CHAPITRE III
De la division entre les luthériens et entre les calvinistes mêmes on autres qui sont opposés à Luther.
« Je pense que c'est là en peu de mots la créance de toute l'antiquité , et Dieu veuille qu'en étant satisfaits, nous nous abstenions de toutes les questions superflues et inutiles à la foi et à la piété, et qu'en abandonnant les méchantes et odieuses contestations qu'on a faites, nous nous attachions au sentiment dp l'ancienne Eglise, sans quoi je ne vois pas qu'on puisse jamais terminer les querelles et les divisions qui se forment sur ce sacrement d'unité. Car, sans parler de l'opinion des anabaptistes, des zwenkl'cldiens, ni même de celle des Suisses, qui est elle-même en quelque façon divisée en celle de Carloslad , de Zuingle , de Calvin et de Lasco. les discip 1 mêmes des Eglises de Saxe et les sectateurs de Luther se sont divisés en trois opinions différentes et contraires les unes aux autres-. et néanmoins ils tirent tous leur origine de Luther, et cherchent dans se- écrits l'asile et la défense de leurs sentiments.
(l) <>s passages de l'adoration de Jésus-Chrisl cremonl de l'eucnarisUe , sèrveol aussi a prouver cequi esidii en ta seconde section, art. 7, p. 30, que l'adoration est uue suite. lrè$-uéçes«aire Je la présence réelle,
Car quelques-uns soutiennent que cette énonciatron (Lé pain est le corps de Christ) est une énonciation identique, et que le pain est essentiellement le corps ,<,. r ; i,r i -t . et cela simplement et sans aucune figure ; et en effet ce fut la première explication de Luther, qui fut combattue par Zuingle , et l'est encore aujourd'hui par ses se» t fleurs, qnl font voir que d'elle s'ensuit, ou la transsubstantiation, comme il- l'appellent, papistique que les auteurs de celte locution n'admettent point . ou cette absurdité, savoir, que le pain a été crucifié pour nous. etc.
« Les autre- ont imaginé dans le pain et le \in de la cène du Seigneur une certaine présence du corps et du sang de Jesus-Christ nouvelle et inouïe, laquelle ils soutiennent avec ardeur émaner de la majesté de la nature humaine de Jésus-Christ, qui lui a été communiquée par sa nature divine: car ils assurent que le corps de Jésus-Chrisl. par le moyen de ci lie union et de sa séance à la droite de Dieu le Père, esl partout en la me. ne manière à peu près que la Divinité même, à qui il est uni, et conséquemment qu'il ne se fait point de nouvelle présence dans la cène du Seigneur, mais que ce qui était auparavant présent \ est donné pour être reçu et possédé. Ils en allèguent ces exemples d'un enfant dans le berceau, du vin dans une coupe, de l'argent dans une bourse , du blé dans un sac: et c'est pour cela qu'ils nient absolument que celte proposition (Ceci esl mon corps] soit la même chose que celle-ci (Le pain est mon corps), de peur d'être forces par là d'admettre une locution figurée. Us soutiennent même qu'elle ne se troui e nulle part dans l'Ecriture sainte, et ainsi qu'elle est fausse et absurde, si elle n'est adoucie par une favorable interprétation : au lieu que cette proposition Ceci est mon corps) esl simple et claire, et n'a nul besoin de ligure; quoique eux-mêmes pourtant aient quelquefois enseigné le contraire, s'étanl servis de cette façon de parler (Le pain est le corps de Christ , pour expliquer ces paroles de Jésus-Christ Ceci est mon corps), et v avant reconnu la figure syrtec doque. Il s'en trouve même parmi eux qui, bien qu'ils croient que cette explication des paroles de Jésus-Christ [Ce pain est mon corps] soit véritable, recevant ainsi cette affirmation inusitée , ne veulent pourtant pas qu'il y ail figure dans celte façon de parler, quoiqu'elle en ait l'air et l'apparence : et conséquemment ils l'appellent non figurée, mais semblable à la figure. De plus , ces défenseurs de la majesté et de l'ubiquité de la nature humaine de Jésus-Christ . la soutiennent si nécessaire pour établir la présence du corps et du sang de Jésus-Christ dans sa cène, qu'ils tiennent ceux qui la nient ou pour des papistes magiciens qui. paruu certain murmure des paroles . croient de titrer du ciel le corps de Jcmis Christ : ou pour des zuingiieus impies qui croient, non la présence du corps de Jesus-Chrisl. mais de sa divinité seulement), de sorte que par un même arrêt ils condamnent et excluent de leur
PREUVES POUR LE TRAITÉ DE L'EXAMElN EN GÉNÉRAL.
communion une grande partie de ceux qui professent avec eux la confession de foi d'Augsbourg. El cette opinion aussi prend pour son défenseur Luther, eu la défense des paroles de la cène : Le corps de Christ est assis à la droite du Père; or la droite de Dieu est en tous lieux : donc la droite immense de Lieu est aussi très - certainement présente au pain et au vin. De plus, où la droite de Dieu est présente, il faut que le corps et le sang de Jésus-Christ y soient aussi présents, etc.
