ÉTAT DE LA QUESTION
Notre question donc n'est pas, s'il nous faut être joints à la nature humaine de Jésus- Christ, afin que par elle nous soyons joints à la nature divine, et par icclle au Père : nous le croyons aulantque l'Eglise romaine le peut croire. Mais notre différend est , du moyen par lequel se fait cette union , à savoir , s'il fautque lecorps de Jésus-Christ entreet passe dedans nos corps , ou s'il faut seulement que ce soit l'esprit de Jésus-Christ (jui entre et habite dedans nous, étant reçu par foi et repenlancc. Nous maintenons , que par la communion à l'esprit de Jésus-Christ, et non par auenne introduction de sa chair dedans la nôtre, nous sommes tellement joints â Jésus-Christ, que nous sommes un même corps et unememe chair aveclui, etsoutenons cela avoir lieu, tant en l'eucharistie, qqe hors l'eucharistie. Et pour éclaircir notre créance, nous distinguons l'objet auquel nous sommes joints, c'est-à-dire , la chose à laquelle nous sommes unis . d'avec le lien qui
nous joint à celle cb ÎOUI ili^ou^ m
à laquelle nous sommes joint- • -i Christ même, quant a si nature liu maine , mais que le lien qui n >us joint à i objet , c'est le Saint-Esprit et la foi du pécbêur repentant. ChriSl
joint à nous prit, aussi de maire
part nous le. recevons par fol et repentnncn. A raison de quoi nous disons, que celte union est spirituelle qu forme et manière ,
c'est-à-dire quant au lien qui la fait : et iiuorns est réelle quant a sa vérité, 't substantielle quant aux choses qui sont conjointes , et à cet égard aussi elle est corporelle , en tant que non seulement nos âmi mais aussi nos corps, qui sont SUbsUUfc corporelles, sont joints a la substance de Jésus-Christ et à son propre corps, qui a été rompu pour nous, comme nous montrerons ci-après ; que C'ux des pères qui ont considère cette union comme corporelle, ont regardé à cela , et non à ce qu'entend le cardinal du Perron.
Il est assez visible que le Faucheur et les auteurs qu'il cil,- ont explique l'opinion de Calvin. I s'en
'oigne et en a formé une nouvelle; mois au moins c'en est une. Aubertin, au lieu de dire dès Centrée, comme eux. q Cille était la sienne, a affecté de n'en ejpliqur a ii\u proposer aucune, comme il paruit par les seuls litres de ses dix premiers chapitres qu'on rapportera ici, et encore mieux par leur lecture- Partout il dit ce qu'il ne veut pas croire, et jamais ce qu'il croit.
Son premier chapitre est ,
En latin , De prœcipuit mysterii hujus nominibus [Ed Deventer 16.'i« .
En français , dos principal» noms de ce mystère [Edition de Genève 1633).
Son second chapitre ,
En latin , Quid sit mysterium seu sacramentum corporis cl sanguinis Ckristi apud Vêtons.
En français, que c'est que sacrement selon les anciens.
Son troisième chapitre est,
En latin , quid sit illud quod in Eu haristi<t sacramentum fit.
En français , que c'est qu'en l'Eucharistie est fait sacrement.
Son quatrième chapitre est .
En latin, Quomodo scu per quid pai vinum sunt sacramentum corporis ri sanguinis Ckristi juxta Scriptmras.
En français , par quoi le pain et le vin sont faits sacrements.
Son cinquième chapitre est .
In latin . In quo rrspondetur ad objectionrs quitus adversarii probare conantur. tum consi crationein graliarum actionilnts si prrcilnis non effici . tum effici per vrrba, hoc est corpus meum. Hic est sanguis meus.
En français, où l'on repond aux objections par lequelles les adversaires tâchent de prouver que la- consécration M si- lait pas par d'autres actions de grâcua, ni par des prières: mais qu'elle se fait par ces paroles : Ceci est mon corps , Ceci est mon sang (1).
':i i été obligé Je traduire ce u. • <•''• né
PREUVES POUR LE TRAITE DE L'EXAMEiN EN GÉNÉRAL.
Aubertin en français, édition de Genève 1633. Le chapitre cinquième est ainsi intitulé : Que ces paroles, Ceci est mon corps , doivent être figurément entendues , et que tant la transsubstantiation que la présence corporelle de Notre-Seigneur , qui est supposée en suite d'icelle , répugnent aux saintes Ecritures (1).
Son chapitrcsixième est ,
En latin , Quomodo seuper quid fiât consecratio juxta patres.
Comment ou par quoi se fait la consécration , selon les pères (2). *
Son chapitre septième est ,
En latin , In quo respondetur ad objectiones advcrsariorum , quibus probare conantur ex palribus , consecralionein fieriper verba, hoc est corpus meum.Hic est sanguis meus.
