‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 108 sur 305 · A NT LA. RELIGION · texte numérisé non relu

A NT LA. RELIGION

s'étaient entièrement évanouis : ainsi qu'ils devaient se persuader, que si la religion que les apôtres leur annonçaient était l'ouvrage des hommes, elle se dissiperait assurément en la négligeant et sans persécuter ceux qui l'annonçaient, comme la secte de Théodas et celle de Judas le Galiléen avaient été dissipées sans qu'on les eût tourmentés : que si au contraire elle venait de Dieu, tous leurs efforts ne serviraient de rien pour la détruire.

Ce que cet homme inspiré de Dieu disait à ces persécuteurs de l'Evangile est arrivé; la religion chrétienne n'a jamais tant fleuri qu'au milieu des persécutions. Les apôtres, dans le môme temps que Gamaliel raisonnait ainsi, ne laissèrent pas de recevoir quelque flétrissure des Juifs, mais ils en firent leurs délices. Ils prêchèrent Jésus-Christ crucifié avec plus de force et de succès qu'auparavant, et ils continuèrent jusqu'à ce qu'ils eurent donné leur vie pour leur maître.

Cela a duré depuis les apôtres jusqu'à nous. Plus la prédication de l'Evangile a été attaquée, et plus elle a été efficace; plus on a été hardi à annoncer la folie de la croix, et plus on est entré dans la véritable sagesse de la religion chrétienne ; et tous ceux qui prêchent encore maintenant aux infidèles, le font avec confiance et ne rougissent point de l'Evangile, persuadent la religion comme les apôtres la persuadaient, en l'exposant comme eux avec simplicité et dans la pureté de ses vérités toutes divines.

L'histoire des Indes nous apprend ce qu'ont fait S. François Xavier et tant d'autres saints personnages , par qui Dieu a opéré un nombre innombrable de conversions et de miracles, et en opère encore tous les jours.

L'idolâtrie et les autres religions qui sont l'ouvrage du diable , onl péri dans le monde chrétien , nonobstant la faveur et l'autorité des princes de la terre, et le christianisme s'est établi au milieu du monde infidèle, et subsiste malgré les persécutions, parce qu'il vient de Dieu, et voilà la prédiction de Gamaliel accomplie.

Je sais bien qu'on a accoutumé d'alléguer que Mahomet n'a pas laissé de réussir dans l'établissement de sa loi, quoiqu'elle ne vienne pas de Dieu, et que nous sommes dans l'onzième siècle de cette bizarre religion. Mais cette objection ne détruit en rien ce que nous avons établi en faveur de la religion chrétienne.

Gamaliel conseilla aux Juifs de laisser les apôtres en liberté, parce que si la loi qu'ils

prêchaient était une invention des Iiom s ,

elle se dissiperait d'elle-même, sans qu'on persécutât ceux qui en faisaient profession ; et si elle venait de Dieu, ils n'en pourraient pas empêcher l'établissement.

Ce conseil était plein de sagesse : il voulait qu'on éprouvât en paix l'esprit de Dieu, qu'on ne peut discerner dans l'émotion et dans le tumulte, selon la parole de Dieu même.

Il ne prédisait pas qu'un prince ne pourrait point se rendre maître d'un empire, y

DÉMONSTRATION liYANGLLI

répandre des colonies qui Ûssenl profession d''.!!if fausse religion, les j maintenir parla

des .iriucs et par le soin d'empêcher qu'elles ne fussent instruites : mais comme (.un il cl parlait à des gens qui faisaient profession de suivre la loi dé Dieu, il leur donnait un avis pour n'être point trompés <laus la vraie religion.

Il los exhortait à laisser les apôtres en liberté, parce que si ce qu'ils prêchaient du Messie qui avait été prédit, et dont les Juifs eux-mêmes avaient les prédictions ; qu'ils citaient des prophètes dont ils respectaient la voix, et les paroles ; si ce qu'ils «lisaient des miracles qu'ils reconnaissaient ne pouvoir venir que de Dieu était vrai, ils étaient obligés, par les principes de leur religion mémo, de s'y soumettre.

Il leur faisait connaître que toute la persécution qu'ils feraient aux apôtres, n'einpêcherajt pas rétablissement de la vérité: et que Dieu, duquel elle était l'ouvrage, était plus puissant pour la maintenir, que la malice des hommes ne l'était pour la détruire.

Il leur représentait que la doctrine de Théodas et de Judas le (ialilécn s'était évanouie au milieu d'eux, parce que n'ayant pas permis qu'elle eût d'autre support extérieur, que celui de ses auteurs qui étaient faible;, elle était destituée dans le fond de celui de la vérité qui est tout-puissant; et il les assurait qu'il en serait de même de la doctrine des apôtres, si elle était fausse : y avait-il rien de plus raisonnable?

Dieu a permis que Mahomet ait envahi un empire, pour punir l'ingratitude de ceux qui l'habitaient. Ce tyran a établi dans cet empire, les armes à la main, de nouveaux usages, une loi nouvelle qui flatte les sens et laisse la nature en liberté : il a soutenu tout cela par la force des armes et par le soin qu'il a pris que ses sujets ne reçussent aucune instruction. Ses successeurs à l'empire ont suivi ses mêmes règles, comment n'aurait-il pas réussi?

