‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 122 sur 305 · RELIGION CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

RELIGION CATHOLIQUE

séditions ni de révoltes. Ils ont souffert la mort en priant Dieu pour les princes qui les faisaient mourir, et ils sont morts martyrs de Jésus-Christ, mais non pas comme des rebelles à leur souverain.

Outre ces désobéissances aux ordres du roi, par ces attroupements et ces assemblées dangereuses au repos public, quelques-uns de ceux que l'auteur des lettres pastorales dit avoir été punis avec cruauté, et qu'il fait passer pour des martyrs, sont des sacrilèges qui, ayant fait profession de la religion catholique, ont profané l'adorable Eucharistie par des actions qu'il rapporte lui-même dans ses lettres. Un roi chrétien et catholique eslil fort coupable, ou, pour mieux dire, ses officiers ont-ils tort de venger l'honneur de Dieu, outragé par des actions d'une impiété qui fait horreur à ceux mêmes de la communion des protestants? Je dis à ceux mêmes de cette communion, car nous avons vu en Flandre, il y a peu de mois, des officiers suisses, protestants, condamner Irès-sévèivment et à de grands supplices, leurs soldats catholiques, profanateurs de notre adorable sacrement; sur ce principe, que ceux qui sont dans le sein de l'Eglise, où l'on adore la sainte Eucharistie, ne peuvent être considérés que comme des impics lorsqu'ils manquent de respect pour ce mystère. C'est une chose dont je suis moi-même témoin.

L'auteur des lettres se plaint avec beaucoup de force de la dureté que les troupes, et surtout les dragons, ont exercée envers ceux qui ne leur en donnaient aucun sujet. Cela peut être vrai; mais il est vrai aussi, que si par hasard il s'est passé quelque chose envers des innocents, de la manière qu'il le rapporte, c'a été contre l'intention de sa majesté, dont toute la terre connaît et admire l'extrême modération. Il est très-difficile d'empêcher que des gens de guerre ne se portent quelquefois à certains excès; mais si ceux dont on se plaint avaient été connus des commandants, ils les auraient assurément réprimés. 11 se peut bien faire aussi, et il est très-probable que l'auteur des lettres exagère ce qu'il avance, par un zèle immodéré pour son parti, ou qu'il écrit sur de faux mémoires de quelque esprit emporté.

Le roi, dont Dieu par une grâce toute particulière,a affermi l'autorité légitime plus que celle d'aucun autre prince de la terre, n'a-lil pas eu raison de prévenir les funestes effets que pourrait produire le prétexte de maintenir la religion dans laquelle les protestants ont été élevés dès leur enfance? Le siège de la Rochelle cl de tant d'autre villes, que le feu roi de très-glorieuse mémoire a été obligé de soumettre à son obéissance par la force de ses armes, et tant de guerres que ce grand prince a soutenues contre les protestants de son royaume, doivent faire encore trop d'impression dans nos esprits, pour ne pas justifier la fermeté dont Louis le Grand, son auguste fils, se sert en cette occasion.

L'antiquité n'a jamais blâmé les édita, quoique très-sévères de Constantin. d'Honorius

el des autres contre les hérétiques : peut-on ne pas louer le zèle du roi qui, sans violenter la créance intérieure, n'a puni que ceux qui ont désobéi à ce qu'il a commandé pour la tranquillité publique. On délie l'auteur de ces lettres intitulées Pastorales , de marquer un homme qui n'ait été coupable que du seul fait de la religion.

Mais après tout l'auteur de ces lettres, qui voudrait bien nous persuader les prétendus miracles qu'il nous raconte, et faire respecter comme des martyrs et des confesseurs ceux qui ont souffert quelque chose pour ces attroupements défendus par le roi, devrait au moins être d'accord avec les autres auteurs qui sont de sa communion. J'ai vu un livre composé par un protestant ( intitulé du Pouvoir des Souverains), qui dit en plusieurs endroits que le prince peut faire des lois ou des ordonnances toucbanl l'exercice extérieur de la religion , auxquelles les sujets sont obligés en conscience d'obéir, pourvu qu'elles ne détruisent pas l'essentielle de la religion. Il déplore l'aveuglement de ceux qui croient être martyrs de Jésus-Christ en désobéissant à leurs princes, et dit qu'ils ne sont au contraire des martyrs que de leur propre opinion cl de leur fausse générosité. Il établit celte maxime en tant d'endroits, qu'il serait ennuyeux de les rapporter en détail. Le lecteur pourra avoir recours au livre même. Or si son sentiment est vrai, l'on ne saurait désavouer, que le roi n'ayant rien ordonné que la séparation des assemblées des protestants, ont dû lui obéir. C'est donc, selon ce théologien , confrère dç l'auteur des lettres, et bien éloigné de sa pensée, une pure illusion que les miracles et les martyrs qu'il nous vante eu faveur de la désobéissance criminelle des prolestants des Cévenncs et d'autres lieux, lesquels cet auteur du Pouvoir des Souverains qualifie au contraire d'hypocrisie et d'opiniâtreté.

Ces lettres pastorales recommencent à traiter les controverses, comme si jamais l'on n'en avait parlé; et au lieu de répondre précisément à tout ce qu'on a écrit contre la fausse doctrine des protestants, l'auteur expose les arguments cent fois invinciblement refutés. Comme il ne dit rien de nouveau , il n'y a pas d'apparence de s'attacher à y répondre.

J'ai publié il y a quelques années des mémoires touchant la religion, dans lesquels je crois avoir satisfait aux plus fortes objections de cet auteur, et principalement dans les réponses que j'ai faites à un minisire qui a écrit contre moi . et je ne pourrais ici dire que ce que j'ai déjà dit. Si je croyais que ces petits ouvrages méritassent d'être considérés, je prierais ceux qui verront cet écrit d'y avoir recours; mais j'aime mieux les imiter à la lecture des ouvrages qui ne sont pas de moi,

fiarce que je les estime beaucoup plus que es miens.

Puisquel' auteur des lettres attaque particulièrement M. l'évéquede Nfeaux, .M. de Peilisson et M. Nicole, ces grands hommes sauront bien venger lu cause de Dieu et de son Ldise.

DEMONSTRATION ÉVANGÉLIQI E.

Ils l'ont déjà fait d'une manière à faire taire celui qui les provoque. J'exhorte ceux a qui il resterait encore quelque doute, à \oirce que ces savants auteurs ont si avantageuse ment écrit pour» soutenir la % « - 1 i t . * . Hais cependant on a cru qu'il ne serait pas mauvais d\ iposer le vrai système de la religion chrétienne et catholique, afin de confondre tout d'un coup les protestants qui, n'ayant aucun principe certain, sont flottants et te lu emporter à tout voit de doctrine Unix llpliés. ch. IV, v. Ik), de faire voir l'injustice qi contradicteurs emportés font aux catholiques, en leur imputant des sentiments tout opposés à leur créance, et de justifier en même temps ceux qu'ils appellent convertisseurs , croyant leur dire une injure, au lieu qu'ils ne peuvent leur donner un plus grand éloge. Voici donc ce système, tout naturel, sans ligure et sans équivoque.

H faut avant toutes choses être persuadé de la nécessité de l'existence de Dieu.

Les philosophes, qui n'avaient d'autre théologie que celle que leur raison leur appr nait, ont reconnu que la nature nous imprime à tous un sentiment de la divinité, duquel il est impossible de se défaire. Tous les hommes, hors un petit nombre d'athées ou qui font semblant de l'être, sont d'accord sur ce point.

