IM MONSTRATION
vos iujets, afin qu'ils soient instruits. Et que désormais Dteu m soit plus suspeet aux hommes, connu k'i sa parole <:t<iit un livre dangereux, el liant le peuple se doive abstenir: car ht France nous a cette obligation , <juc nous lui avons fait voir l'Ecriture sainte en langage fronçais, laquelle était un livre inconnu, et que nous avons fait voir aux enfants le testament 'le leur Père qu'on leur tenait cache.
RÉPONSE
Vous continuez l'artifice dont vous vous (Mrs servis en l'article précédent, en vous représentant chargés de haine pour certaines considérations qui, à votre avis, vous devraient faire aimer. Après vous être insinués au cœur des peuples par l'intérêt de Jésus-Chrisl , vous avez recours au leur propre pour les gagner et attirer plus facilement à vous : vous leur promettez des merveilles, et témoignez les obliger grandement : cependant vous ne faites autre chose que vous moquer d'eux , les tromper, les porter à leur perte, nous imposer, vous contredire manifestement , condamner en nous ce que vous pratiquez vous-mêmes , vous vanter d'une choc qui ne vous appartient pas , et affecter la nouveauté.
La raison , la doctrine des pères (1), et le commun consentement des vôtres vous obligeant à reconnaître que c'est principalement au se:, s, et non à la lettre que consiste l'Ecriture sainte (quoiqu'elle contienne tous Les deux), il me sera aisé de faire voir à tout le monde que vous vous moquez véritablement du peuple, puisque, protestant de lui en laisser la pleine connaissance, vous ne lui donnez pas plus de liberté quai\t au sens , que l'Eglise catholique fait à ses enfants : ce qui paraît en ce que, bien qu'il soit permis à tous les vôtres de lire L'Ecriture , il n'est permis à aucun d'eux de l'expliquer en autre sens que celui de Calvin ou le vôtre , comme plusieurs exemples le justifient, et particulièrement celui de l'institution de l'Eucharistie , où nul ne peut expliquer ces mots, ceci est mon corps , que par figure.
Ainsi vous faites comme ceux qui, promettant un grand trésor, ne donnent autre chose que la vue du coffre où il est contenu : encore ne. faites-vous pas tant , car doutant de la translation de l'Ecriture, et (2) confessant clairement qu'il n'y en a point d'authentique , c'est-à-dire , suffisante pour faire foi , le peuple a non seulement sujet
(1)L;\ parole n'es: parole qu'en lanl qu'elle signifie et expi une les conceptions de celui qui parle : <•! partant, l'Ecriture, à proprement parler, n'est parole <le Dieu qu'a raison du sens qui nous fait connaître les conceptionsJdeDieu. Ilicron. Basil, et alii patres |u>siin. Witak. ad ralioucm. 2. Camphni. Ipsa vis et res cl quodatnmodo anima sacrarum Lilterarum in sentenlia consislit. Recte Hicronynj. Non in legendo, sed in inlelligendo Scripiurue consislunl. El alibi, Non in verbia Scripiurarum est Evangelium, sed m sensu.
(i) Witak. conir. l.q. 2. c. 7. Nullani nos editioiii'in nisi bebraicam in Veiere, el graecaui in Novo TesUrucnto nulhenlicam facimus.
LYANGELIQUE. ii
de se délier du sens ,|u,. fom donnez à L'Ecriture , mais <'n outre de La lettre de La version que vous lui mettez entre Les mains , et i onséquemment de son ■-alut : étant clair qu'il n'en peut avoir d'assurance pius grande que celle qu'il a du moyen que vous lui donne/pour v parvenir. Celui qui promet aux enfants du fruit à manger, et leur donne seulement des amandes qu'ils ne peuvent casser, se moque d'eux, et s'en moque doublement Lorsque les amandes ne sont Ml vraies amandes, mais contrefaites seulement : ainsi vous vous moquez en deux façons de ceux qui vou> croit nt en une matière importante, puisque la lettre de l'Ecriture que \ous leur donnez n'esl pat une écriture authentique, et que vous ne leur permettez pas d'en tirer d'eux-mêmes le vrai et naturel sens qu'ils estiment y être contenu : vous vous en moquez véritablement, et le trompez tout ensemble.
