I. — 1 DITION DE PORT-ROYAL
[pris la mort de Pascal , on trouva dam ibinet, enfilés m plusieurs h'asses, mai$
DOO NOTICE HISTORIQUE SUR LES PRINCIPALES ÉDITIONS DES PENSEES DE PASCAL. S 10
sans ordre quelconque et sans suite aucune , quantité de chiffons de dimensions diverses , tous précieux, puisque ce haut génie y avait laissé empreints des éclairs de sa pensée, mais tous à peu près illisibles. Ses amis de Port- Royal y jetèrent les yeux, et familiers qu'ils étaient avec les traits les plus informes de son écriture, ils déchiffrèrent quelques-uns de ces fragments, et y reconnurent avec admiration autant de pierres d'attente du monument Que Pascal voulait élever à la vérité du dogme chrétien. Confidents intimes de ce grand dessein, ils furent si frappés de ce qu'il se révélait de vigueur et de puissance dans ce que la mort en avait épargné, qu'ils s'empressèrent de recueillir ces notes éparses, ces indications hâtives, haletantes, écourtées, écrites en de rares et brefs intervalles pour fixer des souvenirs sans cesse troublés par d'atroces douleurs.
« La première chose que Von fit (c'est Port- Royal qui parle), fut de faire copier ces petits morceaux de papier tels qu'ils étaient, et dans la même confusion qu'on les avait trouvés. Mais lorsqu'on les vit en cet état, et qu'on eut plus de facilité de les lire et de les examiner que dans les originaux , ils punirent d'abord si informes , si peu suivis, et la plupart si peu expliqués, qu'on fut fort longtemps sans penser du tout à les faire imprimer Enfin on
fut obligé de céder à l'impatience et au grand désir que tout le monde témoignait..., et ainsi on se résolut de les donner au public. »
Ainsi l'édition de Port-Royal, qui aurait du être une œuvre de piété amicale et d'enthousiasme chrétien, ne fut qu'un acte de tardive condescendance , f ai presque dit de résignation. En ces temps de sérieux respect pour le public . on ne savait comment lui offrir des matériaux bruts, non disposés encore par l'architecte, nonpolis par la main assidue de l'ouvrier. « La première manière de l'exécuter qui vint dans l'esprit, et qui était sans doute la plus facile, était de les faire imprimer tout de suite dans le même état qu'on les avait trouvés. Mais l'on jugea bientôt que de le faire de cette sorte, c'eût été perdre presque tout le
fruit qu'on en pouvait espérer Il y avait
une autre manière, qui était d'y travailler auparavant, d'éclaircir les pensées obscures, d'achever celles qui étaient imparfaites ; et en prenant dans tous ces fragments le dessein de M. Pascal, de suppléer en quelque sorte l'ouvrage qu'il voulait faire. Cette voie eût été assurément la plus parfaite; mais il était aussi très-difficile delà bien exécuter.... Ainsi ('on a choisi une manière entre deux. L'on a pris seulement dans ce grand nombre de pensées celles qui ont paru les plus claires et les plus achevées, et on les donna telles qu'un lis avait trouvées, sans y rien ajouter, ni changer ; si cr n'est qu'au lieu qu'elles étaient sans suite, sans liaison et dispersées confusément de côté et d'autre, on les a mises dans quelque sorte d'ordre, et réduit sous les mêmes litres cilles (/ai étaient sur les mêmes sujets : et l'on a supprimé fautes les autres qui étaient OU trop absent es ou trop imparfaites. »
Du propre aveu de MM de Port-Royal,
leur édition est donc une édition tronquée . incomplète, et, notez ce point-ci, en dehors du plan de Pascal.
Non certes que ce plan fût ignoré d'eux : ils consacrent au contraire la meilleure part de leur préface à l'exposer avec détail, d'après un entretien de l'auteur, antérieur à sa dernière maladie. Et savez-vous ce qu'ils ajoutent ? « Il ne faut pas s'étonner si, dans le peu qu'on en donne (il s'agit des Pensées), on n'a pas gardé son ordre et sa suite pour la distribution des matières. Comme on n'avait presque rien qui se suixnt, il eût été inutile de s'attacher à cet ordre. On espère même qu'il y aura peu de personnes qui, après avoir bien conçu une fois le dessein de M. Pascal, ne suppléent d'elles-mêmes au défaut de cet ordre; et qui, en considérant avec attention les diverses matières répandues dans ces fragments, ne jugent facilement où elles doivent être rapportées suivant l'idée de celui qui les avait écrites. »
Ainsi les solitaires de Port-Royal conviennent que le plan de leur édition n'a rien de commun avec celui de l'auteur, et, chose naïve, ils se sont abstenus de suivre ce plan, à raison de la facilité même avec laquelle il pouvait être rétabli.
Et ce n'est pas l'unique défaut de l'édition princeps des Pensées. Les amis de Pascal en avaient supprimé un assez grand nombre.
Bien plus, malgré le témoignage qu'ils se rendent de n'avoir rien changé à celles qu'ils publient, les manuscrits attestent que les premiers éditeurs en ont modifié quelques-unes. La hardiesse, tranchons le mot, la témérité apparente de plusieurs de ces pensées, pouvait servir des passions alors flagrantes. Port-Royal, suspect à plus d'un titre , Port-Royal, foyer d'une double opposition, politique et religieuse , devait craindre de confirmer et d'irriter les préventions toutes -puissantes du grand Roi. Le 20 novembre 1008. Arnauld écrivait au beau-frère de Pascal (Ch. Péricr) : « Il ne « faut pas être si difficile, ni si religieux à « laisser un ouvrage comme il est sorti de la « main de l'auteur, quand on le veut e.rjjesi r « à la censure publique. On ne saurait être « trop exact quand on a affaire i\ des onne- « mis d'aussi méchante humeur que les noce très. Il est bien plus à propos de prévenir « les chicanes , que de se réduire à la néces- « site de faire des apologies. » Voilà sous l'influence de quelles préoccupations les Pensées parurent pour la première fuis, en 1670. De notables fragments sur l'impuissance de lu, raison humaine dans la sphère métaphysique et sur ses incertitudes dans l'édifice de nos institutions civiles, manquent à cette édition comme à toutes celles qui ont suivi durant un demi-siècle.
Toutefois, rendons grâces à Port-Royal : tout défectueux que fût ce petit volume, il n'i n sauvait pas moins de l'auhli un îles trois plus mémorables monuments de la langue française, et l'élan le plus admirable peut-êtve qui ait transporté jamais un génie d'homme. Aussi telle fut la fortune de ce livre que. dès'sôn np
pari/ion. H fut placé à une incomparable hau
«Il
/ ur dans l'estime publique, et qu'il n'en '/ pas déchu un seul jour. On demandait <i Bossuet quel était l'ouvrage ancien ou moderne qu'il aimerait le mieux avoir fait : les Pensées de M. Pascal, répondit le grand homme. Et l'un des docteurs de Sorbonne, ù qui le manuscrit avait été soumis écrivait dans son approbation ers magnifiques paroles : «Il semble que cet homme incomparable non seulement voit comme les anges les conséquences dons leurs principes, mais qu'il nous parle comme ces purs esprits, pur la seule direction de ses pensées.»