‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 129 sur 305 · II. SUPPLÉMENT DE DESMOLETS. — MANUSCRITS {l)E PASCAL · texte numérisé non relu

II. SUPPLÉMENT DE DESMOLETS. — MANUSCRITS {l)E PASCAL

Un 1728, dans le 5e tome des Mémoires de litléralure et d'histoire, espèce de garde-meuble littéraire où s'enfouissaient des débris de portefeuilles assez tnêlés, les curieux lurent le titre suivant : Œuvres posthumes, ou suite des Pensées de M. Pascal, extraites du manuscrit de M. l'abbé Péricr, son neveu. Les curieux furent peu touchés de celle découverte, car c'en était une, et l'on continua de réimprimer l'édition de Port-Royal, sans tenir grand compte des Pensées jusqu'alors inédiles qui enrichissaient en assez grand nombre le répertoire dont je viens de parler, non plus que d'un entretien fort remarquable de Pascal arec Sacy, sur Epictète et Montaigne , qui se trouve inhumé dans le même volume.

On avait pourtant quelque obligation au père Desmolets, bibliothécaire de la maison de l'Oratoire à Paris, pour le double présent qu'il venait de faire à la philosophie et aux lettres. L'entretien avec le Maistre de Sacy est une clé fort importante pour le livre des Pensées. Epictète et Montaigne y sont considérés comme la dernière et la plus complète expression de deux sectes dont l'une s'appuie sur la grandeur, et l'autre sur la faiblesse de l'homme; deux thèses également incontestables, également invincibles, et qui ne peuvent être conciliées que par la révélation. Si M. Ch. Nodier (je dis M. Nodier le bibliographe, car il y en a plusieurs) avait eu cette pièce présente à l'esprit, les Questions de littérature légale n'eussent point eu le tort grave de dénoncer Pascal comme un plagiaire, pour quelques citations de Montaigne , plus on moins littérales, que le grand homme destinait à justifier son point de vue sur ce philosophe, et qui. égarées parmi les chiffons dont est sorti le livre des Pensées, ont été confondues par les premiers éditeurs ( lecteurs peu assidus de Montaigne) avec l'œuvre originale et tout à fait supérieure qu'ils offraient m< public. Ce même entretien orec Sacy parut de nouveau en 1736, avec quelques variantes, dans le second tome des Mémoires de Nicolas Fontaine pour servira l'histoire de Port-Royal.

Mats ce qui est demeuré propre au P. Ilesmolels, c'est la publication d'un certain nombre de Pensées dont quelques-unes { et ce ne sont pus les moins importantes ) ont été négligées par 1rs éditeurs subséquents et pur Bossu/ lui-même. Nous citerons entre outres les trois derniers mots de cette phase de Pascal :

■'■ il a 'm Dieu, il est infiniment incompr<

hensible; nous sommes donc incapaoles decon*. naître ni te qu'il est, ni s'il est. < 'était là

sans doute une de ces hardiesses formidables

dont Arnautd avait exigé le sacrifice, <t U n'est pas démontré d'ailleurs que Pascal luimême l'eût conservée, - il lui eût été donné de mener èi fin l'ouvre qui a épuisé et couronné sa vie.

Un autre service rendu par le père Desmolets, c'était la révélation d'une source demeurée inconnue et qu'il n'a probablement pas épuisée ; je parle du manuscrit de l'abbé p. 'ricr, neveu maternel de Pascal. De qutllts mains Desmolets tenait-il ce manuscrit < Peutcire de l'abbé Péricr lui-même, tout au moins de ses héritiers immédiats. Ce fut la destinée de ce digne oratorien d'être favorisé de beaucoup de confidences semblables: Mallebranche9 le pire Lami, d'autres encore, le firent dépo-* silaire de ceux de leurs nianuscrils qu'ils n'avaient pas eu le temps de publier. Bibliothécaire d'une congrégation savante, qui ne jiussait point pour hostile au jansénisme, sa position dut être un titre de plus à la confiance de la famille de Pascal. Son supf ment au livre des Pensées n'a pu toutefois lui coûter beaucoup de peine. Aucune trace d'un classement, ni d'un arrangement guelconqw : les matières viennent comme les notes époi de l'auteur sont tombées sous la main du copiste. De brèves indications marginales sur l'objet de chaque pensée sont tout le travail de l'éditeur.

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