ARTICLE XIV
De la puissance ecclésiastique ou dm clés.
La charge et l'autorité de cette administration, selon le commandement el le devoir que Jésus-Christ en a donnes, comme le rapporte L'Ecriture sainte, consiste à corriger et à lier dans l'Eglise les scélérats el tes impénitents, et à leur fermer le royaume des < ieux. c'està-dire à les priver de Jésus-Christ et du commerce et de la société delTlgliSi . et à absoudre au contraire les vrais pénitents, à calmer leurs Consciences, et à leur ouvrir ainsi Le royaume îles cieux. Or ils sont obligés de faire tout cela, non selon leur caprice el de leur propre autorité, mais comme disp, nsateurs des mystèri s de Dieu . connue ministres
ei serviteurs de Jésus-Christ, en son nom et
en son autorite, par sa parole et par ses sa-, crements.
Article x\ .
De la Pénitence.
Pareillement ils enseignent que les pe-
PREUVES POUR LE TRAITE DE L'EXAMEN EN GENERAL
nitents aillent trouver le prêtre, et qu'en sa présence ils confessent à Dieu leurs péchés , sans que nous ordonnions pourtant ni exigions Lénuméralion de tous les péchés ; qu'ils lui demandent encore ses conseils et le moyen d'éviter les péchés, et leur absolution par les clés de l'Eglise, afin d'obtenir la rémission de leurs péchés par ce ministère que Jésus- Christ a institué en celte forme-là.
De même ils enseignent que les hommes fassent grand étal de l'absolution , et croient que ce qui est promis par les clés , s'accomplit infailliblement, car c'est Jésus-Christ luimême qui a parlé au chapitre XX de S. Jean, et s'est ainsi exprimé , comme l'Evangéliste nous l'a enseigné par son ordre : Recevez le Saint-Esprit ; à quiconque vous pardonnerez les péchés, etc. Et qu'ils sachent que par l'usage et le ministère des clés , et par l'autorité des paroles de Jésus-Christ , tous leurs péchés sont pardonnes.
SECTION VI
Article I, pag. 45. // a été ajouté dans la seconde édition quelques périodes depuis ces paroles : On aurait beau le dissimuler , jusqu'à la fin de l'article.
Preuves de ce qui est dit dans cette addition.
I. Que Us protestants parlent souvent de certains points nécessaires au salut , mais que nulle autorité publique n'a encore décidé parmi eux quels sont ces points fondamentaux.
IL Que leurs auteurs particuliers n'en sont point d'accord ensemble.
III. Que chacun nous donne sa pensée générale , vague et indéfinie, pour y pouvoir ajouter ce qu'il lui plaira.
IV. Que Jacques Cappcl semble vouloir sauver jusqu'aux mahométans.
Extrait des passages de quelques protestants stir ce sujet , rapportés par le cardinal de Richelieu.
Le Symbole des Apôtres embrasse trèsbrièvement et comme en abrégé tous les articles de la foi chrétienne (1).
Ces articles du Symbole suffisent à salut , si on les croit sincèrement ; et l'on n'en requiert pasdavantage qui doiventétre crus (2).
Perkins réduit les poinls fondamentaux au seul Symbole (3).
Luther (4) , Bèze (5) cl Wi tacher (G) enseignent que les points fondamentaux sont contenus au Symbole , au Décalogue, et en l'Oraison dominicale.
Ursinus(7)etMelan<lilhon (8)disentqueles points fondamentaux sout contenus au Sym-
(1) Luther, sur les trois Symboles, tom. VII, p. 138. • dem , Ballnger, Musculus , Arelius, Polanus , part, lu rhe»., |i. 436.
(2) l'olanus, part, ni de ses rhèm, p. iS6.
f5) Dans son catliolihue reforme, p. 170, et dans son exposition du Symbole, y SOL (i) Tom. \n,'p. II.
j5j ncs inar<incs de Cl (jlise.
(6) controverse 1, quesi, i , pag. "U.
7) Dans, tes .viscclltin., (net. 8, pag, 111.
(7) Dans, te
(8) Sur le d
bqp. Ml de S. Malth., p. 402.
bolc et au Décalogue, sans y ajouter l'Oraison dominicale.
Luther (l),et Sadeel (2) réduisent les points fondamentaux à deux : à croire à Jésus- Christ crucifié, et le pape ennemi de l'Eglise, et vrai antechrist.
D'entre les réformés les uns statuent pour nécessaire le seul article de la justification. Les autres le Symbole des Apôtres. D'autres encore le Symbole avec le Décalogue.