Vous le trompez, parce que sous le nom de la parole de Dieu , vous lui donnez la parole des hommes , puisque vous lui donnez L'Ecriture altérée par L'invention des hommes, interprétée a contre-sens, comme j'ai montré ci-dessus , et que , comme remarque saint Jérôme, V Évangile de Jésus-Ckrù fait par une mauvaise interprétation l'Evangile des hommes, et qui pis est, V Evangile du diable (i), d'autant, ajoulerai-je. qu'il est em] lové à établir le mensonge et l'erreur dont il est le père : ce qui se peut dire plus particulièrement du vôtre que d'aucun autre, puisqu'en certains passages vous gardez le sens que Luther a reçu du diable en forme visible. Vous trompez le peuple, lui persuadant qu'entre tous les moyens externes qui peuvent servir à notre salut , la lecture de la Bible est le seul auquel il peut trouver de la certitude ; ce qui est faux, puisqu'autrement les aveugles qui ne peuvent lire . les simples et les ignorants qui n'ont point de lettres ne pourraient avoir la foi. Ceux qui étaient chrétiens devant que l'Evangile lut écrit, ceux qui du temps de saint Irenee -1 croyaient . comme il témoigne, en Jésus- Christ, sans papier et sans unir, ne l'eussent pu avoir. Ceux encore qui n'entendent pas les langues hébraïque et grecque . en seraient incapables, puisque nulle version n'est authentique selon vous . et qu'on ne la peut acquérir que par un moyen infaillible. Que si vous dites que telles gens la peuvent avoir par la bouche de leurs pasteurs, qui leur annoncent fidèlement la parole de Dieu, il s'ensuit que l'Ecriture n'est donc pas seul moyen extérieur pour acquérir la loi . puisque vous v ajoutez ce second, qui ne peut être suffisant pour quelques-uns qu'il ne le soit pour Ions les autres. El en effet . quelle raison d'attacher lellem >nt la parole de Dieu au papier, au caractère, et à !a lettre, qu'elle ne puisse être moyen de salut qu'en
<l In I. Gai. Interpretatione perversa «le EvangelioClnisli, lu m uns (il Evangelium, aut i;uod peju$ cm. diaboli. Luther. Iib. de Hissa privala.
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI
tant qu'elle est contenue sous ces signes? Ont-ils quelque force de leur nature? S'ils n'en ont point , pourquoi la parole de Dieu au cœur et en la bouche de l'Eglise et de ses pasteurs , n'est-elle pas un moyen assuré de notre salut? Vous trompez les peuples, non seulement en ce que vous leur dites que la lecture de l'Ecriture est l'unique moyen du salut: mais e!e plus, en leur enseignant qu'elle en est suffisant-moyen -, et que nul n'en doit rechercher d'autre , ce qui paraîtra faux pour deux raisons : premièrement, parce que l'Ecriture veut que la foi vienne de l'ouïe , et qu'elle en dépende si absolument , que sans elle on ne la puisse avoir. Comment, dit saint Paul, croiront-ils sans ouïr? comment oyr ont-ils sans prédicateur? Donc la foi est de l'ouïe (1). Ce qui fait voir que la seule lecture n'est pas un suffisant moyen de foi , s'ensuivant de ce que dit saint Paul , que nul ne peut être assuré ni de la lettre, ni du sens de l'Ecriture, s'il ne sait par l'Eglise comme elle doit être entendue.
Secondement, parce que, si ce moyen est suffisant à tout le monde, les pères de l'Eglise, les luthériens, les anabaptistes et autres qui s'en sont servis soigneusement, n'auraient point erré dans les points fondamentaux de la foi , comme vous leur reprochez par vos écrits. Que si vous dites que la seule lecture est seulement suffisante en genre de moyen externe, mais qu'en outre il est requis une intérieure illustration du Saint-Esprit, qui n'est pas en ceux qui errent : je demande un texte de l'Ecriture qui dise que Calvin et ses sectateurs aient eu celte illustration interne plutôt que les autres; si vous n'en avez point, je demande pourquoi vous le croyez sans l'Ecriture ; je demande en outre par quel signe interne ou externe vous êtes assurés d'avoir celte illustration du Saint-Esprit eu l'intelligence de ces paroles : Ceci est mon corps, plutôt que les catholiques ou les luthériens? ou si , la lecture n'étant pas suffisante sans cette interne illustration du Saint-Esprit, vous ne pouvez prouver que vous êtes certains de celle illustration; je vous somme de reconnaître que vous n'avez aucune certitude du sens de l'Ecriture, ni par conséquent de votre foi.