Nous n'avons qu'à ouvrir les yeux. La structure du monde, l'ordre et la succession des saisons et des générations, li suite des jours et des nuits, de la lumière et de- ténèbres, l'alliance des* éléments, la composition des corps inanimés, les mouvements et les diverses opérations des animaux, leur nourriture et celle des plantes, la multiplication et l'accroissement des fruits de la terre, le vol des oiseaux, l'art de nager des poissons, et leur subsistance dans le fond des eaux, la prévoyance des bêles pour leurs besoins et ceux de leurs petits , leur subordination à notre égard, le raisonnement des hommes, l'arrangement et la beauté des corps célestes, et tout le reste de ce qui fait l'objet de nos sens, de notre intelligence, des sciences, de notre admiration, dans l'ordre et la vicissitude du monde el de toute la nature . nous convainquent démonstrativemenl que tout ce que nous connaissons est l'ouvrage d'un être intelligence! que le hasard n'a pu produire l'univers. Or cet être intelligent, auteur de tontes choses . est ce que nous appelions Dieu, indépendant de tout et de qui tout dépend.

Celte grande Vérité supposée, nous axons mille arguments qui nous persuadent la dis inité de Jésus-Christ. Dieu est infiniment parlait, et par conséquent la souveraine sagesse esl de croire tout ce qu'il nous fait entendre. Or il nous fait entendre que Jésus-Chrisl est Dieu : il faut donc que nous le croyions.Que Dieu nous ait fait entendre que Jésus-Chrisl esl Dieu, il est aise de le prouver. 11 non-. la fait entendre par des miracles, el par I ,ucomplissemenl des prophéties, et comme il n'j a que Dieu qui puisse parler par des prophéties et par des miracles, parce qu'il n'y a iiue Dieu qui soit au-dessus des lois de la

LE VRAI SYSTÈME DE LA RELIGION CATHOLIQUE

nature : il s ensuit que Jésus-Christ est Dieu. Non seulement Dieu a fait des miracles d'une main invisible, pour prouver la divinité de Jésus-Christ; mais Jésus-Christ en a fait lui-même visiblement, et a encore donné à ses apôtres le pouvoir d'en faire pour prouvercettemêmevérité, non seulement àsesapôtres , mais encore aux hommes apostoliques et à plusieurs saints. Les apôtres , les hommes apostoliques et les saints ont persuadé la divinité de Jésus-Christ par ces miracles, en prêchant simplement, sans éloquence et sans ornement cette surprenante vérité, par la seule exposition des mystères ; tout cela n'est pas humain : il faut donc conclure que Jésus-Christ est Dieu.

Si Jésus-Christ est Dieu, tout ce qu'il a dit est véritable. 11 a dit qu'il est Fils de Dieu, et que lui et son Père ne sont qu'un même Dieu : ainsi la divinité de Jésus-Christ prouve qu'il y a plusieurs personnes en Dieu : mais elle ne prouve pas qu'il y ait plusieurs dieux : ce qui de toutes les erreurs est la plus grossière. Jésus-Christ est Dieu , puisqu'il parle et agit c» Dieu : mais comme il a paru dans les actions humaines , tant qu'il a été sur la terre, et qu'il s'est lui-même appelé fils de l'homme, il faut encore conclure qu'il est Dieu et homme tout ensemble.

11 est vrai que l'unité d'une même essence en plusieurs personnes distinctes semble choquer la raison , aussi bien que l'union de deux natures si éloignées l'une de l'autre en une même personne : mais puisque Dieu a révélé ces grands mystères , il faut les croire et captiver notre esprit à l'obéissance de sa parole (11, aux Corinth., ch. X, v. 5) : car par sa sagesse et sa bonté infinie, il ne peut ni être trompé , ni nous tromper. Les catholiques et les protestants sont d'accord de toutes ces ineffables et suressentielles vérités (S. Denis, I, des Noms divins, c. I), comme elles sont appelées par les saints pères. Je les ai prouvées le plus clairement qu'il m'a été possible dans mes mémoires louchant la religion. Le sieur de Labbadic, savant protestant, a fait sur ce sujet un excellent ouvrage, et jusque-là nous sommes dans les mêmes sentiments.

Il n'y a qu'un Dieu : Jésus-Christ est Dieu: tout ce que Dieu dit est véritable : tout ce qu'il fait est juste , saint, adorable ; voyons maintenant la conduite que cet Homme-Dieu a tenue pour composer la religion qu'il est venu établir en ce monde.

11 a commencé par composer une Eglise (en S. Mat th., ch. XVI, v. 18) , c'est-à-dire un corps de personnes soumises à sa doctrine.

Pour gouverner celte Eglise, il a appelé des apôtres qu'il a instruits, afin d'inslruire et de conduire les autres (en S. Matth. eh. X, v. 1, et suivants; S. Marc, ch. III, v. 13 et ik; S. Luc ch.Vl, v. 13 et suivants; S. ./nui, ch. XVII, v. 8 et lk). Il les a instruits de vive voix : car Jésus-Christ n'a jamais rien écrit : mais il leur a expliqué ce qui est contenu dans les livres de Moïse et dans les aulrcs de l'Ancien Testament, composés par des hommes inspirés de Dieu. Il leur a expliqué les mystères qui

|>i MON i . r.v.N',. III.

ne leur étaient pas assez intelligibles dans ces livres divins et surtout celui de son incarnation , de la rédemption du genre humain et de tout ce qu'il est venu opérer en ce monde , et leur a donné les règles de mœurs qu'il voulait être observées. Les apôtres instruits par Jésus-Christ ont prêché les mêmes choses et les ont expliquées aux autres hommes, et de vive voix en vive voix ces vérités sont venues jusqu'à nous.

On ne doit pas hésiter sur cette tradition, ni se persuader que ce soit une vaine idée qu'on se forme. Quand nous n'en aurions nulle preuve positive, la raison nous porte rait à la croire. Les lois humaines, les règles du juste gouvernement des Etats et de la conduite que les hommes doivent avoir dans la société : les exemples, qu'on tire des actions passées, tout cela n'est qu'une tradition; cependant toutes ces choses sont nécessaires pour la conduite ordinaire des hommes.

Pourquoi voudrions-nous que la seule religion dépendît de la lumière de chaque particulier, qui la réglerait comme il lui plairait ? Si Jésus-Christ l'a formée, il faut qu'elle vienne, et qu'elle coule depuis son auteur jusqu'à la fin des siècles.

11 est vrai que les hommes, qui conservent cette tradition, sont sujets à erreur, et que comme les lois humaines, les règlements des Etats et de la société civile se sont souvent altérés parla suile des temps, à cause de l'inconstance des hommes, on pourait dire aussi qu'il n'y aurait rien d'assuré dans la religion , si elle dépendait de cette tradition. L'objection semble être très-considérable à qui ne raisonne qu'humainement ; mais si nous voulons un peu nous élever au-dessus de nous-mêmes, et faire réflexion que la religion est l'ouvrage de Dieu seul, sans que les hommes y aient d'autre part que celle de leur soumission, nous nous persuaderons aisément que Dieu n'abandonne pas cette tradition au caprice des hommes, et que sa Providence la conduit et la soutient : qu'ainsi elle ne saurait nous tromper, quelque inconstants que soient les hommes qui en sont les gardiens, et quelque sujets qu'ils soient à tromper et à être trompés.

Depuis la création du monde les hommes n'ont pas été sans religion jusqu'à Moïse, c'està-dire pendant près de deux mille cinq cenls ans, selon la supputation ordinaire, ou plus longtemps, si celle d'un savant chronologiste, qui a donné depuis peu un très-bel ouvrage au public, est bien fondée. Cependant Mois»; a été le premier écrivain. Ce n'a donc été que la tradition qui, pendant tant de siècles a soutenu la religion et la connaissance des vérités et des règles de mœurs par lesquelles Dieu voulait qu'on l'honorât, qu'on s'attachât et qu'on allât à lui.

