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vices: et ils ne nous soulagent dan- : » misères qu'en nous causant une misère plus ré Ile et plus efll clive. I .ir i est ce qui nous empêche principalement de â n us,
et qui nous fait perdre insensibl ment le temps. Sans e< 1* DOÛI si rions dans l'( nnui ; et cet ennui nous porterait a chercher quelque moyen plus solide d'en sortir. Mais le divertissement nous trompe, nous amuse et nous l'ait arriver insensiblement à la mort.
JV. Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère l'ignorance, se sont avii pour se rendre heureux, de ne point v penser; c'est tout ce qu'ils ont pu inventer pour se consoler de tant de maux. .Mai- i 'est une consolation bien misérable, puisqu'elle va non pas à guérir le mal, mais à Le cacher simplement pour un peu de temps, et qu'en le cachant elle fait qu'on ne pense pas à le guérir véritablement. Ainsi, par un étrange renversement de la nature de l'homme, il trouve que l'ennui, qui est son mal le plus sensible, est, en quelque sorte, son plus grand bien, parce qu'il peut contribuer plus que toutes choses à lui faire chercher sa véritable guérison; et que le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand b est en effet son plus grand mal. parce qu'il l'éloigné plus que toutes choses de chercher le remède à ses maux: et l'un et l'autre sont une preuve admirable delà misère el la corruption de l'homme, et en même temps de sa grandeur, puisque l'homme ne s'ennuie de tout, et ne cherche (elle multitude d'occupations, que parce qu'il a l'idée du bonheur qu'il a perdu ; lequel ne trouvant point en soi, il le cherche inutilement dans lescho extérieures, sans pouvoir jamais se cont 1er, parce qu'il n'est ni dans nous, ni dans les créatures, mais en Dieu seul.
Y. La nature nous rendant toujours malheureux en tous états , nos désir» nous figurent un élat heureux , parce qu'ils joignent à l'état où nous sommes les plaisirs de l'état où nous ne sommes pas : et quand nous arriverions à ces plaisirs, nous ne .serions pas heureux pour cela: parce que uons aurions d'antres désirs conformes à un nouvel état.
VI. Qu'on s'imagine un nombre d'hom dans les chaînes et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour ég i la
vue des autres , ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs S( mblaliles , et se regardant les nus les autres avec douleur et sans espérance , attendent leur tour: c'estl'image de la condition des hommes ■ ARTICLE VIII.
Raisons de quelques opinions du peuple.
1. J'écrirai ici mes pensées sans ordre . et non pas peut-être dans une confusion sans dessein : c'est le véritable ordre, et qui marquera toujours mon objet par le desordre même.
Nous allons voir que toutes les opinions du peuple sont très-saines ; que le peuph n'est pis si vain qu'on le dit : et ainsi l'opinion qui détruisait celle du peuple sera cllc-mi détruite.
PENSÉES DE PASCAL
II. Il est vrai, en un sens, de dire que tout le monde est dans l'illusion : car encore que les opinions du peuple soient saines, elles ne le sont pas dans sa tête , parce qu'il croit que la vérité est où elle n'est pas. La vérité est bien dans leurs opinions , mais non pas au point où ils se le figurent.
III. Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n'est pas un avantage de la personne mais du hasard. Les habiles les honorent : non par la pensée du peuple , mais par une pensée plus relevée. Certains zélés, qui n'ont pas grande connaissance, les méprisent malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles, parce qu'ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure. Ainsi vont les opinions se succédant du pour au contre , selon qu'on a de lumière.
IV. Le plus grand des maux est les guerres civiles. Elles sont sûres , si on veut récompenser le mérite; car tous diraient qu'ils méritent. Le mal à craindre d'un sot , qui succède par droit de naissance , n'est ni si grand , ni si sûr.
V. Pourquoi suit-on la pluralité? est-ce a cause qu'ils ont plus de raison? non, mais plus de force. Pourquoi suit-on les anciennes lois et les anciennes opinions? est-ce qu'elles sont plus saines ? non ; mais elles sont uniques et nous ôtent la racine de diversité.
VI. L'empire fondé sur l'opinion et l'imagination règne quelque temps , et cet empire est doux et volontaire : celui de la force règne toujours. Ainsi l'opinion est comme la reine du monde, mais la force en est le tyran.
VIL Que l'on a bien fait de distinguer les hommes par l'extérieur plutôt que par les qualités intérieures 1 Qui passera de nous deux? Qui cédera la place à l'autre? Le moins habile ? Mais je suis aussi habile que lui. Il faudra se battre sur cela. Il a quatre laquais, et je n'en ai qu'un : cela est visible , il n'y a qu*à compter ; c'est à moi à céder, et je suis un sot si je conteste. Nous voilà en paix par ce moyen : ce qui est le plus grand des biens.