D'autres enfin en statuent autrement. Et Philippe Eilbracht (3) rapporte sept opinions différentes qu'ils ont sur ce point. Il fait aussi voir l'étonnante discordance où tombent les réformés , en désignant les erreurs qui renversent ou ne renversent pas le fondement du salut.
M. le Cardinal. Puisque nos adversaires avouent qu'on ne peut se séparer que pour des choses fondamentales et essentielles en la religion.
La Ruelle (4). Je ne sais qui sont ces adversaires, qui avouent qu'on ne peut se séparer que pour des choses fondamentales et essentielles en la religion : mais il n'y a rien de plus faux que cette maxime.
J'ajoute à toutes ces choses, que tous les points de nos controverses pourraient être non fondamentaux à les considérer en détail, et que néanmoins à les considérer tous ensemble, nous aurions en nécessité de nous séparer de la communion de Rome (5).
Or, quoique nous croyons qu'il ne soit pas nécessaire , mais que ce soit même une chose, impossible et téméraire tout ensemble, de faire une précise et plus exacte détermination des points fondamentaux, nous en donnons néanmoins une détermination moins précise et plus générale , par laquelle nous marquons certains dogmes en particulier, dont nous recommandons tellement l'observation et la connaissance à tous ceux qui se veulent sauver, que cependant nous n'osons mellre nulles bornes à la liberté ni à la miséricorde de Dieu , qui sont infinies, ne sachant pas si Dieu ne veut point peut-être en sauver présentement quelques-uns, qui ignorent quelques-uns de ces articles, principalement si leur ignorance est insurmontable ou involontaire. Mais parce que l'alliance que Dieu a faite avec nous requiert deux choses , à savoir , notre confiance en lui , et noire obéissance à ses ordres ; nous croyons aussi qu'on peut réduire les choses nécessaires à ces deux chefs généraux, à savoir, tant aux choses qu'il faut croire , qui sont enseignées dans le Symbole des Apôtres, entendu dans les sens et les explications qui se font sentir à l'esprit et à l'oreille de tout le monde, qui sont d'une évidence très-claire, cl qui regardent les articles convenus entre nous et les catholiques , qu'aux choses qu'il faut faire ,
(1) Sur le cliap. vil de S. M.iltli., loin, vil, p. 86,
(2) l);ius la préface de sa RépOtue a iiirrimi.
(7>) Philippe BUbrachl , dans sa voie abrégée, rapportée
par MM. d'' ^Valerabourg.
<i) La Ruelle, néponse a i\i . le cardinal de uichelk», (:i) Martel, Réponse à. la méthode (le X, le cardinal de
flichelteu, liv.Jll, dlsp. 1, p. 2.
à quoi principalement se rapporte le Décalogue, etc. (1).
Or tout de même qu'il n'est pas nécessaire de (iver un nombre certain et limité des points fondamentaux , sans qu'on y ait omis aucun dogme de cet ordre, il ne faut pas non plus faire un calcul juste et précis de toutes et chacunes les erreurs fondamentales.
Jacques cappel, sur la première EpUre de S.Pierre, chap. III, e.21, dans lei critique» sacrées , imprimées à Londres l'an 1000. Tom. VII, part. 2, colonne 4535.
