‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 170 sur 305 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

Des figures; que l'ancienne loi était figurative.

I. 11 y a des figures claires et démonstratives ; mais il y en a d'autres qui semblent moins naturelles, et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs. Ces figures-là seraient semblables à celles de ceux qui fondent des prophéties sur l'Apocalypse, qu'ils expliquent à leur fantaisie. Mais la différence qu'il y a, c'est qu'ils n'en ont point d'indubitables qui les appuient. Tellement, qu'il n'y * rien de si injuste que quand ils prétendent que les leurs sont aussi bien fondées que quelques-unes des nôtres ; car i!s n'en ont pas de démonstratives comme nous en avons. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses parce qu'elles semblent être semblables par un bout, étant si différentes par l'autre

II. Une des principales raisons pour lesquelles les prophètes ont voilé les biens spirituels qu'ils promettaient sous les figures des biens temporels", c'est qu'ils avaient affaire à un peuple charnel qu'il fallait rendre dépositaire du testament spirituel.

Jésus-Christ ligure par Joseph, bien-aimé de son père, envoyé du père pour voir ses frères, est (1) l'innocent vendu par ses frères vingt deniers, et parla devenu leur seigneur, leur sauveur et le sauveur des étrangers, et le sauveur du monde; ce qui n'eût point été sans le dessein de le perdre, sans la vente et la réprobation qu'ils en firent.

Dans la prison, Joseph Innocent entre deux < rimmels : Jésus en la croix entre deux larrons. Joseph prédit le salut à l'un et la mort à l'autre, sur les mêmes apparences : Jésus- Christ san\c l'un et laisse l'autre, après les n, èines crimes. Joseph ne /ail que prédire :

(I) Le mol est o'a-t-il point été transposé ici parer»

il de copiste; ne faridrail-il pas lu Clirisl est

ph, bicu-aimé de son | è iln père

l'i i locenl vendu pai iqgt

deniers, » et I

pli, ''i rton pâsJésns-C.lirisl tfUi fut vendu trente di mers, roui c i qn 'pli ;

lu marne est. celui qui fui i

■:uli. {lui. M.l, •pli, et en tout - niist

figuré pur Jowplt. Voilà bie l'auteur i voulu

de 1787).

Jésus-Christ fait. Joseph demande à celui f qui sera sauvé qu'il sesouviennedelui quand il sera venu en sa gloire; et celui que Jésus- Christ sauve lui demande qu'if se souvienne de lui quand il sera en son royaume.

III. La grâce est la figure de la gloire; car elle n'est pas la dernière fin. Elle a été fiçuréc par la loi, et elle figure elle-même la gloire, mais de telle manière qu'elle est en même temps un moyen pour y arriver.

IV. La Synagogue ne périssait point, parce qu'elle était la figure de l'Eglise, mais parce qu'elle n'était que la figure, elle est tombée dans la servitude. La figure a subsisté jusqu'à la vérité, afin que l'Eglise lût toujours visible ou dans la peinture qui la promettait, ou dans l'effet.

V. Pour prouver tout d'un coup les deux Testaments, il ne faut que voir si les prophéties de l'un sont accomplies en l'autre. Pour examiner les prophéties, il faut les entendre : car si l'on croit qu'elles n'ont qu'un sens, il est sûr que le Messie ne sera point venu ; mais si elles ont deux sens, il est sûr qu'il sera venu en Jésus-Christ.

Toute la question est donc de savoir si elles ont deux sens, si elles sont figures ou réalités, c'est-à dire s'il fant y chercher quelque autre chose que ce qui paraît d'abord, ou s'il faut s'arrêter uniquement à ce premier sens qu'elles présentent.

Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu'ils plaisent à Dieu, et qu'ils ne lui déplaisent point. S'ils sont figures, il faut qu'ils plaisent et déplaisent.

Or dans toute l'Ecriture ils plaisent et déplaisent, donc ils sont figures.

VI. Pour voir clairement que l'Ancien Testament n'est que figuratif, et que par les biens temporels les prophètes entendaient d'autres biens, il ne faut que prendre garde, premièrement, qu'il serait indigne de Dieu de n'appeler les hommes qu' à la jouissance des félicités temporelles. Secondement, que les discours des prophètes expriment clairement la promesse des biens 'emnorels ; etqu'ils disent néanmoins que leurs discours sont obscurs, et que leur sens n'est pas celui qu'ils expriment à découvert : qu'on ne l'entendra qu'à la fin des temps {Jérémie, XXIII, 22; c(XXX, 24). Donc ils entendaient parler d'autres sacrifices, d'un autre libérateur, etc.

Enfin il faut remarquer que leurs discours sont contraires et se détruisent, si l'on pense qu'ils n'aient entendu par les mois de loi et de sacrifice autre chose que la loi de Moïse et ses sacrifices; et il y aur;:it contradiction manifeste et grossière dans leurs livres, et quelquefois dans un même chapitre : d'où il s'ensuit qu'il faut qu'ils aient entendu autre chose.

