CHAPITRE V
preuves de ce qui est dit, dans la relation latine, du sentiment de Calvin SUT l'Eucharistie, qu'il appelle lui-même son opinion incroyable ; quAuberlin ne lu soutient point; quAuberlin n'a ose lu prof comme tous les autres, au commencement de son ouvrage ; qu'il n'a jamais expliqué BM long de quelle opinion il était ; qu'en d\ lieux il a reconnu que tous les pères, même les plus anciens , aussitôt après les apôtres, ont cru plus qu'il ne faut croire el que ne croient les protestants de France.
Si toutefois il est loisible d'expliquer par paroles un si grand mystère, lequel je vois bien que je ne puis comprendre ea mon esprit: ce que je confesse volontiers, afin que nul ne mesure la grandeur d'icelui à mes paroles qui sont si débiles, qu'elles succombent à dessous. Plutôt au contraire j admoneste les lecteurs de ne contenir point leur sens en si étroites bornes et limites : mais qu'ils s'efforcent de monter plus haut que je ne puis conduire : car moi-même toutes fois et quanles qu'il est question de celle matière, après avoir lâché de tout dire, je vois bien qu'il s'en faut beaucoup que je n'atteigne .ï l'excellence. Et combien que l'entendement ait plus de vertu à penser el estimer, que la langue à exprimer; néanmoins icelui même est surmonte el accable par une telle grandeur : par quoi il ne me reste plus autre chose en la fin, que de tomber en admiration de ce mystère, auquel, à droitemenl penser, l'entendement ne peut suffire, comme li langue aussi n'est capable de le déclarer 1 .
Quiconque aura goule notre doctrine, sera ravi en admiration de celle verlu secrète de Dieu que nous prêchons,- .
Nous disons que Jcsus-Clirist descend à nous, tant par le signe extérieur, que par son Esprit, pour vivifier vraiment nos âmes de la substance de sa chair et de son sang. Ceux qui n'entendent point que telle chose ne sa
(1) Hos|iinien, on su part. S, de l'Bistoire taeranmtrin, )> iftv Edition de Zurlcti, chez Wgiphius, l'as I59ft
(I) Calvin, institution en français, I. iv, ch. r I i ilvm, institution en français, I. IV, eh, Il
PREUVES POUR LE TRAITÉ DE L'EXAMEN EN GÉNÉRAL
peut faire sans plusieurs miracles, sont plus que stupides Il n'y a rien de plus incroyable que de dire que les choses distantes l'une de l'autre aussi loin que le ciel de la terre, non seulement soient conjointes, mais unies, tellement que nos âmes reçoivent nourriture de la chair de Christ, sans qu'elle bouge du ciel.
Dont il appert que notre différend n'est nullement touchant la présence ni la manducation substantielle , mais seulement de la façon et manière de l'un et de l'autre (1).
Si quelqu'un m'interroge plus outre, comment cela se fait, je n'aurai point de honte de confesser que c'est un secret trop haut pour le comprendre en mon esprit , ou pour l'expliquer des paroles ; et pour en dire brièvement ce qui en est, j'en sens plus par expérience que je n'en puis entendre, pourtant sans faire plus longue dispute , j'acquiesce à la promesse de Christ. 11 me commande en sa sainte cène de prendre, manger et boire son corps et son sang sous les signes du pain et du vin ; je ne doute point qu'il ne me donne ce qu'il me promet , et que je ne le reçoive (2).
Parce qu'on dit que la manière de parler est saeramentale, aucuns cuident que la figure ôte la vérité ; mais il faut retenir que la hgurc n'est pas mise pour un fantôme vain , mais qu'elle se prend grammaticalement pour montrer la métonymie... Ils transfèrent donc le nom du corps au pain, par figure , et non pas toutefois figurativement , comme si Christ proposait à nos yeux une nue et vaine image de son corps; car la vérité n'est pas exclue de sa figure ; mais seulement on note la différence entre le signe et la chose signifiée ; ce qui ne répugne point à la conjonction (3).
Mais ceci est sans controverse entre tous gens de bien, qu'il y a un lien inséparable entre le signe et la chose signifiée en la promesse , par laquelle Jésus-Christ ne montre rien en fraude ; mais figure ce qu'il donne véritablement et do fait.
Par quoi le même corps , lequel le Fils de Dieu a une fois offert en sacrifice au Père , nous est offert tous les jours en la cène , pour nous être nourriture spirituelle.
11 y aurait certes trop d'absurdité d'expliquer les mots de corps et de sang , par le fruit et la vertu de la mort du Seigneur, etc. El pour vous le l'aire comprendre clairement, substituons en la place de ces paroles, corps et gang, celte interprétation, et disons : Ceci est la vertu de ma mort qui est donnée pour vous ; et ceci est l'esprit , etc. Qu'y a-t-il déplus sot et de plus impertinent que celte glose? car eu vérité ces paroles, Qui est livre pour vous , et qui est répandu pour vous, vous réduisent nécessairement d'entendre malgré vous le mot ceci de la propre substance du corps et du sang [k).