Le christianisme au contraire s'est établi, maintenu et accru sans le secours des hommes et malgré leur résistance, par les souffrances, par les persécutions. Ceux qui le prêchent ne proposent que la mortification (les sens et la destruction de tout ce qui platt à la nature-: on expose les mystères de celle religion à la connaissance des plus simples ; elle apprend à connaître Dieu ; elle éclaire tout le monde par la parole et par l'instruction : quelle plus grande marque peut-on avoir que la vérité esl pour les chrétiens ?

Il faut qu'une; religion soil bien faible, qui a besoin delà force des armes, pour s'établir et pour se soutenir! 11 faut qu'une religion soit bien forte qui s'établit et se soutient sans aucun secours que celui de la croix et de la persécution 1 II faut qu'une religion soit bien éloignée de' ia vérité, qui craint l'éclaircissement et l'instruction, qui .n'a nulle preuve, « i qui affecte partout l'ignorance ! Il faut qu'une religion soit bien vriie. qui ne cherche qu'à cire exposée par la prédication, à

1 1 v ne de tout le monde, et qui se prou\ e par

des prophéties el

n vcul éprouver l'égalité on I renco du mahométisme el «lu < hristianisi que les puissances de la i rre ne contraign ni

point les niahomet mis n , iloi ite \

9 lente de sui\ re leur loi . qu'on I liberté de s'crlair ir si elle vient d ■ ! I non. que leur doctriqe n'ait d'autre que la parole de leur auteur, et l'on \, si elle ne s'évanouira point, comme i

deux imposteur, dont parlait Cam il,

Je dirais même, si la charité el 1a dou chrétienne le permettaient, qu'on aux menaces, aux persécuti ur-

ments , comme les chrétiens y on po-

. et si leur religion subsisl nie,

s'étend comme celle ':

glorifier d'avoir autant d que la

nôtre, on bien l'on pourra dire que la nôtre si e i au- -i fausse que celle des mahoi .Mais Dieu a déjà assez fait connaître que le privilège du christianisme ne peut être couimun à aucune autre secte. Cette force indépendante de tout secour> humain esl la preuve incontestable, selon Gamaliel Ion la raison même, qu'i ii véritable

ion préférable ment à toute autre.

Puis donc que le mabomél il i tué

des avantages que nous avons, qui! s'est établi sans prophéties, sans miracles, par la seule, force et par l'ignorance; quel argument peut-on tirer (le elle . ■ liu'ion contre la vraie religion de Jésus-Chris

Quand ce qui vient d'être dit ne détruirait pas toutes les objections qu'on nous peut faire et quel'on peut tirer de la supertitieu et ridicule secte de Mahomet, on p ut dire deux choses par rapport a elle, eu faveur de la religion chrétienne, auxquelles il n'y a point de réplique. L'une est. eue presque tous les pays que le mahométisme a inondés ont éle chrétiens, conime.il a déjà i dit, el qu'ainsi ces pays-là mêmes prouvent la vérité du christianisme, quelqu infidèles qu'ils soient maintenant, puisque /,

ainsi que nous l'avons fait voir, pour établir ce que Jésus-Christ a dit de l'universalité de l'Evangile, qu'il soit prêché p irtoul , quoique l'infidélité et l'ingratitude des boni: le banissent de plusieurs lieux, où il avait élé reçu.

L'autre chose qu'il y a à dire esl que M 1homet même, dans son Alcoran, loue Jésu Christ, le préfère à ton les prophètes et à tous les hommes, l'appelle l'âme ci ht vertu Dieu, et n'en parle jamais, ni de l'Evangile, qu'avec respect. De sorte que. comme dit Marsile Ficin, on peut regarder Mahomet (>n quelque fiçon comme un chrétien infidèle qui a composé sa monstrueuse loi de l'arianisme et du manichéisme.

Quoi qu'il en soit, ci de quelque manière qu'on doive considérer «et imposteur . il prouve malgré lui la vérité de notre religion, el la divinité de Jésus-Christ en s'élevanl contre l'une et l'autre. Car si Jésus-Chrisl C$j prophète, el plus que prophète, comme il dit dans l'Alcoran , Dieu lui met sa parolo dans la bouche, et ainsi Dieu parle en lui 0

MEMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

par lui: s'il est l'âme et la vertu de Dieu, c'est Dieu qui agit en lui et par lui. Or Jésus- Christ parle et agit pour nous faire connaître et nous faire croire qu'il est notre libérateur et le Fils de Dieu; il faut donc que Mahomet avoue que Jésus-Christ a toutes ce9 qualités, et s'il ne l'avoue pas, il est manifestement, ou un blasphémateur, en disant que Djwij lui-même nous a séduits par son prophète, ou un fou, en avançant des choses dont on lire des conséquences qui détruisent sa propre doctrine. De sorte que, bien loin que la superstition de Mahomet fournisse des arguments contre la religion chrétienne, elle nousen donne au contraire pour la prouver, pour peu qu'on ait d'équité et de r;iison, encore que Dieu, qui aveugle les méchants au milieu de la lumière et par la lumière même, ait permis que les sectateurs de cet impie soient devenus les persécuteurs .et les plus cruels ennemis de celui que leur auteur a tant estimé.

Outre le miracle continuel de la prédication et de la propagation de l'Evangile, la foule de tant d'autres miracles que Dieu a opérés par ses serviteurs depuis les apôtres, est une source perpétuelle de nouvelles preuves de la divinité de celui au nom duquel les saints ontagi.