Au reste, pourquoi l'eunuque, qui a le Saint-Esprit et lit diligemment le lieu d'Isaïe où la passion de /ésus-Christ est clairement prédite, interrogé par Philippe, l'un des diacres, s'il entendait ce qu'il lisait, répond-il : Comment le puis-je faire, si quelqu'un ne me le montre (2)? Si, pour entendre ['Ecriture , il se faut reposer en L'intérieure illustration du Saint-Esprit, vous ne pourrez pas dire, comme vous faites quelquefois, que vous n'estimez pas qu'un chacun entende toute l'Ecriture, mais seulement ce qui est
(I) Rom. X, 14. Qiiomoilo credent ci qucin non Budiorunl? Qumuodoaulemaudienl sine prxdicanlc ? fldes ex audilu.
(a) Ad. Mil. Et quoniodo possuni si non aliquis oslenderit mihi ?
nécessaire à salut (1) , puisque le point que l'eunuque avoue n'entendre pas, est touchant la passion de Jésus-Christ, qui est le fondement du salut des hommes. Vous ne direz pas aussi que l'eunuque était ignorant, puisque les simples doivent entendre ce qui est nécessaire à leur salut, comme les doctes. Et que d'ailleurs il ne peut être mis au nombre des ignorants, saint Jérôme le représentant si studieux et si grand amateur de la loi (2), qu'il dit ne l'être pas davantage.
L'Ecriture n'est pas facile à tout le monde, elle le témoigne elle-même, et les pères nous l'apprennent. Elle le témoigne, saint Pierre disant qu'aux épîtres de saint Paul (3) il y a des choses difficiles, que les indoctes dépravent à leur perte, ainsi que les autres Ecritures. Les pères nous l'apprennent. Les Ecritures de la loi , dit saint Augustin, sont-elles trèsclaires (4)? Et quelqu'un lui disant qu'en lisant l'Ecriture, de soi-même il l'avait entendue, il répond : Est-il ainsi? Tu n'oserais lire Ter entianus Mourus sans maître, une infinité d'auteurs sont reqxiis pour entendre chaque poète , et tu entreprends la lecture des livres saints sans guide , cl oses sans précepteur en dire ton jugement? Saint Jérôme, pour la même raison, trouve très - mauvais (5) qu'une vieille babillarde , un vieux radoteur, un sophiste parleur, tous s'avancent de prendre l'Ecriture, la déchirent, l'enseignent premier que de rapprendre. Et saint Vincent de Leirins dit (6) que, pour éviter l'hérésie et s'affermir en la vraie foi , il est besoin de joindre à l'Ecriture la tradition de l'Eglise, parce que la profondeur de l'Ecriture fait qu'elle n'est pas prise de tous en une même façon. Donc il demeure constant que la seule Ecriture, sans l'explication de l'Eglise, ne donne qu'une partie de la règle de la foi , et que vous, qui promettez à chacun la connaissance de son salut par soi-même, lui promettez, pour parler avec l'Apôtre , une science de
(1) Witak. de perspicuit. script, c. 1 : Nosfruni axioma est omnia quau sm.t ad salulem necessaria aporlis verbis in Scripiuris proponi.
(2) Hieron. cp. 103. Ego nec sanciior sum lioc cunucho, nec sindiosior; et tanins ainator legis divinaïqué seienlia!, cum librum tenerct , ignorabat cum qncin in libro nesciens venerabalur.
(3) 2. Petr. III. In quibus snnt quaedam difn'cilia inielleclu, qua; indocti et inslabilcs dépravant, sicut et caeteras Scripturas, ad suamipsorum perditionem.
(4) Augusl. De mil. cred. c. 6. An isia: Scripturas legis planissiniœ sunt, in quas isti qua si vulgo cxposiias impetum faciunl?Et cap. 7. Tereniiaimm naurum sine magisl'ro aitingcre non audercs. Asper, Cornutus, Donalus, etalii innumerabiles rcquiruntnr, ulqmlibet poeta possii mielligi : lu in ces libros qui sancti divinarumque rcrumque pleni sunt sine duce
- irruis, et de bis sine prxccptorc audes ferre senlenliam.
(5) Micron. Epist. 103. ad Paulin. Hanc(Scripluram) garrula amis, hanc delirua senex, liane universi pruibUinunt, lacérant, doceni Enlcquain discant.
(6) Cap. I et2. Duplici inodo munire (idem suam, Domino adjuvante : deberet primum scilicet divinas legis auctorilato, itim deinde Ëcclesix calholicae iradiiionc : quia videlicetScripturam gacram pro ipsa
sni aliiiiidine noi i do lemque sensu universi ac-
cipiunt.
