‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 198 sur 305 · AVEC LES PREUVES DE LA TRADITION ECCLÉSIASTIQUE W · texte numérisé non relu

AVEC LES PREUVES DE LA TRADITION ECCLÉSIASTIQUE W

INTRODUCTION, OU PREMIER TRAITÉ QUI EST DE L'EXAMEN DES DIFFÉRENDS EN GÉNÉRAL.

SECTION I

Préparation nécessaire à cet examen.

I. Un homme ne convertit point un autre homme, c'est Dieu qui nous convertit tous (Rom. 9, 1 et 18). II endurcit qui il lui plaît, il fait miséricorde à qui il fait miséricorde [Exode, XXXIII, 19).

II. Mais il ne veut pas nous convertir sans nous, et il se sert ordinairement de deux moyens qu'il nous inspire lui-même: la prière et l'élude. Sous ce dernier mot nous comprenons l'application, les conférences, et en général toutes les recherches que nous pouvons faire pour découvrir la vérité.

III. La prière avec une grande confiance en Dieu pourrait réussir sans l'étude par un effet extraordinaire de sa grâce : mais l'étude ne réussira pas sans la prière. Toutes les lumières humaines ne font que nous égarer quand il ne nous conduit pas. Il regarde les humbles et il résiste aux superbes (Jac. IV, G;Prov. 111,34.). Comment nous accorderait-il la plus grande et la plus importante de toutes les grâces sans la lui demander? lui qui nous a dit si expressément: Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez; frappez, et il vous sera ouvert [Matth. VU, 7).

IV. Si quelqu'un priait deux fois le jouiavant que d'entrer dans cette élude; qu'il prie maintenant quatre fois et huit fois, et à (■mies les heures du jour, avec un cœur soumis et humilié.

V. Si quelqu'un veut servir de guide aux autres dans celte étude, qu'il ne prie pas moins; qu'il éloigne de lui toute colère, tout chagrin, tout orgueil; qu'il prenne des entrailles de charité pour ses frères qui errent de bonne foi. Qu'avons-nous t'ait à Dieu pour ne pas errer comme eux? Et si nous avons tout reçu, pourquoi nous en glorifier (ICor. IV, ")? Jamais on n'a persuade quelqu'un en lui disant des injures. La nature de L'esprit humain n'est pas de rendre les armes aussitôt à l'esprit humain : il veut y penser, y retenir, en délibérer avec lui-même, se con-

(I) En cette seconde édition, outre plusieurs petites ;nl-

>1iii.>us, il en :i été foi une plus considérjble a. la lion i\, ii h lin «le l'article I", depuis ces paroles: On un mi beau te dwàmuler.

I i 'luis es Preuves suivantes, on a aussi ajouté les Prouves do ce qui est contenu eu l'Addition.

vaincre en secret, plutôt que dêlre convaincu en public. Semons, plairions, arrosons suis nous rebuter, mais n'attendons que du ciel cette secrète vertu qui peut faire pousser et croître (I Cor. 111,6).

VI. Il ne faut pas cependant que nos frères s'endorment sur ce mot, de bonne foi. Sans sonder ici les abîmes des jugements de Dieu, qui nous sauve tous par grâce et nous peut tous laisser périr par justice, la suite de ces réflexions leur fera connaître comme nous l'espérons qu'ils ne sont point dans cette bonne foi prétendue, tant qu'ils n'auront pas examiné leur religion à fond : qu'ils ne font point, lors même qu'ils pensent le faire. La nécessité indispensable de ce grand et profond examen, les grandes difficultés qu'ils y doivent trouver et quelques conseils pour en sortir, seront le sujet de ce oremier traité.

SECTION II

Obligation indispensable éi nos frères d'un grand et profond examen de leur religion.

I. Chaque opinion en général, en quelque nature de choses que ce puisse être : chaque religion en particulier, est obligée de suivre ses propres principes, bons ou mauvais: autrement il ne la faut pas écouter; car elle se détruit elle-même, comme an sj llogisme qui nierait dans la conclusion ce qu'il aurait établi dans le première proposition ou dans la seconde. Si nous en voulons croire Axisl c'est Le rondement général de tous nos raisonnements : ils supposent et enferment loujours cette vérité: Il ne se peu1- faire gu'une même chose soit < t ne soit pus. ni que quelqu'un le croie, quand même il le dirait. Ce qu'il pose en un lieu, il ne le peut nier <» un autre. C'est ce qu'on a dit il y a longtemps, que la vérité est une: qu'il n \ a que la fausseté qui

puisse être double et contraire à elle-même. De tout cela il s'ensuitaussi que lesprincipes

communs au v deux religions, et qu'elles ont

posés l'une et l'autre, ne peuvent plus éire nies ni contestés.

11. C'est un principe commun de l'une et de l'autre religion, qu'il faut croire le» arti- ( les de foi, pour être sauvé: jusque-là elles sont d'accord. Mais quand il est question de savoir si chaque particulier doit examiner

RÉFLEXIONS SUR LES DIFFÉRENDS DE LA RELIGION

par ses propres lumières les articles de foi pour les croire, les deux religions se séparent, et leurs principes sont différents et opposés.

III. Le principe de la religion catholique est que nul particulier, comme particulier, n'est obligé de faire cet examen, dont la plupart ne sont pas capables; que Dieu, qui veut que toussoientsauvés (I Tim. II, k), a établi un moyen universel, uniforme, sûr et certain, pour sauver également les simples et les habiles, les ignorants et les savants, qui est de croire par l'autorité de l'Eglise; qu'il n'y a point a chicaner sur le mot Eglise ; que celle dont on entend parler, est toujours visible ; que son étendue, que la succession des pasteurs la font assez connaître ; qu'il n'y a enfin qu'à ne pas fermer les yeux pour découvrir cette cité qui ne saurait se cacher, fondée, comme elle est, sur la montagne (Matth. V, 15).

IV. La religion qui se dit et se prétend réformée, établit un principe tout contraire. II faut, dit-elle, et pour le corps des fidèles en général, et pour chaque fidèle en particulier, tout examiner et retenir ce qui est bon (I Thess.X, 21). 11 y a bien une Eglise cachée et invisible, ou ne sont que les prédestinés, et qui ne se peut tromper: mais toute Eglise visible est sujette à se tromper et à se corrompre; et on ne peut découvrir si elle est véritable Eglise, non fausse et non corrompue, qu'en examinant sa doctrine. En un mot, nul de nos frères qui suivent ce principe ou ' cette erreur, ne demeure, selon lui, séparé de nous par autorité, mais par raison. Ce n'est pas parce que son père ou son aïeul se sont séparés, ni parce que Calvin l'a dit; mais parce que son père ou son aïeul ont bien fait, et parce que Calvin a bien dit.

V. De ce principe il s'ensuit nécessairement qu'il est obligé d'examiner sa religion autant que son père ou que son aïeul ont dû le faire, avant que de se résoudre à l'action la plus terrible du monde, qui était de se séparer de l'Eglise, autant ou à peu près , que Calvin a dû le faire lui-même; excepté que le travail de Calvin peut faciliter le sien.