J'avoue que dans celle multitude de miracles que les diverses histoires de l'Eglise nous rapportent, il est impossible qu'il n'y en ait plusieurs que la simplicité des hommes ait imaginés ou .que la cupidité, l'hypocrisie et l'orgueil aient inventés : mais il faut avouer aussi qu'il ne serait pas naturel de dire qu'ils soient tous faux , et il n'en faut qu'un de vrai, pour nous persuader efficacement de plusieurs autres. Dieu en a opéré uq eh nos jours, à la vue de tout Paris, en la personne d'une enfant qui a été guérie en un moment par l'attouchement d'une des épines de la couronne de Noire-Seigneur, et ce miracle suffit pour nous obliger d'avouer que tous les miracles ne sont pas faux, et que Dieu parle quelquefois par eux , eu Jésus-Chrisl, son Fils, selon l'expression de saint Paul. Je vis la petite fille, cinq ou six jours après qu'elle fut guérie : elle n'avait que dix 'ou onze ans, son mal était une fistule lacrymale qui lui avait carié l'os audessous de l'œil , et qui avait tellement corrompu celte partie par le pus qui lui coulait par la. bouche, qu'elle était insupportable à toutes ses compagnes, à cause de la puanteur qui sortait de sa plaie. Les plus habiles chirurgiens avaient jugé son mal incurable, si on n'y appliquait le feu , qui était même un remède dont le succès était très-périlleux, et ils craignaient que la violence de cette opération ne fit mourir celte enfant, cependant elle fui délivrée de son mal, sans remèdes, et en un instant, après avoir été conduite à facturation de celle sainte épine, par la maîtresse des pensionnaires du monastère

où «'lie élaij elcéc.

Si cela était arrivé loin d'ici, dans untemps éloigné du noire; si on l'avait apprisde personnes suspectes, on pourrait en douter rai-

sonnablement : mais Dieu a operé celle merveil de nos jours dans Paris , qu'on peut nommer la capitale du monde. La petite fille m'a raconté elle-même sa guérison : une religieuse d'une naissance, et d'une vertu audessus du commun, mon amie particulière • et mon alliée, m'a confirmé la chose: les chirurgiens en ont fait leur rapport en forme: le sieur Dal'ancé, l'un des plus grands hommes de notre siècle dans celte profession, m'en a assuré. Ceux qui l'on connu peuvent rendre de lui ce témoignage, que son esprit était également éloigné de superslition et de duplicité. 11 avail été un des principaux consultants et l'un de ceux qui avaient le plus examiné cette fi;tule. 11 avait vu la petite fille la veille du jour qu'elle fut guérie, jugeant toujours son mal incurable, à moins d'y appliquer le feu ; et je lui entendis dire, en présence d'un grand prince, que celte guérison si prompte ne lui paraissait pas un moindre miracle que la résurrection d'un mort , parce que les remèdes les plus efficaces du monde n'auraient pu rien opérer en si pou de temps ; et qu'il était impossible que l'imagination la plus forte produisît cet effet prodigieux, beaucoup moins celle d'une enfant aussi simple qu'était cette petite fille : ainsi, l'innocence de l'enfant, la sincérité, la suffisance et le nombre des témoins m'assurent tellement de la vérité de ce miracle, que non seulement ce serait en moi une opiniâtreté, mais une extravagance et une espèce de folie d'en" douter: et si je ne puis douter de celui-là , pourquoi ne croirais-je pas que Dieu en a fait d'autres, et que Jésus-Christ couronné d'épines et crucifié pour nous, que celle enfant et sa maîtresse adorèrent, est notre Dieu et notre libérateur.

Je sais que ce miracle a été contredit par les libertins qui S'ont nié, parce qu'ils auraient été contraints, en l'avouant, de confesser la divinité de Jésus-Chrisl, au nom duquel il a été fait ; qu'il a été contrcdil par les hérétiques, qui ont mieux aimé dénier un fait aussi constant et aussi avéré que celui-là, que d'avouer qu'on ait dû honorer un instrument de la passion de Jésus-Christ. Qu'il a été contredit par des catholiques, parce que Dieu l'a opéré dans une maison dans laquelle ils croyaient que les personnes qui l'habitaient avaient des sentiments qu'ils n'approuvaient pas ; mais toutes ces considérations ne peuvent nullement affaiblir la créance de ce miracle dans l'esprit des personnes équitables.

Les l|berlins disent que Jésus-Christ n'étant pas Dieu, c'est une pure illusion de reconnaître qu'il se fasse des miracles en son nom. Et moi, je dis que, puisquenous sommes témoins que celui-là s'est fait au nom de Jésus-Chrisj, il en faut conclure que .lésus- Cluist est Dieu. Qui est-ce qui a plus de raison, ou celui qui prouve la divinité de Jésus- Christ par un miracle qu'on ne saurait révoquer en doute, ou celui qui nie la vérité connue de cemiraclc, seulement parce qu'il a résolu de n'avouer pas qu'il en doit cire convaincu de la divinité de Jésus-Christ ?

I es hérétiques nient ce miracle, non pas de peur de confesser la divinité de lésus- Chnsl qu'ils croient ; mais parce que de ce miracle il faut nécessairement conclure qu'on doit honorer les reliques, puisque Jésus-Christ les autorise par des miracles. N'esl-ee pas bien plutôt fait, et n'esl-il pas bien plus juste d'honorer les reliques, et surtout celles des instruments de la passion de de Noire-Seigneur avec toute L'Eglise, que de nier un miracle dont on ne saurait raisonnablement douter, après les preuves que j'ai alléguées.

