CHAPITRE XXXVII
De l'Oraison catéchétique de saint Grégoire de Nysse (environ l'an 380).
L'homme étant double et composé d'un corps et dune âme, il n'y a point de salut pour nous si nous ne sommes unis par l'un et par l'autre à celui qui est l'auteur de la vie. L'âme s'y unit par la foi , et trouve ainsi le salut , puisque c'est participer à la vie que d'être uni à la vie ; mais l'union du corps se fait parune voie différente (et qui convient à sa nature). Et comme ceux qui ont été empoisonnés ne se garantissent de la mort qu'en prenant quelque antidote, il faut que le corps reçoive en soi le remède de la même manière dont il a reçu le poison , et que la rertU de ce remède se répande partout où lo poison a pénétré. Ainsi , comme c'est parla bouche que l'homme a reçu ce qui a cor rompu sa nature, il faut qu'il prenne de
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môme ce qui la rétablit , et que ce souverain contre-poison, par une opposition naturelle, répare le mal que le poison lui a fait. Mais qu'est-ce que ce contre-poison , sinon ce corps qui a paru le maître de la mort et la source de notre vie ? Car comme le peu de levain qu'on met dans la pâte lui communique , selon saint Paul , toute sa force , de même ce corps que Dieu a livré à la mort n'est pas plus tôt entré dans le nôtre qu'il le change tout entier, et se le rend semblable. Et comme l'effet du poison est de corrompre tout ce qu'il y a de sain dans un corps, l'effet du corps immortel est aussi de changer en sa propre nature jusqu'aux moindres parties de celui qui le reçoit. Or, il n'y a que la voie du boire et du manger pour taire que quelque chose se mêle ainsi et s'insinue dans toutes les parties du corps. 11 faut donc que la nature corporelle reçoive de cette manière , qui lui est propre, la vertu spirituelle qui donne la vie. Mais parce qu'une telle prérogative n'appartient qu'à ce corps que la Divinité s'est uni , et que nous avons fait voir que le nôtre ne peut acquérir l'immortalité qu'en devenant incorruptible par son union avec l'Etre immortel ; il faut maintenant tonsidérer comment il se peut faire que ce corps unique étant tous les jours distribué par toute la terre, à tant dé milliers de fidèles , se trouve tout entier en chacun d'eux en particulier, et demeure néanmoins tout entier en lui-même.
Et afin que noire foi ne soit troublée par aucun doute sur les conséquences de ce mystère , il sera bon de faire ici quelque réflexion sur la nature du corps. 11 est certain gue la vie n'en est pas une propriété essentielle , mais quelque chose qui lui vient de dehors et par le moyen de quoi il se conserve en son état , attirant par une action continuelle ce qui lui manque, et rejetant ce qu'il a de superflu. Et comme un outre plein de quelque liqueur, perd de sa grandeur et de sa figure sitôt qu'il s'écoule par quelque endroit, à moins qu'on ne le remplisse d'autant par une autre; d'où nous comprenons aisément que cette figure ne lui était pas naturelle et n'était qu'un effet de la liqueur qu'il contenait : nous ne voyons rien non plus dans la composition du corps humain qui puisse servir à le conserver en son état , que ce qui lui vient de dehors , et que nous appelons aliment ou nourriture. 11 faut remarquer aussi que tous les corps ne se nourrissent pas également de toutes choses , mais que la Providence qui gouverne la nature a destiné à chacun ce qui lui était le plus convenable pour sa subsistance. D'où vient que certains animaux vivent de racines , d'autres paissent l'herbe , d'autres mangent de la chair; mais l'homme se nourrit principalement de pain, et pour entretenir par le boire l'humidité dont il a besoin, il faut aussi qu'il use d'eau , mais qu'il y mêle souvent un peu de vin pour soutenir la chaleur naturelle. Ainsi, qui voit ces aliments, voit en puissance la masse de notre corps; car quand ils y sont, ils deviennent
sang et chair par cette faculté nutritive qui les ajuste à la figure du corps , et leur donne sa nature. Cela ainsi expliqué , revenons à notre proposition. Il était question de savoir comment cet unique corps de Jésus-Christ vivifie toute la nature de ceux en qui la foi se trouve , et comment il leur est à tous distribué sans recevoir aucune diminution. Et nous ne sommes peut-être pas loin d'en donner une solution assez vraisemblable. Nous voyons que la consistance du corps se soutient par la nourriture , c'est-à-dire par lo manger et le boire , par du pain et par un mélange du vin et de l'eau. Or le Verbe Dieu qui , comme nous avons dit ailleurs , est en même temps et Dieu et Verbe, s'étant uni la nature humaine, n'a rien changé (à l'égard du corps qu'il avait semblable au nôtre) des règles de cette nature ; et il faisait, comme nous , subsister son corps par la voie ordinaire du boire et du manger, et ce manger était du pain. De même donc, comme nous avons