DÉMONSTRATION ÉVANGÉI IQI E
finir nom (I Tint. VI , et le portez à savoir plus qu'il ut- doit, au lieu de le tenir dans les
tenues d une sobre connaissance, lui apprenant avec saint Augustin que la simplicité de
croire , et itou la vivacité à'entendre , rend le peuple tris-assuré (1). Vous dites ce que bon vous semble, maïs tout oe prouvez que ce qu'il vous plaît : aussi votre but n'est-n autre que de vous moquer du peuple, comme je vous ai dit, le tromper, et le porter à sa perte, comme vous faites évidemment.
Si celui qui , trouvant nn aveugle en un mauvais chemin plein de précipices, lui Ole son bâton et sa conduite sans lui en donner d'autre, montre ouvertement le dessein qu'il a dé le perdre : il n'y a personne qui ne re- COnnaiss que vous trompez le peuple et li! portez à sa perte, puisqu'en le privant de sa guide ordinaire, qui est l'Eglise, vous ne lui en donnez pas d'autre. II parait que vous ne lui en donnez pas de suffisante, en ce que les aveugles, les simples et ignorants, ne se peuvent aucunement servir de l'Ecriture pour se conduire eux-mêmes, et que vos versions n'étant pas authentiques, comme vous le confessez , l'Ecriture dont vous vous servez ne peut pas, même aux doctes, être un suffisant moyen pour parvenir à leur salut.
Que l'Kglise soit la vraie guide, si saint Augustin (2), que vous reconnaissez fidèle témoin de l'antiquité, en est cru, c'est chose claire (3) : C'est une discipline très-bien ordonnée , dit cette grande lumière, que les ignorants s'appuient en l'autorité de l'Eglise. il n'y a rien si expédient à une ûmc que d'obéir (4) , ajoute- t-il en un autre endroit. Je ne croirais pas en l'Evangile (ÎS), dit-il encore en un autre lieu, si l'autorité de l'Eglise catholique ne me portail à ce faire. El par après : Cette autorité infirmée, je ne pourrais plus croire à l'Evangile. Ce qui montre bien qu'il parle de lui-même comme catholique, et non comme manichéen. Ces paroles l'ont clairement paraître que l'Kglise est la vraie guide des fidèles. Et en effet, nul ne pourra le révoquer en doute, s'il considère que le Saint- Esprit l'a déclarée colonne et firmament de vérité, que les pères ((>) la reconnaissent infaillible, et que les vôtres (7) l'avouent telle
(1) Contra Epistolam fondant, cap. î. Çeleram quippe lurbam non inlelligeudi vivaciias, sed i ;
cli siinplicitas lotissimam facil.
(2) Luther- in Dcfensio. verbo, cognas. Mco sane judido post aposiolos Ecclesia non nabuit ntefiorem Auguslino. Calvin. 111. Inst. cap. 5. § 10. Ex Augusiino sumant lectures, si tpiid do sensu anliquitalis cerli baberi valunt.
(3) August. Episi. 10. ail reclissimam disciplinant esse, m imperili nilantur auctorilaie Ecclesix.
(i) Conc. -2. in ps. LXX. Nihil i.nn expedit anima! quam obedire.
(5J Contra Epist. fuûdam.c. 5. Ego vero Evangelio iidii crederem, nisi me calliolicas Ecclosùe comnioveici auclQjcilas.... qua infirmata j.un nec Evangelio credere poler >.
(G) Aug. Contra episl, luiulam. C S. epist. 118. I. Deutilii .iic cred. c. 15 et Iti. ei alihi passim. lien. I.lll i . -> ni ',. Ilici.h Contra Lucifer.
(") Calv. IV Inst. c. I, § 10. Haque enint parvi uti c:-1 quod vocatur columna el Brmamenium
dans les points nécessaires à salut. Qui «lira maintenant qu'il ne Faille pas ouïr ci" suivre ce qu'enseigne une mère pleine d'amour pour ses enfants, et laquelle, en ce qui concerne leur ^alut, ne peut avoir que la vérité en sa bouche? Il faut ouïr l'Eglise, je bien-
tôt avouera vos propres aut« nrs Cependant voyons si vous ne nous impose/ pas, comme j'ai dit.