VIL 11 est dit (pie la loi sera chai que le sacrifice sera changé; qu'ils frei sans roi, sans princes cl sans sacrifices ; qu'il sera fait une nouvelle alliance, que la loi sera renouvelée, (pie ies préceptes qtf ils ont reçus ne sont pas lions, que leurs «acriflees sont abominables, que Dieu n'en a point demand

DÉMONSTRATION fcVANGÉLIQUE.

II est dit, au contraire, que la loi durera éternellement, que cette alliance sera éternelle, que le sacrifice sera étemel, que le sceptre ne sortira jamais d'avec eux, puisqu'il ne doit point en sortir que le roi éternel n'arrive. Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité ? non ; marquent-ils aussi que ce soit figure? non : mais que c'est réalité ou ligure. Mais les premiers , excluant la réalité, marquent que ce n'est que figure.

Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité; tous peuvent être dits de la figure : donc ils ne sont pas dits de la réalité, mais de la figure.

VIII. Pour savoir si la loi et les sacrifices sont réalité ou figure, il faut voir si les prophètes, en parlant de ces choses, y arrêtaient leur vue et leur pensée, en sorte qu'ils ne vissent que celte ancienne alliance; ou s'ils y voyaient quelque autre chose dont elles fussent la peinture , car dans un portrait on voit la chose figurée. Il ne faut pour cela qu'examiner ce qu'ils disent.

Quand ils disent qu'elle sera éternelle, entendent-ils parler de l'alliance de laquelle ils disent qu'elle sera changée; et de même des sacrifices, etc.

IX. Les prophètes ont dit clairement qu'Israël serait toujours aimé de Dieu, et que la loi serait éternelle ; et ils ont dit que l'on n'entendrait point leur sens, et qu'il était voilé.

Le chiffre a deux sens. Quand on surprend une lettre importante où l'on trouve un sens clair, et où il est dit néanmoins que le sens est voilé et obscurci, qu'il est caché en sorte qu'on verra cette lettre sans la voir, et qu'on l'entendra sans l'entendre, que doit-on penser sinon que c'est un chiffre à double sens, et d'autant plus qu'on y trouve des contrariétés manifestes dans le sens littéral ? Combien doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre et nous apprennent à connaître le sens caché, et principalement quand les principes qu'ils en prennent sont tout à fait naturels et clairs ! C'est ce qu'ont fait Jésus-Christ et les apôtres. Ils ont levé le sceau, ils ont rompu le voile et découvert l'esprit. Ils nous ont appris pour cela que les ennemis de l'homme sont ses passions, que le Rédempteur serait spirituel ; qu'il y aurait deux avènements : l'un de misère pour abaisser l'homme superbe, l'autre de gloire pour élever l'homme humilié : que Jésus- Christ sera Dieu et homme.

X. Jésus-Christ n'a fait autre chose qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimaient euxmêmes, et qu'ils étaient esclaves, aveugles, malades, malheureux el pécheurs ; qu'il fallait qu'il les délivrât, éclairai, guérit et béatifiât : que cela se forait en se haïssant soimême et en le suivant par la misère et la mort de la croix.

La lettre lue; tout arrivait en figure : il fallait que le Christ souffrit. Un Dieu humilie, circoncision du cœur, vrai jeûne. \ rai sacrifiec, vrai temple, double loi, double table de la loi, double temple, double captivité ■ VOild le chiffre qu'il nous a donné

Il nous a appris, enfin, que tout'- i es i boses n'étaient que des figures : et ce <|m que vraiment libre, vrai Israélite, vraie circoncision, \rai pain du ciel, etc.

XL Dans ces promesses-là i hacun trouve ce qu'il a dans |.- fond de -on cœur : les biens temporels ou les biens spirituels, Dieu ou L s créatures; mais avec cette différent eq ne ceux qui y cherchent les créatun s les \ trouvent, mais avec plusieurs contradictions , ave< la défense de les aimer, avec ordre de n'adorer que Dieu et de n'aimer que lui : au lieu que ceux qui j cherchent Dieu le trouvent et sans aucune contradiction, et avec commandement de n'aimer que lui.

XII. Les sources des contrariétés de l'Ecriture sont : un Dieu humilié jusqu a la mort de la croix, un Messie triomphant de la mort par sa mort, deux natures en Jesus-Christ , deux avènements , deux états de la nalure de l'homme.

Comme on ne peut bien faire le caractère d'une personne qu'en accordant toutes les contrariétés, et qu'il ne suffit pas de suivre une suile de qualités accordantes, sans concilier les contraires : aussi, pour entendre Ifsens d'un auteur, il faut concilier tous Les passages contraires.

Ainsi, pour entendre l'Ecriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s'accordent. Il ne suffit pas d'ell avoir un qui convienne à plusieurs passages accordants , mais il faut en avoir un qui concilie les passages même contraires.

Tout auteur a un sens auquel tous les passages contraires s'accordent, ou il n'a point de sens du tout. On ne peul pas dire cela de ■l'Ecriture ni des prophètes. Ils avaient (Il < tîvement trop bon sens. Il faut donc en de rcher un qui accorde toutes les contrariétés.

Le véritable sens n'est donc pas celui des Juifs; mais en Jésus-Christ toutes les contradictions sont accordées.