souvent dit qu'en voyant du pain , nous voyons en quelque façon le corps humain , parce que le pain se change en sa substance; ainsi ce corps qui est uni à la Divinité, se nourrissant pareillement de pain, était en quelque manière ce pain même, puisque cet aliment se changeait en sa nature. Car cequi estpropre à tout corps se peut dire certainement de cette chair de Jésus- Christ , savoir, qu'elle était comme la nôtre dans le pain dont elle se nourrissait , quoique par l'inhabitation du Verbe elle eût été élevée jusqu'à la nature même de Dieu. J'ai donc raison de croire aussi que le pain sanctifié par le Verbe de Dieu se change au corps du Verbe Dieu ; car déjà ce pain était en puissance de ce corps, et il a été sanctifié par son union avec le Verbe, qui s'est fait de notre chair comme une tente où il a voulu habiter ; et par conséquent , comme le changement du pain en son corps communiquait au pain même la divinité , il en arrive de même en ce mystère. Car si , de ce côté-là , le Verbe par sa grâce sanctifiait ce corps qui tirait sa substance du pain, et qui était luimême en quelque sorte du pain ; ainsi, dans l'eucharistie , selon l'Apôtre , le pain est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière; non que ce soit par la voie du boire et du manger qu'il devienne ce corps , mais parce que tout d'un coup il est changé par le Verbe en son corps, scion ces paroles du Verbe : Ceci est mon corps. Mais parce que nous avons aussi besoin d'humecter notre chair, et que sans cela ce que nous avons de terrestre et de solide ne saurait subsister , il faut que nous réparions l'humidité qui so dissipe sans cesse en nous , par quelque chose de même espèce , comme nous réparons et entretenons ce terrestre par les aliments solides. C'est ce qui nous fait user de la boisson , qui se change en notre sang par l'action de la faculté naturelle ; surtout si elle se trouve aidée par la chaleur du vin. Et voilà pourquoi cette chair qui a reçu en soi la divinité, a voulu" aussi que, cette sorlo de nourriture entrât en sa composition. Or,
comme le Verbe en se rendant visible ne l'est chargé de notre nature; mortelle qu'afin de l'élever à la Divinité, en lui communiquant la sienne , c'est pour cela que , par une dispensation de sa grâce , il veut entrer par sa chair dans tons les fidèles , en se mêlant dans leurs corps, dont la substance es( formée par le pain et le \in, afin que cette union de L'homme avec le corps immortel lui communiquât l'incorruptibilité. Et c'est ce qu'il l'ait par la vertu de la bénédiction, en transélémentant (1) en ce corps la nature de ces choses visibles (c'est-à-dire du pain et du vin).
Saint Gauden.ce , évéque de Bresse. II* sermon sur l'Exode , qui se trouve avec quelques diitres dans la bibliothèque des pères (environ l'an 390).
Jésus-Christ, ressuscité d'entre les morts, accomplit par le sacrement du baptême ce qui avait été figuré par la punition des Egyptiens submergés dans la mer Rouge (Exode, XIV, 28). Tous les démons furent remplis d'épouvante lorsqu'il revint des enfers pour ressusciter son corps; et par là les ennemis de Dieu, c'est-à-dire ceux de son peuple, ont été détruits. C'est sur quoi David s'écriait ainsi par un esprit prophétique : Que le Seigneur s'élève pour perdre ses ennemis; que ceux qui le haïssent s'enfuient de devant lui ; qu'ils soient dissipés comme de la fumée; que ses regards anéantissent les méchants comme le feu fond la cire, et que les justes se réjouissent comme en un jour de fêle (Ps. LXVI, 1). Le père éternel a envoyé un Sauveur à son peuple, selon la sainte alliance qu'il avait faite pour jamais avec Abraham et sa postérité
enfants à Abraham [Malt., 111, 9 ; Luc, III, 8). Que tous ceux qui ont été rachetés par le Sauveur, qu'il a retirés des mains de leurs ennemis, qu'il a ramassés de toutes parts , du couchant et du levant, du septentrion et du midi , publient maintenant que le Seigneur est bon, et que sa miséricorde est éternelle [Ps. CVI, 1, 11;CXXXV, 1); car au lieu que (du temps de Moïse), lorsque Israël sortit de l'Egypte, que la maison de Jacob fut délivrée de la servitude de ce peuple barbare (Ps. CXI1I, 1), il n'y eut que la nation juive qui fût choisie pour être consacrée au servia de Dieu ; c'est présentement un bonheur commun à tous ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans ses voies (Ps. CXXVII, 1 ; Ps. XXXI, 1). Bienheureux ceux de qui les iniquités sont remises, et de qui les péchés sont couverts (Rom., X, 12). Il n'y a plus de distinction entre le Juif et le Crée: ils n'ont tous que le même Seigneur, qui répand (abondamment) les richesses de sa grâce sur tous ceux qui invoquent son (saint) nom ,
(l] C'est le mot grec tmrmiwbawt, qui so irouvi en d'attirés endroits des Pères, comme celui de irans-élévuniution, au môme sens où l'Eglise emploie aujourd'hui viui de iranitubsUnliatim.
