‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 174 sur 305 · PASCAL · texte numérisé non relu

PASCAL

demeuré inconnu parmi l'infinie multitude des nations païennes : et dans le temps prédit les païens adorent eu foule cet unique • Dieu; les temples sont détruits, les rois mêmes se soumettent à la croix. Qu'est-ce que tout cela? C'est l'esprit de Dieu qui est répandu sur la terre.

11 est prédit que le Messie viendrait établir une nouvelle alliance, qui ferait oublier la sortie d'Egypte (Jér., XXIII, 7) , qu'il mettrait sa loi non dans l'extérieur, mais dans les cœurs ( Is. , LI , 7 ) ; qu'il mettrait sa crainte, qui n'avait été qu'au dehors, dans le milieu du cœur (Jer., XXXI, 33; et XXXII, 40):

Que les Juifs réprouveraient Jésus-Christ, et qu'ils seraient réprouvés de Dieu; parce que la vigne élue ne donnerait que du ver- • jus (h., V, 2, 3, k, etc.) ; que le peuple choisi serait infidèle, ingrat et incrédule : populum non credentem et contradicentem (kl.. LXV, 2); que Dieu les frapperait d'aveuglement, et qu'ils tâtonneraient en plein midi comme des aveugles (Ueut., XXVIII, 28, 29).

Que l'Eglise serait petite en son commencement, et croîtrait ensuite [JEzéch., XLVII , 1 et suiv.).

11 est prédit qu'alors l'idolâtrie serait renversée ; que ce Messie abattrait toutes les idoles, et ferait entrer les hommes dans le culte du vrai Dieu {Ezéch., XXX, 13).

Que les temples (les idoles seraient abattus ; et que, parmi toutes les nations et en tous les lieux du monde, on lui offrirait une hostie pure, et non pas des animaux [Malach., 1,11).

Qu il enseignerait aux hommes la voie parfaite (Is., H, 3; Mich., IV, 2, etc.).

Qu'il serait roi des Juifs et des Gentils (Ps. II, G et 8; LXXI, 8 et 11, etc.).

Et jamais il n'est venu, ni devant, ni après, aucun homme qui ait rien enseigné approchant de cela.

Après tant de gens qui ont prédit cet avènement, Jésus-Christ est enfin venu dire: Me voici , et voici le temps. Il est venu dire aux hommes qu'ils n'ont point d'autres ennemis qu'eux-mêmes, que ce sont leurs passions qui les séparent île Dieu ; qu'il vient pour les en délivrer et pour leur donner sa grâce, afin de former de tous les hommes une Eglise sainte; qu'il vient ramener dans celte Eglise les païens et les Juifs , qu'il \ icut détruire les idoles des uns et la superstition des autres.

Ce que les prophètes, leur a-t-il dit, ont prédit devoir arriver, je vous dis que mes apôtres vont le faire. Les Juifs vont èlre rebutés, Jérusalem sera bientôt détruite ; les païens vont entrer dans la connaissance do Dieu, et mes apôtres vont les y faire entrer après que vous aurez tué l'héritier de la vigne.

Knsuitc les apôtres ont dit aux Juifs : Vous allez être maudits; et aux païens : Vous allez entrer dans la con "•

A cela s'opp< ,('s i Par ;

l'opposition na pisci

ce roi des Ju • si opprimé

par les uns autres , qui conspirent

sa mort. Tout ce qu il j a de grand dam lo monde s'unit contre cette religion naissante,

l,s- Bavants, les sages, les rois : les uns écriront; les autres condamnent, les autres tuent. Et malgré toutes ces oppositions \uilà JéfUS- Ghrist, en peu de temps, régnant sur les uns et les autres, et détruisant et le culte judaïque dans Jérusalem, qui en était le. centre et «tout il fait sa première Eglise, et le culte des idoles dans Rome , qui en était le centre et dont il fait sa principale Eglise.

Des gens simples et sans force, comme les apôtres et les premiers chrétiens, résistent à toutes les puissances de la terre, se soumettent les rois , les savants et les sages , et détruisent l'idolâtrie si établie ; et tout cela se fait par la seule force de cette parole qui l'avait prédit.

Les Juifs, en tuant Jésus-Christ pour ne pas le recevoir pour Messie, lui ont donné la dernière marque de Messie ; en continuant à le méconnaître ils se sont rendus témoins irréprochables, et en le tuant et continuant à le renier ils ont accompli les prophéties.

