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IV. La chose la plus importante à. la vie

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c'est le choix d an métier. Le hasard en dh

pose. La coutome fait les maçons, les soldats, loi i >n\ icurs. C'est un excellent couvreur. dii-oii; et on parlant des soldats : ils sont bien (bas. dit-on ; et los autres, au conti Il n'y a rien de grand que la guerre; le reste des nommes sont des coquins. A force d'ouïr louer en l'enfance ces métiers et mépriser tous los autre-, on choisit; car naturellement on aime la vertu, et l'on hait l'imprudence. Ces mots nous émeuvApt : on ne pèche (jue dans l'application; et la force de la coutume est si grande , que des pays entiers sont tout de maçons, d'autres tout de soldats. Sans doute que la nature n'est pas si uniforme. (l'est donc la coutume qui fait cela, et qui entraîne la nature; mais quelquefois aussi la nature la surmonte, et relient l'homme dans son instinct, malgré toute la coutume, bonne ou mauvaise.

V. Nous ne nous tenons jamais au présent. Nous anticipons l'avenir connue trop lent et comme pour le hâter; ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt : si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont pas à nous, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains que nous songeons à ceux qui ne. sont point, et laissons échapper sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le raclions à notre vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâclions de le soutenir par l'avenir; et nous pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.

Que chacun examine sa pensée, il la trouvera toujours occupée au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent; et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre des lumières pour disposer l'avenir. Le présent n'est jamais notre but : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre objet. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et nous disposant toujours à être heureux, il est indubitable que nous ne le serons jamais si nous n'aspirons à une autre béatitude qu'à celle dont on peut jouir en celle vie.

VI. Noire imagination nous grossit si fort le temps présent , à force d'y faire des réflexions continuelles, et amoindrit tellement l'éternité, manque d'y faire réflexion, que nous faisons (lerélernitéunnéant,ct du néant une éternité; et tout cela a ses racines si vives en nous, que toute notre raison ne peut nous en défendre.

VII. Cromwcll allait ravager toute la chrétienté : la famille royale était perdue, cl la sienne a jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère i Home même allait trembler sous lui : mais ce

(I) Quelques nouvelles éditions mettent ici urètre, mais en lit uretère dans lis anciennes, et j'ai cru devoir les suivre. Les uretères sont deux canaux qui communiquent des reins i l> \essie. Quand il s'y forme des pierres, l'i ticin en est très-difficile. Il s'introduit bien quelqw I gravier dans le eau. il a.' l'urètre, mais son extraction | iéicnle moins de danger [/ du. de lsn>).

petit gravier, qui n .lui i ien ailleurs

en cet endroit, le \oi|,i mort, sa famille abaiScl le roi rétabli.

VIII. On ne voit presque ri m de juste et d'injuste, qui ne change de qualité. ! en changea ni de climat. I • ration «lu

renversent toute la iurisprudem méridien décide de |a vérité, on | m de possession 2). Les lois fondamentales changent. Le droit a ses époques. Plaisante justice qu'un' rivière ou une monta borne! Vérité au deçà de- Pyrénées, erreur au delà.

IX. '■'> l.e larcin, l'inceste, le meurlr enfants et do pères, tout a eu sa place entre

I (s .niions vertueuses. Se peut-il rien d ■ plus plaisant qu'un nomme ail droit de me tuer parce qu'il demeure au delà de l'eau et

ni prince a querelle avec le mien, quoique je n'en aie aucune avec lui \

11 y a sans doute des lois naturelles; mais celte belle raison corrompue a tout corrompu : Nihil amplius nostri est; quod nostrum diçimus, Qrtis est : ex senatusconsultis et ]>lcbiscitis crimina exercentur ; ut olim ii(i> intnc legibus laboramw.

De celle confusion arrive que l'un dit que l'essence de la justice est l'autorité du li laleur; l'autre, la commodité du souverain ; l'autre, la coutume présente : et i si le plus sûr : rien, suivant la seule raison, n'esj juste de soi; tout branle avec le temps : la coutume fait toute l'équité, par cela seul qu'elle est reçue; c'est le fondement mystique de son autorité. Qui la ramène à son principe l'anéantit : rien n'est si fautif que ces loi» qui redressent les fautes: qui leur obéit parie qu'elles sont justes obéit à la justice qu'il imagine, mais non pas à l'essence de la loi : elle est toute ramassée en soi ; elle est loi. et rien davantage. Qui voudra en examiner le motif le trouvera si faible et si léger que. s'il n'est accoutumé à contempler les prodiges de l'imagination humaine, il admirera qu'un siècle lui ait tant acquis de pompe et de révérence. L'art de bouleverser les et.it> < -t d'ébranler les coutumes établies, en sondant jusque dans leur source pour y faire remarquer [5] leur défaut d'autorité et de justice.