Les Juifs ne sauraient accorder la cessation de la royauté et principauté, prédite par Osée, avec la prophétie de Jacob.

Si on prend la loi, les sacrifices et le ro\ aume pour réalité, on ne peut accorder tous les passages d'un même auteur ni d'un même liv re. ni quelquefois d'un même chapitre Çequi marque assez quel était le sons de l'auteur

XIII. Il notait point permis de sacrifier hors de Jérusalem . qui était le lieu que le Seigneur avait choisi , ni même de manger ailleurs les décimes.

Osée a prédit qu'ils seraient sans roi, sans princes, sans sacrifices et sans idoles ; ce qui est accompli aujourd'hui, [les Juifs) ne pouvant faire de sacrifice légitime bois de Jérusalem.

XIV. Quand la parole de. Dieu, qui est > critable, est fausse littéralement , elle est vraie spirituellement. Sede a dextri» mets : cela est faux littéralement dit : cela est v rai spirituellement. En ces expressions il est parle do Dieu à la manière des nommes ; et cela ne signifie autre chose sinon que l'intention que les hommes ont on faisant asseoir a leur droite, Dieu l'aura aussi I est donc une mai m

PENSEES DE PASCAL

l'intention de Dieu, et non de sa manière de l'exécuter.

' Ainsi quand il est dit : Dieu a reçu l'odeur de vos parfums , et vous donnera en récompense une terre fertile et abondante , c'està-dire que la même intention qu'aurait un homme qui, agréant vos parfums, vous donnerait en récompense une terre abondante , Dieu l'aura pour vous, parce que vous avez eu pour lui la même intention qu'un homme a pour celui à qui il donne des parfums.

XV. L'unique objet de l'Ecriture est la charité. Tout ce qui ne va point à l'unique but en est la figure : car, puisqu'il n'y a qu'un but, tout ce qui n'y va point en mots propres est figure.

Dieu diversifie ainsi cet unique précepte de charité pour satisfaire notre faiblesse qui recherche la diversité , par cette diversité qui nous mène toujours à notre unique nécessaire; car une seule chose est nécessaire, et nous aimons la diversité ; et Dieu satisfait à l'un et à l'autre par ces diversités, qui mènent à ce seul nécessaire.

XVI. Les rabbins prennent pour figures les mamelles de l'épouse, et tout ce qui n'exprime pas l'unique but qu'ils ont des biens temporels.

XVII. Il y en a qui voient bien qu'il n'y a pas d'autre ennemi de l'homme que la concupiscence qui les détourne de Dieu, ni d'autre bien que Dieu , et non pas une terre fertile. Ceux qui croient que le bien de l'homme est en la chair, et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens ; qu'ils s'en soûlent et qu'ils y meurent. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n'ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de désir que pour le posséder, et d'ennemis que ceux qui les en détournent ; qui s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis ; qu'ils se consolent ; il y a un Libérateur pour eux, il y a un Dieu pour eux. Un Messie a été promis pour délivrer des ennemis : et il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non pas des ennemis.

XVIII. Quand David prédit que le Messie délivrera son peuple de ses ennemis, on peut croire charnellement que ce sera des Egyptiens ; et alors je ne saurais montrer que la prophétie soit accomplie. Mais on peut bien croire.aussi que ce sera des iniquités : car, dans la vérité, les Egyptiens ne sont pas des ennemis; mais les iniquités le sont. Ce mot d'ennemis est donc équivoque.

Mais s'il dit à l'homme, comme il fait, qu'il délivrera son peuple de ses péchés, aussi bien qu'Isaïe et les autres , l'équivoque est ôtée, et le sens double des ennemis réduit au sens simple d'iniquités : car s'il avait dans l'esprit les péchés, il pouvait bien les dénoter par ennemis ; mais s'il pensait aux ennemis, il ne pouvait pas les désigner par iniquités.

Or Moïse, David et Isaïc usaient des mêmes termes. Qui dira donc qu'ils n'avaient pas le même sens, et que le sens de David, qui est manifestement d'iniquités, lorsqu'il parlait d'ennemis , ne fût pas le même que celui de Moïse en parlant d'ennemis l

Daniel, chap. IX, prie pour la délivrance du peuple de la captivité de leurs ennemis ; mais il pensait aux péchés. Et pour le montrer, il dit que Gabriel vint lui dire qu'il était exaucé; et qu'il n'avait que septante semaines à attendre, après quoi le peuple serait délivré d'iniquité, le péché prendrait fin, et le Libérateur, le Saint des saints amènerait la justice éternelle : non la légale, mais l'éternelle.

Dès qu'une fois on a ouvert ce secret, il est impossible de ne pas voir. Qu'on lise l'Ancien Testament en cette vue , et qu'on voie si les sacrifices étaient vrais, si la parenté d'Abraham était la vraie cause de l'amitié de Dieu, si la terre promise était le véritable lieu du repos. Non. Donc c'étaient des figures. Qu'on voie de même toutes les cérémonies ordonnées et tous les commandements qui ne sont pas de la charité, on verra que c'en sont les figures.

Page 1