Vous nous Imposez ouvertement , fais ni croire aux vôtres que nous défendons l'E< i iture à tout le monde comn e un livre .1 reux. Il est vrai que nous ne sommes p is de ceux desquels Tèrtullien tlit 1 : //-
bouffis d'orgueil, ils promettent : j i ncr;
les femmes même hérétiques osent enseigx
disputer. Nous ne sommes pas de ceux desquels saint Augustin dit (2 qu'ils n'ai rien tant fjue de promettre la science, et se mo- (/uer de la foi des choses vraies qu'on ordonnait aux enfants île croire , comme si ce . été qu'ignorance. Nous ne sommes pas comme Pelagius, qui veut que les femmes lisent l'Ecriture, ainsi que remarque saint Jérôme (3), et l'en condamne. Nous ne sommes pas comme vous, qui estimez les saintes lettres de si facile intelligence, que rous ne laites aucune difficulté d'en commander la lecture à tout le monde. Bref, nous ne voulons pas comme vous, que les idiots, les ignorants et les femmes soient docteurs et prophi eux-mêmes. Mais aussi ne peut-on dire que nous défendons l'Ecriture comme un livre dangereux: nous savons trop bien le respect que nous devons à l'Esprit qui l'a I
reconnaissons trop le bonheur et la vérité qu'elle nous propose. Nous disons bien, à la vérité, que l'Ecriture, telle que vous la proposez, altérée, ou bien prise selon la lettre, sans lui donner le vrai sens, dont la connaissance dépend de la déclaration de l'Eglise, est dangereuse à ceux qui , par ignorance, vanité ou malin-, en vomiraient témérairement user.
Et en cela nous ne faisons rien que ce à quoi l'Ecriture, les | ères et les v ôlre- i nous portent : l'Ecriture, puisqu'elle dit en termes exprès '» que la l< lire tue. et que le* indoctes la corrompent à leur perte ; les pè-
veritalis ci domiu Dei, t|uil>. verbissign Real Paulus, ne inlercidal verilai Dei in ntundu Ecclesia lijam ejus cuslndent. l-i et f § 1 Yen E< dei i . ». Innina esi ae Brmamenium \eiï;;iiis. Witak. i 2. q. t. c. I. Nosdicimus eam qux estCbrisii Ecclesia, in absolulG necessariis non posse errare. [d. contra 1. qua st. r> c. 5 et 7. Fateor cl nos el naire
ogi ei conviuci posse auctoril alio argumenta exlerno validais ac fortius premi li.ereiicos.
(I i Pi, est ript. e. il. Omnes minent, on liant polliccniur; ipsx mulieres tixreùcx audeal docere, canieudere, etc.
fracl. 47- lu loan. Nibil sic amant isii , ao s; ientiam promillcre el fidcm rerum ver.tr m, i uas parvuli credere praecipiuniur, velul imperiiiam derldere.
Hieronym. Dial. I. contr. Pel
Il Corint. III. Lillera occidit. Il Petr. III. Quai iudocti el insiabiles dépravant ad su.nn ipsorum ; er dilionem.
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI
rcs, Tertullien disant (1) qu'il ne pourrait y avoir aucunes hérésies, si les Ecritures ne pouvaient être mal entendues; et saint Hilaire montrant par plusieurs exemples qu'elles ont pris naissance des Ecritures mal interprétées; les vôtres, Luther reconnaissant que l'Ecriture est le livre des hérétiques.
Si une mère est louable pour arracher le couteau des mains de son enfant', qui trop jeune s'en pourrait blesser, et le donner à un plus grand afin qu'il s'en serve : au lieu de nous blâmer, vous nous devez louer, puisque nous défendons l'Ecriture en langue vulgaire à quelques-uns qui en pourraient abuser, et la permettons à ceux qui en peuvent tirer du profit.
Que nous la leur permettions, il paraît par la propre confession des vôtres (2), qui reconnaissent qu'en cela nous faisons exception des personnes, du temps et des lieux, et que la question qui est entre vous et nous ne consiste pas à savoir si quelques-uns la peuvent lire ou non : mais bien à savoir si on permettra indifféremment à tous de la lire ou non, ce que nous affirmons, et eux nient qu il doive être fait.
L'exception que nous faisons des personnes consiste en ce que nous accordons la lecture des saintes lettres seulement à ceux qui ont assez de capacité pour en pouvoir tirer du profit, et non à ceux qui son serviraient à leur dommage.
L'exception des lieux et des temps est, en ce qu'on la permet aisément en temps d'héresie, et aux lieux qui en sont affligés, en Allemagne, en France, en Angleterre, en Ecosse et en Pologne, où il est loisible aux catholiques de lire librement les Ecritures, quoiqu'aux lieux où l'erreur n'a point pris de pied, ils n'aient pas cette licence.