VI. Examiner la religion de celte sorte, ce n'est pas lire seulement ce que Calvin en a écrit, mais aussi ce qu'on a écrit contre Calvin; éclaircir et vérifier les faits où Calvin et ceux qui ont écrit contre lui, se trouvent contraires ; juger , après une grande et mûre délibération, des conséquences qu'on en a tirées de part et d'autre.

VII. C'est encore moins examiner la religion à fond, et de cette sorte, que de lire seulement la réponse de M. Claude au petit traité de la Perpétuité, le préservatif ou quelqu'un de ces autres écrits nouveaux, comme on lirait la gazette de Hollande, ou le journal des savants, et en discourir quand l'occasion s'en présente, sans suite, sans méllhode, sans application que fort légère et fort médiocre.

VIII. Que nos frères s'interrogent cuxirnêmcs. N'est-il pas \ rai que pour la plupai l . Vils ont examiné leur religion, ils n'en ont

sôa

fait qu'un examen de cette dernière nature ? Se sont-ils enfermés pour cela certains jours de la semaine, certaines heures du jour? Ont-ils vu la centième partie de ce qu'ils pouvaient voir sur ces grandes et importantes matières ? Ont-ils suivi ce travail par'ordre? Ont-ils fait, pour juger ce grand différend, ce qu'ils feraient pour juger un procès de conséquence, s'ils en étaient rapporteurs, ou pour s'en instruire eux-mêmes , s'ils y étaient parties?

IX. Cependant la bonne foi n'excuse pas; ou pour mieux parler, n'est pas bonne foi, quand on n'a pas fait ce qu'on devait pour être éclairci ; surtout , après qu'on en a été souvent averti. Il n'y a point de bonne foi quand on ne suit point son propre principe : car on reconnaît et on avoue ce qu'il faut foire, et on ne le fait pas. Ainsi, que pas un de nos frères ne se flatte, jusqu'à ce qu'il ait fait ce grand et difficile examen de toute sa religion, auquel son propre principe l'oblige: il ne peut , ni devant Dieu, ni devant les hommes, être excusé sur sa bonne foi.

SECTION III

Deux objections contre ce qui a été dit. Première objection. Il ne faut point de grand examen, parce que la chose est claire. Réponse.

I. Deux objections combattent la force de ces raisons dans l'esprit de nos frères: l'une est publique par leurs écrits et par leurs discours; l'autre est secrète et ne sort presque pas de leur cœur. Tâchons à les aider sur l'une et sur l'autre.

II. L'objection publique est celle-ci : En vain, disent-ils, on veut nous faire peur d'un prétendu examen fort laborieux, fort long et fort difficile. Il y a des vérités si claires, que le bon sens les découvre d'une seule vue. Il ne faut rien écouter de contraire, si l'on n'a dessein de s'éblouir et de se tromper soimême : Deux et deux font quatre. Tous les raisonnements d'arithmétique et d'algèbre, pour obscurcir cette vérité, ne nous toucheraient pas : nous trouverions même ridicule de nous y arrêter. La règle infaillible de la foi est la parole de Dieu : il est clair comme le jour que ce que nous rejetons, n'y est pas ; il ne nous en faut pas davantage.

III. Le premier avis que nous avons à leur donner là-dessus, est que les grandes erreurs en religion ont presque toujours pris ce même fondement d'une grande clarté prétendue; et qu'au moins il est juste de s'en défier. Qu'y avait-il de plus clair, au dire des ariens, quelques-uns d'un très-grand esprit, d'un très-grand savoir, d'une vie sans reproche, que ces paroles : Le Prie est plus grand que moi(Jean, XIV,28;?ElNestorius, bon pasteur en apparence, sage , réglé, possédant parfaitement toute l'Ecriture sainte, faisant profession comme nos frères , de ne rien savoir et de ne rien croire qu'elle ne lui eût enseigné; ne \ oyait— il pas encore plus clairement que l'Ecriture n'avait jamais appelé la sainte Vierge, Miir </< Dieu ; mais seulement , Mère

de Jésus, Min du Seigneur, Mère du Christ,

DÉMWiSïlUUON ÉYANGÊLIQIE.

à quoi il était d'aï is de s'en tenir. Cependant sur celle grande clarté prétendue, Neslorius et les ai ii us se perdaient cl se damnaient: et

nos Frères n'en doutent poinl, par la grâce de Dieu. Ce fondement a trompe une inunité

de* luis : il esi au moins naturel de craindre qu'il ne trompe encore.

IV. Non, 1 s avertirons en second lieu que cette clarté si grande qu'ils prétendent, suppose deux choses qui, par la su celte recherche, se trouveront, non seulement 1res- obscures, mais aussi très-élbignées de la vérité. La première est que tout ce qu'il faut savoir, croire cl Faire dans la religion, est formellement contenu dans l'Ecriture sainte. La seconde, que tout y est si clairement contenu, qu'il n'y a personne qui ne l'y puisse trouver avec sa seule lumière, quelque simple et quelque ignorant qu'il puisse élrc. L'Ecriture sainte elle-même détruit ces deux: faux principes ; elle renvoie à la tradition , et, en propres tenues, à ce qui a été enseigné de vive voit (1). Elle dit elle-même qu'i

de certains passages difficiles à entendre , dont plusieurs abusent pour leur perte ; ce qu'on marque seulement en passant, parce qu'on a cesscin d'expliquer cette matière plus amplement au traité de la Tradition.

V. Ce n'est ici qu'un traité général, servant d'introduction aux autres; et où , par conséquent, il nous suffira démontrer à nos frères, par un seul argument, et en un seul point, le plus important de tous ceux qui nous séparent , et par lequel nous avons résolu de commencer , que leur doctrine n'est point claire de cette clarté qui n'a besoin d'aucun examen laborieux et difficile.

Une doctrine n'est point claire de celte clarté qui n'a pas besoin d'un grand examen, quand deux hommes d'un grand esprit, d'un grand savoir , l'un et l'autre suscités de Dieu pour rétablir l'état de l'Eglise , l'un et l'autre prenant l'Ecriture seule pour règle de leur foi , se trouvent sur celle doctrine d'un sentiment très-opposé et contraire; quand leurs disciples aussi en fort grand nombre, fort éclairés, fort savants, aussi suscités de Dieu pour rétablir l'étal de l'Eglise, faisant ce qu'ils peuvent pours'accorder, ne sauraient en venir à bout durant plus de cent ans

Or Luther et Calvin , gens d'un grand esprit , d'un grand savoir, suscités de Dieu , selon nos frères, pour rétablir l'état de l'Eglise, l'un cl l'autre ne reconnaissant que l'Ecriture sainte pour règle de la foi, se trouvent Irèsopposés et contraires sur la doctrine de l'Eucharistie, et sur le sens de ces paroles, Ceci est mon corps ; leurs disciples aussi en fort grand nombre, fort éclairés , selon nos frères , fort avants , suscités aussi de Dieu pour rétablir l'état de l'Eglise, ayant fait ce qu'ils ont pu pour convenir sur cet article , n'en

(1) II. Thest. 11: ïenele iradltionee quas didicislis per sermonem, sive pur epislolam no*irain.

