‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 224 sur 305 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De l'opposition des calvinistes aux luthériens; qu'ils disent que l'opinion de Luther est une erreur plus grossière que celle de l'Eglise romaine.

Et de fait aucuns aiment mieux avec leur

Srande honte découvrir leur ignorance que e décliner tant peu que ce soit de leur erreur; je ne parle point des papistes dont la doctrine est plus supportable, ou pour le moins mieux colorée : mais il y en a qui sont transportés de telle ardeur, qu'ils n'ont honte de dire, qu'à cause de l'union des deux natures, partout où est la divinité de Jésus- Christ, sa chair y est aussi bien (3).

Pour certain , à prendre les mots en leur simple signiQcaliou , cela ne peut consister, sinon que le pain devienne le corps de Christ.

Les papistes avaient meilleure couleur, par le moyen de leur transsubstantiation, de s'exempter de cette nécessité de prendre d'ailleurs exposition des mots. Mais celui qui conteste que le pain et le corps sont diverses choses, comment pourra-t-il faire qu'il n'y ait quelque figure en ces mots : Ceci est mon corps? Et puis quand le calice est appelé sang, n'ont-ils pas une réponse toute faite, que ce qui contient, est pris pour la chose contenue (k)1

Sitôt qu'on a commencé à découvrir celte erreurtant lourdeetgrossière, qucChrisl était au pain , Satan se réveillant a tout brouillé , afin que la vérité ne vint en lumière (5).

Nous reprenons les luthériens de ce qu'ils parlent et croient plus grossièrement que les papistes , louchant la présence réelle (G).

Je ne dis rien ici que ce que les catholiques ont accoutumé d'alléguer. Jésus-Christ a dit : Ceci est mon corps. Donc il est nécessaire que ce soit le corps même de Jésus- Christ. Si donc il faut prendre pour un verbe suli .tanlif ou proprement ce mol ( est ) on ne saurait s'empêcher de reprocher une audace et une insigne témérité à l'opinion des luthériens, qui, posant que le pain y est en effet, nicnl absolument la transsubstantiation, par laquelle les catholiques disent que là substance du pain est changée en la substance de

(1) Lui lier, de t' ipologie de ceux rie zurirh m ministre' de l'Eglise, rie iirêinc. Hospiuieu, 2' part, de l'Histoire sacramenlaire, |i. 199.

(2) Hospiuien, ± part* de l'Histoire sacramenlaire , p. 187. Luther, en sa relite confession.

(3) Calvin , Institution en français , liv. IV, cli. 17, § 50. i Calvin, opuscules, seconde défense contre tresiplial.,

(5) ibid., p. 155t.

(«J lbul., p. 829. • •

la chair de Jésus-Christ. Or voici la raison de notre proposition... Si donc il faut prendre pour un verbe substantif le mot ( est ) comme les luthériens le soutiennent fortement, il est impossible que la substance du pain ne soit convertie en la substance même de la chair de Jésus-Christ. Ce qui élaitdono auparavant du pain ne l'est plus; et l'opinion des luthériens, qui disent que la substance du pain demeurant sans être changée, on mange néanmoins substantiellement la chair de Jésus-Christ sous le pain , est plus trompeuse que celle des catholiques (1).

Nous disons aussi que les papistes après avoir entendu sans figure ces paroles, Ceci est mon corps , croient avec plus de raison que la divinité suit le corps par concomitance que vous autres luthériens, qui niant les paroles de la concomitance en retenez néanmoins le sens (2).

Le dogme de la consubstantiation est plus éloigné que celui de la transsubstantiation des paroles de Jésus-Christ, soit qu'on en considère la lettre ou le sens (3).

Nous avons toujours argumenté, quanta nous , que si Christ est au pain , c'est donc sous le pain qu'il le faut adorer (i).

11 ne peut nier qu'il ne faille adorer Christ au pain ou sous le pain : car certes en quelque lieu qu'il soit , il ne sera pas licite de le frauder de son honneur et service. Qu'y a-l-il de plus étrange que de le mettre au pain et ne l'adorer pas là (5j ?

Car si Jésus-Christ est dans le sacrement, pourquoi ne pèchent point ceux qui ne l'y adorent pas (6j?

Jésus-Christ n'esl nulle part, qu'il ne faille l'y adorer: car partout où Dieu est, il faut l'y adorer.

L'élévation du sacrement de l'Eucharistie, l'adoration , le transport qui s'en fait aux processions et sa réserve sont les compagnes et les suites inséparables du pain transélémenté au corps réel et substantiel de Jésus- Christ (7).

Nous sommes obligés d'obéir sans exception à ce qui nous est ordonné de Dieu par un commandement général sans en attendre un particulier, parce qu'il y aurait lui-même mis l'exception comme il nous commande en général de faire du bien à noire prochain et d'honorer nos magistrats; et si quelqu'un laissait périr son prochain et ne voulait pas honorer son magistrat quand il le rencontre dans son chemin ou dans un temple, sous prétexte queDieu ne lui a point recommandé ces devoirs en tels lieux et en telles rencontres ; il n'y a point d'homme bien sensé qui trouvât ce discours raisonnable (8).

(1) Zuingle , de la cène, lom. Il, p. 275.

(2) Ibid., p. 546.

(3) Hos| inien, préface de la seconde partie de l'Histoire sacramenlaire.

(1) Calvin contre Hesliusius, opuscules, p. 1706.

(5) Ibid., p. 17 (i).

((>) Zuingle , Exposition de f Eucharistie à i.uther.

(7) Hospinien , en su préface de la seconde partie de l'Histoire, sacrumrntuirc.

(8) Ursin, calviniste, professeur en théologie à Hci<lelbeig, in confirm. Dçetr. de sacrant., p. 434, 43ii, 436.

DEMONSTRATION i.\ W.ï.I.Int I..

or Dieu nous .1 commandé d'adorer son Pils : H est Ion Dieu .lu l'adoreras ; que tous les anges de Dieu Padorenl : de sorte que Jésus-Chrisl n'ayant point ici mis d'exception , il nous eit commandé de l'adorer dans tous les lieux où nous Savons, qu'il est cor-

porellement présent , sans attendre un ordre

parlicnlier Ps. , Mi , (H , te, {M ; //'/>., 1 ; Mallh., ±\ Luc, -i\).

lui quelque lieu mu»' suit une créature dans laquelle ou vers laquelle Dieu a commandé qu'on l'adore , nous y devons diriger noire adoration et notre service intérieur cl extérieur.... Si Dieu veut plutôt être adoré dans la nature humaine de Jésus-Christ, que devant l'an lie , elle doit aussi plutôt attirer notre vénération et notre adoration dans les lieux où nous savons qu'elle est présente.

S. Thomas n'attendait pas un ordre particulier de Jesus-Chrisl pour l'adorer , mais sitôt qu'il l'eut connu il s'écria : Mon Seigneur et mon Dieu. Toutes les lionnes âmes ne balancent point dans l'adoration de leur maître : elles ont en horreur de meltre eu question s'il le faut adorer dans le lieu , où il nous témoigne qu'il est présent, et dont nous sommes plus assurés que si nous le voyions et le touchions comme S. Thomas. Il n'importe pas que le pain demeure ou non, la présence corporelle étant supposée dans le pain ou sous les espèces ; et si les luthériens qui refusaient celle adoration eussent eu les yeux ouverts , ils eussent vu la force de celle conséquence : Jésus-Christ est présent corporellement dans le pain : donc sans aulre commandement particulier il y doit être adoré. Car soit que le pain demeure ou qu'il soit aboli , il ne lui est pas dû moins d'honneur et de révérence (1).

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