Quelques catholiques ont nié ce miracle, parce qu*il a été fait dans une maison dont ils n'approuvaient pas les sentiments et la doctrine. Mais ils ne font pas réflexion que, sans entrer dans la discussion de la foi de celle communauté et indépendamment des accusations qu'on a faites contre elle et de ses justifications, Dieu est également puissant en quelque lieu que ce soit; qu'il opère ses merveilles où il lui plaît; et que comme ce miracle n'a été fait que pour honorer la • passion du Fils de Dieu, et en faveur d une petite créature fort innocente, l'on ne peut rien conclure de positif, ni à l'avantage de celte maison, ni contre elle, en avouant la guérison miraculeuse de cette enfant , qui n'est pas même demeurée dans ce couvent, et que Dieu n'a pasappelécà l'état religieux. J'ai appris qu'elle est chez ses parente vivant très - chrétiennement. C'est un témoignage toujours subsistant de ce qu'il a plu à Dieu d'opérer miraculeusement en sa personne, pour autoriser la foi de l'Eglise contre les libertins , touchant la vénération qui est due aux reliques.

L'on a voulu encore contredire ce miracle, en soutenant que cette épine n'est point de celles qui ont composé la couronne de Nolrc- Seigncur, et qu'ainsi c'est une pure illusion. Mais qui ne voit la faiblesse de cet argument? ('/est à la vérité une grande consolation d'avoir de la vraie croix et de vraies épines qui ont touché le corps adorable du Fils de Dieu ; mais , quoique les sentiments qu'excitent en nous ces précieux restes de la passion de Notre-Seigneur soient plus ou moins vifs, selon qu'on en est plus ou moins assuré, il est pourtant vrai que ce n'est pas ce bois qu'on honore en lui-même, mais seulement par rapport à Jésus-Christ crucifié , auquel se termine notre adoration, et que celte croix, cette épine, ne font que nous remettre en mémoire les obligations infinies que nous avons à ce Dieu rédempteur, et qu'animer noire reconnaissance et noire amour envers lui. Ainsi, ce miracle ayant été une récompense de la foi et de l'amour de cette petite innocente, et peut-être delà maîtresse qui la conduisait, que l'épine soit vraie ou non, il est constant que la piété des personnes qui ont adoré Jésus-Christ couronné d'épines a obtenu de lui cette grâce; et c'est à lui , mm pas à l'épine, à qui l'on doit cette merveille qui doit fortifier notre foi et aider noir, inci i itulite.

Je sais bien qu'on n'est pas obligé de m'en

DÉMONSTRATION i v iNGI Llbl I

iHi

i roire a ma parole, mais je ne peu-' p i- qu'il ■ v ail raison aussi de nier i e <j m •- je rappoi li aprdi toutes 1rs preuves que j'en donne; et

en tout cal . pour moi qui ne puis, douter du miracle, je DM ><n - obligé dadorer létlH-

Cbrist couronne d'épines et qui est mort

pour mou salut.

XVII. —Nous allons peut-être, dira-t-> n, au delà de ce que fésus-Cbrist nous i enseigné. L'on ne peut pas désavouer que Jésus- Christ ne soit Dieu, s'il a fait des mira( I pour prouver sa divinité; mais a-l-il dit positivement qu'il était Dieu.' Nous parlons plus hardiment que lui-même de sa divinité; ce qu'il en dit est si obscur, que nous ne pouvons nous en assurer par sa parole ; et pourquoi employer tant de preuves pour un mystère qu'il ne nous a pas voulu découvrir? Il s est presque toujours appelé lui-même le Fils de l Homme; et, s'il s'est quelquefois appelé Fils de Dieu, s'il a dit que Dieu était son Père , s il a souffert qu'on l'ait appelé Dieu, c'a été comme le prophète dit que l hommes sont des dieux, c'est-à-dire par grâce, par participation, par adoption, comme nous l'apprenons de l'Evangile même. Ainsi, les prophéties accomplies en lésns-Cbrist , les miracles qu'il a faits , et qui se sont faits en son nom, peuvent bien prouver qu'il est le Messie, mais non pas qu'il est Dieu.

On répond à cette objection que Jésus- Christ nous a découvert le mystère de la Trinité, au nom de laquelle il a commande à ses apôtres de baptiser les nations après les avoir instruites, et qu'en disant qu'il était le Fils de Dieu, c'est-à-dire la seconde personne consubstantielle à son Père, il a déclaré sa di\ inilé {Jean, XIV). Ya-t-il pas dit à saint l'hilipe que quiconque le voyait roi/ait son l'ire? Cela se peut-il expliquer littéralement que par l'unité de leur essence divine , qu'il explique encore plus clairement (Ibid. , X , en «lisant que lui et. son Père ne sont que la même chose.