Retenez les Is qu'jveï appi

re parole ou par noire êpltre. 11. petr. III. Iti. : Entre lesquels il y a des choses difficiles! euieudr i, que 1rs ignorants ci nul assurés, tourtes outres écritures, ïi leur :

ont pu venir a bout depuis plus de cent an^.

Donc la doclrini rj I Eui haristie enseî{ , ci le sens de ces pai I mon corps, qui esl un des principaux sujets de la dh isioa entre n< g fi ères et nous, poinl une chose i laire de cette clarté qui n'a pas besoin d'un grand examen.

VI. Le fait esl constant; nous ne pen pas que nos frères en doutent. Calvin parle partout avec grand respect de celui qui la précédé : il admire souvent la magnanimité de maître .Martin Luther . c'est ainsi qu'il nomme cet esprit d'orgueil , avec lequel maître Martin Luther a osé s'op| iser â toute ; les preuves ci-d Call in

cependant n'a pu s'empêcher de dire, que sur l'Eucharistie l'erreur des lutherie, encore plus grossière que celle d" I ';. romaine. Luther de son côté avoue de I foi qu'il a l'ait ce qu'il a pu pour nier la présence réelle , voyant , dit-il , combien cela cûl incommodé le pape ; mais qu'il n'a pu s'y résoudre contre les paroles précises de Noire- Seigneur : el par un style qui ne donn un grand sujet d'estime pour lui , il ne pas d'appeler tous ceux qui croient moins que lui, c'est-à-dire nos frères, endiablés, pcrdiablés , trans diable s. Ceux qui suive::! sa doclrinc se sont encore divisés en plusieurs branches sur ce même sujet. Ceux de nos frères qui font profession de suivre la doctrine de Calvin, ne la suivent pas en effet, ne la savent pas quelquefois , comme il sera montré ailleurs. On a fait en divers temps plusieurs efforts pour réunir toutes ces dilférenles opinions en une, et on n'en a pu \ enir à boul; nos frères en sonl instruits. Qu'ils avouent donc que sur ce point pour le. moins, si grand cl si important , par lequel nous avons résolu de commencer, leur doctrine n'est point claire de celte clarté qui n'a pas besoin d'un grand examen; et par conséquent, que leur première objection n'est pas bonne. Nous verrons ailleurs, avec l'aide de Dieu , que sur tous les autres poinU n'ont pas plus de clarté.

SECTION IV

Seconde objection qui est secrète : Il ne faut ' point de grand examen, parce qu'on en sait assez pour se sauver. Trois divers sens de cette objection : Elle ne dit rien , ou elle renferme une idée confuse qu'il faut dernier el détruire, d'un prétendu salut en l't en Vautre religion, et d'un prétendu, partage de la vérité entre eil

I. L'objection secrète est un mal d'autant plus grau;!, qu'on n'en cherche poinl le remède. Us ne s'en expliquent pas à nous :à peine s'en expliquent-ils à eux-mêmes : à peine de\ eloppenl-ils jamais dans leBr propre esprit certaine idée confuse qu'ils forment pour se croire en sûreté, ci se tenir en repos. Us sentent assez la nécessité qu'il y a par leur principe, d'un grand et long ex de leur religion; mais ils doutent s il y a EU rime nécessité de cel examen, pour leu lut, ! leur tiennent ob

REFLEXIONS SUR LES DIFFÉRENDS DE LA RELIGION

: ( . il 131 l^Kjl lui 11 , ^l lu i ut v/muiwiiv v «.»

, que ce premier sens ne les dispense i. Car ce qu'ils disent en ce sens-là ,

renient ce langage : on en sait assez, puisqu'il ne faut rien savoir que Jésus-Christ crucifié. Que manque-t-il pour se sauver à ceux qui prient comme il faut prier, par l'Oraison Dominicale; qui croient comme il faut croire, parle Symbole des Apôtres ; qui savent ce qu'il faut faire, par les dix commandements de Dieu?

II. Le premier service que nous avons à leur rendre, est de bien démêler avec eux trois divers sens où l'on peut prendre leur objection, et de voir s'il y en a quelqu'un qui les dispense de ce grand et long examen que nous leur proposons.

III. Le premier sens est celui-ci : Nous avons dans notre religion réformée tout ce qui est nécessaire pour être sauvé. La religion romains n'a fait qu'ajouter beaucoup de choses superpues , inutiles, contraires même au salut. 11 est certain, et ils l'avoueront euxmêmes

de rien. Car ce qi c'est ce qu'on leur propose d'examiner; et nous avons déjà fait voir que la chose n'est point claire, en répondant, à la première objection.

IV. Un second sens sera celui-ci : L'une et l'autre religion ont ce qui est nécessaire au salut : màisnous nous tenon.; à la nôtre, parce qu'elle est plus simple et plus pure. Ce second sens , outre qu'il suppose encore cette clarté prétendue, qui n'est pas, les dispense, à la vérité, d'examiner; mais il les oblige à être catholiques parleurs propres principes. Ces principes sont qu'il ne faut jamais se séparer dé l'Eglise sans une nécessité absolue ; et qu'ils auraient dû y demeurer, si elle n'eût eu que des erreurs légères qui n'eussent pas été contraires au salut. Leur apologie écrite par M. Daillé [Voyez son passage entier parmi les preures ci-drssus) , l'un de leurs plus savants et plus éloquents ministres , n'a point d'autre fondement que celui-là; et l'on s'est toujours servi de ce moyen a\ec grand effet pour convertir les personnes les plus raisonnables ; la simple exposition de la créance catholique faisant assez voir , qu'ils ne sauraient y trouver aucune erreur, au moins, comme ils parlent, fondamentale et contraire au salut. Ce n'est pas que l'Eglise, selon saint Paul (1), Epouse glorieuse de Noire-Seigneur, non seulement sans tache, mais sans ride , mais sans rien de semblable, reconnaisse dans

dogmes aucune erreur légère; mais elle suppose sans peine un faux fait avec ceux qui le tiennent, pour les combattre par leurs sentiments mêmes, josques à ce que confondus et désarmés , ils reviennent à elle, ne disputant plus et ne distinguant plus, mais avccl esprit d'une soumission entière, dans

(1) Ephes. V. 88, 26, 27. Viri, diligile uxoi siculi Chrislus dilexil l£cclcsiam,elc, ul exhiberel iu glorlosam Ecclesia >enlem maculam aut i

.mi atlqidd Bilile de l

aimez vos femmes comme aussi christ a aimé u\m qu'il se ta rendit une Eglise :■'« rieu

. ?» antre telle chose. Vatilt Wlli, -,. Nisici fucrili», el efficiamini ticul parvuli. non intrabitis iu re-

cette enfance chrétienne , sans laquelle on n'entre point au royaume des deux.