DEMONSTRATION ÉVANGÉLIQJ i..
puisqu'il est écrit que tous ceux qui in quent le nom du Seignew teront îauvét Rom., \. 19 . I uns. tant que nous sommes, d nombre, et «i u i par le secours de Dieu nom trouvons délivrés de la captivité du démon, apprenons de quelle manière il faut mai la pâque, et ne bisons pas comme ces Juifs
insensés qui se tiennent encore aux oinbn -, après que la vérité même est \enue nous éclairer, croyant qu'il n'y a autre et faire que de tuer et manger cet agneau en chaque famille le lt>' jour du premier mois (Exode, XII, 6). Car depuis que le Seigneur Jésus, ce véritable Agneau de Dieu , dont l'autre n'était que la figure, ((lui qui efface les péchés du monde, est venu sur la terre, et qu'il nous a dit : Si vous ne mamget n.a chair et ne buvez mon sang, vous n'aw point la vie en vous (Jean, VI, 5'* : i 'est en vain que les Juifs pratiquent selon la chairce qu'ils devraient faire spirituellement comme nous , s'ils veulent avoir part un jour à cette bienheureuse vie, puisque, selon l'Apôtre, la loi est spirituelle, tt que Jésn Christ , qui est notre pâque, a <:ir immolé pour nous (Rom. AU, U : II Cor., VI, 71- Nous vous expliquerons demain, s il plaît à Dieu, le sens spirituel de tant de choses qui sont marquées dans la célébration de la Pâqne, décrite au livre de l'Exode (Exode, Xll, 3), ce que c'est que le dixième jour et le quatorzième; pourquoi l'immolation se faisait sur le soir; pourquoi un agneau d'un an, mâle et sans aucun défaut; de quel sang il fallait marquer les portes, comment inviter les voisins; pourquoi ces souliers et ces bâtons; ce que c'est que le levain, ou le pain sans levain. Et nous ne parlerons présentement que des choses qui ne doivent pas être découvertes aux catéchumènes, el dont il est nécessaire d'instruire les nom eaux baptisés. Dans celte Pâque de l'ancienne loi, ce temps d'ombres et de figures, il fallait tuer plusieurs agneaux, c'est-à-dire un en chaque maison, parce qu'un seul n'eût pas sulli pour tout le peuple, et que ce mystère n'était que la figure, et non pas la réalité de notre Sauveur; car l'image d'une chose n'en est pas la vérité; elle la représente seulement : de même que L'homme, qui est l'ail à l'image de Dieu, n'est pas véritablement Dieu, quoiqu'on lui donne quelque-lois ce nom par la seule raison de celle ressemblance; ce qui fait que n'y ayant qu'un Dieu par nature, il y en a plusieurs par représentation. Depuis donc que les ombres ont fait place à la vérité dans la loi où nous vivone, un seul (Agneau) est mort pour nous: et c'est le même dans chaque église qui. étant immole sur nos autels, nous nourrit dans le sacrement du pain et du vin, qui donnent la vie à ceux qui le croient (d'une \i\e foi , et qui sanctifie ceux-là mêmes qui le consacrent. C'est là (véritablement) la chair, i le sang de I Agneau; car c'est ce même pain vivant' descendu du ciel qui a dit : Le pain que je donnerai, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du monde Jean, 11. o, <>)• Son sang est aussi fort bien représente sous l'es-
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poce du vin, puisqu'on disant lui-mémo dans i Evangile : Je suis la véritable vigne (Jean, V , il), il fait assez entendre que tout le vin qu'on offre (sur l'autel) en mémoire de sa passion est son* sang. Et c'est à quoi pensait i le bienheureux patriarche Jacob lorsqu'il • prédit de Jésus-Christ qu'il laverait sa robe dans h vin, et son habit dans le sang de la ■grappe , parce que par son sang il devait un jour laver nos corps, qui sont comme les vêlements de nos âmes. C'est donc ce même Créateur et le Seigneur de toutes choses qui de la terre ayant formé du pain, fait ensuite de ce même pain son propre corps, parce qu'il le peut et qu'il l'a promis ; et c'est luimême aussi qui, ayant autrefois changé l'eau en vin , change maintenant le vin en son sang. Or nous devons comprendre par les paroles de l'Ecriture sainte de quelle manière il faut manger cet agneau. Vous n'en mangerez rien de cru ni de bouilli dans Veau; mais le tout sera rôti au feu, la tête même, les pieds et les entrailles (Exode, XII, 0). Il y a là deux sens spirituels, dont chacun fait