Depuis Moïse jusque presque au temps de Jésus-Christ, les livres sacrés ont été écrits successivement : ainsi les vérités n'ont été écrites que les unes après les autres, et se sont conservées par tradition.

Jésus-Christ a parlé et n'a pas écrit, COnw • roc il a été d^jà dit. Les apôtres el les 6vs,n«

(Dix-ne uf.)

DEMONSTRATION ÊVANGÉLIO.UE.

gélistcs n'ont pas écrit d'abord , ni tous en même temps. La tradition a donc conservé l.i religion pendant ce temps, et rien ne nous persuade qu'elle ail été interrompue.

Celte vérité est si constante, qu il faut que ceux mêmes qui sont le plus opposés à la tradition, en reconnaissent malgré eux la nécessité; car que peuvent dire les protestants, qui sont si soulevés contre la tradition lorsqu'on leur représente qu'ils ont les mêmes symboles de foi que nous avons ? Les frouve-t-on dans l'Ecriture sainte ces symboles? Nous les y trouvons par des conséquences, par analogie, par de justes interprétations ; mais nous ne les y trouvons pas dans le même arrangement des termes dont ils sont conçus. Cependant nos frères séparés les rega'rdcnt comme la règle de leur foi. Ils ne les ont pourtant que par tradition. Oui leur a dit qu'on peut et qu'on doit baptiser les enfants incapables d'instruction? que le baptême des hérétiques est un vrai sacrement? qu'au lieu du samedi, septième jour de la semaine, il faut sanctifier le dimanche qui est le premier? Qui a consacré le terme de consubstantialité entre les personnes divines? Qui a appris aux protestants que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils? J'avoue que tout cela est en substance dans l'Ecriture ; mais l'on n'y trouve pas ces articles formellement, et nous avons besoin de la tradition pour les croire; les protestants les croient néanmoins comme nous. 11 en est de même de beaucoup d'autres vérités qu'ils professent et qu'ils ont reçues de main en main depuis les apôtres jusqu'à nous. Comment même pourraientils se fonder sur l'Ecriture sainte sans la tradition, et n'est-ce pas par la tradition que nous sommes assurés que l'Ecriture nous est conservée dans sa pureté, sans que les hommes l'aient altérée dans l'essentiel des vérités du salut qu'elle contient.

Si le Saint-Esprit a été envoyé aux apôtres pour leur apprendre toute vérité" (S. Jean, c. XVI, 13), pour leur développer les mystères, à l'intelligence desquels leur grossièreté naturelle s'opposait, nonobstant les instructions qu'ils en avaient déjà reçues de Jésus-Christ, et pour leur inspirer de mettre par écrit ce qu'ils avaient appris de sa bouche : c'a été afin que l'Ecriture vint au secours "de la tradition (S. Paul, II Thcss., cil, 14) , sans pourtant vouloir interrompre la tradition, qui doit aussi secourir l'Ecriture, en expliquant ce que Dieu a permis qu'il y demeurât d'obscur pour nous humilier et pour nous faire comprendre le besoin continuel que nous avons des secours du ciel cl de ses lumières : ce qui fait même, qu encore que la tradition et L'Ecriture se secourent réciproquement, nous ne laissons pas SOUVént d'hésiter sur l'une et sur l'autre : et c'est pourquoi il y a eu tant d hérésies. Mais pour notre entière consolation, et poumons Hffermir sans crainte dans la religion, Jc- RUS-Christ, outre la tradition et l'Ecriture . amis a donné l'Eglise, nui nous explique clairement l'une et l'autre, au tribunal de

laquelle nous devons avoir recours dans nos doutes et sur nos controverses, et qui est la fidèle et infaillible dépositaire des vérités ré-

\> lees.

Cette Eglise peut élre considérée comme le ( oifis de tous les (idèlfs. 1) ans celte considération, elle ne peut errer, cl il est impossitde qu'un sentiment cml< | lous h-s

(idèles soit faux, parce que ce COrpa esl le corps mystique dont Jésus-Christ esl le chef qui le conduit. Cette Eglise est aussi ordinairement considérée dans Let pii-ounes des pasteurs qui ont reçu le pouvoir du r< et de l'instruction qu ils ont hérité des apôtres, qui l'ont reçu immédiatement de Jésus- Christ (Ezécfl. , c. XXXIV; S. Jeun, < . \. r. 11 et suivants, c. XVII, 18; Actes, e. XX, 28; Rom., c XII, 7-8 ; Ephés., c. IV, 11 .

L'union des pasteurs et leur consentement unanime dans la même doctrine, soit des mystères, soit des règles de morale et des commandements de Dieu, nous représente l'Eglise, parce que les pasteurs sont gardituê (Malach., c II, 7) des vérités qu'ils doivent prêcher aux autres, qu'ils ont la de de la science et doivent être regardés comme ci ux que Dieu a établis pour gouverner les fidèles avec certitude et sans erreur, et enfin comme ne faisant qu'un seul pasteur avec J Christ {S. Jean, c X, 16).

Comme les rois contiennent éminemment leurs Etats, de même les pasteurs représentent et contiennent l'Eglise. Or Jésus-Christ a dit à ses apôtres qu'il veut qu'on écoute cette Eqlise, à moins d'être regardé comme païen [S. Mattlt. , c. XVIII. 17) ; et, pour ne pas obliger inutilement les fidèles à cette soumission, il a protesté que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ( S. Matth. , c. XVI, 18 ), c'est-à-dire que l'esprit d'erreur ne corrompra jamais sa doctrine universelle et qu'elle sera la colonne et le soutien de la vérité (I Timoth., c. 111. [S de celle Eglise que nous devons apprendre les vérités du salut, mais les apprendre sans aucun soupçon qu'elle puisse nous tromper: car Jésus-ChrM a déclaré, comme il a déjà été dit. que celle Eglise est un corps dont il est le chef [Ephéi., c. V, 23) et qu il assistera de son esprit jusqu'à la fin du monde {Coloss., cl, 18; S. Matth., c. XXVIII, 20).

Cette Eglise fait donc la sûreté de notre foi, et celle \eriie est transmise de main en main depuis Jésus-Christ jusqu'à nous. Ceux qui enseignent les enfants, après leur avoir propose qu'il y a un Dieu (vérité dont on esl bientôt persuadé quand on explique bien ce que nous n'avons dit que fort succinctement ci-dessus) et après leur avoir inspiré ;:ussi la créance de la divinité de Jesus-Christ, Dieu-Homme, notre Sauveur, leur font entendre que ce Dieu -Homme a formé uni- Eglise qui esl la règle de la foi : et Dieu qui, par une providence particulière soutient celte tradition, l'ait parles lumières cl les secours de sa grâce que l'on commence à être parfaitement fidèle en se soumettant à la voix de l'Eglise. Eglise oui doit élre visi

LE VRAI SYSTÈME DE LA RELIGION CATHOLIQUE

ble, puisque nous la devons écouler, perpétuelle, puisque Jésus-Christ est avec elle par son esprit jusqu'à la fin monde, et parce que comme elle doit être la règle de la foi, si elle manquait la foi manquerait aussi, qui serait un renversement de la religion de Jésus- Christ : ce qu'on ne peut penser sans blasphème. Elle doit être encore infaillible; autrement, en l'écoutant, nous serions exposés à l'erreur, ce que nous ne pouvons dire sans démentir Jésus-Christ, qui nous aurait tendu un piège en nous obligeant d'écouter l'Eglise, si elle pouvait errer : ce que l'on ne peut dire ni penser sans impiété.

II faut maintenant voir ce que Jésus-Christ nous a enseigné, ce que la tradition nous explique, ce que l'Ecriture nous propose, et ce qui est décidé par l'Eglise.