V. Un troisième sens de leur proposition , composé, pour ainsi dire, des deux premiers, vient à leur secours. On peut, disent-ils quelquefois, quand ils sont fort pressés, se sauver dans l'Eglise romaine, mais difficilement , et comme par miracle ; de même qu'on peut conserver sa santé en un lieu où est la peste, d'où il vaut pourtant beaucoup mieux se retirer. Celte religion peut sauver par une grande miséricorde de Dieu ceux qui la croient de bonne foi ; mais elle ne nous sauverait pas, nous qui ne la pouvons croire , et à qui Dieu a fait connaître par sa grâce , un culte plus pur et plus conforme à sa volonté. C'était en effet le pensée de ceux qui ont fait la séparation. Chacun avait horreur de damner celte longue suite d'aïeux, plus gens de bien que lui, et en même temps, tous ceux qu'il appelait saint; lui-même. Dieu avait dissimule les temps d'ignorance; il pardonnait à saint Augustin d'avoir prié pour les morts, invoqué les saints, autorisé le culte de leurs reliques; parce qu'il avait été d'un autre côté une des colonnes de son Eglise. Saint Bernard mèe. ë, ce bon et pieux docteur ( c'est ainsi qu'ils le nommaient quelquefois ) , pouvait être sauvé, quoiqu'il eût été grand défenseur de la présence réelle. Le peuple qui les avait suivis , était sauvé plus tacitement encore, à cause de son ignorance. Mais depuis que la lumière était venue avec Luther et Calvin , plus de moyen de se sauverdans l'Eglise romaine, que par miracle, tant qu'on préférait les ténèbres à la lumière, connaissant surtout la lumière pour lumière, et les ténèbres pour ténèbres.

VI. Ce langage a pu séduire les gens dans la première chaleur des disputes, qui était une ivresse de l'esprit ; et dans la première espérance , que tout allait se réformer, en abandonnant ces prétendus abus, qu'une imagination émue représentait comme grossiers et paipables. Mais à dire la vérité, il n'y aurait plus aujourd'hui qu'à présenter cette opinion à un esprit non prévenu , pour la faire rejeter. Nous savons bien que notre Seigneur a rendu grâces au Père ré!

( Malth. Il 23 ) , de ce qu'il avait caché ses ;<erets aux sages et aux grands de la terre, pour les révéler aux simples et aux petits : mais quelle apparence qu'il ait loulu se cacher à celle suite d'excellents hommes qu'on no qui n'ont eu d'autre

que celle du ci< 1 , dont la grandeur a consisté dans l'humilité, dont la course s'est passée à méditer sa parole jour et nuit, et à suivre non seulement ses préce] les, mais ses conseils, par une vie semblabc à celle des anges, couronnée quelquefois d'une mort encore plus précieuse à ses yeux? Ri s'ii s'e à ces saints hommes", quelle apparence encore, que c'ait été pour se découvrir à Luther, bien en colère , bien él pour ne rien dire de plus, de leur modération , de leur mortification, de leur charité el de leur humilité ? lîi pour quel dessein encoi que Luther et Calvin, nouve eors du monde, ne sauvassent pourtant qu'un certain

nombre do gens qui se sauvaient fort bien sans eux, et perdissent avec plus de facilité qu'auparavant ce grand et infini nombre de ceux qui refuseraient de les suivn ; en sorte que leur nouvelle lumière lût beaucoup plus nuisible qu'utile à l'Eglise. Il semble que. le bon sens ne se peut accommoder de cette bizarre hypothèse , et qu'il reviendra toujours plutôt a celle-ci, quoique trèi fausse : on se perdait avant Luther et Calvin; on ne se sauve qu'avec eux.

VII. Mais l'éducation et une longue habitude, ont un grand pouvoir sur les esprits, ils retombent facilement à croire ce qu'ils ont toujours cru , par ces idées confuses qui flattent leur inclination ou leur paresse, et qu'ils ne se donnent pas la peine de démêler. A peine y a-t-il quelqu'un de nos frères qui en persistant dans la séparation, ne condamne secrètement et confusément ceux qui, l'ont faite : chose pourtant que la droite et exacte raison ne peut souffrir. Les plus éclairés voudraient trouver des tempéraments pour tout accommoder. Chacun désapprouve; quelque point de sa religion , et approuve quelque point de la nôtre. Nous avons vu une dame de très-grande qualité, mais d'un plus grand exemple encore parmi eux , introduire de nouveau l'usage de la confession et de la pénitence qu'ils ont oublié : une autre, se faire donner à la mort, par son ministre et ses anciens, une extrême-onction à sa manière, ne pouvant désobéir , disait-elle, au précepte si formel de saint Jacques {Joe. ^ . 14 ) ; presque toutes se plaindre qu'au mépris des avis de saint Paul ( I Cor. Vil. 23 ) , on ait aboli les vœux des vierges sacrées, que toute l'antiquité appelle les épouses de Noire- Seigneur, et qui faisaient, au témoignage de Justin, martyr, et de tant d'autres, non seulement un des ornements , mais une des marques les plus éclatantes de la première Eglise ; d'autres supporter impatiemment, que le jeûne public , dont l'Ecriture est remplie , fût si rare parmi eux; que le jeûne particulier, si recommandé par les apôtres , ne le lut jamais par leurs pasteurs; et que le conseil de Notre- Seigneur {Matth. X. 21) lui-même pour la pauvreté volontaire , bien lomd être suivi, fût tourné en risée. Ceux-ci sont déjà persuadés de la présence réelle . il n j a que l'adoration qui les arrête, quoiqu elle en soit une suite nécessaire : ceux-là ne sont plus blessés que du purgatoire, ou dos images , ou de la prière des saints. Us reviendraient tous à l'Eglise , disent-ils quelquefois , si 1 on échangeait le formulaire de l'abjuration, qui fait peine à chacun sur quelque article , suivant la délicatesse de sa conscience ou de son imagination. La racine de toutes ces branches', ou d'erreur , ou d'imperfection et de faiblesse , est cette idée confuse d un prétendu salut dans les deux religions , mais plus facile en l'une qu'en l'autre ; d un prétendu partage de la vérité entre elles : C esl à cette racine qu'il faut s'attacher, h Ion veut absolument persuadera nos frères la nécessitédu grand et du long examen .que nous leur proposons.