.Mais examinons un peu cet endroit de l'Evangile, dont on voudrait se servir pour prouver que Jésus-Christ a dit qu'il n était Dieu que par grâce, par participation, par adoption, comme les autres hommes que le prophète-roi appelle de» dieux et les enfants du Très-Haut [Ps. LXXXI

On avait formé une accusation contre Jesus-Christ, et on lui reprochait que son orgueil le portait jusqu'à cet excès d'impiété que de s'attribuer la qualité de Dieu. Pour se justifier, il ne dit point qu'il ne voulait pas faire croire qu'il était Dieu; mais il dit que l'Kcriture, dont ses accusateurs reconnaissaient eux-mêmes la sainteté et l'infaillibilité. ayant appelé dieux de simples hommes , ils Braient beaucoup moins de raison d'accuser celui que Dieu a sanctifie et envoyé en ce monde, parce qu'il assurait qu'il était Fils de Dieu. Ensuite [Jean., X) : Si je ne fais pas les ouvres di mon Pire, dit-il, ne mx croyez point ; mais si je les fais , < t si VOUS ne rouit z pas me Croire, croyez ù ces ouvres; reconnaissez et croyez que mon'Père est en moi , et que je suis en mon Père. Si Jesus-Cbrist n'avait éle qu'un

MÉMOIRES TOUCHANT LA RELIGION

homme ordinaire ou qu'un prophète comme les autres, cet argument n'aurait nulle force ; et si cette sanctification et cette mission, sur laquelle Jésus-Christ a fondé la qualité de Dieu qu'il a prise , à plus juste titre que les autres, n'était qu'une sanctification de grâce et qu'une mission de simple ministère, il n'aurait eu, par cette considération, nul avantage sur les patriarches , sur les prophètes et sur les autres ministres de Dieu; car ils avaient eux-mêmes été sanctifiés et envoyés de Dieu. Il veut donc faire entendre que son Père l'a sanctifié , non pas d'une sainteté ordinaire , ou l'a envoyé, non pas comme un simple prophète, mais dans une qualité plus relevée ; et l'on ne peut désavouer que Jésus-Christ n'ait voulu donner en cet endroit une grande idée de son excellence, et qu'il n'ait voulu marquer la différence qu'il y a de lui à ceux à qui l'Ecriture donne la qualité et le titre de dieux par participation et par grâce.

S'il eût voulu seulement se défendre de s'être donné la qualité de Fils de Dieu, en faisant entendre qu'il ne l'avait prise que comme David l'avait donnée à d'autres, il se serait expliqué plus clairement et n'aurait pas laissé à ceux à qui il parlait, la pensée du contraire, et un prétexte de se saisir de lui pour le perdre comme un blasphémateur. Jésus-Christ blasphémait, selon le sentiment de ses ennemis, en prenant effectivement la qualité de Dieu ; ce n'était pas néanmoins blasphémer de ne la prendre que par adoption, et par grâce,.puisque l'Ecriture la donnait aux serviteurs de Dieu.

Cependant après que Jésus-Christ se fût expliqué, les Juifs le voulurent arrêter pour le faire mourir comme un impie, ils comprirent donc qu'il voulait qu'on l'adorât comme Dieu; ainsi l'induction qu'on voudrait maintenant tirer de cet endroit, pour montrer que Jésus-Christ ne s'est appelé Fils de Dieu que par adoption , est très -mal fondée et est contre le sens littéral de l'Evangile. Et bien loin qu'on en puisse rien conclure contre la foi des chrétiens, il y a raison au contraire, de dire que ce lieu de l'Ecriture nous doit persuader qu'il y a déclaré sa divinité. De sorte que si les prophéties accomplies en lui, les miracles qu'il a faits, le pouvoir qu'il a aussi donné à ses disciples et aux saints d'en faire après lui, prouvent la vérité et la sainteté de sa doctrine, comme cette doctrine aboutit à enseigner qu'il est Fils de Dieu, qu'il est en son Père, et que son Père est en lui, et que lui et son Père ne sont qu'une même chose, nous pouvons dire que toutes ces preuves peuvent très -justement être employées à établir la créance des mystères ineffables de la trinilé et de L'incarnation, à faire voir la divinité de celui qui nous a annoncé toutes ces grandes vérités ; et qu'on a tort dédire qu'on veut employer les prophéties et les miracles à prouver la divinité de Jésus-Christ, qu'il ne. s'est pas lui-même attribuée.

XVIII. — Quand quelqu'un s opiniàtrerait encore à soutenir que Jesus-Chrisl n'a pas parié assez clairement, pour nous convain

cre de sa divinité par ses paroles , l'on ne peut pas au moins désavouer que ses apôtres n'en aient découvert le mystère. (Jean, I ) Saint Jean en a assez dit, en disant que le Verbe était Dieu, et que ce Verbe s'est fait homme. On ne peut pas désavouer encore que l'Eglise n'ait développé toutes les difficultés dont les ariens et les nesloriens ont voulu l'embarrasser.

Quand Jésus-Christ ne marquerait pas distinctement et précisément sa divinité , il marque au moins qu'il est le Messie, l'envoyé de Dieu, le fils de Dieu (en quelquesens qu'on veuille prendre ce mot), le libérateur du peuple de Dieu. Or toutes ces qualités nous persuadent de la vérité de ses paroles, qu'il n'est pas un trompeur, et que nous devons ajouter foi à ce qu'il nous dit.