Où l'on répond aux objections des adversaires , par lesquelles ils tâchent de prouver par les pères , que la consécration se fait par ces paroles, ceci est mon corps , ceci est mon sang.
Son chapitre huitième est ,
En latin, de consecrationis effectu.
De l'effet de la consécration.
Son chapitre neuvième est ,
En latin , ubi vera sentenlia de significa- (i'one pronominis hoc, proponitur et confirmât ur.
Où la vraie opinion de la signification du pronom ceci , est proposée et confirmée.
Son chapitre dixième est
En latin, In quo respondetur ad objectiones adversariorum contra prœcedentem sentent iam.
Où l'on répond aux objections des adversaires contre l'opinion précédente.
Preuve qu'il a reconnu que tous les pères ont cruplus que lui.
Les anciens pères ont cru que non seulement le pain et le vin de l'eucharistie , mais que l'eau du baptême aussi et l'huile dont les baptisés étaient oints, recevaient une vertu spirituelle pour opérer la sanctification, soit qu'ils entendissent que celte vertu leur fût infuse, ou qu'elle concourût moralement avec eux à produire cet effet. Que donc saint lrenée désigne par la chose céleste cette vertu communiquée au pain de l'eucharistie par la
g£ {rouse point dans l'édition française d'Aubertin, dans laquelle !•■ cinquième chapitre eal celui qui suit. (1) En ce chapitre il combat l'opinion catholique, mais il
ne dit piunl la sienne; il explique 06 qu'il m- veut pas
croire, mais non pas ce qu'il «roi t. Q e» est de uiémc dans dapiû'cs suivants.
(4) L édition française manque ici et aux chapitres suivants.
consécration , plutôt que le corps de Christ ; on peut le prouver, parce qu'il conclut de la perception du pain eucharistique composé de deux choses, que nos corps sont rendus incorruptibles, c'est-à-dire préparés et consacrés à l'incorruption et à la glorieuse résurrection ; car au livre suivant, ainsi que nous l'avons montré ci-dessus, il assure souvent que cette préparation d'incorruption procède de la vertu du Saint-Esprit. Puis donc que le Saint-Esprit, selon la doctrine des saints pères que nous venons d'alléguer, imprime dans le pain de l'eucharistie sa vertu vivifiante et régénérante , et que par cette vertu nos corps reçoivent une pleine et parfaite disposition à leur résurrection glorieuse , d'où l'eucharistie est nommée le symbole de la résurrection et le gage du salut éternel : qu'y a-t-il de plus convenant à l'intention de saint Irenée, que d'entendre par la chose terrestre le pain, et par la céleste la vertu du Saint-Esprit qui lui est imprimée ? Car il nous conduit lui-même à ce sens, en disant que. par l'eucharistie nous publions hautement la communication et l'unité de la chair et de l'esprit (1).
Les anciens pères avaient accoutumé d'offrir à Dieu le pain et le vin de l'eucharistie (2), et de lui demander sa bénédiction sur eux , avant de les distribuer, et de les appeler à cause de cela un sacrifice, et non sanglant , et même vivifiant, parce que, comme Cyril— lus l'observait lui-même ci-dessus, Dieu leur influe une faculté de vie, les convertissant en la vérité (peut-être y a-t-il au grec vertu) de sa propre chair... 11 est vrai que nous ne croyons pas que notre cène soit un sacrifice. Et quoique nous estimions que le Sacrement soit vivifiant en sa manière , nous ne reconnaissons point cette impression vivifiante dans les sacrements. Mais cela importe peu à notre question (3).
Je ne crains pas de dire que même dans ces premiers temps (4) , la plupart ont attribué aux signés de l'eucharistie, aussi bien qu'à l'eau du baptême, trop d'efficace et de vertu; comme si los'sacremenls agissaient d'eux-mêmes, ou par leur action extérieure, ainsi que les scolastiques en ont parlé dans la suite.
(1) Aubertin, Du sacrement de. l'Eucharistie, sur le témoignage de s. nénée, liv. H , p. 50G. On a été obligé de traduire ce passage , parce qu'il ne se trouve point dans l'édition française d'Aubertin.
(2) Aubertin, là même, p. 7J54, sur le témoignage de s. < iiiille (T Alexandrie. Edition française de Genève, n. 519.' ' '
Depuis l'édition française de 1635, il a changé d'avis dans l'édition latine de 1634, où il n'a plus dit endoutant, mais affirmativement, que dans le grec il y avait vertu et non pas vérité.
(ô) Remarquez que sur le passage de S. Irénée, c'était la vertu de l'esprit, selon Aubertin, qui émit imprimée .m pain ei au vin , ei ii i o'esl la venu de la propre chair de Notre-Seignenr, suivant le passage qu'il cite de S. Cyrille.
(i) Aubertin , de l'Eucharistie, liv. lu, ch. 1, p. S(fe.
HKMONSTUAÏION l.\ ANGÉLIQUE.