II faut, dit-on. recourir aux loi- fondamentales et primitives de l'état, qu'une coutume injuste a abolies ; et c'est un jeu sûr pour tout perdre : rien ne si ra juste à cette balance. Cependant le peuple prête aisément l'oreille à ces discours : il secoue le joug dès qu'il le reconnaît ; et les grands en profitent à sa ruine et à celle de ces curiettv exami-

(I) C'est-à-dire de qualité dans l'opinion des hommes , il pas ae nature eu soi. Ceil Montaigne, ibid.

: Peut-être eonvicndraii-il de lire : l'n méridien dé- (•de de la vérité. En peu d'à

niâtes changent. {Edil.de I7ST.)

'i esque huit ce parag - tiré ou m.

Montaigne. \*\ i ses Essais, liv. Il, en. 12. etc., [Edil. de 181»).

Il) \ oyei i an. i, art. 9, ;

l'édition de 177'" on lit ici, fmir murauer, dans d'autres plus modernes, j>oiir ;/ remarquer : i cienucs et celle di B ent, pour u

ce qui me i ar.iii être le sens de l'auteur [Edit. de i -

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PENSEES DE PASCAL

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nateurs des coutumes reçues. Mais, par un défaut contraire, les hommes croient quelquefois pouvoir faire avec justice tout ce qui n'est pas sans exemple (1). C'est pourquoi le plus sage des législateurs disait que pour le bien des hommes il faut souvent les piper; et un autre , bon politique : Cum verilatem qua liberelur ignoret , expedit quod fallatur. Il ne faut pas qu'il sente la vérité de l'usurpation : elle a été introduite autrefois sans raison; il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement, si on ne veut qu'elle prenne bientôt fin.

X. Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu'il ne faut pour marcher à son ordinaire : s'il y a au-dessous un précipice; quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs ne sauraient en soutenir la pensée sans pâlir et suer. Je ne veux pas en rapporter tous les efiVts. Qui ne sait qu'il y en a à qui la vue des clials, des rats, l'écrasement d'un charbon, emportent la raison hors des gonds?-

XL Ne diriez-vous pas que ce magistrat, dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple, se gouverne par une raison pure et sublime, et qu'il juge des choses par leur nature, sans s'arrêter aux vaincs circonstances, qui ne blessent que l'imagination des faillies? Voyez-le entrer dans la place où il doit rendre la justice. Le voilà prêt à écouter avec une gravité exemplaire. Si l'avocat vient à paraître, et que la nature lui ait donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l'ail mal rasé, et si le hasard l'a encore barbouillé, je parie la perte de la gravité du magistrat.

XILL'csprit du plus grand homme du monde n'est pas si indépendant qu'il ne soit sujet à être troublé par le moindre tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d'un canon pour empêcher ses pensées : il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne vous étonnez pas s'il ne raisonne pas bien à présent; une mouche bourdonne à ses oreilles : c'en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu'il puisse trouver la vérité, chassez cet animal qui lient sa raison en échec, et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes.

XIII. La volonté est un des principaux organes de la croyance : non qu'elle forme la croyance , mais parce que les choses paraissent vraies ou tâusscs selon la face par où on les regarde. La volonté, qui se plaît à l'une plus qu'à l'autre, détourne l'esprit de considérer les qualités de celle qu'elle n'aime pas : et ainsi l'esprit, marchant d'une pièce avec la volonté, s'arrête à regarder la face qu'elle aime ; et en jugeant par ce qu'il y voit, il règle insensiblement sa croyance suivant l'inclination de la volonté.

(2) Otto |ilirnsc , qui osl dans l'édition do 1787, ne M

i ve ni dana celle de 1779 ni dans les nouvelles : j'ai cru

devoir la conserver [Edil, de 181DJ.

XIV. Nous avons un autre principe d erreur, savoir, les maladies. Elles nous gâtent le jugement et le sens. Et si les grandes l'altèrent insensiblement, je ne doute point que les petites n'y fassent impression à proportion.

Notre propre intérêt est encore un merveilleux instrument pour nous crever agréablement les yeux. L'affection ou la haine changent la justice. En effet , combien un avocat, bien payé par avance, trouve-t-il plus juste la cause qu'il plaide! Mais, par une autre bizarrerie de l'esprit humain, j'en sais qui, pour ne pas tomber dans cetamourpropre , ont été les plus injustes du monde à contre-biais. Le moyen sûr de perdre une affaire toute juste était de la leur faire recommander par leurs proches parents.

XV. L'imagination grossit souvent les plus petits objets par une estimation fantastique, jusqu'à en remplir notre âme; et, par une insolence téméraire, elle amoindrit les plus grands jusqu'à notre mesure.