Jésus-Christ, par la tradition, par l'Ecriture et par l'Eglise, nous apprend qu'en Dieu il y a trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, [S. Matlh. , c. XXVJI1, 19 ; Ire épitre de S. Jean, c. V, 1), qui sont réellement distinctes l'une de l'autre; et cependant qu'elles ne sont qu'un même Dieu, n'ayant qu'une même nature, qu'un même entendement, une même volonté, une même puissance, et ainsi de toutes les autres perfections. Que le Père n'a point de principe; que le Fils est engendré du Père, lequel en se connaissant lui-même, produit un verbe ou une parole qui est le terme de sa connaissance, la splendeur de sa gloire, et la figure de sa substance {lléb., c. 1, 3) : et qu'ainsi ce Verbe étant produit dans cette ressemblance essentielle, il est véritablement engendré et doit être appelé le Fils de Dieu : que le Père et ce Fils engendré en unité de substance, et dont les personnes sont réellement distinctes, ne peuvent mutuellement se considérer sans s'aimer, à cause de leurs perfections infinies et souverainement aimables, et qu'en s'aimant, le terme de leur amour est le Saint- Esprit, qui procède de l'un et de l'autre, comme d'un seul principe de cet amour mutuel , et que, comme tout ce qui est en Dieu est Dieu même, rien de fini ne pouvant lui appartenir, cet Esprit saint est Dieu, infiniment parfait comme les deux autres personnes : que comme il est impossible qu'il y ait plusieurs dieux , il procède aussi en unité d'essence: mais que comme il y doit avoir de la relation entre celui qui procède et le principe dont il procède, la personne de cet Esprit éternel est aussi réellement distincte des deux autres.

La parole éternelle nous apprend que Dieu a crée l'univers, qu'il a créé l'homme (£qi.l); qu'il avait fait un commandement au premier homme de s'abstenir de manger d'un fruit; qu'à l'accomplissement de ce commandement il avait attaché l'innocence, l'immortalité et la félicité éternelle de ce premier nommée! (Je sa postérité; qu'à la transgression il avait attaché le crime, la mort et la punition éternelle. Vérités d'où l'on conclut par une conséquence nécessaire, que notre (âme est immortelle.

La tradition, l'Ecriture el ('Eglise nous

apprennent aussi (Gen., c. III, v. 1 et suie. ; S. Jean, c. VIII, H; I Cor., c. XV, v. 21 et suivants; I" éptt. de S. Jean, c. III, 8) que le premier homme désobéit à ce commandedément ; que cette désobéissance lui fut suggérée par le démon : ce qui nous fait croire par la révélation de Dieu , que le Seigneur a formé un ordre de créatures toutes spirituelles et détachées de la matière sensible, dont une partie après leur création se révolta contre leur Créateur et fut, dans lo moment de cette désobéissance, punie et assujettie à des peines éternelles ; et que, comme ces esprits révoltés sont devenus les ennemis de Dieu (S. Pierre, en sa l" épître , c. V, 8 ) , ils travaillent continuellement à révolter les hommes en leur inspirant , par leurs abominables artifices, tout ce qu'ils peuvent pour les porter à la désobéissance Et c'est ce qu'un d'eux fit à l'égard du premier homme, qui devint, par sa prévarication, criminel, mortel et sujet à toutes sortes de misères (I Cor., c. XV, 21-22). Que ce châtiment passa à sa postérité qui était comme renfermée en lui, et que comme il l'aurait sanctifiée par son obéissance, il la corrompit par son péché (Rom. , c. V, v. 12 et suivants). Qu'ainsi tous les hommes naissent criminels et sujets à la mort temporelle, à toutes les misères qui nous accablent [Ephésiens, c. II, 1, 2, 3), et auxpeines quidevaient être éternelles, parce que le péché nous ayant privés des secours de Dieu, de qui nous dépendons comme de notre auteur et de la première cause de toutes choses, nous ne pouvions de nous-mêmes rien faire qui nous pût rétablir dans l'amitié de Dieu (H Cor., v. III, 5), et que par conséquent nous ne méritions que d'être châtiés, puisque la justice divine ne peut laisser les crimes impunis.

Jésus-Christ, par la tradition, par l'Ecriture et par l'Eglise, nous apprend néanmoins que Dieu par sa bonté et par sa miséricorde ne voulut pas perdre le genre humain, et que voulant cependant que sa justice fût satisfaite, il résolut de nous donner un libérateur, et pour ce sujet d'allier son Fils à la nature humaine (S, Jean, c. l,v. i, jusqu'au ik), et d'unir substantiellement à notre nature la personne de ce Fils éternel, égal et consubstantiel à lui, de sorte qu'il fût homme et Dieu tout ensemble : et c'est ce Dieu- Homme que nous appelons Jésus-Christ. Que Dieu le résolut ainsi , afin que ce libérateur étant Dieu, en qui le péché ne pouvait avoir de part, parce que Dieu par l'infinité de sa perfection est impeccable, tout ce qu'il ferait pour nous lui fût agréable el méritât d'apaiser sa colère : et qu'il voulut aussi qu'il fût homme, afin qu'à raison de son humanité, il pût souffrir, et par ses souffrances satisfaire à la justice divine, qui demandait vengeance contre le péché qui avait corrompu le genre humain, et satisfaire de manière que cette satisfaction ne pût être mêlée, à cause, comme il vient d'elre dit (llcbr., c. V, 7), de la dignité infinie de la personne qui satisferait pour nous. C'est ce qui a été exécuté par la naissance, par les mérites cl par

la mort de ce libérateur [lisez les évangiles et épttret desapôtres), qui a été li\ ré à l.i cruauté des hommes criminels, qui Tout attaché et l'ont fait mourir à la croix, et ce sont l<s souffrances (liom., c. V,en plusieurs versets ; \Cor., c.XV, 3, et presquepart oui le Nouveau Tcsta»unt et en plusieurs prophéties de l'Aucun ) de ce Dieu-Homme, innocent et infiniment bon, qui ont effacé nos pèches, et nous ont mérité les grâces avec lesquelles nous pouvons nous rétablir dans l'amitié de Dieu et rentrer dans le droit delà vieélcrnellc.

Jésus-Christ par la tradition , par l'Ecriture et par son Eglise , nous apprend que lui-même Dieu -Homme, mort sur la croix pour nos péchés , ressuscita trois jours après comme il l'avait prédit ( L'Evangile de S. Mat th. , ch. XXVIII ; S. Marc , ch. XVI ; S. Luc, ch. XXIV; S. Jean, ch. XX et XXI; I aux Cor., ch. XV, v. 11); qu'il monta ( aux Actes ch. I, v. 2, 3 et lv; aux Boni., ch. IV, ». 25; c. VII, v. 4. c. VIII , ». 34, c. XIV , ». 9) au bout de quarante jours visiblement au ciel ; qu'il viendra un jour juger tous les hommes , qui ressusciteront, et que ceux qui auront observé ses commandements (5. Malth. , c. XIII , ». 38 et suivants, c. XVI, ». 27, c. XXIV, v. 29, 30, 42, 43, 44 ) , qui auront fait pénitence de leurs péchés ( aux Actes , cl, ». 11, c. XVII , ». 31 ) ; qui auront aimé leurs ennemis, et leur auront fait du bien, qui auront soulagé les pauvres selon leur pouvoir (aux Rom., ic.11, v. 10, c. XIV, ». 10) et qui auront vécu selon la pureté de ses lois et de la morale de l'Evangile qu'il a prêché (aux Corinth., ch. V, v. 10 , à Tite, c. II, ». 13 ; S.Jucle, ». 13, 14, et 15, etc. ; S. Matth., c. XIX, ». 17; 5. Matth., ch. III, », 2. et presque par toute l'Ecr.; S. Matth., ch. V, ». 44 ; et ailleurs; S. Mut th., c. XXV, », 25 ; et en plusieurs autres endroits de l'Ecrit. ; aux liom. ch. II, ». 16; et fait prêcher par ses apôtres [S. Matth., c. XVI,». 27; aux Rom., ch. H , ». 6, et ailleurs ) , auront la récompense de leurs bonnes œuvres, du mérite desquelles, selon saint Paul ( aux Rom. , ch. XI, ». 6 ) , nous ne devons pas nous gloriOer, mais en rapporter la gloire à Dieu, qui nous prévient de sa grâce ( Psaume LVII1, ». 11 ); laquelle est un pur effet de la miséricorde toute gratuite de notre Libérateur ( aux Rom., ch. VIII,». 26); en sorte que nous devons notre justification au prix et aux mérites du sang de Jésus-Christ : grâce néanmoins à laquelle les (idèles coopèrent très-librement ( laux Corinth., ch. XV,». 10); que Celte récompense sera la félicité éternelle (I aux Corinth., ch. XIII . ». 8, 9, 10, 11, 12, 13) , qui consistera à voir Dieu intimement, et à l'aimer dans toute l'éternité, et que ceux qui n'auront pas été fidèles à la grâce, et n'auronl pas obéi à Dieu [S. Matth., ch. XXV, v. 31, et suivants) seront condamnés aux flammes eleinclles et réprouvés pour jamais comme les ennemis de Dieu.