On le permet facilement aux uns, et parce qu'étant à toute heure et à tous moments combattus par l'Ecriture, il est raisonnable que l'usage leur en soit permis, pour se défendre par les mêmes armes par lesquelles ils sont combattus : l'Ecriture bien entendue guérissant les plaies faites par sa mauvaise intelligence, ainsi que le scorpion guérit ses piqûres ; et parce que , puisqu'ils se garantissent des persuasions et des mauvais exemples de l'erreur , qu'ils se tiennent fermes en leur foi, il est à croire qu'ils n'abuseront pas de cette lecture, vu principalement que, les questions de la foi étant agitées, ils entendent souvent expliquer aux prédications les passages dont on abuse contre la vérité.
On ne le permet pas si aisément aux lieux
(I) Lib. do resurrect. car. cap. 40. Hxreses esse non possenl, si non el perperam Scriptiirse inlelligi postent, llilirins, I. ». de Trinil. Vigilius martyr. lib ii. conlra Eulych.
!-2i Wilak Conlrov. 1. i\. c2. c. \7,. Papistœ bac in rc certain exceptinnem rattonemque temporum, locoriiin ci personacuoi liaberi vuluni. Item, Status quaj- Blioniti luijusmodi est, utrum vernaculx version es s. riplurarnm gint omnibus promisçue ptoponendse , miUciid.c vcl non : illi neganl, no^ allii niainiis.
où cette nécessité n'a point de lieu, parce que les peuples étant moins instruits par les prédicateurs du sens de l'Ecriture sur les points controversés, ils s'y pourraient plutôt méprendre.
Et en cela l'Eglise imite Jésus-Christ, qui révélait à ses apôtres les mystères et les secrets, autant qu'il jugeait leur être nécessaire. Comme tnaltre, dit S. Augustin (1), il enseignait quelque chose, non pas tout; comme maître il savait enseigner ce qui pouvait profiter, et n'enseigner pas ce qui pouvait nuire. De même l'Eglise permet quelque chose, mais non pas tout: elle donne à tous le sens de l'Ecriture qui profite, et défend à quelques-uns la lettre qui leur pourrait nuire. Et en cela elle suit encore l'exemple de la bonne mère, qui casse la noix à ses enfants, pour leur donner le dedans, ou les nourrit de son lait, tant qu'ils aient l'estomac capable de digérer des viandes plus solides, Mais vous, au lieu d'imiter ces bons exemples, vous prenez le chemin des pharisiens, qui, comme remarque Isidore le pélusien, quoiqu'ils ne se souciassent pas d'accomplir la loi de Moïse, en faisaient néanmoins parade, et voulaient que chacun en eût le livre dans les mains. Vous faites comme l'impudique, qui parle d'autant plus de la chasteté, que moins elle la pratique. Vous suivez la trace du serpent, qui jette Eve du paradis, en lui persuadant que tant s'en faut que pour manger du fruit de l'arbre défendu elle doive mourir, comme il est dit qu'au contraire elle sera semblable à Dieu, connaissant le bien et le mal (2) : puisque vous représentez aux peuples, que tant s'en faut qu'ils puissent tomber en hérésie par la lecture des saintes lettres , comme leur dit l'Eglise, au contraire ils deviendront théologiens, connaîtront le vrai et le faux en l'Ecriture, et d'eux-mêmes y trouveront leur salut, ce qui en précipite beaucoup en l'erreur. C'est en cela que consiste l'obligation que vous a le peuple, qui véritablement vous est redevable, si l'enfant Testa une mère qui, négligente ou malicieuse, lui laisse un couteau dont il se lue. Voyons si vous ne vous contredites pas. Vos contradictions sont manifestes, puisqu'après avoir donné permission à toute sorte de personnes délire la Bible, et témoigné qu'elle est de facile intelligence , même aux simples, qu'ils y peuvent reconnaître clairement leur salut sans autre assistance que celle que l'esprit de Dieu leur départ intérieurement , vous enseignez néanmoins en d'autres lieux que l'Ecriture est difficile , que les peuples doivent consulter les plus savants, se rapporter à leurs pasteurs, n'étant pas capables d'eux-mêmes de se servir des saintes Lettres. La superbe, lemépris-oul'nuie, dit Calvin (3), pous-
(1) Concio. t, in ps XXXVI. Non solum licul magister aliquid docuil, sod aient magister aliquid non loium : tanquam magister enim scicbai et docere quod proderat, cl non docere quod obérai.
(2) Genèse III.