entendre l'autre. Toute la «ainte Ecriture, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, ne regarde que le Fils de Dieu, «oit en promettant son avènement sur la terre, soit en nous avertissant qu'il y est déjà venu. D'où vient que Philippe ayant trouvé Jésus-Christ, dit ensuite à Nathanaël : Nous avons trouvé celui dont il est parlé dans la loi de Moïse et dans les prophéties , et c'est Jésus de Nazareth, le fils de Joseph (Jean, I, 45). En un mot, mes frères, c'est lui qui comprend toute l'ancienne et la nouvelle loi, et qui est lui-même l'âme de cette loi ; c'est lui qui a parlé par la bouche de Moïse, comme en effet il lui avait dit : Je dénouerai votre langue , et vous inspirerai tout ce que vous devez dire (Exode, IX, 12). C'est lui qui a parlé par les prophètes, selon ces paroles d'Isaïe : Me voici présent, moi qui parlais autrefois par les prophètes (Isdie, LU, 6). C'est lui qui parlait par les apôtres, ainsi que le marque saint Paul, quand il dit aux Corinthiens : Est-ce que vous voulez éprouver le pouvoir de Jésus-tC hrist , qui parle par ma bouche (II Cor., XHI, 2)? 11 ne faut donc pas manger crue la chair de cet Agneau immaculé, c'est-à-dire qu'il ne faut pas prendre superficiellement et à la lettre les paroles de Jésus-Christ, mais selon leur sens intérieur. 11 De faut pas qu'elles soient bouillies dans l'eau, c'est-à-dire qu'il ne les faut pas prendre amollies ou affaiblies par les vains discours de ceux dont les pensées toutes terrestres m- s élèvent jamais vers le ciel. Mais elles doivent être rôties au feu, c'est-à-Uire enflammées et animées par l'Esprit divin ; car Je propre du feu est de tendre en liant, d'où. vient que Jésus-Christ disait aux Juifs : Vous êtes d'ici-bas, mais pour moi je suis d'en haut (Jean, VIII, 23). Nous avons dit que les membres de l'Agneau de Dieu sont les livres sainls; et quand nous disons qu'il en faut prendre la léle avec les pieds et les entrailles, e est à-dire que par la téta nous entendons la Divinité qui esl attestée par tous les Péwon ..,, III,
évangelistes ; que les pieds marquent son incarnation arrivée sur la fin des temps , car les pieds sont les dernières parties du corps ; et que les entrailles signifient les mystères secrets de sa doctrine. Vous n'en garderez rien jusqu'au lendemain, dit la loi; vous ne briserez aucun de ses os , et s'il en reste quelque chose vous le réduirez en cendre (Exode, II, 16). Cela signifie que s'il y a quelque chose en ces mystères qui nous soit présentement incompréhensible et qui ne doive être révélé que le jour de la résurrection que nous attendons (selon ces paroles de saint Paul : Je n'ai présentement qu'une connaissance imparfaite de Dieu ; mais pour lors je le connaîtrai comme il me connaît luimême[\ Cor., XIII, 2]), il faut faire passer tout cela par le feu, c'est-à-dire qu'il le faut jeter dans le feu du Saint-Esprit, et consumer par l'ardeur d'une foi vive tout ce qui est impénétrable à la raison. Il est dit qu'on n'en brisera point les os (Exode, XII, 40), pour marquer qu'il ne faut pas affaiblir ni ébranler ce que l'Ecriture a de plus constant et déplus solide; mais le laisser en toute sa force, sous peine d'encourir la disgrâce de celui dont on aura brisé les os, comme il l'a fait entendre par ces paroles : Malheur à vous , docteurs de la loi, et pharisiens hypocrites, avec tout le soin que vous avez do payer la, dime de la menthe, de l'anct et du cumin, pendant que vous négligez ce qu'il y a dans la loi. de plus important, la foi, ta justice et la, miséricorde (Matlh., XXIII, 23). Ce sont là les os de l'Agneau. En un autre endroit, parlant aux mêmes gens : Vous anéantissez le commandement de Dira pour faire valoir vus traditions (Marc. VII, 9). L'Exode ajoute ensuite : Voici de quelle manière vous mangerez l'agneau. Vous aurez une ceinture sur les reins, des souliers aux pieds, et tirs bâtons à la main, et vous le mangerez à la hâte, car c'est la /nique du Seigneur (Exode, XII, 11). Pour les souliers et les bâtons, il y aurait trop de choses à dire; nous en parlerons ailleurs. Mais à l'égard de cette ceinture sur quoi je me suis fort étendu en d'autres occasions, j'en parlerai