Ce divin Libérateur nous apprend par la tradition, par l'Ecriture el par les décisions

DEMONSTRATION ÉVANGÉLIQ1 I.

de l'Eglise, qu'encore qu'il nous aitracbepar pure miséricorde . il veut néanmoins nous tenir toujours humiliés par la crainte. Que comme il ne nous justifie pas sans que nous répondions à sa grâce par notre libre consentement, et par noire coopération, nous ne sommes jamais assurés de notre lut, jusqu'à ce qu'après noire mort, le Jt éternel ait prononce un arrêt favorable pour nous. Que tant que nous sommes au moi nous ne savons , si nous sommes dignes d'amour ou de h'iine ; mais que tout est incertain jusqu'au siècle futur' En l'Ecrit'-..,, ch. IX, ». 1 et 2): qu'ainsi nous devons opt notre salut avec crainte et tremblement (Aux Philip., ch. 11, ». 12). Que quelque témoignage que rende aux justes leur conscience de leur fidélité envers Lieu , ils ne sont jamais assurés de leur justification ( I aux Cor. , ch. IV, ». 4 ), et que c'est une erreur très-dangereuse de se persuader que nous n'avons qu'à croire que nous serons sauvés pour être certains de notre salut. Nous devons à la v i rite mettre notre confiance aux mérites de Jésus-Christ, et c'est le fondement de l'espérance, qui est une des vertus chrétiennes et théologales ; mais, comme l'espérance est toujours accompagnée d'une crainte salutaire, aussi ne peut-elle jamais être dans une entière et immobile certitude du salut. Nos théologiens ont détruit invinciblement l'abominable erreur de celte sécurité présomptueuse , et je renvoie le lecteur , à qui il resterait encore quelque doute sur ce sujet, à ce qu'en a écrit le In savant auteur du Renversement de la morale par les erreurs des calvinistes touchant la justification.

Comme ce Dieu-Homme , ou ce Dieu incarné, n'est venu qu'au milieu des tenu, il semblerait que la miséricorde de Dieu n'aurait pas pourvu au salut de ceux qui ont précédé sa naissance temporelle ou son incarnation ; mais il nous a ré\clé par sa divine parole , c'est-à-dire par la tradition , par l'Ecriture et par son Eglise , que . comme tout est présent à Dieu . aussi ! ien les choses passées que les présentes et 1 futures ( aux Ilébr. , ch. XIII , ». 8 ) , la justice divine a été apaisée pour tous ceux qui ont vécu selon la loi de Dieu, par les mérites de ce Dieu Rédempteur, qui est mort pour tous les hommes ( 11 aux Cor., ch. V, v. IV, et 15 . Qu'ainsi dans les temps qui ont précède la naissance du Libérateur, Dieu, en vue des mérites futurs de Jesus- Chrtst a donne les grâces nécessaires au salut, par le moyen desquelles ont été sauvés tous ceux qui en ont voulu bien user pour glorifier Dieu, et en gardant les commandements qu'il leur avait donnes dès le commencement du monde, et dont la connaissance s'est conservée par tradition jusqu'à Moïse, ce grand législateur, qui les a laisses par écrit, et après lui les prophètes, et ceux dont Dieu s'est serv i pour nous donner ces di\ ines Ecritures.

Voilà les principales vérités cl les princiix mystères, qui fonl le fondement de ];\

LE VKAI SYSTEM DE LA RELIGION CATHOLIOUE

religion: mystères à la véri lé qui sont incompréhensibles ; mais que nous croyons sans hésiter, parce que Jésus-Christ Homme- Dieu, nous les a révélés, et nous les a fait expliquer tant par une tradition perpétuelle , que par les écrits de ses apôtres , et par l'organe de son Eglise , et que la souveraine sagesse, comme il a déjà été dit , est de captiver notre esprit à la créance de tout ce que Dieu a dit, quelque incroyable qu'il fût, s'il n'y avait point de révélation.

Nous croyons par la tradition, par la parole écrite et par les décisions de l'Eglise , qu'après que Jésus-Christ eut enseigné ces mystères et donné ses lois à ses apôtres , pour les enseigner et recommander de sa part aux fidèles , et principalement d'aimer Dieu par-dessus toutes choses (S. Malth. , c. XXII, v. 37), et le prochain pour l'amour de Dieu, il institua pour notre sanctification sept mystères , que nous appelons sacrements , auxquels il a attaché diverses grâces, pour nous donner le moyen de nous acquitter des divers devoirs de la vie qu'il voulait que nous menassions. Nous l'appelons la vie chrétienne, parce que c'est celle qu'il nous a enseigné et dont il nous adonné l'exemple ou les préceptes. Nous ne nous arrêtons pas sur ce mot dé sacrement : les protestants s'en servent aussi bien que les catholiques : ainsi le terme ne doit produire aucune difficulté, étant consacré par la tradition.

Le premier de ces mystères ou sacrements est le baptême (S. Matlh., c. XXVIII, v. 29; S. Marc , c. XVI , v. 10 ) , qui consiste • dans un lavement extérieur d'eau naturelle , fait au nom de la très-sainte Trinité (S. Jean, c. III, v. 3 et 5), Père, Fils et Saint-Esprit, sans la réception duquel, au moins dans l'intention et le désir, quand on est adulte , l'on ne peut être sauvé. Ce sacrement fut institué, pour effacer ce péché avec lequel nous naissons tous ( aux Jiom. , c. VI , v. 3 et suivants ) , et que nous avons malheureusement hérité du premier homme (Aux- Coloss., c. II , v. 12 et suivants ). Dieu remet aussi par ce sacrement tous les péchés actuels que l'on a commis depuis l'usage de la raison , lorsqu'on le reçoit étant adulte, pourvu qu'on ait une vraie repentance de les avoir commis, parce qu'ils déplaisent à Dieu, et qu'on soit dans une sincère intention de ne le plus offenser: car nous ne saurions être justifiés, si nous n'avons un vrai esprit de pénitence ( 5. Luc, ç. XIII, ». 3).

La tradition perpétuelle de l'Eglise, ainsi (jue nous l'apprenons des SS. pères et des conciles. — Le second sacrement est la confirmation , qui consiste en l'imposition des mains des évêques sur les baptisés (Actes, c. VIII , ».15, 10, 17, c. XIX , v. 2, 3, 6 ) , en disant qu ils les confirment dans la foi. On y ajoute 1 onction du chrême. 11 n'est pas défini si l'Eglise a établi cette chrismation , ou si elle est d'institution divine , comme l'est 1 imposition des mains. Ce sacrement nous donne de nouvelles forces pour soutenir la foi de Jésus-Christ et vivre selon sa loi.