ÊVANGELIQUE. 8S6

SECTION V

Cette idée est fausse, par un des principe de nos fit h

I. En cela nous avons premièrement à combattre le penchant de noir»; propre cœur, d'où cette objection secrète et celle H' e confuse prennent toute leur force. El qui estce qui m; voudrait pouvoir sauver, non seulement tous les chrétien', , mais tons les païens,

dont quelques-uns BOUS font tant de honte :

mais tous les hommes en général , mais tous les démons mêmes , avec Origène , après 1 avoir (bâties et corriu'

II. Mais nous ne faisons pas la loi, nou- la recevons. Nos lumières sont trop courtes pour percer la profondeur de la justice divine; nous n'en connaissons pas même les fondements et les principes. I.e péché est le premier de tous les maux : il plaît à Dieu d'j ajout' r le second . qui est sans doute la peine éternelle , non point pour corriger le coupable, comme fait quelquefois la justice humaine , car ce coupable ne se corrige plus ; 'non point pour l'exemple, car cet exemple ne sevoil plus par ceux qui pèchent ici: mais seulement comme pour mettre le mal avec le mal, ainsi qu'il a mis l'eau avec l'eau, et la terre avec la terre. O profondeur {Rom. XI. 13) \ Seigneur, vous nous l'avez dit: Y os pensées ne sont pas nos i sées , et vos voies ne sont pas nos voies [ Is. L\. 8). Quand votre infinie bonté nous aura mis à couvert de votre justice infinie, nous comprendrons ce que c'est que votre justice infinie et votre infinie boute. Cependant aideznous à marcher vers vous avec la petite et faible lumière que vous nous ave* donnée.

111. Ne connaissons donc plus personne selon la chair (II Cor. V. 6), et examinons (quoique avec larmes i ce prétendu salut en deux églises, ce prétendu partage de la vérité. Notre humanité pour nos frères serait trop cruelle, si en les flattant et les voulant tous sauver, elle contribuait à les endormir et à les perdre. Souvenons-nous seulement de ce que nous avons déjà établi, que chaque religion est obligée de suivre ses prin< ipes, boas bu mauvais; et que les choses dont les deux religions conviennent, sont on principe commun dont on ne peut plus douter.

IV • Nous ne faisons pas ici un traite de l'Eglise, mais un traité gênerai qui serve d'introduction à tous les autres, et comment e à lever le voile dont les yeux île nos fi sont couverts. Ainsi nous nous contentons leur opposer un seul de leurs principes, parce qu'on leur en a moins fait remarquer la conséquence. Non seulement leur confession de foi. mais toutes les confessions prolestantes rassemblées en un seul volume, et dont on rapportera les passages dans les Preuves de ce traité (1), sont d'accord que la véritable Eglise , où est la pureté de la doctrine , a aussi reçu du ciel le pouvoir d'excommunier : et ce n'est point de l'Eglise invisible dont il B'agit là , car elle n'excommunie personne ; C'esl de Celle qu'on voit communier avec les

l) ^ | col BW-5SJB.

RÉFLEXIONS SUR LES DIFFÉRENDS DE LA RELIGION

uns, excommunier avec autres. Ce pouvoir n'est pas un nom vain et inutile : c'est ce qu'ils appellent eux-mêmes le pouvoir des clés , c'est-à-dire le droit d'ouvrir et de fermer le ciel, de lier et de délier, si solennellement donné par Notre-Seigneur à ses apôtres et à leurs successeurs (Matth., V, 29; XVI, 19 ; XIII, 8, 18 ; Marc, IX, 42 ; Jean, XX, 23 ; ICor.,V, 3, 10; XVIII, Thess., III, 6, 24. I; Zïro.,1,20; TU., III, 10 ; I Cor ,V, 4; lllhess., 14 ; Jean., IX , 22, 34 , 42 ; XVI, 2) . Ce pouvoir, employé justement et dans les règles, ferme le ciel, retranche du corps des ûdèles ceux qu'il condamne, les rend anathème, maranatha, malédiction, qui sont les termes dont ceux qui ont vécu parmi nos frères savent qu'ils se servent en quelques occasions solennelles, et quand ils n'en usent pas, ils en conservent la force et la vertu ; comme quand ils disent, avant que de célébrer leur cène : Nous avons ouï, mes frères, comment Notre-Seigneur fit sa cène entre ses disciples ; et par cela il nous démontre que les étrangers , et c'està-dire ceux qui ne sont pas de la compagnie de ses fidèles, n'y doivent point être admis. Par quoi , suivant cette règle, au nom et en l'autorité de Noire-Seigneur Jésus-Christ, j'excommunie tous idolâtres , blasphémateurs , contempteurs de Dieu, hérétiques, et toutes gens qui font secte à part, pour rompre l'union de l'Église, etc., leur dénonçant qu'ils aient à s'abstenir de cette sainte table, de peur de polluer et contaminer les viandes sacrées que Notre-Seigneur Jésus-Christ ne donne qu'à ses domestiques et fidèles. Voilà donc les excommuniés retranchés du corps des fidèles et exclus du salut.

V. Suivant ce principe , quand deux églises visibles s'excommunient l'une l'aulrc dans les règles établies , et dont elles sont d'accord, il faut de nécessité, que, celle qui est l.i rentable Eglise ferme à l'autre la porte du salut. L'Iîglise romaine du ciel et la prétendue réformée s'excommunient l'une l'autre; reste à voir si c'est dans les règles et avec justice d'un côté ou d'autre, en supposant les sentiments qu'elles ont chacune.

VI. Non seulement elles s'excommunient dans les règles établies dont elles sont d'accord ; mais elles ne pourraient s'en empêcher. On n'en saurait douter, à moins qu'on n'ignore et les règles et la pratique de tous les temps. Jamais séparation ni excommunication ne furent fondées sur un si grand nombre d'articles de foi contestés. Mais quels articles encore? Ce ne sont point seulement pratiques presque indifférentes sur la discifoine, où l'un puisse s'accommodera l'autre, le fort supportant l'infirme , selon la doctrine de saint Paul. Ce ne sont pas questions subtiles que l'on puisse renvoyer aux écoles, et entièrement ignorer sans hasarder son salut. Ce sont opinions formellement opposées en choses très-importantes et qui ne demeurent pas seulement dans l'esprit, mais qui passent aux actes extérieurs en la plus givr.de et principale partie du culte. L'un croit Nolre-Sci^neur présent dans l'eucharislie; l'autre ne le croit pas; l'un 1 adore en

DtMONST. Eyanu. III.

ce lieu-là, l'autre se fait un crime de l'y adorer; l'un prie les saints, l'autre prétend que c'est une impiété ou tout aumoins une chose ridicule et frivole de les prier; l'un excite la dévotion publique par des images, l'autre ne les peut souffrir, et soutient qu'il les faut briser et abattre ; l'un célèbre avec affection et avec pompe des services pour les morts, l'autre s'en moque. Et comment former une communion où, quand l'un dira Amen, l'autre dise Non ; et, s'il ne le dit pas, en dissimulant la vérité qu'il connaît, se rende coupable d'un très-grand crime? Concluons donc quede ces deux églises, chacune dans ses sentiments, excommunie très-justement l'autre; et par conséquent qu'il y en a une qui fermo à l'autre la porte du ciel.

