que c'est parla foi en lui que tous les hommes ont été justifiés , renverse entièrement la religion de Jésus-Christ, Totum quod in Cliristum credimus , auferre molitur.
Saint Chrysostome \a cru, a appris et a enseigné cette doctrine. Mais on abuse de ses paroles pour établir une erreur à laquelle il n'a point pensé.
Quand il a dit qu'avant la venue de Jésus- Christ on pouvait être sauvé sans la connaissance en Jésus-Christ , il faut entendre cela d'une connaissance expresse , claire , développée, telle qu'elle est nécessaire à présent. Mais il n'a pas prétendu qu'en s'abstenant de l'idolâtrie , et en vivant moralement bien, on peut être sauvé parla seule connaissance naturelle de la Divinité. Si cela était, il aurait enseigné l'erreur qu'a depuis soutenue Pélagejil aurait renversé lui-même les principes qu'il établit en tant d'endroits comme des dogmes catholiques, que l'on ne peut être sauvé, ni par la loi ni parla nature, mais seulement par la foi. On peut même tirer une indu< lion de l'exemple qu'il apporte en cet endroit, qu'il n'a pas exclu la loi en Jésus-Christ; car il dit (1), que comme la connaissance est
de lanlo viro credere aut dicere : absil , inquam , ut consianiinopoliianus Joanncs lot ac lanlis coepiscopis suis résistai. Alia suui in nuibus inler se aliquando cliani doelissimi alqtie oplimi régula: calholicx
defensores salva (idei c page uoii consonaui, et
alius alio de una re melius uliquid dicil ci verius: hoc autem unde nunc agiinus , ad ipsa (idei pertinet
fundaménlii Hoc tenait, hoc credidJl, hoc didi-
cil, hoc docuil ci Joannes, scd cjus verba in vcslrum dogma converties.
(i) S. Chryiost. laudata homjl, 37 in Mattli. Parilcr etiam majora in vivendi disciplina petuntur a nobis.
augmentée pour la doctrine , les obligation*
sont aussi augmentées pour les mœurs; qu'autre fois l'homicide faitait périr celui qui le rouivu unit , et qu'à présent c'est un crime de se mettre en colère ; que l'adultère était puni . et qu'à présent on est coupable quand on regarde une femme avec des yeux impudiques. Dira-ton que saint Chrysostomc a*it cru que la colère et les désirs impudiques n'aient pas été des péchés avant la loi de Jésus-Christ? Je ne crois pas que personne puisse lui attribuer celte pensée. On sera donc obligé de dire qu'il a parlé seulement de la lettre de la loi , qui ne défendait pas expressément la colère et les désirs déréglés ; mais seulement l'homicide et l'adultère , quoique néanmoins la colère et les désirs déréglés fussent compris dans l'esprit de la loi. De même quand il dit qu'avant Jésus-Christ on n'exigait que la connaissance deDieu, et non pas celle de Jésus-Christ, comme on a fait à présent, il faut l'entendre d'une connaissance formelle, claire et développée de l'incarnation, que ni la nature ni la loi de Moïse n'apprenaient clairement ; mais non pas d'une foi générale en un libérateur , tel que Dieu l'avait révélé aux prophètes et aux hommes inspirés de Dieu , soit parmi les Juifs , soit parmi les Gentils. Si l'on nous demande pourquoi il ne s"estpas expliqué ainsi , nous répondrons encore avec saint Augustin : Que ce saint docteur raisonnant dans l'Eglise catholique , ne croyait pas qu'on pût entendre autrement ses paroles; et que personne n'attaquant alors cette doctrine , il n'était pas obligé de parler avec tant de précaution (1).
Le passage de Théodoret, que ce ne sont pas les Juifs seuls qui ont eu part au salut, mais aussi les Gentils qui ont vécu sans observer la loi, et qui ont la religion : Pietatem autem Deique cultum amptexi, ne fait rien à notre sujet; car sous le mol de piété ou de religion, ou doit entendre celle qui est fondée sur la foi en Jésus-Christ.