Le troisième est l'eucharistie, qui consiste dans le changement du pain au corps de Jésus-Christ, et du vin en son sang. Ce sacrement fut institué dans la dernière cène que fit Jésus-Christ avec ses apôtres : c'est un gage de son amour qu'il a laissé aux hommes, pour s'unir continuellement à eux, nourrir spirituellement et fortifier leurs âmes (5. Matth., c. XXVI, ». 26, 27, 28; S. Marc, c. XIV, v. 22, 23, 24; 5. Luc, c. XXII, v. 19, 20; S. Jean, c. VI, depuis le 48 vers, jusqu'à la fin ; I aux Cor. , c. XI , v. 24-, et suivants ). Il a dit : Ceci est mon corps'. il faut le croire. Ceux qui ne prennent ces paroles qu'en figure, démentent la vérité même. Il est vrai que souvent Jésus-Christ parlait mystiquement, mais lorsque cela arrivait, il marquait la figure, comme on peut le voir dans les endroits de l'Evangile, qui ne doivent pas être entendus littéralement , et comme il est plus particulièrement dit en saint Marc ( c. IV, v. 34). Or il n'a point marqué de figure dans l'institution de ce sacrement, et ses apôtres, à qui il révélait ce mystère, ne nous en ont fait connaître aucune , il faut donc prendre sa parole à la lettre, en croire le miracle et adorer Jésus- Christ dans ce mystère.

Les protestants ne peuvent sans impiété et sans nier que Jésus-Christ soit Dieu , traiter d'idolâtrie, comme ils font, l'adoration que nous rendons à l'eucharistie , puisque nous n'y adorons que Jésus-Christ, qui est adorable en quelque lieu et en quelque manière qu'il nous soit présent, et que nous le considérions.

.La tradition perpétuelle de l'Eglise. — Le quatrième sacrement est celui de la pénitence ( S. Matth. , c. XVI, v. 19, c. XVIII , ». 18 ; S. Jean , c. XX , v. 23 ) ; par lequel Jésus-Christ donna pouvoir à ses apôtres et à leurs successeurs , de remettre les péchés. On l'appelle le sacrement de pénitence, parce que, comme il a déjà été dit, nul péché ne se remet, si l'on n'en est véritablement repentant. Cette vérité est connue et avouée de tous les chrétiens , et elle est claire dans l'Evangile ( 5. Luc, c. XIII, v. 3,5).

La tradition perpétuelle de l'Eglise. — Le cinquième est l'cxtrêmc-onction (S. Marc, c. VI, v. 13; S. Jatq., c. V, v. 14-, 15), c'està-dire une onction que font les prêtres sur les malades , en demandant à Dieu qu'il leur remette leurs péchés , et ce sacrement fortifie les mourants contre les attaques du diable, qui ne manque jamais de les tenter, pour les faire tomber dans le péché , à la fin de leur vie , et pour les perdre éternellement. Ce sacrement sert même pour la santé du corps , scion que Dieu le trouve expédient pour le malade.

Le sixième est celui de l'ordre, qui constitue ministres de nos plus augustes mystères ceux qui sont ordonnés ( 5. Matth., c. X , par tout le chap. ; S. Marc , c. III, v. 13, 14-, 15, 1G, 17, 18, 19; S. Luc, c. VI, ». 13, 14-, 15, 1G; c XXII, v. 19; I aux Cor. , c. XI , ». 2V, et 25 ; S. Malth. , c. XXVIII, v. 19,

>N lÙVANGbLIQI K.

20 ;d Timot., c. IV, v. H, c. V, ». '22; II à Timot., c. 1 , ». (• ; << 7V/c , c. I, v. 5 ; tfatM ses L' pitres saint Paul tnseigne ses disciples pour s'acquitter dignement de leur ministère.

T( uir la tradition nous apprend la vérité de cet article , leur donne le pouvoir de conierer les sacrements, d'instruire parla prédication de la parole de Dieu, et de gouverner spirituellement les fidèles, pour les l'aire marcher dans les \oies du salut.

Le septième sacrement est celui du m;iriage ( Çenèse , c. I, r. 27, 28, c. II, ». 2\, 25; .S'. Marc, c. X, v. 0, jusqu'au 12; aux Ephés. , c. V, v. 21, et presque le reste du ch. et ''a plusieurs autres lieux de r Ancien et du Nouveau Testament) , qui consiste en l'union d'une charité parfaile de l'homme et de la femme, dans la vue d'une propagation légitime du genre humain. Dieu a institué le mariage dès le commencement du monde : il a béni dans la suite ceux qui y ont été fidèles, et enfin Jésus-Christ l'a élevé à la dignité de sacrement. C'est ce que saint Paul nous marque fort expressément, en disant que ce mystère ou, comme porte la Vulgatc, ce sacrement est grand par rapport à Jésus-Christ et à son Eglise , c'est-à-dire en signifiant mystiquement l'amour que le Fils de Dieu a pour cette sainte épouse.

Comme Jésus-Christ donna à ses apôtres, et en leurs personnes aux pasteurs qui leur succéderaient, le pouvoir di lier les pé1cheurs {S. Malth., c.XVM,v. 18), et de les délier, c'est-à-dire non seulement de retenir et de remettre les péchés quant à la coulpe, qui les sépare de Dieu ; mais encore d'assujettir les pécheurs aux peines qu'ils leur imposeraient pour la satisfaction qu'iis doivent à Dieu ; et de les délier, c'est-à-dire leur remettre ces peines ou une partie de ces peines , selon la grandeur de leur repentance et de l'amour qu'ils auraient pour Dieu : sa divine parole qui nous est transmise par la tradition et par l'Ecriture, et expliquée par l'Eglise, nous oblige de croire qu'il a laissé à cette même Eglise le pouvoir de donner des indulgences par le ministère des pasteurs. Car nous entendons par l'indulgence la relaxation des peines que les ministres de Jésus-Christ ont droit d'imposer aux pécheurs : de sorte que cette relaxation étant faite en vertu du pouvoir que Jésus- Clirist a donné à ses ministres, il ne faut pas douter que Dieu ne la ratifie, si ceux à qui l'on fait celte grâce sont bien dispi selon la parole qu'il a donnée, de délier dans le ciel ce que ses apôtres et ceux qui leur succéderaient , delà raient sur la terre. El e'esi ce que fit saint Paul, en remettant la peine qu'il avait imposée à l'incestueux de Corinthe ( II au.r Cor. , c. II, depuis le i" verset jusqu'au onzièm