Dieu nous aurait-il envoyé un séducteur? Nous devons croire aux paroles de Jésus- Christ; donc nous devons croire à celles do ses apôtres ( Luc, X ) : car il dit en leur parlant : Qui vous écoute, m'écoute; donc nous devons croire à l'Eglise (Mat th., XVIII) : car il nous dit que quiconque n'écoutera pas l'Eglise , sera comme un païen, c'est-à-dire comme un infidèle et un réprouvé. Les apôtres et l'Eglise nous assurent que Jésus- Christ est Dieu ; c'est donc comme s'il nous le disait lui-même, et nous ne saurions accuser les apôtres et son Eglise d'imposture, sans l'en accuser lui-même, après ce qu'il a dit d'eux, et l'autorité qu'il leur a donnée.

Voilà !e dernier retranchement des ennemis de Jésus-Christ forcé. Ainsi, que l'infidélité et le libertinage cherchent tant qu'il leur plaira à se défaire de la créance de sa divinité; l'une et l'autre ne sauraient éviter la confusion que leur donnenltanl de vérités qui la prouvent. Quoiqu'elles semblent obscures en elles-mêmes et prises séparément, néanmoins, à considérer la force et la véritable règle du raisonnement, elles se suivent naturellement et démonstralivement, et il n'y a personne dont l'esprit soit droit et le raisonnement juste qui ne tombe d'accord de toutes les conséquences que nous avons tirées, supposé la vérité des principes qu'on ne saurait aussi désavouer.

XIX. — Reprenons toutes ces vérités pour les considérer d'une seule vue et nous en convaincre pleinement.

Le consentement de toutes les nations qui vient des lumières anticipées, lesquelles naissent avec nous, et notre raisonnement tiré de la structure, de l'ordre, de la succession et de l'enchaînement de tous les êtres, nous persuadent et nous convainquent qu'il y a un Dieu.

Ce Dieu nous prédit et nous fait prédire par ses prophètes un Messie, un libérateur, un rédempteur': les prophéties sont accomplies en Jésus-Christ; il fait des miracles pour prouver cet accomplissement, et les miracles mêmes qui avaient été prophétisés; les prophètes et lui ont prédit (les choses qui s'accomplissent encore après lui, pour lui el par rapport à lui : il donne à ses disciples et ,ï ceux, qui suivent sa loi, le pouvoir 4c fal

fRATIOM ÊVAXCËI

des miracles pareils à ceux qu'il a faits, 1 1 ils en font effectivement pour prouver sa doctrine : donc il est ce Messie, ce libérateur, ce rédempteur, et sa doctrine est v raie.

Mais les prophètes le marquent encore comme un Dieu, et Jésus-Christ dit lui-même, en faisant toutes ses merveilles, quil c-i le Fils de Dieu; donc on ne peut douter de sa di\ inité sans taire tort à la vérité des paroles et des œuvres de Dieu-même, puisque les prophéties sont ses paroles, et les miracles , ses œuvre ,

Que si on' oppose que ce que les prophètes et Jésus-Christ même ont dit, n'est pas assez clair pour être entendu à la lettre, il faut au moins avouer que les apôtres et l'Eglise expliquent si clairement sa divinité, qu'ils n'en peuvent parler plus nettement.

On ne saurait donc révoquer en doute la divinité de Jésus-Christ, sans dire qui apôtres et son Eglise nous ont trompés, sans dire avec une horrible impiété, que Jésus-Christ lui-même est un imposteur, puisqu'il veut que nous écoutions ses apôtres comme lui-même, et son Eglise comme le dépositaire de la vérité. Or le faire passer pour imposteur et en même temps pour le Messie, pour l'envoyé de Dieu, pour l'homme de. Dieu, c'est blasphémer contre Dieu, et dire que Dieu nous a envoyé un séducteur, par conséquent cet enthymème que j'ai proposé dès le commencement, est incontestable. Il y a un Dieu, donc Jésus-Christ est Dieu, et Ton n'en saurait nier la conséquence, qu'en niant la proposition de laquelle elle est tirée, puisqu'elle se tire par un enchaînement de tant de vérités incontestables, qui sont entre l'une el l'autre, qu'il faut renoncer à toute raison et à toute équité, pour n'en être pas pleinement el entièrement satisfait.

\\. — Après ce que nous venons d'établir, il est aisé de répondre à toutes les objections qu'on fait ordinairement contre la divinité de .lesus-Christ. L'incarnation, disent l'impie elle libertin, suppose la Trinité; et qui peut croire ce mystère contre qui toute la raison s'élève? Mais quand la Trinité sérail vraie, quelle apparence qu'un Dieu se soit fait homme; ce mystère ne se peut comprendre non plus que l'autre, cl il est encore indigne de la majesté divine. Mais supposons que Jésus-Christ soit Dieu, comment se peutil faire que cet Homme-Dieu se soit soumis à mourir pour nous ? S'il veut satisfaire sa justice, il le peut en nous perdant : il lui est également glorieux de nous châtier âpre péchés, que de nous récompenser après vertus : s'il nous a voulu sauver, il l'a pu faire par sa pure miséricorde : quelle n( site donc de mourir? Mais quoi, étions-nous perdus? Ya-t-ildc la justice de nous imputer le péché de noire père et de nous rendre coupables de la faute d'nulrui? Et après tout, s'il est vrai qu'il est mort pour nous, pourquoi ne sauve-t-îl qu'une petite partie des hommes, et pourquoi ce les s:m\e-t-il pas tous? Enfin si unis ces mystères et tous les autres que notre religion nous propose sont. comme on non* les veut faire croire, pour-

quoi Dieu M | plug

clairement? Pourquoi nous a-l-il lais., g ,j anfl les ténèbres? Voila a peu près ce que l'infidélité, l'incrédulité et le libertin

■ ni humain.