(3) VI. Instit. c. 1, § 5. Multos inipellil superbia
.Vf)
DEMONSTRATION l.\ VNGÉLIQUE.
sent quelques-uns à se persuader qu'ils peuvent assez profiter en lisant privément les Ecritures. El par après (1): Il nous faut tenir ce que nous avons cité de S. Paul, que l'Eglise ne s'édifie point autrement que par la prédicc' lion externe. Il y a, dit-il en un autre lieu 2] , une docte ignorance. Nous ne disons pas, dit Witakeros (3), que l'Ecriture soit si claire d'elle-même, (jue sans interprétation elle suit suffisante de vider toutes les controverses de la foi. Pour ce que les ignorants, dit le même auteur (k), ne peuvent se servir de ces moyens, (moyens qu'il a prescrits auparavant), ils doivent avoir recours aux plus instruits. Enseigner telle chose, n'est-ce pas s'accorder avec nous et se contredire soi-même ? N'est-ce pas condamner en nous ce que vous pratiquez vous-mêmes ? Vous est-il permis d'enseigner que l'Eglise et ses pasteurs doivent être nécessairement ouis ; que l'Eglise ne s'édifie que par la prédication, si vous nous estimez dignes de blâme pour soutenir la même chose? Pourquoi est-ce que (5) vous prêchez, si on ne doit point croire à l'Eglise et à ses pasteurs? Pourquoi nous imputezvous d'affecter une ignorance volontaire sous prétexte d'obéissance, puisque nous n'enseignons autre chose en ce point, que ce que l'Ecriture nous enseigne, les pères nous apprennent, et que les vôtres reconnaissent ? Vous nous blâmez toujours, même de ce dont nous sommes louables selon vos principes: et si les crimes dont vous nous chargez sont crimes en effet, ils se trouvent en vous, et non en nous.
Vous dites que nous rendons Dieu suspect aux hommes; il paraît que nous sommes innocents de cette accusation , et que vous en êtes coupables. Car par quelle voie peut-on rendre Dieu plus suspect auv hommes qu'en le représentant, comme font vos auteurs, Luther (6), Calvin (7), et tous les autres, avoir deux volontés du tout con-
vcl (astidium, vèl scmulalio, ut sibi persuadeant privalim legendo et meditando se posse salis proficerc,
(1) licm. Nobis qnod ex Paulo ciiavinms lenendum est, Ècclesiam non aliter xdificari, quain cxlerna praedicalione.
(2) Calvin. I. i. Instit. c. U. Nostri officii est lihenier ignorare qua non conduciint. Et lit. Inst. c. 21 § 2. Neque vero nos pudeai aliquid in ea re ricoche ubi est aliqua docla ignorantia.
(5) Contr. 1. q. I. c 1. Non dicimns qund Seri ntura per se ita apertasit,ut sine interpretatione Bufflciat ex seadomnesconlroversiasfidei dirimendas.
(4) Ibid. q. 5. cap. 9. Imper ili quia non possunl uti recie dis inediis debeut illi alios periliores adiré.
(5) Capilo ad Farellum in ep. C.alv. ep. (i. Fraenum prorsus exenssit mullliudo, qux assueia esl et educata propeinodum ad licenliam. Nam clamant, teneo salis Evangefii , ipse scio légère, quorsum miki tua opéra ? Prxdica volenlibus audire, etc.
(ti) Luther, de Serv. arbilr. Aliter de Dco vcl voluntate Dei nobis pnrdica ta, revelata, oblata, cnlia, ci aliter de Deo non prxdicato, non revclalo, non oblaio, non culto disputandum esl. Item, non vult moriem peccatoris, verbo scilicel, vull autem illam voluutaie illa imperscrulabili.
(7) c.alv. de Prxdestin. Voluntas illi (Dec) alla tribuiii.r ipiam qux ab ipso in lege natetacla est. — Beza de seiern. Dei prédestinât. Dicimus quain-
traires : l'une révélée en L'Ecriture , par laquelle il rent le valut de l'homme, non son péché ci sa damnation; l'antre occulte, par laquelle il rentle péché el la damnation île l'homme, roire memel'j nécessite et l'y Force. Tels blasphèmes ne rendent-ils pas Dieu suspect anx nommes? Nul ne le peut nier: ils le rendent réritablement tel, <t rotre créance qui les enseigne, abominable disant lui. Elle lest, et roua devez être suspects aux hommes, non seulement à cette occasion, mais parce qu'à tous propos ils entendent sortir de votre bouche ce dont ils vérifient le contraire, et que souvent nous vous vantez de ce qui ne vous appartient pas.
