I. Je les Marnerai d'avoir fait, non
: I Un choit : :i qui prend
croix, et celui qui prend piie, ont tous deux tort : le just ■ PSI de ne | oint parier.
P. Oui, i il faut parier ; cola a'eflt
volontaire: v< embarqué ; et ne point
parier que Dieu est, c'est parier qu'il : pas. Lequel cb.isircz-vous d Q \ vous ce qui vous intéresse le moins. Vous deux chocs à perdre, le vrai et le bien: i t deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre beati- : et voire nature a deux choses à fuir, l'erreur et la misère. Pariez donc qu'il est, sans bésiter; votre raison n'est pas plus blessée en choisissant l'un que l'antre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais voire béatitude ? Pesons le gain et la perte: en prenant le parli de croire, si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perde/, vous ne perdez rien. Croyez donc, si vous le pouvez.
I. Cela est admirable : oui, il faut croire; mais je hasarde peut-être trop.
P. Voyons : puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, quand' vous n'auriez que deux vies à gagner pour une, vous pourriez encore gager. Et s'il y en avait dix à gagner, vous seriez imprudent de ne pas hasarder voire vie pour en gagner dix à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a ici une infinité de vies infiniment lie >reuses à gagner, avec pareil hasard de p rte cl de gain ; et ce que vous jouez est si peu de chose cl de si peu de durée qu'il y a de la folie à le ménager en cette occasion.
Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gagnera, et qu'il est certain qu'on hasarde; el que l'inSnie distance qui est entre la certitude de ce qu'on expose al l'incertitude de ce que l'on gagnera égale le bien fini, qu'on expose certainement, à l'infini qui est incertain. Cela D'est pas ainsi : tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude ; et néanmoins il hasarde certainement le fini pour gagner incertainemenl le fini, sans pécher contre la raison. Il n'y a pas infinité de distance entre cette certitude dece qu'on expose et l'incertitude du gain: cela esl faux. Il y a à la vérité infinité entre la certitude de gagner el la certitude de perdre : mais l'incertitude >: gner est proportionnée à la certitude i qu'on hasarde, selon la proportion d sards de gain et de perle: et de là vient que s il y a autant de hasards d'un côté qo l'autre, la partie esl à jouer égal contre
PENSÉES DE PASCAL
égal : et alors la certitude de ce qu'on expose est égale à l'incertitude du gain, tant s'en faut qu'elle en soit infiniment distante. Et ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il n'y a que le fini à hasarder à un jeu où il y a de pareils hasards de gain que de perte, et l'infini à gagner. Cela est démonstratif; et si les hommes sont capables de quelques vérités, ils doivent l'être de celle-là.
I. Je le confesse, je l'avoue. Mais encore n'y aurait-il point de moyen de voir le dessous du jeu?
P. Oui; par le moyen de l'Ecriture; et par toutes les autres preuves de la religion qui sont infinies.
I. Ceux qui espèrent leur salut, direzvous , sont heureux en cela ; mais ils ont pour contre-poids la crainte de l'enfer.
P. Mais qui aie plus sujet de craindre l'enfer, ou celui qui est dans l'ignorance s'il y a un enfer, et dans l'incertitude de damnation, s'il y en a ; ou celui qui est dans une persuasion certaine qu'il y a un enfer, et dans l'espérance d'être sauvé, s'il est?
Quiconque, n'ayant plus que huit jours à vivre, ne jugerait pas que le parti le plus sûr est de croire que tout cela n'est pas un coup de hasard, aurait entièrement perdu l'esprit. Or, si les passions ne nous tenaient point, huit jours et cent ans sont une même chose.
Quel mal vous arrivcra-t-il en prenant ce parti? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, sincère , véritable. A la vérité, vous ne serez point dans les plaisirs empestés , dans la gloire, dans les délices. Mais n'en aurez-vous point d'autres? Je vous dis que vous gagnerez en cette vie: et qu'à chaque pas que vous ferez dans ce chemin vous verrez tant de certitude de gain, et tant de néant dans ce que vous hasardez, que vous connaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine et infinie, cl que vous n'avez rien donné pour l'obtenir.
1. Oui, mais j'ai les mains liées et la bouche muette ; on me force à parier, et je ne suis pas en liberté: on ne me relâche pas, et je suis fait de telle sorte que je ne puis croire. Que voulez-vous donc que je fasse?
P. Apprenez au moins votre impuissance à croire; puisque la raison vous y porte, et que néanmoins vous ne le pouvez. Travaillez donc à vous convaincre, non pas par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions. Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin ; vous voulez vous guérir de l'infidélité, et vous en demandez les remèdes : appreuez-les de ceux qui ont été tels que vous, et qui n'ont présentement aucun doute. Ils gavent ce chemin que vous voudriez suivre, et ils sont guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé; imitez leurs actions extérieures, si vous ne pouvez encore entrer dans leurs dispositions intérieures : quittez ces vains
amusements qui vous occupent tout entier.
J'aurais bientôt quitté ces plaisirs, ditesvous, si j'.avais la foi. Et moi je vous dis que vous auriez bientôt la foi, si vous avïcs quitté ces plaisirs. Or c'est à vous à commencer. Si je pouvais, je vous donnerais la foi : je ne le puis, ni par conséquent éprouver la vérité de ce que vous dites : mais vous pouvez bien quitter ces plaisirs, et éprouver si ce que je dis est vrai.