II. La question de la présence réelle le
décide et entraine toutes les autres, comme on le verra par les suites, et cette question a trois parties qui sont le sujet de trois longues disputes.
La première est la vraisemblance, possibiliie ou impossibilité des opinions différentes, selon le sens humain.
La seconde, l'Ecriture sainte.
La troisième, les Pères.
111. En chacune de ces disputes il v a un moyen gênerai de parvenir à la décision et qui en est comme la clé : nous l'appellerons de ce nom abrégé.
La clé de la premier.' dispute sur la vraisemblance , possibilité ou impossibilité, est celle-ci : par les principes communs ;i tons les chrétiens, un vraisemblable ordinaire en cette matière n'est point vraisemblable : il y Faut un vraisemblable merveilleux. Le merveilleux de Calvin est véritablement tmnos-
RÉFLEXIONS SUR LES DIFFERENDS DE Là RELIGION.
sible en tout cas , est sans comparaison plus difficile à comprendre et à croire que celui de l'Eglise, qui d'autre côté n'est point tel qu'une grande partie de nos frères le pensent, séduits par leurs vaines imaginations ; comme ceux qui disaient à Notrc-Seigneur lui-même : Ces paroles sont dures, qui les peut écouter ? Nous n'ajoutons pas que le merveilleux de l'Eglise a des preuves et des autorités convaincantes; et que le merveilleux de Calvin n'en a point. Cela regarde la seconde et la troisième dispute.
La clé de la seconde dispute sur les passages de l'Ecriture sainte , est celle-ci : En vain on allègue des exemples :La pierre était Christ. Je suis le cep, etc., pour montrer que les paroles de Notre-Scigneur, Ceci est mon corps, se peuvent entendre au sens figuré. Dans le langage humain les circonstances des choses déterminent le sens des paroles ; et suivant que nos expressions sont placées , quelquefois oui veut dire non, et blanc veut dire noir. S'il s'agissait d'une chose ordinaire et naturelle, si les chrétiens n'avaient jamais entendu parler de la présence réelle deNotrc- Seigncur dans l'eucharistie, et que quelqu'un leur vînt annoncer ce dogme nouveau, ils pourraient s'en défendre sans doute et prendre les paroles de Notre-Seignehr au sens figuré: mais s'agissant, parleur consentement commun , d'une chose tout à fait au-dessus de la nature, d'une des plus grandes merveilles et d'un des plus grands mystères de leur religion , le dogme de la présence réelle 9 'étant trouvé en possession de toute l'Eglise depuis plusieurs siècles , comme on ne le saurait nier, quand on est venu leur annoncer le dogme contraire ; enfin dans le cas où nous sommes, dans les circonstances des paroles de Notre-Seigneur , ils n'ont dû, ils ne doivent en façon du monde les prendre au sens figuré et par conséquent ils ne le peuvent. Car ce qui est contraire au devoir et au bon sens, s'appelle impossible entre ceux qui raisonnent aussi bien qu'entre les jurisconsultes ; possible en soi à la vérité , mais impossible à ceux qui ne voudront point s'écarter du devoir et de la raison.
La clé de la troisième dispute sur l'autorité des pères est celle-ci. La difficulté n'est pas de trouver des passages pour le dogme catholique ; tout en est plein; on en a fait des volumes : elle consiste en quelque petit nombre de passages qu'on oppose comme contraires. Mais il y a un fait dont on est d'accord de part et d'autre, qui peut tout accorder et tout déciiler: c'est que devant les infidèles, devant ceux qui n'étaient point encore baptisés et inities aux mystères, en parlant ou écrivant pour eux les pères n'ont point entièrement expliqué la doctrine de l'Eglise, se sont contentés de dire quelque petite partie de la vérité, l'ont couverte et enveloppée comme d'un voile que les étrangers ne pussent percer , les laissant errer sur cela dans leurs propres pensées. Ce fait posé qui est très-constant, les passages en apparence contraires les uns aux autres, quoiqu'ils ne le soient pas en effet, ne doivent plus nous embarrasser. 11
n'est plus question d'entrer dans le détail de chacun , ni de peser à la fausse balance des subtilités humaines, toutes leurs expressions, toutes leurs paroles et jusques à leurs syllabes , ce qui va à l'infini. Il n'y a qu'à distinguer , si l'on peut et par quelque bonne marque , quels sont ceux de ces passages où la vérité est tout entière; quels sont ceux où elle n'est qu'en partie et déguisée pour ainsi dire, de peur qu'on ne la connaisse. Nous en avons deux moyens très-naturels, l'un général et l'autre particulier. Le premier est la comparaison de ces passages en leur nombre et en leur qualité. Le second est, que la Providence nous a conservé quatre grandes et longues instructions données à ceux qu'on venait d'initier ,. ou qu'on allait initier aux mystères. Le bon sens ne permet pas de douter que là tous les voiles ne soient levés et tous les rideaux tirés. Or l'Eglise elle-même y parle aux nouveaux fidèles précisément comme nous parlons à nos frères, jusques à prévenir au quatrième siècle les objections qu'ils nous font au dix-septième. Et comment prétendre qu'elle ne crût pas alors ce que nous croyons aujourd'hui ?