VII. De cette première conclusion, il en faut encore tirer une seconde très-nécessaire, et dont nous verrons ailleurs l'importance : c'est que la vérité ne peut être partagée entre ces deux églises visibles, au moins en choses essentielles qui soient un juste sujet d'excommunication et qui puissent fermer le ciel. Car si l'Eglise catholique, par exemple, avait raison sur l'eucharistie et qu'elle eût tort sur la prière des saints, il s'ensuivrait que l'Eglise catholique excommunierait justement la prétendue réformée sur l'eucharistie , et que la prétendue réforniée excommunierait justement la catholique sur la prière des saints. Ainsi elles s'excluraient mutuellement du salut, et le salut ne serait plus , ce qui est impertinent et absurde. En voilà, ce, semble, assez pour montrer que, par les principes de nos frères non plus que par les nôtres, il n'y peut avoir, ni salut en ces deux communions opposées, ni partage entre elles de la vérité nécessaire au salut.

SECTION VI

Cette idée est contraire à l'esprit de la religion chrétienne. Il n'y peut avoir, ni salut dans les deux communions, ni partage de la vérité entre elles. L'examen, quelque difficile qu'il puisse être, est donc nécessaire à nos frères.

I. Qu'il nous soit permis d'ajouter seulement une réflexion générale pour mieux confirmer encore cette vérité par l'esprit de la religion chrétienne. Le monde a été longtemps partagé entre deux religions : la païenne d'un côté, la judaïque de l'autre, dont la chrétienne n'est que la perfection. Mais si nous voulions leur donner un autre nom , nous pourrions les appeler hardiment, l'une, religion d'incertitude, et l'autre, religion de certitude. Cette distinction n'est point de nous ; on peut dire que Notre-Seigneur Jésus-Christ la faisait lui-même en parlant à la Samaritaine, à qui il s'expliqua si clairement qu'il était le Messie : Vous adorez, lui disait-il, ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut est des Juifs : Vos adoratis quod nescitis ; nos adoramus qnod 8cimus, quia salus ex Judms est IJoan., lV, 22). Tout était certain dans l'origine entre les premiers hommes, à qui Dieu s'était découvert lui-même; mais le paganisme avait (Vingt-sept.)

tout rendu incertain. La pluralité des dieux E ffi eçuê Msâit due {ou les budieAs avaient Are YériUbfes sans qu'il y eût neo Sure et de consent par éeprinciK^rton

gSopie de l'antiquité disait qû il la lait se borner 11 se ^composait de tous ces ; culte tdi-

vo un cuUe général (ri.H-,.tUa.l<-, : le 1 o-

iâin adorait set dieux, .nais .1 Irya. t 1»»» que l'Egyptien adorât les dieux d Egypte; il flccoffioaaîl au culte de tous les lieux ou l àssait; il révérait quelquefois dans Rome • s mêmes dieux qu'il venait de mener captifs et en triomphe des pays conquis. Les grands hommes astiraicntXdcvcn.rd.cu :, t » n eu idées étaient incertaines et fausses; et quand Alexandre le désirait avec faiblesse, ce h était nasune extravagance qui lui fût particulière, S troûvaft danf son Homère que les héros ava ent fait le même souhait. Julcs-Cesar sut- 5S Alexandre et Romulus, et les césars les plis iSde de ce nom ne voulaient pas va- FoS -moins que lui , encore qu'il y en eut aussi Su se moquassent de cette folie ; temo.n ce ai Su I sa f?n même, au lieu de dire a ses amis : Je me meurs , leur disa.t plaisamment Mes imb! je me fais dieu. Voilà ce que c était qoe a religion païenne. Au contraire parmi les Juifs, fout était certain : un seul Dieu jaloux m n'en pouvait souffrir d'autre (Exode , XX 5), un seul culte, un seul lieu du sacrifice où il le fallait principalement adorer (Jeun IV, 20 , 23). Ce Dieu n'avait pas seucmént parlé, il avait écrit sa loi sur la p.erre ifxode XXIV, 12); jusqu'aux, moindres Sures du tabernacle, teutavail été montre à Moïse sur la montagne <Exode,\\\,* .

S'il v avait quelque chose d'incertain et d obscur, non pas pour le culte, mais pour la spécula ion un prophète devait venir plus grand nue Se un Messie qui expliquerait toutes choses. Les Samaritains, moitié païens, moitié juifs, prenaient, pour prétexte de demeurer dans l'incertitude , l'attente de ce Mess.e nui devait tout rendre certain, comme on le Voit par le discours de la femme samaritaine. Ce Messie est venu; nous croyons tou , et nous et nos frères, parla grâce de D.eu ; la tout expliqué ; il a même répandu du ciel son esprit sur ses frères , qui les a tous rendus affrioles non plus de Moïse, mais de D.eu

28) H a établi par toute la terre ce sacrifice pur qui avait été promis (Maluch. , , 11). lien n'est demeuré incertain, m pour le dogme ni pour le culte, sous ses apôtres nous ^convenons tous. Par quelle si terrible e si bizarre aventure, ou par quel changement soudain de sa divine volonté nous aura.t-.l îafosé retomber dans ce règne d incertitude dont il venait de nous tirer? ht comment serait-il permis au chrét.en de croire ce quil voudra pourvu qu'il ne soit pas païen, d< même quÏÏ était permis au païen de croire ce qu'il voulait, pourvu qu'il ne fut ni juif m chrétien? Car, si nous avons deux communions opposées où l'on se "uve, pourquoi non dix et douze , et autant que les païens araient de faux cultes et de taux dieu, n i

a\ant guère moins de sectes entre ceux qui s'appellent chrétiew et qui ont, comme frères, l'Oraison dominicale, le Bymbole d

s et les commandements de Dicu'.'On aurait beau le dissimuler, c'est à une indifférence et à une incertitude générale de dogmes et de reîigiouqne noU mène insensiblement, mais tout droit, l'idée confus* ii. m-.

Ils ne peuvent eux "ll j"

voudraient. Ils parlent soin eut, à la vérité, de certains points qu'ils nomment fondamentaux, nécessaires au salut: mais ces points fondamentaux, quels ils sont ou ne sont | nulle autorité publique ne l'a encore décidé parmi eux, nul particulier, qu'on sache, ne l'a même bien précisément marque dans ses écrits. Chacun nous donne sa p< ne-

rale vague, indéfinie, pour y pouvoir ajouter ce qui lui plaira quand il sera pressé : autant de têtes, autant d'avis. Jusque-li que Jacques Cappel, l'un de leurs savants hommes du dernier temps , après avoir subtilement distingué entre pécher au fondement et pécher contre le fondement [voyex section VI), semble sauver les mahoméfans . parce qu'ils ne maudissent pas Notsre-Seifeneur comme les juifs, mais le croient un

© . i, \» ..." I„„.,^l .v.Aino il f:i ;nl

grand prophète, sur lequel même il fallait fonder son salut et son espérance avant que Mahomet fût venu. Après cela, nous ignorons ce qu'il, aurait pu dire contre Anus , Macédonius, Nestorius etEutycbès, a qui nos frères pourtant disent anathènse aussi bien que nous; contre Socin, l'Antéchrist de nos jours; contre Servel, celui que Calvin fil brûler vif à Genève; tant il est difficile de donner des bornes à nos vains raisonnements, quand nous avons une fois passe celles que !a vérité éternelle nous a marquées. , . .

