CHAPITRE IV
Quand je vous ai dit qu'il ne fallait pas s'arrêter seulement à l'objet de nos sens, c'est afin que vous ne veniez pas dire : Estce donc là ce grand mystère que l'oreille n'a point ouï , que les yeux n'ont point vu, et qui n'est point monté au cœur de l'homme (I Cor., XXIX ). Je ne vois que de l'eau comme, celle que je voyais tous les jours; comment me nettoicra-l-ellc plutôt que tant d'autres fois que je m'y suis lavé sans rien voir de pareil? C'est de cela même que vous devez apprendre que l'eau ne peut rien sans le secours de l'esprit. Car, comme vous avez lu dans S. Jean , il y a trois témoins dans le baptême qui n'en sont qu'un, l'eau, le sang et l'esprit ( I Jean, V, 8); et si vous ôtez un des trois, ce n'est plus le sacrement du baptême ; car qu'est-ce que de l'eau sans le sang de Jésus- Christ, sinon un élément tout simple sans aucune vertu de grâce? De même aussi sans l'eau il n'y a plus de régénération , puisque si l'on ne reçoit une nouvelle naissance de l'eau et de l'esprit, on n'entrera jamais dans le royaume de Dieu. Et pour le sang de notre Sauveur, le catéchumène marque assez qu'il y croit, quand il fait le signe de la croix. Mais il ne saurait recevoir la grâce et la rémission de ses péchés, s'il n'est baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Sous la loi de Moïse, le Syrien se lava sept fois; mais sous celle de la grâce vous avez été baptisés au nom de la Trinité. Vous avez confessé le Père, le Fils et le Saint-Esprit. N'oubliez pas ce que vous avez fait en cette occasion, et suivez l'ordre des choses qui s'y sont passées. Vous y êtes morts au monde, et ressuscites pour Dieu; et ayant été comme ensevelis dans celle1, eau , vous y avez acquis une nouvelle naissance pour la vie éternelle. Vous voyez donc que ce n'est pas une eau stérile , sans effet et sans vertu. Aussi savez-vous que quand l'ange du Seigneur descendait à certain temps dans la piscine, et qu'il en troublait l'eau ( Jeun, V, 2 ) ; le premier qui entrait dedans après qu'elle avait été troublée , ne manquait point de guérir, quelque maladie qu'il pût avoir. Celte piscine était à Jérusalem , et il ne s'y guérissait qu'un malade par an. Mais celle guérison n'arrivait jamais que l'ange ne fût descendu; et alors l'eau commençait à se mouvoir pour le faire connaître à ccu\, qui ne l'auraient pas cru sans ce signe. Il leur fallait des prodiges , oî
vous n'avez besoin que de foi. Ils n'attendaient qu'un ange, et vous attendez le Sain t- Esprit. Ils ne voyaient que le mouvement d'une chose créée; et celui qui opère en VOUS, est Jésus-Christ même, le maître de toutel les créatures. Dans ce temps-là un seul recevait la guérison ; elle s'étend maintenant sur tous, c est-à-dire sur tout le peuple chrétien. Mais il est vrai que l'eau ne lave pas tous ceux qu'elle touche, le> hypocrites qui reçoivent le baptême, n'en sortant que plus souillés, bien loin qu'elle les nettoie. Les Juifs baptisaient jusques à leurs cruches et leurs coupes , comme si ces choses insensibles étaient capables de pécher et de recevoir la grâce. Il n'en est pas ainsi de vous, vous avez un calice sensible à baptiser, c'est-à-dire vôtre âme. Ne songez qu'à nettoyer celui-là, afin qu'il brille de la lumière de vos bonnes œuvres et de l'éclat de la grâce que vous avez reçue. C'est là comme une piscine dans laquelle vous devez croire que se fait l'opération delà puissance de Dieu. Enfin, le paralytique n'attendait qu'un homme, qui le jetât dans la piscine ; et cet homme était le Seigneur, Jésus fils d'une Vierge, à l'arrivée duquel il n'était plus seulement question d'une guérison en figure et pour une seule personne, mais du véritable salut de tout le monde. Celui de qui on attendait la descente, est celui-là même de qui Dieu le Père disait à Jean-Baptiste : Celui sur qui vous verrez le Saint-Es' prit descendre du ciel et se poser, est celui qui baptise par le Saint-Esprit (Jean, I, 32). C'est de celui-là encore que le même Jcan-Baplisle rend ce témoignage : J'ai vu le Saint-Esprit descendre comme une colombe, et se poser sur lui (Ibid.). Et pourquoi pensez-vous que cet esprit a pris la figure d'une colombe: sinon pour vous faire voir que c'est lui qui avait été figuré par cette autre colombe que Noé mit hors de l'arche (Gen., VIII, 8 et 11 ), et afin que vous reconnussiez en cela une image de ce mystère? Vous me direz peut-être que ce fut une véritable colombe qui sortit de l'arche, au lieu que celle qui descend ici, n'en a que l'apparence ; et que le texte grec disant précisément que le Saint-Esprit descendit sous la forme d'une colombe, on ne peut pas dire qu'il n'y avait là que l'ombre , dont nous avons ici la vérité. Mais c'est qu'il n'y a rien de véritable et de réel, que la divinité , qui est seule immuable ; au lieu qu'on ne saurait proprement attribuer la réalité , mais seulement l'apparence aux créatures , Oui sont toujours dans l'instabilité, et prêtes à se détruire et s'anéantir. Et de plus, c'est que les baptisés doivent avoir une simplicité véritable, et non pas seulement apparente, selon ces paroles de IN'otre-Seigneur en saint Matthieu : Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes (Matth., \. L6). C'est donc avec grande raison que le Saint- Esprit est descendu comme une colombe, pour nous avertir d'en avoir la simplicité. Mais il nous avertit aussi ailleurs qu'il faut prendre quelquefois la figure pour la vérité : comme quand il est dit dans S. Paul, que Jesus-Christ a paru sous la figure d'un homme (Phil.,\\,1};
DÉMONSTRATION Ê\ WU'l Inl |. i>20
et dans S. Jean parlant de Dieu le Père : Fou* n'avez jam on image [Jean, V, 37j.