V1U. La coutume de voir les rois accompagnés de gardes , de tambours , d'officiers et de toutes les choses qui plient la machine vers le respect et la terreur , fait que leur visage , quand il est quelquefois seul et sans ces accompagnements , imprime dans leurs sujets le respect et la terreur, parce qu'on ne sépare pas dans la pensée leur personne d'avec leur suite , qu'on y voit d'ordinaire jointe. Le monde , qui ne sait pas que cet effet a son origine dans cette coutume , croit qu'il vient d'une force naturelle ; et de là ces mots : « Le caractère de la divinité est empreint sur son visage, » etc.
La puissance des rois est fondée sur la raison et la folie du peuple, et bien plus sur la folie. La plus grande et la plus importante chose du monde a pour fondement la faiblesse : et ce fondement-là est admirablement 6Ûr ; car il n'y a rien de plus sûr que cela ,
DÉMONST. liVANG. 111.
que le peuple sera faible : ce qui est fondé sur la seule raison est bien mal fondé, comme l'estime de la sagesse.
IX. Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs hermines, dont ils s'emmaillotent en chats fourrés , les palais où ils jugent , les fleurs de lis ; tout cet appareil auguste était nécessaire ; et si les médecins n'avaient des soutanes et des mules , et que les docteurs n'eussent des bonnets carrés , et des robes trop amples de quatre parties , jamais ils n'auraient dupé le monde , qui ne peut résister à cette montre authentique. Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte, parce qu'en effet leur part est plus essentielle. Il s'établissent par la force , les autres par grimaces.
C'est ainsi que nos rois n'ont pas recherché ces déguisements. Ils ne se sont pas masqués , d'habits extraordinaires pour paraître tels ; mais ils se font accompagner de gardes et de hallebardes , ces trognes armées , qui n'ont de mains et de force que pour eux : les trompettes etles tambours qui marchent au-devant, et ces légions qui les environnent , font trembler les plus fermes. Ils n'ont pas l'habit seulement , ils ont la force. Il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le Grand-Seigneur environné dans son superbe sérail de quarante mille janissaires.
Si les magistrats avaient la véritable justice, si les médecins avaient le vrai art de guérir, ils n'auraient que faire de bonnets carrés. La majesté de ces sciences serait assez vénérable d'elle-même. Mais , n'ayant que des sciences imaginaires , il faut qu'ils prennent ces vains ornements qui frappent l'imagination , à laquelle ils ont affaire ; et par là en effet ils s'attirent le respect.
Nous ne pouvons pas voir seulement un avocat en soutane et le bonnet en tête , sans avoir une opinion avantageuse de sa suffisance.
Les Suisses s'offensent d'être dits gentilshommes , et prouvent la roture de race pour être jugés dignes de grands emplois.
X. On ne choisit pas pour gouverner un vaisseau celui des voyageurs qui est de meilleure maison.
Tout le monde voit qu'on travaille pour l'incertain, sur mer , en bataille , etc. ; mais tout le monde ne voit pas la règle des partis (1) qui démontre qu'on le doit. Montaigne a vu qu'on s'offense d'un esprit boiteux , et que la coutume fait tout; mais il n'a pas vu la raison de cet effet. Ceux qui ne voient que les effets et qui ne voient pas les causes sont , à l'égard de ceux qui découvrent les causes , comme ceux qui n'ont que des yeux à l'égard de ceux qui ont de l'esprit. Car les
(1) Dans le dicours sur la vie et les ouvrages de Pascal, par M. Hossul, il est parlé d'un problème des partis qu'on doit faire entrer entre deux ou ud plus grand nombre de joueurs , problème <l<>ui Pascal aisii donné la solution ; mais on voit qu'ici l'auteur entend par la règle des partis „ les chances . les i laques que l'on courl en prenant tel Oui
tel |>arli. Que dois-je l'aire, quel est ici pour moi le parti le i>lus avantageux ; c'est celui oii il y a le plus a gagner elle moins à perdre (Edit. de 1822).
(Vingt-deux.)
dVi ts sont comme leussbles . cl Les raisons sont \ isiblea seulement à l'esprit El quoique ce st.ii par l'esprit que ces effets-là se voient, sel (s|jiii est, à L'égard de resprit qui voit i seni corporels sont a
i il de l'esprit.
XI. D'où \ icut qu'un boiteux ne vous irrite pas , et qu'un esprit boiteux vous irrite: c'est' à cause qu'un boiteux reconnaît que BOUS allons droit . et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons ; sans cela nous eu aurions plus de pitié que de colère.
Epie tète demande aussi pourquoi nous ne nous fâchons point si on dit que nous avons mal à la tète , et que nous nous tâchons de ce qu'on dit que nous raisonnons ma! . M que nous choisissons mal. Ce qui cause cela, n'est que nous sommes biens certains que nous n'avons pas mal à la tête , et que nous ne sommes pas boiteux.. Mais nous ne sommes pas aussi assures que nous choisissions le \ rai. De sorte que , n'eu ayant d'a.-surance qu'à cause que nous le voyons de toute notre vue; quand un autre voit de toute sa vue le contraire, cela nous met en suspens et nous étonne, et encore plus quand mille autres se moquent de notre choix : car il faut préférer nos lumières à celles de tant d'autres, et cela est hardi et difficile. 11 n'y a jamais celte contradiction dans les sens touchant un boiteux.