XVI. La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop émoussés pour y toucher exactement. S'ils y arrivent, ils en écachent la pointe, et appuient tout autour, plus sur le faux que sur le vrai.

XVII. Les impressions anciennes ne sont pas seules capables de nous amuser : les charmes de la nouveauté ont le même pouvoir. De là viennent toutes les disputes des hommes, qui se reprochent, ou de suivre les fausses impressions de leur enfance, ou do courir témérairement après les nouvelles.

Qui lient le juste milieu ? Qu'il paraisse, et qu'il le prouve. Il n'y a principe, quelque naturel qu'il puisse être, même depuis l'enfance, qu'on ne fasse passer pour une fausse impression, soit de l'instruction, soit des sens. Parce que, dit-on, vous avez cru dès l'enfance qu'un coffre était vide lorsque vous n'y voyiez rien, vous avez cru le vide possible; c'est une illusion de vos sens, fortifiée par la coutume, qu'il faut que la science corrige. Et les autres disent au contraire : Parce qu'on vous a dit dans l'école qu'il n'y a point de vide, on a corrompu votre sens commun qui le comprenait si nettement avant cette mauvaise impression qu'il faut corriger en recourant à votre première nature. Qui a donc trompé : les sens ou l'instruction?

XVIII. Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien; et le titre par lequel ils le possèdent n'est, dans son origine, que la fantaisie de ceux qui ont fait les lois. Ils n'ont aussi aucune force pour le posséder sûre-1 ment : mille accidents le leur ravissent. Il en est de même de la science : la maladie nous l'ôlc

XIX. Qu'est-ce que nos principes naturels sinon nos principes accoutumés (1); dans les enfants , ceux qu'ils ont reçus de la coutume de, leurs pères : comme la chasse dans les animaux?

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(I) L'auteur lui ici .illusion h une pansée de Montaigne ,'il rappelle plus loin. Voyea pari. 1, art. 8, J 10.

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DÉMONSTRATION Ê\ WCÊI IOUE-

I'im' différente coutume donnera d'autres principes nalun Is.Cela se \ < » i t par expérience; et s'il) on a d'ineffeçables à la coutume. il \ en a aussi de la coutume ineffaçables à 1 1 nature. Cela dépend de La disposition.

Les |»èrcs craignent que l'amour naturel des enfants ne B'effaee : quelle est donc cette nature sujette à être effacée? La coutume es! une seconde nature qui détruit la première : pourquoi la coutume n'estr-elle pas naturelle? J'ai bien peur que cette nature ne suit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature.

XX. Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, elle nous affecterai! peut-être autant que les objets que nous voyons tous les jours ; et si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits, douze heures durant, qu'il est roi, je crois qu'il serait presque aussi Jieureux qu'un roi qui rêverait toutes les nuits, douze heures durant , qu'il serait artisan. Si nous rêvions toutes les nuits que nous sommes poursuivis par des ennemis, et agités par des fantômes pénibles, et qu'on passât tous les jours en diverses occupations, comme quand on l'ait un voyage, on souffrirait presque autant que si cela était véritable ; et ou appréhenderait de dormir, comme on appréhende le réveil quand on craint d'entrer réellement dans de tels malheurs. lui effet, ces rêves feraient à peu près les mêmes maux que la réalité. Mais parce que les songes sont tous différents et se diversifient, ce qu'on y voit affecte bien moins que ce qu'on voit en veillant, à cause de la continuité, qui n'est pourtant pas si continue et égale qu'elle ne change aussi, mais moins brusquement, si ce n'est réellement comme quand on voyage, et alors on dit : 11 me semble que je" rêve ; car la vie est un songe un peu moins inconstant.

XXI. Nous supposons que tous les hommes conçoivent et sentent de la même sorte les objets qui se présentent à eux : mais nous le supposons bien gratuitement, car nous n'en avons aucune preuve. Je vois bien qu'on applique les mêmes mots dans les mêmes occasions, et que toutes les fois que deux hommes voient, par exemple, de la neige, ils expriment tons deux la \ ne de ce même objet par les mêmes mots, en disant l'un et l'autre qu'elle est blanche; et de celte conformité d'application on tire une puissante conjecture d'une conformité d'idées : mais cela n'est pas absolument convaincant, quoiqu'il y ait bien à parier pour l'aflirmalivp.

XXII. Quand nous voyons un effet arriver toujours de même, nous en concluons une nécessité naturelle : comme qu'il sera jour demain, etc. ; mais souvent la nature nous dément et ne s'assujettit pas à ses propres règles.

XXlil. Plusieurs choses certaines sont contredites ; plusieurs fausses passent sans contradiction : ni la contradiction n'est marque de fausseté, ni l'incontradiction n'est marque de vérité.

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