Il est encore plus surprenant que l'on ait cité contre la foi en Jésus-Christ et pour le salut des païens, l'auteur du livre de la Vocation des Gentils , qui rejette expressément cette erreur. Car il emploie un chapitre entier (2) pour montrer que les mystères de la
Nom illis temporibus cœdis perpetraiio homicidam perdebat : nunc vero salis est irasci : Et lime qnidem uxori alienaî commiscciï aique adulterari supplicium all'erebat : nunc aulem incontincnlibus oculis cerne re, punilionem non fugit : nain sicul cogailio ad perïeetius aique subiimius pervenil, sic certe disciplina qunque Vivendi ad nielius progressa csl.
(1) S. August. ubi supva. Al, inouïes, cur non ipse aildidii? Cur puiamus, nisi quia dispulans in Calliolica Ecclesia non se aliier intelligi arbilrabalur , lali qiixstione nullius pulsabalur , vobisnondu.ro liliganliluis securius loquebalox ?
(-1) Auclor. lib. de Yocat. Cent. I. n. c. 14. la conscrvalione aulcm Noe liliorumquc ejus el minium.... quanta divins graliae mysieria revclaia sim Scriplu-
ra inanifeslat franc lalitudinem gralix in pjeni-
tudine disposiiomin lemporum revèlandae lut.» ad Abraham promissio Dei signis jam luoulenlioribus indicabal, q^uaudo duplex ejus successio Fiiii BCilicet çaruis, cl rilii protnissionis Yirsenex per anuo-
DÊMONSTKATION LVANGÉLIQUE.
grâce et de l'incarnation du Verbe ont connus et figurés à lODfl les justes depuis
Noé ; qu'ils ont encore été plus clairement marquée par la promette faite à Abraham , qui avait cru en celui qui devait nuitre de sa postérité pour être le Sauveur du monde, et qui avait été justifié par cette foi avant que de recevoir la circoncision ; que cette même foi avait été depuis comme renfermée dans un peuple d'une seule race, l'espérance de notre rédemption étant principalement en rigueur parmi les vrais Israélites. Parce que. quoiqu'il y ait eu quelques étrangers éclairé* de la vérité pendant le temps de la loi, ils ont été en si petit nombre, qu'à peine connaît-on s'ils ont été. Les principes de cet auteur sont entièremsnt conformes en cela à ceux de saint Augustin ; et l'on ne peut douter qu'il ne soit de même sentiment sur la nécessité de la foi en Jésus-Christ.
Le commentaire sur l'Epitre de saint Paul que l'on cite sous le nom de saint Anselme, n'est pas de ce père, mais d'Henée, moine de l'abbaye de Bourdieux dans le diocèse de Bourges. Celui que l'on attribue à saint Ilruno, fondateur de l'ordre des Chartreux, n'est pas non plus de lui , mais de Brunon de Signi. Ces deux auteurs, qui ont vécu dans le douzième siècle de l'Eglise, ne sont pas d'une grande autorité ; et d'ailleurs, leurs passages ne détruisent point la nécessité de la foi en Jésus-Christ; car ils parlent l'un et l'autre des Gentils convertis , dont ils disent qu'ils seront sauvés sans pratiquer la loi de Moïse, et en observant les préceptes de la loi naturelle , mais non sans la foi.
Le sentiment de saint Bernard et la doctrine de saint Thomas ont été suffisamment expliqués dans la préface de cet ouvrage, où l'on a fait voir qu'ils étaient bien éloignés de l'erreur de ceux qui réduisent la foi implicite en Jésus-Christ à une connaissance naturelle du vrai Dieu el de sa Providence.
Voilà tous les auteurs de quelque aulorilé que l'on a allégués contre la nécessité de la foi en Jésus-Christ. Je pourrais me dépenser d'examiner les témoignages de quelques nouveaux théologiens qui ne sont pas d'un assez grand poids pour rendre une opinion probable : cependant il est aisé de faire voir que la plupart de ceux qu'on allègue, ne disent rien contre la nécessité de la loi en Jésus - Christ , ni pour le salut des païens morts dans le paganisme.