Nous croyons aussi, par l'autorité de la tradition de l'Ecriture et de l'Eglise, qu'encore que nous n'avons qu un seul médiateur de mérite, de justice , de rédemption (I à Timot,, c, II. 5), nous pouvons avoir des intercesseurs envers Dieu. S. Jacques nous recommande de prit r le; uns pour les autres, afin

ius soyons su i Jaeg., r. \

Moïse a tant de fois obtenu le pardon dei crimes du peuple de Dieu, el le Seigneur a -i souvent fait connaître qu'il se pl&ll prières qu'on fait les uns pour les autres, que ce serait une infidélité de douter que nous ne puissions réclamer le secoui prières de nos frères. Qu'est-ce donc qui

irait que nous ne pussions prier les saints de prier Dieu pour nous? Ils ne sont pas moins nos frères que ceux qui sont sur la terre : ils ont emporté leur charité dans le ciel, et cette charité est consommée. Pourquoi donc n'espèrerions-uous pas qu'ils prieraient pour nous ? S. Jean parle dans l'Àpo calypse des prières des saints (Apocal., c. V, 8j : Raphaël dit à Tobie qu'il avait présenté sa prière à Dieu (Tob., c. XII, 12], lorsqu'il faisait tant de bonnes oeuvres. Notre-Seigneur dit que le ciel (c'est-à-dire ceux qui l'habitent se réjouit de la conversion rt de la pénitence d'un pécheur ( S. Luc, c. XV, 7 et 10 . Soit qu'il ait parlé des anges seulement, s. it que par prescience il ait parlé des saints qui le devaient habiter, ce qui est vraisemblable, n'y en avant point encore lorsqu'il parlait ainsi, puisque nul homme n'a été dans le ciel avant lui. Aussi disait-il non pas que le ciel se réjouissait, mais se réjouirait de la pénitence d'un pécheur : par où il nous marquait ce qui se ferait, lorsqu'apr&s son ascension il aurait peuplé le paradis de bienheureux. Mais quand il aurait parlé SCI 1 ni et des anges, il n'importerai!, parce qu'il dit ailleurs que les âmes birnhe'ureus (■.mine les anges dans les deux S. Marc, c. XII, 25) : ainsi elles ont les mémos cou. sances que les anges. Et pourquoi Dieu leur cacherait-il les prières que no, sons, afin de les obliger aie prier p< Ne dit-il pas que le Fils de l'homme i tra pour être à lui devant les amjes de Dieu ceux qui auront confessé son nom ( 5. Luc, c. XII. 8)? Cela nous marque, ce nie semble, que Dieu leur révèle ce qui regard viteurs. L'ange, qui fut envoyé à Corneille le centenier, lui marqua assez qu'il s que ses aumônes et ses prières avaient été agréables à Dieu Au.r Ait., c.X, k plus, qui nous a dit que des esprits détachés de la matière ne connaissent pas. étant dans le ciel, ce qui se passe sur la terre? Est-ce bien raisonner que de parler des anget drs âmes séparées de leurs corps comme de celles (jui, ayant besoin des organes corporels, ne peuvent aussi rien connaître que dans une certaine distance '.'

C'est une illusion de dire que nous a lor les saints quand nous les prions d'inten pour nous. Nous les honorons coum amis de Dieu.^ious n'adorons et n que lui ; et dire que nous regardons les saints comme lès païens regardaient leurs r.ux. dieux, c'est une calomnie dont ceux qui nous en chargent seront punis lorsqu'ils seront jugés par le Seigneur.

Il ne faut pas que nos lu .

reprochent certaines expressions qui laissent un peu fortes el eu oueluue ma-

LE VRAI SYSTEME DE LA RELIGION CATHOLIQUE

nièrc hyperboliques dans les prières de l'Eglise. Ces figures se trouvent particulièrement dans nos antiennes et dans nos hymnes, qui sont des manières de poésie, dans laquelle tout le monde sait qu'on se donne quelquefois dos libertés qui ne sont pas en usage dans les discours ordinaires. Mais quoi qu'il en soit, l'Eglise marque assez clairement partout que son intention n'est jamais de s'adresser aux saints que pour les prier d'intercéder pour nous, quelque autorité qu'il semble que nous reconnaissions en eux. Il n'y a point d'expressions plus fortes que celles qui sont dans les prières que nous adressons à la Vierge. Nous l'appelons notre reine, mère de miséricorde, notre vie, notre douceur, notre espérance ; mais ces éloges et tous les autres, quelque grands qu'ils soient, se terminent à ce verset : Priez pour nous, sainte Mère de Dieu, afin que nous soyons rendus dignes par sa grâce, de recevoir l'effet des promesses de Jésus-Christ. Après l'avoir ailleurs priée de rompre les liens de nos péchés, de dissiper les ténèbres de notre aveuglement et de nous délivrer de nos maux, l'Eglise se rabat à la prier de demander pour nous tout le bien qui nous est nécessaire. Enfin toutes les prières de l'Eglise, soit qu'elles s'adressent à Dieu immédiatement , ou aux saints pour lui être présentées par eux, finissent par Jésus-Christ, en qui seul nous mettons toutes nos espérances; et lorsqu'il semble que nous donnions une autorité absolue à la sainte Vierge, aux apôtres ou à d'autres saints, tout cela n'est fondé que sur la confiance que nous avons aux promesses de Jésus-Christ, qui a dit : Demandez et vous recevrez. Et comme nous sommes assurés que les saints sont en état de ne faire aucune prière à Dieu qui ne lui soit agréable, et que toute prière agréable à Dieu est infailliblement exaucée, nous donnons aux prières des saints une espèce d'infaillibilité, et nous les regardons comme ayant une autorité absolue sur les choses que nous les prions de demander. Et en effet, ils nous obtiendraient infailliblement tout ce qu'ils demanderaient pour nous, si nous n'y mettions des obstacles par notre indignité ; mais nous ne laissons pas de reconnaître, toujours que nous ne pouvons rien obtenir que par Jésus-Christ.

Après tout, quelque excessives que paraissent à nos frères séparés nos manières de prier et d'honorer les saints, et particulièrement la Mère de Jésus-Christ, il faut qu'ils avouent que l'Ecriture sainte nous fournit des expressions qui sont encore beaucoup plus hyperboliques. Par exemple, l'Evangile dit que Jésus-Christ, le Dieu de l'univers, était sujet ou soumis à la sainte Vierge et à S. Joseph (S. Luc, cil, 51). Y a-t-il rien flans nos prières qui approche de ces paroles. I>;iïc fait dire à Dieu ( /*., c. I, 18), qui exhorte son peupleàla pénitence, que pourvu qu'il se repente de l'avoir offensé, il veut bien être repris lui-même , s'il manque à la parole qu'il donne de lui faire grâce. Cette soumission, qui n'est que pour marquer la fidélité de Dieu dans ses promesses, ne paraît-

rai

elle pas faire tort à son autorité suprême \ -. Lorsque le soleil s'arrêta à la parole de ■ Josué, l'Ecriture dit que Dieu obéit à la voix d'un homme [Jos., c. V, 14) : y â-t-il une expression plus hyperbolique que celle-là ? Lorsque Dieu envoya Moïse à Pharaon, il lui dit qu'il rétablissait le Dieu de ce roi d'Egypte, et qu'Aaron son frère serait son prophète (Exode, c. VII, 1). Il y a bien d'autres manières de parler dans l'Ecriture sainte auxquelles on donnerait un mauvais sens, si elles étaient prises à la lettre. Cependant c'est le Saint-Esprit qui parle. El qui peut trouver mauvais que l'Eglise, son épouse, imite quelquefois son langage, et principalement en s'expliquant toujours el faisant connaître par ce qui accompagne ou qui suit ces manières figurées, qu'elles doivent être entendues mystiquement, selon l'Esprit qui vivifie (Il aux Cor., c. III, 6), et non pas selon la lettre qui tue.

Les ministres protestants, pour nous rendre odieux aux simples de leur parti, disent qu.e nous adorons les saints parce que nous nous mettons à genoux pour les prier. Accusentils Abraham et Loth d'idolâtrie pour s'être prosternés devant les anges (Gen., c. XVIII, 2 ; XIX, 1) ? Et l'Ecriture dit-elle une impiété en nous racontant que ceux qui étaient auprès de David mourant, adorèrent Dieu et puis le roi (I des Paralip., c. XXIX, -20) ? Ne voit-on pas que ce mot ne doit pas être pris dans le même sens en l'appliquant à Dieu et à un homme ? Lorsqu'Isaïe rassura Ezéchias contrôles menaces de Sennacherib, Dieu dit à ce roi, par la bouche du prophète, qu'il protégerait Jérusalem et la sauverait pour l'amour de luimême et de David son serviteur [I s. , c. XXXVII, 35). Pourrait-on dire que Dieu se mettrait en égalité et comme en balance avec un homme ? Nos frères séparés ne font-ils donc pas une grande injustice à l'Eglise, quand ils lui reprochent ce qu'elle dit d'avantageux pour les saints, quoique ses expressions soient beaucoup au-dessous de celles dont Dieu se sert lui-même pour les honorer?