II Les premiers chrétiens, dont nous voulons tous être la postérité légitime, étaient bien autrement jaloux de l'union et de la certitude. Us s'excommuniaient sur la qu tion en quel jour il fallait célébrer la fête fle Pâques [Galat.,lV, 10), ou le quatorzième du premier mois, ou le premier dimanche qui venait dans la pleine lune de ce premier mois. Non pas qu'ils fussent sujets a l observation des jours , des mois et des lunes . dont Notre-Seigneur les avait affranchis; mais ils croyaient absolument nécessaire que le culte fût un comme l'Eglise était une : et une tous les fidèles lui rendissent obéissance aux grandes choses, parce qu'elles étaient grandes ; aux petites, parce qu'elles étaient petites. Cette Eglise , qui dans sa naissance us il presdue tous les jours du don des miracles pour faire du bien, en usait aussi quelquefois pour punir ceux de son corps . quand ils lui étaient rebelles; témoin le Corinthien . et Hyménée . et Alexandre lu res a Satan (liCorvV. »;1 Timoth.,h» .pour la destruction de la chair et la correction de l'esprit, et quelques autres encore, dont I antiquité a COUenré la mémoire, qu on m aidées miraculeusement de peines corporelles, à la seule voix des apôtres ou de leurs premiers successeurs. Mais outre ce pouvoir

RÉFLEXIONS SUR LES DIFFÉRENDS DE LA RELIGION

ordinaire et merveilleux , il y en avait un ordinaire et naturel à l'Eglise , qui était les peines ecclésiastiques , la privation des sacrements , l'excommunication enfin , dont nous avons tant parlé. Le pouvoir extraordinaire n'a pas été continué, au moins dans un usage fréquent, parce qu'il n'était nécessaire que pour le premier établissement de l'Eglise. Le pouvoir ordinaire est demeuré , parce qu'il était nécessaire à la conservation de l'Eglise ; et que nulle république , nulle communauté, nulle société ne peut subsister longtemps, si elle n'a en elle-même, ou si elle n'emprunte d'ailleurs de quoi se faire obéir. Celui qui se sépare de la république , est privé de tous les avantages du citoyen , par l'autorité de la république. Celui qui se sépare de l'Eglise , est privé de tous les avantages du fidèle , par l'autorité de l'Eglise , et par conséquent du ciel et du salut.

III. Loin de nous donc , loin de nous et de nos chers frères , cette malheureuse confiance qui a perdu jusqu'ici , par l'aveu même de nos frères , tous ceux qui ont fait sectes à part, pour rompre Vunion de V Eglise. ?ls étaient tous chrétiens comme eux ; ils avaient tous, nous l'avons déjà dit, tout ce qui endort nos frères , et les tient dans ce mortel repos, l'Oraison dominicale, le Symbole des apôtres , les commandements de Dieu, l'Ecriture sainte, une fort grande clarté prétendue , un chemin au moins plus court et plus facile pour arriver au salut. Croyons plutôt ce que le grand corps des chrétiens a toujours et perpétuellement cru : Un seul vrai Dieu, plusieurs faux dieux; une seule religion véritable , plusieurs fausses ; une seule véritable Eglise dans cette religion , plusieurs fausses églises ; une seule communion qui peut sauver , plusieurs qui ne peuvent que perdre. Que si notre malheur nous a fait naître dans quelqu'une de ces sociétés séparées , dont le principe est, qu'il faut tout examiner par notre propre lumière, sans déférer à l'autorité ; quelque grand , quelque laborieux, quelque difficile que nous paraisse cet examen , puisqu'il n'est pas seulement nécessaire pour suivre notre principe , mais aussi pour trouver notre salut, ne prétendons pas que rien puisse nous en dispenser.

IV. Jusque-là en vain nous dirons, comme font quelquefois nos frères : Je ne veux point que ma part soit avec les hypocrites ; je ne puis faire profession de ce que je ne puis croire. C'est ainsi qu'ont dit tous cenv qui se sont perdus : l'incrédulité n'excii i jamais personne à l'égard de Dieu ; mais comme nous l'avons déjà dit , elle n'excuse pas môme à l'égard des hommes , tant qu'on n'a pas examiné à fond, selon son propre principe, les raisons qu'il y a de croire ou ne croire pas.

SECTION VIL

difficultés de cet examen. Première difficulté, qu'on peut appela impossibilité pour la plus grande partie du monde.

J. La nécessité de cet examen étant

prouvée, il n'y a plus qu'à considérer la difficulté. Cette difficulté est telle pour la plus grande partie de nos frères, qu'on peut l'appeler impossibilité. Car s'il faut, comme nous croyons l'avoir montré, que cet examen soit à peu près tel que Calvin a dû le faire lui-même avant que de se séparer; s'il ne le faut croire de rien sur sa parole, parce que ce n'est pas à son autorité, mais à ses raisons et à ses preuves que l'on croit; s'il est juste de lire ou d'écouter ce qu'on a dit et écrit contre lui ; d éclaircir la vérité des faits qui lui sont contestés ; de peser la force de tous les raisonnements divers et contraires sur ces mêmes faits : que fera ce grand nombre de gens qui ne savent ni lire ni écrire ; cet autre grand nombre qui est un peu plus instruit, mais dont les lumières, comme il le reconnaît lui-même, sont fort bornées? Que fera un sexe entier, qui compose la moitié de la république et de l'Eglise , porté à la piété, et qui donne de très-grandes marques d'esprit en toutes les choses où il s'applique; mais à qui l'éducation*, la coutume et les mœurs de nos temps ne semblent pas permet tre une si longue et si laborieuserecherche? IL Qu'on ne nous "oppose pas, que personne n est obligé à l'impossible , mais chacun à proportion de son pouvoir : ce serait presque oublier tout ce que nous avons dit ; et pour le redire en peu de mots, en y donnant un nouveau jour, la maxime est vraie et fausse en deux divers sens, tous les deux également opposés aux prétentions de nos frères. Personne n'est obligé à l'impossible; il esllres-vrai, aux choses qui lui sont ordonnées contre sa propre volonté. Personne n'est obligé à l'impossible; il est très-faux, aux choses qu'il entreprend par son choix et par sa volonté propre. Raisonnons sur le fondement de cette distinction : il est impossible à la plus grande partie des fidèles d'examiner la religion par leurs propres lumières; qu'en devons-nous croire? Donc il est impossible que Dieu, qui est tout juste et tout bon, et qui veut que tous soient sauvés , les ait obligés à cet examen impossible. C'est assurément une conséquence très-juste et trèsnaturelle qu'on en tire contre leur principe; mais qui a été si bien traitée en d'autres endroits et dans quelques écrits du temps, qu'il n'est pas besoin de s'y arrêter davantage. Prenons maintenant l'autre partie de la distinction. Nos frères, au moins le plus grand nombre, après avoir pris sur euxmêmes cet examen, et s'y être volontairement engagés, comme à une chose nécessaire pour se séparer , sont contraints de reconnaître que cet examen leur est impossible; c'est une autre conséquence très-juste et très-naturelle, que nous en lirons contre eux : Donc vous ne deviez pas vous séparer ; donc vous ne devez pas demeurer séparés. Vous reconnaissez qu'il vous est absolument impossible d'être juge , avocat , médecin , soldat , capitaine : ni la conscience , ni l'honneur , ni h* loi ne vous permettent plus de l'être ; et si vous l'entreprenez , on ne vous pardonnera pas vos fautes ( Voyez les Fermes, action