André Véga, qui esl le premier que l'on
sani uxorisslerililalemab spe jam prolis alienus, credebal laudabili Mile per germen unius fUii patron se iulurum esse mundi, prospicieas iUtun in semine sua, imo conspicieus qui dixil : Abraham dien meum vidit cl gavisus est Qta Ide Abraham ctim juMilicareiur, nondum nandalnm circumeisionis aoceperat, sed cum esseï m pnepulio nalurali, repuuiaeai fuies ejus ad justiiiam: b.ec autem lides aniequam veniret boc m incn inira unius populum contiuebalur slirpis , vigenle apud Israelitas spe redempuonis bosIt». Quoniam eisi fueruol in ahenigeois quos lemporibus legis veritas illuslrare dignala sit , lauieu lain pauci fucrunt, ut vix cognoscautur an luerint.
cite, ne soutient point que ceux qui sont dans l'ignorance de Jésus-Christ puissent être sauvés en demeurant dans cette ignorance; mais que cette ignorance n'est pas en eux un • péché, Inculpabîlem illius ignorantiam habere. Or il faut n'être pas théologien pour confondre ces deux questions , si l'infidélité purement négative est péché ou si l'on peut être sauvé sans foi.
Casalius et tous les autres théologiens que l'on cite, reconnaissent la nécessité de la foi implicite au Médiateur, et ne réduisent pas cette foi implicite à une simple connaissance naturelle de la providence de Dieu, mais à une connaissance fondée sur la foi claire et distincte dans les chefs de la religion, et obscure et voilée dans les autres, mais dont l'objet est un Médiateur et un Réparateur. C'est ainsi que s'explique Sixte de Sienne, qui, bien loin d'être favorable au sentiment que l'on veut établir, apporte la solution au passage de saint Chrysostome , qui est la seule difûculté raisonnable que l'on puisse proposer sur ce sujet. Voici les paroles de cet auteur : Je croirais, dit-il, que saint Chrysostome n'a voulu parler que de cette foi et de cette connaissance que les scolastiqucs appellent explicite, c'est-à-dire une connaissance claire et distincte de tous les mystères de Jésus- Christ en particulier , que tous les justes n'ont pas eue avant la venue de Jésus-Christ ; car il suffisait aux Juifs simples et moins éclairés d'avoir une connaissance générale de la rédemption du genre humain, et voilée sous les significations des sacrifices et des cérémonies. Et à l'égard des Gentils, si quelqu'un a obtenu le salut sans la connaissance du Médiateur, il leur a suffi d'avoir cette foi renfermée dans la foi en Dieu , c'est-à-dire de croire que Dieu serait le Sauveur du genre humain, selon l'ordre secret de la Providence révélé à quelques personnes inspirées de Dieu, et aux sibylles par un privilège particulier.
Léonard Aretin ne parle point du tout du salut des païens, mais seulement des maximes de l'honnêteté morale, qui sont de tout temps les mêmes.
Raphaël de Volterrc ne dit point que Pythagore, Socratc, Aristide, Apollonius, Numa, Nasica, Paul Emile, lcsCatons, Sénèque, Trajan, Tito et les autres païens qui ont été éclairés des lumières de la sagesse, aient été faits participants do la vie éternelle avec Jésus-Chrisr qu'ils n'ont point connu; mais seulement que Dieu les a traités plus doucement que les autres : Et cum de fanais tnitins aCtum e.rtitissr.
Campanelle est si peu favorable au sentiment qui détruit la nécessité de la foi en Jésus-Christ, qu'il décide nettement dans le passage que l'on allègue, que les enfants et les adultes qui ont été sauvés parmi les Genlils, l'ont été par la foi. 11 est vrai qu'il dit que les peuples à qui l'Evangile n'a pas encore été prêché, ne sont pas obligés au baptême, c'est-à-dire que l'omission du baptême ell'inûdéli té négative ne sont pas un péché en eux , ce que personne ne soudent. Mais