Nous honorons les images comme on honorait l'arche, qui n'était qu'une figure, parce qu'elles nous font souvenir des prototypes. Si Dieu a voulu qu'il y eût sur le propitiatoire et sur l'arche des figures qui représentaient des chérubins, qui sont de purs esprits, pourquoi l'Eglise réprouverait-elle les images des saints, qui doivent régner éternellement avec Dieu, revêtus de leurs corps ? Dieu défendit au peuple de se fairo des images taillées pour les adorer ; et il commanda d'avoir des images que l'on n'adorât pas. Les nôtres sont de celle nature.

Nous honorons aussi les reliques par rapport aux sainls dont elles sont les dépouilles,? et auxquels elles doivent être réunies après* la résurrection (IV des Rois, c. XIII, 21). Dieu.' ressuscita un mort par l'attouchement des os> d'Elisée (5. Mat th., c. IX, 20, 21, 22 ; S.Marc} c. V, 27,28,29; S. Luc, c. VIII, 43-Uj,| Jésus*Christ guérit L'hémorruYsse par l'attouchement des franges de sa robe, el les premiers chréljens cherchaient avec empresse-

DÉMONSTRATION l.Y AM.l.l.lui l.

ment la seule ombre de s. Pierre, de laquelle ils attendaient la guérison de leurs infirmités (aux ictes., c. V, 15). (les miracle-, nous instruisent des sentiments que nous devons avoir sur le sujet des reliques et d'autres choses extérieures, qui sont en vénération par rapport aux saints ou à Dieu même. Anathèrae à qui aura d'autres pensées, tant sur les images que sur les reliques, que celles que nous venons d'expliquer. Honorer les unes et les autres d'un honneur relatif, c'est une discipline très-louable et très-ancienne, autorisée par l'Eglise et par conséquent très-agréable à Jésus-Christ, son époux.

Nous croyons qu'il y a un purgatoire, c'est-à-dire un lieu où les âmes de ceux qui n'ont pas fait assez de pénitence, ou qui sont séparées, ayant quelque péché véniel qui n'était pas encore pardonné , sont détenues. Car nous ne pouvons pas douter qu'il n'y ait de ces péchés, puisque Jésus-Christ a marqué qu'il y en avait qui ne seraient remis ni en ce monde ni en Vautre [Mat th., c. XII, 32), et que de ces paroles on tire celte conséquence qu'il y a donc des péchés qui se remettent après la mort, et il faut bien que ces péchés soient de ceux qu'on appelle \éniels, c'est-à-dire qui ne privent pas de la grâce, n'éteignant pas la eharité , et ne méritent pas l'enfer, d'où il n'y a point -de rémission ni de. retour : car autrement ils ne se remettraient pas après la mort, à l'instant de laquelle l'âme est jugée pour être éternellement bienheureuse ou pour être éternellement malheureuse. Mais ces péchés, quoique véniels, ne laissent pas de souiller l'âme. Or comme l'Ecriture, la justice aussi bien que la raison, nous apprennent que rien de souille' n'entrera dans le ciel (Apocal., c. XXI, 27), il faut par nécessité que ces péchés soient purgés, et il faut qu'ils le soient par les peines que Dieu a destinées à ce sujet, parce que la justice divine ne laisse aucune faute impunie, si ce n'est que sa miséricorde se laisse fléchir par les prières des fidèles. Et c'est pourquoi l'Ecriture nous apprend que c'est une sainte et salutaire pensée de prter pour 1rs morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés (Il des Machab., c. XII>6). Aussi, en remontant aux siècles les plus éloignés, nous trouvons la tradition perpétuelle de ces prières. Cette vérité nous est donc enseignée par la parole de Dieu, dans son premier Testament, par Jésus-Christ , par la tradition, par l'écriture du Nouveau Testament et par l'Eglise.

Nous croyons que la célébration de l'eucharistie est un sacrifice commémoralif de la passion de Jésus-Christ , et (qu'on l'offre pour les vivants et pour les morts. Les apôtres l'ont offert (Aux Actes, eh. 13, v. 2). Depuis les apôtres, la tradition de ce sacrifice est perpétuelle. Il n'évacue point la \eriu du sacrifice du calvaire, mais il nous l'applique. C'est la même victime, Jésus-Christ, qui est offerte, quoique ce sacrifice BOit non Sanglant. C'est donc la parole de .lesus- Chnst qui nous l'apprend par la tradition, par l'Ecriture et par l'Eglise. J'ai essayé de

le prouver dans mes mémoires touchant la religion. Le lecteur pourrait les voir s'il lui restait quelque peine sur ce sujet. Les protestants reconnaissent que les saints pères fis plus anciens parlent de ce -a. i ili< e. et ils n'ont rien à dire, sinon que les saints pères se sont trompés. Je laisse à juger au lecteur s'il est plus juste de déférer M sentiment de ceux qui viennent de -•■ séparer de

l'Eglise qu'à Celui des maints pères, qui doivent être en -vénération à tous les chrétiens.

La communion sous une seule espèce a été de tout temps permise en certaines occasions. Elle est maintenant commandée aux laïques pour des raisons qu'a eues l'Eglise, qui ne se trompe jamais. C'est un point de pure discipline dont l'Eglise peut disposer.

Pour prouver aux protestants que c'est un point de pure discipline, nous n'avons qu'à leur dire qu'ils permettent eux-mêmes la communion, sous la seule espèce du pain, à ceux qui ont aversion du vin. S'il était de l'essence du sacrement et de l'institution de Jésus-Christ de communier sous les deux espèces, ceux qui ont cette aversion naturelle pourraient bien être dispensés de communier. Le désir de le faire, leur foi, leur charité pourraient suppléer à la communion réelle et effective, selon cette parole de saint Augustin : Croyez, et vous avez mangé le corps du Fils de Dieu ; mais il ne leur serait pas permis de retrancher la moitié du sacrement, non plus qu'il ne serait pas permis de donner le baptême autrement qu'avec de l'eau naturelle, et au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. S'il était impossible d'avoir de l'eau, l'on ne pourrait pas baptiser avec une autre liqueur, et s'il ne se trouvait qu'un muet pour faire ce saint lavement, il ne devrait pas baptiser, ne pouvant proférer les paroles selon que Jésus-Christ l'a ordonné.

L'essence des sacrements se prend de l'institution de leur divin Auteur, et quelque impossibilité qu'il y eût de faire tout ce qu'il a prescrit, rien ne pourrait suppléer. Les essences sont immuables. Ainsi, si Jésus a tellement institué le sacrement de l'Eucharistie, que les deux espèces soient nécessairement requises pour communier, quelque répugnance qu'on ait de boire du vin . l'on ne reçoit pas le sacrement de Jésus-Christ en s'abslenant de prendre la coupe. Cependant nos frères séparés ont résolu parmi eux de donner l'eucharistie sous la seule espèce du pain à ceux qui ont aversion du vin. Il faut donc qu'ils avouent que la communion sous les deux espèce- n'esî pas de l'essence du sacrement, et que le retranchement de la coupe est de pure discipline. Or . comme la discipline doit être réglée par l'Eglise, selon les différentes circonstance- des lieux, des personnes et des temps, nos frères séparés n'ont pas raison de nous blâmer du retranchement de la coupe pour les laïques, puisque l'Eglise l'a ainsi juge à propos pour le- raisons qu'elle a eues, et que l'usage do ce divin sacrement a ele différent en différents temps, comme les savants d'entre les

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