Et en effet, à quel propos vous prévalez-vous d'avoir élé les premiers qui ,v donne à la France l'Ecriture eu langue vulgaire, puisque vous reconnaissez vousmêmes en la préface de la bible imprimée à Genève, l'an t588, qu'elle avait été traduite dès le temps de Charles V, comme nos annales le témoignent î A quel propos, dis-je, voulez-vous rendre la France votre redevable, comme si vous lui aviez fait voir le testament de son père qui lui élail caché auparavant, puisque tant s'en faut que vous ayez cette gloire, qu'au contraire vous méritez le blâme de le lui avoir arraché des mains, lui étant le corps et le sang de Jésus-Christ, qu'il appelle (1) lui-même son testament ? Est-ce donner un testament que d'en donner la figure et l'ombre ? Est-ce donner on testament que de le donner corrompu ? que de le donner sans qu'on le puisse entendre ? C'est ainsi que vous donnez l'Eucharistie au peuple: c'est ainsi que vous lui mettez l'Ecriture en main, et que vous procurez son avantage en ce qui la concerne. Voyons maintenant quel bien peut revenir au peuple de ce que vous voulez que le service public se fasse en français.
SECTION II
MINISTRES
Que le service public se fasse en languevulyairc.
RÉPONSE
En ce point, comme en beaucoup d'autres, vous vous montrez amateurs el auteur de nouveau te> :etant chose toute cla ire que depuis qucl'Eglise latine a été fondée parles apétres,
dam Dei esse volunlalera nobis patefacUm, qnamdatn vero oecnltain. Sic Aphorism. II. et 20. Martyr, in episl. ad Roman, cap. t. Quod eoim auinel ad peccaïuiu, falcmur Deum illud nolle, si ejus votuniatcm speciemus, qux nobis legibus divinis el sacris litleris (v>l declarala : sedquod omninoel absolule pecralum non velit, minime concedemus. Cahr. S. Inst. cap. 23. § 9. Excusabiles neccando baberi voiunt reprobi, quia evadere nequeunl peccandi nécessitaient, pi sertiin cura ex Dei ordinalione injicialurejusmodi nécessitas: nos vero inde negamus excusari, quandoquidem l>ci ordinaiinni sua constat xquitas. Parafas lib. 2. de Amiss. gral. : Ner'essario quidem, sed lameo volunlarie, et jusiissimo judicio Dei peccal creatnra. Zuingl. lib. de provid. cap. (i. Ai. inquies, i oai lus esl ( lalro ) ad peccandum : permilio, inquam , coacture
(t) Luc XXII. Hic cslis novum est tcslamentuni
lil ineo sanguine.
Gl
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI
a toujours tenu cette langue en ses liturgies, même depuis que l'invasion des Goths en a ôlé l'usage au peuple. L'ayant ainsi conservée, lorsqu'elle n'a plus été sa langue naturelle, quelle raison y a t-il de la changer maintenant? L'Eglise est trop ancienne, et vous trop nouveaux pour lui apprendre à parler un nouveau langage. 11 est bien raisonnable que comme la créance de l'Eglise est une parmi tant de sortes de nations, ainsi les prières publiques se fassent en une langue qui soit commune à tous.
Pourquoi (1) les Juifs ayant corrompu leur langue naturelle par la longueur de la captivité babylonique et par communication qu'ils eurent avec diverses nations, et parlant communément le syriaque, ne laissèrent-ils pas de continuer leur office en langue hébraïque ? Si c'eût été chose mauvaise, Jésus-Christ les eii eût repris, et c'a été approuver ce qu'ils ont fait et ce que nous faisons , que de ne les en pas reprendre. •
Les Juifs, les Grecs et les Abyssins font maintenant leur service en langue non vulgaire. Les Nestoriens enlangue chaldaïque, quoiqu'ils parlent la langue des diverses nations où ils se trouvent. Vous dites qu'il faut que tout le peuple entende, cependant vos sectateurs qui sont en Béarn, Languedoc, Provence et Gascogne , n'entendent pas mieux le français que les peuples qui vivent en l'Eglise catholique le latin : et toutefois les ministres de ces lieux-là font leur service en français, et non en langues de ces provinces.
Il n'est pas nécessaire ni toujours utile que le peuple connaisse tout; mais il est nécessaire que la célébration de quelques-uns des mystères les plus relevés ne leur soit pas rendue commune, leur dévotion en étant augmentée. Pour cette raison, entre les Juifs nul n'entrait (2) au Saint des saints avec le grand-prêtre , et même saint Luc remarque certains sacrifices (3) auxquels, par l'institution de Dieu, le peuple n'assistait point, mais demeurait au dehors sans voir ni entendre aucune chose de ce qui se faisait.