IV. Ce sont les trois clés que nous voulons mettre en main à nos frères : mais qu'ils se souviennent toujours qu'en ces matières nulle clé ne peut ouvrir à celui qui n'a point frappé, qui n'a point cherché, qui n'a point demandé, comme nous l'avons dit dès l'entrée, ou plutôt comme le Seigneur nous l'a dit lui-même. Si ce père des lumières et ce père des miséricordes , en qui et par qui la faiblesse même peut tout, quand il la fortifie, détournant sa vue de notre indignité pour ne l'arrêter que sur notre dessein, daigne nous soutenir dans ce travail, ils verront clairement que ces trois moyens généraux que nous avons appelés clés se donnent un grand secours l'un à l'autre. Le merveilleux qu'il faut nécessairement établir par le principe commun de tous les chrétiens explique ou pour mieux dire l'ait voir qu'il n'y a point à expliquer les paroles de Notre-Seigneur. Ces mêmes paroles et tous les autres passages de l'Ecriture sainte pris ensemble ne se peuvent jamais bien entendre que par le merveilleux de l'Eglise. Ces deux choses ne laissent aucune difficulté aux passages des pères, qui de leur côté ne laissent aucune difficulté en ces deux choses ; et nulle opinion enfin , hors le dogme catholique, ne peut accorder et lier les conséquences différentes et nécessaires du principe commun à tous les chrétiens, de tous les passages de l'Ecriture sainte pris ensemble, de tous les passages des pères pris ensemble. Sous ce nom nous comprenons aussi les historiens ecclésiastiques, les conciles et les liturgies ou offices divins. C'est le plan de ce petit traité.
SECTION II
Le traité de l'Eucharistie n'étant pas encore achevé, l'impatience qu'on a de secourir quelques-ùn» de nos frères qui cherchent la vérité, fait qu'on en donne cette première secl\on avec une partie des preuves.
/.< publie pourra aussi connaître pur ce morceau le dessein générai de tout l'ouvrage, qui est principalement d'instruire de la tradition ecclésiastique sur tous les points contestés, non seulement nos friret qui errent, mais aussi les nouveaux catholiques et les anciens, par lu traduction de diverses pièces choisies . et autant ipton le pourra tout entiin • , sans commentaires ni longs discours.
Les traductions ne sont pas de la même main nue les réflexions , mais d'une meilleure.
On s'est attaché à la fidélité encore plus qu'à l'élégance, et on a évite' avec un soin extrême tout ce qui pouvait servir de prétexte à chicaner sur les expressions plus ou moins fortes, afin de n'être suspect éi personne.
On a cru à propos d'ajouter encore l'extrait d'une relation latine écrite en 1G82, touchant l'état de la religion en France, parce qu'elle a un fort grand rapport d'un côté avec cette Introduction ou traité général , et de l'autre avec le traité de l'Eucharistie, et peut donner quelque lumière à tous les deux. Dieu veuille répandre sa bénédiction sur ce travail ! Si quelqu'un enprofite, il aura la charité de prier pour ceux qui s'y sont employés.
EXTRAIT d'une relation écrite en 1G82, touchant l'état de la religion en France.