DÉMONSTRATION É\ tNGÉLIQI I.

VII). La loi romaine passe plus avant ; les forces vous manquent contre votre espérance, pour retenir des chevaux fougoenx

que vous avez à conduire : si c'est par votre choix et par votre propre voloulé que vous avez pris cet emploi , ou vous traite comme si vous eussiez pu les retenir, et qu,e nous ne l'eussiez pas l'ait : VOUS deviez vous mieux connaître vous-même et choisir un autre métier. Pour donner encore une explication plus simple et plus naturelle à (elle maxime : Personne n'est obligea l'impossible; disons , si l'on veut, qu'elle est toujours vraie en un autre sens. Il vous est impossible d'examiner la religion à fond, on ne vous y oblige pas aussi : mais il ne vous est pas impossible , il vous est au contraire très-possible de revenir à l'Eglise; c'est à quoi vous êtes obligé.

SECTION VIII

Seconde difficulté pour tous, et pour les plus savants mêmes.

I. Mais voici une seconde difficulté qui n'est pas seulement pour une grande partie de nos frères, elle est pour tous et pour les plus savants mêmes : car s'ils croient n'avoir a examiner que les controverses du temps, ils se trompent ; ils ont à examiner , et avec la même application , toutes les controverses qui furent jamais. Cette conséquence se tire nécessairement des faits qu'ils posent euxmêmes. La religion que Notre-Seigneur avait apportée au monde s'est corrompue , disentils , insensiblement ; les abus s'y sont glissés aussitôt après les apôtres. En l'an 138 (Voyez les Preuves, section VIII) on parlait déjà du purgatoire aussi clairement et aussi précisément qu'aujourd'hui. En l'an 200, on priait pour les morts. Bientôt après on a commencé de prier les saints. Dès l'an 300 , le culte et la vénération des reliques régnaient dans l'Eglise. Les images , la confession , le carême, les vœux du célibat, en peu de mots , toutes les autres prétendues erreurs qu'ils nous imputent , étaient déjà dans l'Eglise , selon leurs propres auteurs , dont on rapportera au long les passages à la (in de ce traité. Pendant le cours du quatrième siècle, qui est depuis l'an 300 jusqu'en l'an 400 , ou du moins dans le temps des quatre premiers conciles généraux qu'ils reconnaissent et qu'ils révèrent, qui ne s'étend guère au delà, il n'y a que la seule question île l'Eucharistie où ils ne font commencer l'erreur qu'après l'an G00 , quoique la doctrine de l'Eglise sur ce sujet se trouve égale et uniforme dans tous les siècles. Raisonnons donc sur ce qu'ils nous accordent. Si depuis l'année 325, qui est celle du concile de Nicée , jusqu'à l'année 451, qui est celle du concile de Calcédoine , il y a eu tant d'erreurs dans l'Eglise , souffertes et approuvées , et déjà répandues partout , car ils ne le sauraient nier ; peut-on s'assurer que lT'glise qui se trompait en tant de choses , ait bien rencontré dans les décisions de ces quatre conciles où elle a foudroyé d'anathème

IM

les quatre grandes hérésies que nos fri détestent i omme nous . <\ \i lut . de Macédoni us , de Nestorîns et d'Eutychès? Il pai

trait bien plus vraisemblable au sens humain (jue (eux qui erraient en tant de points auraient erre en ces quatre ; mais au moins il est très-certain par ce principe qu'ils le pouvaient ; et l'on a d'autant plu* de sujet de le craindre, qu'il \ a quelques-unes di détestables erreurs qui \ i\ eut encore, ou que l'enfer a ressusdtées depuis pea . et qui se \ aillent, peut-être a\er plus de raison que nos frères, d'une succession non interrompue.

II. Que chacun de nos frères donc , puisqu'il ne veut pas être catholique, puisqu'il ne doit rien donner à l'autorité 'le cette Eglise qui s'est si grossièrement trompée . et en tant de points, commence à examiner, non pas légèrement, mais à fond, s'il doit être arien , puis macédonien . puis nestorien , puis eutychien. Et quel homme sage ne tremblerait à la seule pensée de ce terrible examen, s'il ne se confie qu'à sa propre lumière? Il faut être très-ignorant dans I antiquité , et non pas savant, comme sont i eux à qui nous parlons à celle heure, pour n être pas informe que ces erreurs, tout ex< blés qu elles sont, ont trompé de fort grands hommes, pleins d'esprit, pleins de savoir. et qui n'avaient pas dessein de se perdi ne seront pas seulement ces quatre hérésies qu'il faudra examiner à fond : il en faudra faire de même de toutes les autres ; car qui sait si la vérité ne se serait point cachée en quelqu'une? Il v en avait eu quatre-vin. lemps de saint Ëpiphane : saint Augustin en comptait quatre-vingt-dix , Philastrius jusqu'à six-vingts huit. On ne peut pas eu condamner une sans connaissance de cause, par le principe do nos frères ; il faut les examiner à fond l'une après l'autre , puis venir à celles qui ont paru depuis , qui sont en grand nombre encore, et enfin à toutes les sectes différentes et nouvelles qui partagent aujourd'hui le monde chrétien. La \ ie entière de notre savant y pourra suffire à peine. C'est cependant à quoi l'ignorant et le savant sont également et indispensablement obligés parmi eux . suivant leur principe.

SECTION I\

Troisième difficulté pour tous.

I. Une troisième difficulté se présente, qui met le comble aux deux autres. Quand notre savant aura trouvé la capacité et le temps qu'il faut pour cet examen , il arrivera pourtant qu'à la lin de ses longues et laborieuses recherches il n'aura point encore la certitude nécessaire aux choses du satut et de la foi . a moins qu'il fasse ce raisonnement . dont il aura honte lui-même: L'Eglin n'est point infaillible , mais moi je suis infaillihh : C'est pourquoi je ne saurais me tromper ni me perdre. Ceci a besoin peut-être . pour une partie de nos frères , d'une plus grande explication.

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