Du reste, parce que plusieurs concluent de ce passage qu'il n'y a point de salut hors de l'Eglise, non plus que hors de l'arche de Noé, je veux expliquer en peu de mots ce que je crois de cet axiome. Les prophètes s'en sont abstenus prudemment, les apôtres s'en sont abstenus prudemment encore : mais depuis que les catholiques d'Afrique curent commencé à l'employer contre les novalienset les novalistes, plusieurs en oui étrangement abusé. Cependant cet axiome est véritable en quelque manière , soit qu'on prenne l'Eglise ou pour le corps des vrais croyants, ou pour l'assemblée de ceux qui font profession de croire en Jésus-Christ. Si on entend l'Eglise au premier sens, comme il est certain que c'est celui qu'on lui donne toutes les l'ois qu'on parle de l'Eglise par antonomase , n'y ayant point de salut hors de Jésus-Christ, il ne saurait y en avoir hors de l'Eglise , parce que être membre de l'Eglise et être membre de Jésus-Christ sont des chos s synonymes et réciproques. Mais si l'on prend I Egl se pour l'assemblée de ceux qui font professionde croire en Jésus-Christ, col axiome pourra être encore véritable en ce sens. Car premièrement, si quelqu'un a l'insolence de mépriser toutes les sociétés chrétiennes , il ne saurait avoir pour Jésus-Christ même la vénération qu'il faut, ni par conséquent se promettre en lui le salut. En second lieu, si quelqu'un est légitimement chassé par l'Eglise, et qu'il néglige les moyens de son retour et de sa réunion avec elle, un tel, étant lié des chaînes de son crime, demeure exilé du royaume des cieux. D'entre ces sociétés , plus chacune a de pureté, plus est-il vrai que le nom d'Eglise lui convient. Celui donc qui abandonne une Eglise pure pour entrer dans une impure, quelque connaissance qu'il ait que l'une soit beaucoup plus pure que l'autre, on peut dire qu'il est tout ensemble et déserteur de l'Eglise et traître à la vérité de Dieu ; et par cela même on peut dire qu'il court volontairement à sa perte. Mais quoique cet axiome ait quelque usage légitime, cependant l'on en abuse le plus souvent. 1" De quelques haines Capitales que soient animées les disputes des Eglises entre elles-mêmes, ou bien de leurs pasteurs , jusque là qu'une Eglise damne l'autre , il ne faut pourtant pas dire que si quelqu'un se sauve dans l'une, tous ceux qui meurent dans l'autre périssent nécessairement, car l'une et l'autre peut avoir ses défi) Witiichiiis, riritéi tt errëwn fondaineiitalet, p. 502.
I WV.tLIQlJE. 87d
fauts propres et particuliers ; l'une et l'autre peut conserver le fondement du christianisme; les membres de l'une et de l'autre
peuvent errer non tant dans le droit que dans le fait Cl quand cela est ainsi, l'on convient quelquefois ensemble au\ choses mêmes où
l'on pense être le plus oppose. A la vérité,
l'ignorance du droit n'excuse pas, comase
l'on parle, du tout, mais du tant, principalement lorsqu'on ne pèche point ni contre le fondement ui dans le fondement, mais s i:l ••ment aux choses de moindre importance. Il est certain que les Juifs, en maudissant Jesus- Christ, errent contre le fondement, sans qu'il leur serve de rien de couvrir leur erreur du voile de l'ignorance , lorsqu'à la lin de leur vie ils seront présentes devant le tribunal de Dieu, quoique leur erreur leur pût être pardonnée s'ils la reconnaissaient , s'ils la confessaient et y renonçaient avant que de mourir. Les mahomélans ne maudissent point Jésus-Christ, ni ne souffrent que personne le maudisse impunément ; ils disent au contraire qu'il a été un certain temps le fondement de la piété et de la religion, mais qu'enfin Dieu a trouvé bon de lui substituer Mahomet : de sorte qu'on peut dire, en quelque manière, qu'ils errent plutôt dans le fondement que contre le fondement, quoique ces erreurs soient telles que l'une entraîne l'autre. Or, quant aux erreurs dans le fondement, il y en peut avoir plusieurs, les unes plus importantes que les autres. Il n'est pAs de mon dessein d'en faire ici le catalogue ; mais , quoi qu'il en soit, il est constant qu'il y a beaucoup d'erreurs qui, bien qu'elles soient de grande importance à cause de la liaison qu'ont entre eux les points de la religion, ou articles de foi, sont néanmoins telles, que quelqu'un y peut être engagé par ignorance, sans qu'on doive pour cela désespérer «le son salut, non pas même quand son ignorance serait positive et non négative seulement. Car, encore qu'il ne demande pas directement à Dieu le pardon de celle erreur, il le lui demande cependant indirectement, si tant est qu'il dise sérieusement et de bonne foi, comme David au Psaume XIX, 12 : Quipeut connaître tous ses péchés? Netloytx-moi, Seigneur, des fautes qui me sont inconnues.
SECTION VIL
Article II, p. 50. La loi romaine passe plus avant.
w \ DIGESTES, «ur la loi Aquilia. Loi S, § 1.
Que si un muletier, faute d'adresse, n'a pu arrêter la fougue de ses mulets , et qu'ils aient écrase l'esclave d'autrui, la maxime commune cstqu'il peut être poursuivi comme coupable ; il en est encore de même, si c'est par sa seule faiblesse qu'il n'a pu arrêter l'impétuosité de ses mulets, sans qu'il paraisse injuste de prendre la faiblesse pour faute, personne ne devant affecter un emploi dans lequel il sait ou doit savoir que sa faiblesse sera dangereuse aux autres. Ce même droit a lieu en la personne de celui qui, faute d'adresse ou de force, n'a pu retenir la fougue du cheval qui le porte.