encore ici en peu de mots. Dieu dit à Jérémie : Ceignez vos reins, et allez dire au peuple, etc. (Jérém., 1, 17) ; et à Jacob : Mettez comme un homme, que vous êtes, une ceinture sur vos reins ; je vous interrogerai, et vous répondrez : Où étiez-vous lorsque je posais 1rs fondements de la terre? etc. (Job, XXXVIII, 3, k): et aux apôtres : Ayez une ceinture sur vos reins (Luc, XII, 25). Et l'on voit par l'exemple de saint Jean- Baptiste pourquoi cela est si fort recommandé, car il portait toujours une cein ture de cuir. L'Apôtre marque ce qu'on doit entendre par les reins , quand il dit que Lévi était eneore en ceux d'Abraham (llébr., VII , 10) , c'est-à-dire dans la race sacerdotale), quand Melchisédech vint au devant de ce, patriarche. Cette ceinture de euir autour des reins n'est donc autre chose que la mortification et l'anéantissement des vices. comme le cuir dont nous nous servons est toujours tiré d'une bêle morte. El si nous
(Trente.)
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voulons satisfaire à l'ordre de Dieu il faut ,-uissi que nous commencions par mortifier les passions el la cupidité, pour prendre ensuite le corps de Jésus*Chnst, qui s'est immolé pour
nous lorsque nous étions les esclaves du démon. C'est pour relu, dit l'Apôtre, que eluuan doit s'éprouver soi— même avant que de manger de ce pain et boire de ce breuvage (I Cor., XI). Quand on nous ordonne de le mania hâte, c'est pour nous apprendre à ne pas recevoir négligemment le sacrement du corps et du sang de Notrc-Seigneur, mais avec une avidité de gens véritablement pressée de la faim et de la soif de la justice : Heureux , dit Jésus-Christ, ceux qui sont affamés et altérés de Injustice, car ils seront rassasiés (Mattli. , "V, 6). L'Ecriture sainte conclut enfin dune manière admirable et très-digne des grandes choses qu'elle avait dites, lorsqu'elle finit par ces paroles : Car c'est la pàquc du Seigneur. O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu! car c'est, dit-elle, Pâque , c'est-à-dire le passage du Seigneur (Exode, XII, 11; Rom., XI, 33). Ne regardez donc plus (ce pain et ce vin) comme des choses terrestres. Jésus-Christ y est passé et les a rendues toutes divines en les faisant devenir son corps et son sang. C'est pourquoi nous devons observer particulièrement, en recevant ce mystère de la passion de Notre-Seigneur, ce que nous avons dit en général de la manière de manger l'agneau (pascal) , c'està-dire qu'il ne faut pas se rebuter comme les Juifs, en prenant celte chair et ce sang comme du sang tout cru ou de la chair toute crue, ni dire avec eux : Comment celui-ci nous peutil donner sa chair à manger ? Il ne faut non plus considérer ce sacrement comme une chose terrestre et commune ni le prendre avec un cœur charnel ; mais tenez pour très-assuré que par le feu du Saint-Esprit il est devenu tel que nous l'a dit Noire-Seigneur, et que ce que vous (y) recevez est le corps dece pain du ciel et le sang de cette vigne sacrée, puisqu'on présentant à ses disciples le pain et le vin qu'il avait consacrés, il leur dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang (Mattli., XXVI, 28). Croyons donc , je vous conjure, à celui à qui nous avons commencé de croire. La \ erité ne sait point mentir. Aussi dans ce grand étonnement où étaient les Juifs lorsqu'il leur parlait de manger son corps et de boire son sang, et comme ils disaient entre eux en murmurant : Voilà d'étranges paroles, et oui estce qui les peut souffrir (Jean. VI, 01 ) ? il ajouta aussitôt, pour effacer ces basses pensées où nous ne devons jamais entrer et pour les consumer par un feu du ciel : C'est l'esprit qui donne la vie, car la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous ai dites sont esprit et nie (Ibid.). C'est pour cela qu'il nous est ordonne de manger et sa tétc, qui marque son esaeiM e divine, et ses pieds, qui sont son humanité, d ses entrailles, qui sont (l'esprit de vie caché sous) ces mystères, et de croire également tout ce que nous avons appris là dessus) de la tradition . prenant bien garde à ne pas briser cet os si solide de l'agneau ic'esl-à-iiire «•elle grande vérité contenue en ce:, paroi.