Si je ne parle que de ce diocèse , ce n'est pas qu'il n'en soit de même ailleurs. Par toute la Franco on travaille avec toute la même bénédiction, à proportion des personnes, des temps et des lieux. Partout, comme si Nôtre-Seigneur était encore sur !e rivage , on voit les filets de saint Pierre se remplir d'un nombre presqu'infini de poissons, et ne se rompre pas. Ce miracle surprend et étonne ceux-là mêmes dont le ciel se sert pour le faire, excellents pêcheurs d'hommes, mais qui avaient travaillé inutilement toute la nuit. 11 y faut premièrement reconnaître et révérer le doigt de Dieu, dont les ordres éternels sont que toutes les hérésies aient leur terme fatal, et qu'il n'y ait rien de perpétuel que son Eglise. Si toutefois il nous est permis de nous arrêter aux causes secondes, beaucoup de choses qui n'étaient point autrefois semblent heureusement concourir aux grands et secrets desseins de la Providence. Je ne rappellerai point ici ce que personne n'ignore et que vous savez assurément mieux que personne; je veux dire l'ancienne aigreur des esprits diminuée et presque éteinte, depuis qu'il n'y a plus de guerres civiles; l'état tranquille au dedans et qui n'a rien à craindre aii dehors; nul chef de parti, comme autrefois, considérable, ou par sa naissance ou par son mérite; le clergé lui-même, où était la première source du mal, habile, vigilant el sage, d'ignorant, de négligent et de peu réglé qu'il était assez communément au temps de nos pères. Je vous découvrirai peutêtre ce qui ne vous est pas si connu; et par-
DÉMONSTRATION l'.\ 'ANGÉLIQUE.
donnez-moi, s'il vous plaît, si je m'étends un peu plus qu'il ne faudrait avec VOUS, sur une
matière la plus importante du monde j et , si Dieu le veut, peut-être non pas inutilement ni en vain. Aujourd'hui â profondeur de la sagesse divine! combien ses voies son! éloignées de nos voies el ses pensées de dos pen- I , aujourd'hui en Fram e l'hérésie tombe par ses propres forces, est accablée pai propres armes . percée el blessée mortellement des traits les plus dangereux qu'elle avait préparés contre l'Eglise. Call m. homme plus habile que savant, très-ingénieux et très-éloquent, mais médio< n en connaissances, avait pris au commencement une excellente méthode pour se tromper et pour tromper les autres, ("était de ne rien approfondir, de ne juger jamais, comme disent nos jurisconsultes, que sur une partie de la loi, sans voir le reste; jamais de dispute suhie' el entière, toujours des escarmouches, mais point de combat réglé, donnant tout à ses propres interprétations qu'il nommait la parole de Dieu, sans se mettre en peine de la tradition ecclésiastique el du sentiment des saints pères, qu'il avait même peu étudiés. Si toutefois il trouvait dans leur- écrits quelque petit mol qui semblât le favoriser, tronqué et séparé du reste, il ne manquait pas d'en faire parade, pour persuader à ses sectateurs, trop crédules el trop peu laborieux, qu'il avait épuisé la matière et n'avait rien oublié. Notre siècle au contraire a produit, entre les ministres, chefs de ce mauvais parti, de très-savanls hommes, grands personnages s'ils eussent vécu dans l'Eglise, les Daillez, les Auberlin, les Blondel , que nous avons même vus et connns. Ceux-ci . d'une érudition profonde, d'une réputation très-étendue, ont eu honte, et Dieu l'a ainsi permis, ou d'avoir rien ignoré sur les controverses, ou de l'avoir dissimulé de mauvaise foi. Ainsi ils ont trailé très-exactement dans leurs écrits de toute la tradition ecclésiastique, depuis le temps des apôtres, sans prendre garde pourtant, qu'après avoir reconnu en ce qu'ils nomment ou superstition, ou erreur, ou quelquefois même idolâtrie, tantôt douze ou treize, tantôt quatorze, quinze ou seize siècles d'antiquité; après avoir avoue que tous les pères, qu'ils nomment saints, les pasteurs et les troupeaux, les martyrs mêmes de Noire-Seigneur , sont morts eu celle créance , l'entreprise la plus téméraire qui fut jamais, est de vouloir nous persuader une créance contraire. Ils ont cru pourtant le pouvoir faire, tant les personnes d'un génie élevé sont sujettes à se trop promettre de leur esprit et de leurs forces ! Hais, non Dieu ! par quels moyens? Par des conjectures et des dissertations île critique, et par un seul argument qu'on appelle ordinairement négatif. Car ils supposent qu'au commencement de l'Eglise il n'en était pas de même, parce que dans le premier et le second siècle. don! il nous reste très-peu d'écrits, on ne trouve pas. à ce qu'ils disent, d'aussi évidents témoignages de cette tradition ecclésiastique, ou même on n'en trouve point du tout. ce.