« La troisième opinion est celle de ceux qui posent dans la cène une présence singulière du corps et du sang de Jésus-Christ, rapportant toute la raison de cette œuvre à la volonté et à la puissance de l'ouvrier, c'est-àdire de Dieu tout -puissant. Car, connue la personne de Dieu est vraiment Dieu, d'une essence et d'une puissance infinies, il n'y a point, disent-ils , d'absurdité à croire , que, dans tous les lieux où ce mystère se célèbre conformément à son institution et selon sa parole, il ne présente et n'exhibe d'une manière incompréhensible son corps et son sang avec leurs sacrés symboles. Ceux-ci ne rcjettenl point celte façon de parler (Le pain est le corps de Christ) ; ils soutiennent même constamment que les paroles de Jésus-Christ se doivent entendre ainsi, et que c'est là le sens de ces paroles de saint Paul : Le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion du corps de Jésus-Christ? etc. Ils ne veulent pourtant pas que ce soit une proposition identique , ni n'en bannissent pas non plus absolument la figure, pourvu que celle figure ne soit pas exclusive de la présence de la vraie chair de Jésus-Christ. Quelques-uns l'appellent synecdoque, qui par la partie fait entendre le tout. Mais d'autres aiment mieux l'affirmation inusitée; et ils expliquent cette proposition (Le pain est le corps de Christ ), par celle-ci, qui veut (pie le corps de Jésus- Christ soit dans le pain ou avec le pain : façon de parler qui se trouve aussi chez les anciens. De sorte que ceux-ci rejettent la question de l'ubiquité et soutiennent qu'elle ne fait rien à celle contestation; et même quelques-uns condamnent l'ubiquité de la nature humaine ou du corps de Jésus-Christ, d'erreur très-importante, comme étant suivie de la confusion des natures en Jésus-Christ, ou de la division de sa divinité. Paul Eberus (de la Chic du Seigneur) : Il s'ensuit, non certainement que sa nature humaine doive être de s'orte égalée à la nature divine, en lui attribuant toutes les propriétés qui conviennent feulement à la nature divine, qu'on dise que la nature h nnatiic in Jésus-Christ , ou sa chair, ou son corps, soit il' une essence infinie et remplisse partout toutes choses. Et ceux-ci confirment encore leur opinion par les écrits de Luther, au loin. 8 de l'édition de Jeune -.Pour ce qui reqnrde le corps de Jésus-Christ , il peut rire partout oit en tous lieux , mais c'est Seulement quand il lé veut; c'est pourquoi autre est la raison de son corps, et autre celle de nos corps ; rt dans cette controvirsr il ne faut voinl disputer de l'ubiquité, etc. » (1). (1) consultation 4s commuer sur tu irmsu UiuHtiution,
Quant aux paroles de la cène du Seigneur , Luther les interprète ainsi -.Ceciestmon corps; c'esl-à-dire, ce pain est mon corps.... Les ubiquitaires dans la conférence nièrent au contraire obstinément, que celte proposition, Ceci est mon corps, soit la même chose, que , Ce pain est mon corps. Et ils prétendent dans leurs écrits, que c'est une proposition identique, ou une démonstration, et que le mot, ceci, démontre tout ensemble le pain et le corps de Christ. Quelques ubiquitaires encore définissent la présence du corps de Christ au sacrement, par ces paroles, ceci est mon corps qui est livré pour vous ; et ils di.«ent que ceux-là sont des rêveurs qui veulent que le corps simple cl absolu soit affirmé du pain, puisqu'il le faut entendre par rapport à l'attribut caché. D'autres au contraire croient que ces paroles, ceci est mon corps, expliquent loutc la subslanccdu sacrement; et que l'affirmation cachée, qui est livré pour vous, en démontre l'usage. Il y en a à présent quelques-uns , qui croient qu'il ne faut point du tout admettre aucune figure dans les paroles de la cène du Seigneur; d'autres au contraire croient, que la figure synecdoque y soit (1).
Luther rapporte ensuite trois admonitions qu'il écrit avoir faites aux Zuingliens, sans qu'ils se soient repentis pour cela. En premier lieu, il dit que le S. Esprit même les avait d'abord admonestés, lorsque dans l'exposition de ce texte ils s'étaient partagés en sept esprits différents et contraires les uns •aux autres. A savoir, i" Carlostad soutenait, que Ceci est mon corps, veut dire, Mon corps est assis ici. 2"Zuingle disait que, Ceci est mon corps, est la même chose que, Ceci signifie mon corps. 3° OEcolampade disait, Ceci est le signe ou la figure démon corps, ke° Swcnfcfel dius dit qu'il faut absolument éclipser ces paroles, Ceci est mon corps, ou les construire de celte façon, Mon corps est ceci, à savoir, une viande spirituelle. 5" Les autres disposent le texte de cette manière, Mangez le pain ; ce qui est livré pour vous, est mon corps. 6° Il y en a plusieurs qui le disposent ainsi, Ceci est la commémoration de mon corps. T Enfin Campanus le dispose de celle façon, Le pain que je vous donne est un corps par soi-même, et toutefois il est mon corps, parce qu'il est ma créature, et que je l'ai créé. De plus Luther dit qu'il y en a plusieurs qui disent, qu'ici il n'y a point d'article de foi, qu'il n'en faut point disputer, et que dans cette question chacun peut croire ce qu'il voudra (2).