Ï.N W(.l l.lnl I . 0.:0
Ceci est mon nci est mon sang). Qu s'il
reste encore quelque ch< lie expli-
cation, que quelqu'un de \ous n'ait |
n compris, il doit adievi r de le cousu par 1 ardeur de la loi : car noire Dit U feu qui consume, qui purifie, qui instruit et
qui é< l onnaissance
choses divines, et nous l'ait entendre les l .lises ei les raisons mêmes de ce sacrifice i leste établi par Jésus-Christ, à qui nom
vous rendre des actions de grâces éterui . d'un don si précieux ci si ineffabl véritable legs qu'il vous a laissé comme un gage de sa présence par son Nouveau I i ment, la nuit même qu il fut trahi pour être livré à la mort. C'est là le viatique qui nous nourrit et qui nous soutient dans le coin celle vie (mortelle, jusqu'à ce que nous retournions à lui-même au sortir de ce monde, après j avoir fait un bon usage de ces paroi s du même Seigneur : Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez p la vie en tous (Jean, VI, 54 . C'est ainsi (mil a voulu nous faire toujours ressentir l'effet de ses bontés, et que son précieux sang sanctifiât continuellement nos âmes par l'image de sa propre passion ; el c'est pour cela qu'aj avoir établi ses fidèles disciples les premiers prêtres de son Eglise, il leur ordonua de célébrer sans cesse ces mystères de la vie éternelle comme le doivent faire aussi nécessairement lous les prêtres dans toutes lesEgL du inonde, jusqu'au nouvel avènement de Jésus-Chrisl. afin que, tant les prêtres que tout le peuple fidèle, ayant tous les jours devant les yeux une image de la passion de JéjBUf- Christ, et la portant dans nos mains, et la rc- <e\ant même dans notre bouche el dans notre poitrine, nous ne perdions jamais le souvenir de notre rédemption, et que nous nous trouvions toujours munis d'un préservatif perpétuel et d'un remède assuré contre les poisons du démon, comme nous y exhorte le Saint-Esprit : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux (Ps. XXXIII , 8). Or, il y a deux raisons pour lesquelles Jésus— Christ nous ordonne d'offrir le sacrement de sou corps et de son sang sous les espèces du pam et du vin. Premièrement, comme col agneau de Dieu était sans tache, il veut aussi qu'un peuple pur sacrilie une hostie pure et immaculée, où il ne soit point besoin de sang ni de bouillon ou jus de viandes, ni de cuisson, el dont l'offrande soit toujours preste et i cile ; en second lieu, comme il faut que le pain soit composé de plusieurs grains de in ment réduits en farine, pétris avec l'eau et cuits par le feu, c'est avec beaucoup de raison que l'on conçoit dans celle matière la figure du corps de Jcsus-i.lii isl. que nous vous être un corps forme et, pour ainsi dire, pelri de toute la multitude du genre humain, el qui reçoit sa perfection par le l'eu du Sainl- ËSprit; car il est ne de cet Esprit saint qui descendit sur lui sous la figure d'une colom lie. et c'est ainsi qu'il sortit du Jourdain, selon celle parole de l'Evangile : Jéstu rtmfi du Saint-I'sprit | Luc, IV, 1. El parce qu il pot qu'il accomplit toute jusi