Qui ne reconnaîtrait Jésus-Christ à tant de circonstances particulières qui en ont été prédites? car il est dit:

Qu'il aura un précurseur (Malach., III, 1);

Qu'il naîtra enfant (Is., IX, 6);

Qu'il naîtra dans la ville de Bethléem (Mich., V, 2); qu'il sortira de la famille de Juda ( Gen., LXIX-, 8 et suiv. ) et de la postérité de David (II Rois, VII, 12 et suit.; Is., VII, 13 e/ suiv.); qu'il paraîtra principalement dans Jérusalem (Malach., III, 1; Ag<j., 11,10);

Qu'il doit aveugler les sages et les savants Is., VI, 10), et annoncer l'Evangile aux pauvres et aux petits (Id., LX1, 1); ouvrir les yeux des aveugles et rendre la santé aux infirmes (ld., XXXV, 5 et 6), et mener à la lumière ceux qui languissent dans les ténèbres (Id., XLII, 16);

Qu'il doit enseigner la voie parfaite (Id., XXX, 21) , et être le précepteur des Gentils (Id., LV, 4) ;

Qu'il doit être la victime pour les péchés du monde (Id., LUI, 5);

Qu'il doit être la pierre fondamentale et précieuse (Id., XXVIII, 16) ;

Qu'il doit être la pierre d'achoppement et de scandale (Id., VIII, 14);

Que Jérusalem doit heurter contre celte pierre (ld., VIII, 15);

Que les édifiants (1) doivent rejeter cette pierre (Ps. CXVII, 22);

Que Dieu doit faire de celte pierre le chef du coin (2) (Ibid.) ;

Et que cette pierre doit croître en une montagne immense, et remplir toute la terre (Dan., 11,35);

Qu'ainsi il doit être rejeté (Ps. CXVII, 22), méconnu [Is., LUI, 2 et 3 ) , trahi (Ps. XL, 10), vendu (Zach., XI, 12) , souffleté (/*.. L, 6), moqué (Id., XXXIV, 16), affligé en une

(t) m&RemOm, eeui qui travaillent à l'édifiœ du toniple spirituel où Dieu roui habiter.

{!) C'est-à-dire de l'onetequl doit réunir les deux peuple» , i.' nui et le gentil, «tans l'adoration du môme Dieu.

DÉMONSTRATION I s ANGÉLIQUE.

infinité de manières Ps. I \ \ III, 27), abreuve de liel (Ps. EX VIII. 11 ; qu'il aurait les piedi et le. mains percés (Ps. XXI, 17 . qu'on lui cracherait au visage [Is., L, 6); qu'il serait tué (Dan., IX, 26), et ses habits jetés au sort (Ps. XXI, 10j;

Qu'il ressusciterait le troisième jour (Pi. M . 10; Osée, VI, 3);

Qu'il monterait au ciel (Ps. XLVI . 6; et Ps. IX \ II, 19) , pour s'asseoir à la droite de Dieu (Ps. CIX,1);

Que les rois s'armeraient contre lui ( Ps. 11,2);

Qu'étant à la droite du Père, il sera victorieux de ses ennemis (Ps. CIX, 5);

Que les rois de la terre et tous les peuples l'adoreraient (Ps. LXXI, 11) ;

Que les Juifs subsisteront en nation (Je'r., XXXI, 36);

Qu'ils seront errants (Amos, IX, 9), sans roi, sans sacrifice, sans autel, etc. (Osée, III, k), sans prophètes (Ps. LXXIII, 9), attendant le salut, et ne le trouvant point (Is., LIX, 9;Jér.. VIII, 15).

III. Le Messie devait lui seul produire un grand peuple, élu, saint et choisi ; le conduire, le nourrir, l'introduire dans le lieu de repos et de sainteté; le rendre saint à Dieu, en faire le temple de Dieu , le réconcilier à Dieu , le sauver de la colère de Dieu, le délivrer de la servitude du péché , qui règne visiblement dans l'homme; donner des lois à ce peuple, graver ces lois dans leur cœur; s'offrir à Dieu pour eux , se sacrifier pour eux , être une hostie sans tache, et lui-même sacrificateur : il devait s'offrir lui-même et offrir son corps et son sang , et néanmoins offrir pain et vin à Dieu. Jésus-Christ a fait tout cela.

Il est prédit qu'il devait venir un Libérateur qui écraserait la tête au démon, qui devait délivrer son peuple de ses pèches : / omnibus iniquitatibus (Ps. CXXIX, 8) : qu'il devait y avoir un nouveau Testament qui serait éternel; qu'il devait y avoir une autre prêtrise selon l'ordre de Melchisédech ; que celle-là serait éternelle; que le Christ devait être glorieux, puissant et fort, et néanmoins si misérable qu'il ne serait pas reconnu ; qu'on ne le prendrait pas pour ce qu'il est. qu'on le rejetterait, qu'on le tuerait; que son peuple, qui l'aurait renié, ne serait plus son peuple; que les idolâtres le recevraient et auraient recours à lui ; qu'il quitterait Sion pour régner au centre de l'idolâtrie ; que néanmoins les Juifs subsisteraient toujours; qu'il devait sortir de Juda, et quand il n v aurait plus de roi.