On répond en un mot à toutes c.

lions, en disantqu il ne nous appartient de demander à Dieu qu'il nous rende compte :i tes qu'il nous a révélées, ni de sa conduite.

11 nous a proposé ces myslèn s et tout ce qu'il a fait pour nous, comme il lui a plu. Il nous en a assez dit par ses propl ir sou

Fils, par ses miracles, par ses apôtres, par son Eglise (à qui il a communiqué son infaillibilité), par ses saints, par les lumières intérieures qu'il nous donne, lorsque nous les lui demandons avec humilité, pour nous faire croire ce qu'il nous a révélé.

S'il a laissé après ses révélations quelque obscurité, c'est pour exercer notre foi; il le veut ainsi, il est le maître : et puisqu nous l'avons déjà dit, la vérité de Dieu doit captiver notre esprit, et qu'il n'est pas juste que notre raison s'élève au-dessus de de Dieu, c'est assez que Dieu ait parlé pour faire taire ceux qui forment tant d'objections: et si nous devons être une fois convaincus de la di\ inité de Jésus-Christ par toutes les preuves que nous en avons apportées, les prétendues impossibilités ou tous les inconvénients que l'on voudrait supposer, qui précèdent, qui accompagnent ou qui suivent son incarnation, ne nous doivent plus faire de peine. S'il est vrai qu'il soit Dieu, pourvu qu'il ait parlé à ses apôtres ou à son Eglise, il n v a plus rien qui me paraisse incroyable.

^ 11 y a un Dieu, cela est prouve": donc J Christ est Dieu: l'on a fait voir la justes; celte conséquence. Jésus-Christ est Dieu. donc tout ce qu'il a dit est vrai, et ceux qu'il nous a commandé d'écouler el de croire doivent èlre crus, quelque répugnance qu'eût noire esprit à y ajouter foi , si l'autorité de .sa parole, qui est la parole d'un Dieu toujours infaillible et toujours véritable ne le captivait.

XXI. — La morale de notre religion nous doit bien moins faire de peine que ses mystères. Tout ce qu'elle propose (M qodIi grand, est fort, csi généreux. Elle propose la pénitence, la mortification; y a-l-il rien qui mette notre esprit en plus grande liberté et qui le délivre davantage de la captivité des sens'.' Ne sentons-nous pas en nous-mêmes un désordre qui ne peut être rectifié qu'en gourmandanl et en châtiant la nature révoltée.

L'Evangile nous propose le pardon des ennemis : v a-t-il rien de plus louable et qui fasse mieux connaître jusqu'à quelle grandeur notre âme se peut élever ? La religion assujettit et modère nos passion*. , ( calme notre esprit ; elle nous commande la pratique de toutes les vertus, le désintéressement, la charité (M la compassion pour nos irères : |,i patience dans nos adversités etdans les soufrâmes : quelle philosophie a jamais fait mx plus beau portrait de la sagesse que celui que

MÉMOIRE TOUCHANT L.\ RELIGION

nous donne la religion chrétienne? Il y a un Dieu, donc Jésus-Christ est Dieu. Cette conséquence est aussi juste par rapport à la morale que par rapport aux mystères.

XXII.— Jésus-Christ est Dieu, et sa morale est vraie, doncpour être heureux, il faut vivre chrétiennement. Celte dernière conclusion , qui doit être comme le recueil et la pratique de toutes les autres se vérifie certainement dans les gens de bien.

Il n'y a que les vrais chrétiens qui possèdent leur âme en paix, qui ne soient ébranlés de rien et qui soient également heureux dans la prospérité et dans la disgrâce, dans les richesses et dans la pauvreté, dans les honneurs et dans le mépris, dans la santé et dans la maladie, et c'est un des plus grands motifs que nous ayons de nous attacher à la religion chrétienne.

Que la philosophie se vante tant qu'elle voudra d'avoir ces mêmes avantages, elle nous trompe ou se trompe elle-même. Les passions ont été aussi vives dans les plus grands philosophes que dans les hommes les plus ordinaires. Il fallait parmi eux avoir l'esprit grand, éclairé, savant, pour paraître vertueux : tout était affecté, tout était étudié: ceux qui ne pouvaient pas feindre ne pouvaient être philosophes et vivre sagement. Ils n'étaient tempérants et modérés qu'en paroles, il n'en est pas de même parmi les chrétiens : plus on cherche le silence et l'obscurité, plus la vertu est grande et solide. Les lumières naturelles et la science peuvent être utiles, si l'on s'en sert comme il faut et ajrec humilité; mais l'on peut être également vertueux et souvent même davantage avec peu de lumières naturelles et sans science.

L'esprit de Jésus-Christ n'a pas besoin de ces secours : il se communique aux grands hommes et aux petits; à qui il lui plaît, quand il lui plaît, comme il lui plaît. 11 fait pratiquer réellement et sincèrement à toutes sortes de personnes ce que la philosophie ne faisait que montrera un petit nombre de savants et d'hypocrites. Les actions des chrétiens vont même beaucoup au delà des paroles des philosophes. La vertu du christianisme n'est pas seulement en idée, ce n'est point un jargon, c'est une vérité réelle. Mais pour l'avoir, il faut que Dieu répande dans nos coeurs la douceur de sa grâce et de son amour.