Qui jamais autre qu'un pur anabaptiste a
(1) Calvin, opuscules contre nesliusius, p. 1708. 2) Calvin, institut, en français, là même. [-,) Calvin, Trit-bon moyen de traiter accord, en ses opuêcules. p. 1732.
(4) Dcao, Lettre, p. 20t, 20.J.
DÉMONST. liv.VNG. III.
enseigné que Jésus-Christ n'a donné à ses disciples que du pain et du vin seulement? A Dieu ne plaise donc , à Dieu ne plaise que je sois de ton avis en consentant a ces blasphèmessi horribles.. .Jésus-Christ s'est vraiment donné soi-même à ses disciples , et s'y donne maintenant.
En ce temps arrivèrent à Worms les députés des églises réformées de France , qui demandaient aux théologiens de la confession d'Ausbourg leurs humbles intercessions auprès des princes évangéliques d'Allemagne, pour tâcher de fléchir par leur moyen Henri, roi de France, etc. Ces députés apportèrent encore une confession des églises de France , conçue en ces termes : Nous confessons qu'en la cène du Seigneur, non seulement toutes les grâces de Jésus-Christ , mais aussi la substance même du Fils de l'homme , etc. , sont non signifiées seulement ou proposées symboliquement ou figurativement, comme le mémorial d'une chose absente ; mais qu'elles sont vraiment et certainement rendues présentes et exhibées, etc., avec les symboles qui y sont ajoutés, et qui ne sont nullement vides, mais qui de la part de Dieu, etc. , ont vraiment et certainement la chose même conjointe, soit qu'on la présente aux fidèles ou aux infidèles (1).
Passages de trois auteurs qui ont écrit en même temps, tous trois ministres de Charcnton , Le Faucheur, Mestrezat et Aubcrtin , pour preuve de ce qui a été dit de ce dernier, dans la relation latine.
Le Faucheur, traité delà cène du Seigneur, opposé à celui du cardinal du Perron sur le même sujet, liv. I, chap. 1. Quelle est la doctrine des églises réformées sur le sujet de la sainte
cène.
Notre créance donc est, que notre Sauveur nous a ordonnéle saint sacrement de la cène, non pour une simple figure, mais pour un sceau efficacieux et divin de notre union et communion avec lui; qu'en ce sacrement, par le pain qui y est rompu et donné à chacun de nous , et par ce vin qui est répandu en la coupe , et donné pareillement à chacun fidèle , il nous représente et exhibe son corps rompu pour nous , cl son sang répandu pour nous en la croix ; que comme notre corps y reçoit ce pain et ce vin par la bouche , et en est sustente corporellement ; aussi notro âme y reçoit son corps et son sang par la foi , et en est nourrie spirituellement ; et qu'en toutes • ces choses il n'y a rien qui ne soit très-réel , soit pour les choses que Jésus-Christ nous y donne, soit pour la manière en laquelle nous les y recevons. Car nous tenons premièrement , que ce qu'il y donne à nos corps par la main de ses ministres, est la propre et réelle substance du pain et du vin , revêtue de ses vraies et réelles propriétés ; et que ce qu'il y communique à nos âmes par la grâce de son Saint-Esprit, est la substance de son
(l) Hospinien , part. 2. de l'Histoire sacramenlaire, p. 2:il.
(Vingt-neuf.)
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vrai corps, qui a été cloue à la croix
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grilc | cl • onsolalions. Se. •oiideincnl , «pucomme notre COTpi v maire Le pain , le mâchant, k »a\ mirant et l'avalant, cl v huit réellement le vin , l'épandaat on sa bouche , en huiiic. tant la langue et son gosier, et le ilt\ alanl eu son estomac comme chose liquide, qui est la vraie et propre façon de manger et de boire qui convient à un corps ; noire âme mange et boit véritablement le corps et le sang de notre Rédempteur, et ce d'ww façon tpirituillr, comme il convient à une âme , en tant que le Saint-Esprit l'unissant par une action divine, incompréhensible, toute-puissante , à ce corps et à ce sang , elle se l'approprie comme tout sien, s'applique par la foi la vertu de son sacrifice, en médite attentivement les mystères, goûte avec un plaisir indicible la douceur de ce grand amour que Jésus-Christ lui a témoigné en sa mort, et tire de là sa réfection pour rentrelencment de sa vie spirituelle.
Que telle soit la créance de nos églises contre ce que leur imposent les adversaires , il appert non seulement par les déclarations des principaux et plus célèbres de nos docteurs, comme celle qui fut dressée par Farel, Calvin et Viret, et souscrite par Buccr et par Capiton , comme il se voit ès-leltres de Calvin 3i8et3W, et par les livres de tous les nôtres qui ont écrit depuis sur ce sujet , comme de lièze, Ursin , de Chandicu , "Witaker, de Saint-Aldegondc, Parcus , Charnier, du Plessis , mais«par nos confessions, liturgies , catéchismes et synodes ; car la confession de foi des églises de France porte expressément en l'article 36 , etc. Ensuite sont les passages pour justifier ce qu'il vient de dire de leurs auteurs.
Mestrezat, de la communion à Jésus-Christ au sacrement de l'Eucharistie , pages 13 et ik.