IV. Qu'on considère que depuis le commencement du monde l'attente ou l'adoration du Messie subsiste sans interruption; qu'il a été promis au premier homme aussitôt après sa chute; qu'il s'est trouvé depuis des hommes. qui ont dit que Dieu leur avait révélé qu'il] devait naître un Rédempteur qui sauverait . son peuple (1); qu'Abraham est venu ensuite

(1) C'est-à-dire dos linnimes qui ont transmis de née « D race , di puis Adam Jusqu'à Noe . <'t depais Ni é jusqu'à Abraham, la promesse qui entrait été Mlle au premier homme. Voyel part, n, an. I. $ .">. 06. rameur entre dius quelque* déi eloppemeoti 1 ce sujet.

PENSÉES DE PASCAL

dire qu'il avait eu révélation qu'il naîtrait de lui , par un fils qu'il aurait; que Jaeob a déclaré que de ses douze enfants ce serait de Juda qu'il naîtrait; que Moïse et les prophètes sont venus ensuite déclarer le temps et la manière de sa venue; qu'ils ont dit que la loi qu'ils avaient n'était qu'en attendant celle du Messie; que jusque-là elle subsisterait, mais que l'autre durerait éternellement ; qu'ainsi leur loi ou celle du Messie, dont elle était la promesse, serait toujours sur la terre; qu'en effet elle a toujours duré, et qu'enfin Jésus- Christ est venu dans toutes les circonstances prédites. Cela est admirable.

Si cela était si clairement prédit aux Juifs, dira-t-on, comment ne l'ont-ils pas cru? ou comment n'ont-ils pas été exterminés pour avoir résisté à une chose si claire ! je réponds que l'un et l'autre a été prédit, et qu'ils ne croiraient point une chose si claire, et qu'ils ne seraient point exterminés. Et rien n'est plus glorieux au Messie; car il ne suffisait pas qu'il y eût des prophètes ; il fallait que leurs prophéties fussent conservées .sans soupçon. Or, etc. •

V. 'Les prophètes sont mêlés de prophéties particulières et de celles du Messie , afin que les prophéties du Messie ne fussent pas sans preuves, et que les prophéties particulières ne fussent pas sans fruit.

'-. Non habemus regem nisi Cœsarem', disaient les Juifs {Joann., XIX, 15). Donc Jésus- Christ était le Messie : puisqu'ils n'avaient plus de roi qu'un étranger, et qu'ils n'en voulaient point d'autre.

Les septante semaines de Daniel sont équivoques pour le terme du commencement, à cause des termes de la prophétie , et pour le terme de la fin, à cause des diversités des chronologistes ; mais toute cette différence ne va qu'à deux cents ans (1).

(1) Il y a évidemment faute ici, et il est surprenant que rie tous les éditeurs qui m'ont précédé , celui do 1787 soit le seul qui Tait fait observer. Pascal , comme on la dit, écrivait ses pensées a la hâte , sans suite et comme de simples notes; il y a tout lieu de présumer qu'eu voulant mettre 20 ans . il aura , par inadvertance , ajouté un zéro quia formé 200. Pour justifier cette présomption, je ne puis mieux faire que de rapporter ici la note de l'éditeur de 1787.

« Avant Jésus-Christ, la différence dont il est ici question ne pouvait rouler que sur environ quatre-vingts ans , depuis le premier ordre donné par Cyrus pour renvoyer les Juifs à Jérusalem, vers l'an 536 avant notre ère vulgaire, jusqu'au dernier ordre donné par Artaxerxès (Longue- Main] pour le rétablissement des murs do Jérusalem, vers l'an 434. Dcpuk Jésus'-ili'nst , la différence ne roule plus que sur environ vingt ans : car les chronologistes conviennent assez que les septante semaines ne peuvent commencer que sous le règne d'Artaxerxès (Longue-Main); niais les uns les prennent de la permission donnée ;i Ksdras par re prince dans la septième année de son règne, el les

autres les prem t de la permission donnée à Néhéraias

par ce même prince dans la vingtième année : les uns comptent ces années depuis son association à l'empire par son père Xerxès , vers l'an 47 1, avant notre ère vulgaire ; en sorte que la septième année tomberait en 467, qui est l'année de 1» mort de Xerxès : les autres les comptent depuis la mort de Xerxès, en sorte que la vingtième touillerait on 447 ; ce qui donne précisément un intervalle de Vingt ans, depuis 167 jusqu'à 447-. Les uns pensent que les années dont philo Daniel sont des années lunaire»; les autres les prennent pour des années Bolaires. Enfla tous

Varient sur l'époque précise, de la septième et de la vingtième année ; mais aussi tous s'accordent à mettre ce*

Les prophéties qui représentent Jésus- Christ pauvre le représentent aussi maître des nations (7s., LUI, net suiv.;Zach., IX, 9, 10).

Les prophéties qui prédisent le temps ne le ppédisent que maître des Gentils et soufrant , et non dans les nues, ni Juge : et celles qui le représentent ainsi, jugeant les nations et glorieux, ne marquent point le temps.

Quand il est parlé du Messie comme grand et glorieux , il est visible que c'est pour juger le monde et non pour le racheter lis., LXVI, 15, 16).

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