XXIII. — Si tous les raisonnements que nous avons faits ne nous persuadent pas entièrement, tant en ce qui regarde les mystères qu'en ce qui louche les mœurs, demandons à Dieu, comme faisaient les apôtres, qu'il augmente noire foi ci qu'il aide noire incrédulité (Luc, XVII; Marc, IX). 11 est vrai que Dieu veut (pie nous nous servions de notre raison pour nous rendre notre religion croj able; mais il veut encore davantage que notre humilité, notre soumission, et la reconnaissance dU*besoin que nous avons de se-, lumières, nous Bervenl à ce grand dessein.

H y a ou (le grands hommes et de très-habiles philosophes qui ont cru ; il y en a eu

qui n'ont pas cru : qu'est-ce que cela prouve? que la raison ne nuit pas à la religion, mais qu'elle ne suffit pas. Il faut être raisonnable pour croire ; mais il faut, de plus, que les lumières du Ciel élèvent la raison au-dessus de sa sphère. Saint Paul convertit saint Denis, Damaris et d'autres encore dans l'aréopage, où était comme le trône de la sagesse humaine : il leur inspire la religion chrétienne par la simplicité de sa parole, et ces grands esprits se rendent, et soumettent leur raison à la sainte folie de la prédication de cet apôtre. Les autres sages de ce sénat entendent les mêmes vérités que saint Denis de la bouche de saint Paul, et ils demeurent dans l'incrédulité : la conversion de saint Denis et des compagnons de sa foi semble persuader la vérité de la doctrine que saint Paul prêche; mais la résistance de leurs collègues semble aussi détruire ce que la facilité des nouveaux convertis établit.

Si l'on peut dire raisonnablement que les uns avaient trop de lumières pour se laisser emporter aux illusions et à la nouveauté de la doctrine de saint Paul, et qu'ainsi leur esprit a été entièrement convaincu par les raisons solides dont ce divin prédicateur s'est servi pour les persuader, l'on peut dire aussi que les autres, qui sont demeurés dans leur première persuasion, étaient trop éclairés et aimaient trop la vérité pour ne la pas embrasser, s'ils l'eussent trouvée dans les paroles de saint Paul. Ainsi, les choses paraissent balancées, et l'autorité des grands hommes qui ont cru, comparée à celle des grands hommes qui n'ont pas cru, semble nous laisser dans une espèce d'incertitude qui détruit cette fermeté qui doit être dans la foi, laquelle ne doit point hésiter, comme dit saint Jacques (Jacq., I ). Mais moi je dis, tout au contraire, que la crédulité des uns el l'incrédulité des autres servent également à me convaincre et me confirment dans la religion.

Si saint Paul persuadait seulement par des raisons humaines une chose aussi importante qu'est le christianisme, il la persuaderait infailliblement à toutes les personnes raisonnables. De la manière qu'il la propose, elle ne peut être un problème ^il veut qu'on la croie sans hésiter, el elle ne peut être utile autrement. Si donc c'est la raison humaine qui la persuade, il faut qu'elle soit plus claire que le soleil; el s'il y a le moindre sujet d'en douter, saint Paul ne mérite aucune créance. Puisque son principe est qu'il n'est nullement permis de douter, d'où vient donc que Denis croit si intrépidement, el que d'autres sont si fermes à ne pas croire? C'est qu'encore qu'il soit raisonnable de croire, à considérer l'enchaînement de loules les vérités, el" que saint S. Denis trouve que sa raison est satisfaite, il ne laisse pas de rester des obscurités en chaque mystère par- 1 ier, qui embarrassent notre esprit toujours faillie, toujours méfiant, et qui font qu'on a besoin d'une lumière supérieure à celle de la raison humaine, el c'est cette lu-

« rend effii ai ement la parole

Pan! croyable a s Denis, mais qm n'étant pas donnée aux autres avec celle même fon e qui enlève l'esprit tans le contraindre, les

laisse clans 1 im rédulité.

La parole de l'Apôtre est une semence qui fruclilie dans l'esprit des uns, parce que la rosée du ciel la rei»d féconde; et elle demeure s;i us fruit dans l'esprit des autres, parc» que (cite même rosée ne leur est pas communiquée avec tant d'abondance, et qu'ainsi, par un juste jugement dont il m; nous est pas permis de sonder les abîmes, ils demeurent dans la stérilité de leur orgueil; de sorte que la docilité de S. Denis et de ceux qui croient avec lui, et la dureté des autres sénateurs de l'aréopage , me font voir que la doctrine de

DEMONSTRATION I \ \KQl i 101 l .

S Paul rs[ divine, el que, m elle est diviue, elle est vraie? mail que, -i elle vieul de plus haut que de l'espril humain, il faut avoir recours au Père des lumières, 1 1 lui demandei (]u il porte noire esprit jusqu a lui. ForliQons donc notre raison par la prière, afin que W< < roui déeoux n ce gui non ■ nm caché, < omlne parle saint Augustin, et noui rendt <jt<i nous était désagréable. Par ce moyen les parole-, du Seigneur, et pour la i .i . ,i pour les mœurs, nous deviendront non seulement suffisamment croyables, mais surabondamment croyables, selon Les termes do prophèteroi : Testimoniq tua crtdibilia fada txsnt ><<mit Psal. XC1IJ.

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