CHAPITRE IX
Examinons encore lequel est le plus excellent, ou de ce pain des anges, ou de la chair de Jésus-Christ, qui est le corps même de celui quiestlavie; de la manne qui tombait du ciel, ou du corps qui vient d'au-dessus du ciel ; de la manne des cieux, ou du corps du Seigneur des cieux. La première était sujette à se corrompre, quand on la gardait plus d'un jour ; et ce corps est tellement incapable de toute corruption , qu'il en préserve même tous ceux qui le mangent saintement. L'eau coula d'un rocher en faveur des Juifs ; et le sang de Jésus-Christ même coule pour nous. Cette, eau les désaltéra pour un temps; ce sang vous lave et vous purifie pour toujours. Le Juif boit, et la soif lui revient; mais quand vous aurez bu, vous voilà désaltéré pour jamais. Aussi dans le breuvage et dans la nourriture dont nous parlons, nous avons la vérité, dont toute cette nourriture et ce breuvage de l'ancienne loi, n'étaient quedes figures et des ombres. Mais si vous admirez ce qui n'est qu'une ombre, que devez-vous penser de la chose dont la seule figure vous paraît si admirable? El pour vous montrer que tout ce qui se faisait à l'égard de nos pères, n'était que des sjmbolcscl des ombres, écoutez ces paroles de l'Apôtre ; Jls buvaient tous de l'eau de la pierre qui les suivait, et Jésus-Christ était cette pierre ; et cependant il y en eut peu d'entre eux qui fussent agréables à Dieu, puisqu'ils moururent presque tous dans le désert (ïCor.,\, h). Tout cela n'était donc que des figures pour nous; et ce que vous voyez ici est d'autant au-dessus, que la lumière l'emporte sur l'ombre, que la vérité surpasse la figure et qu'il y a de disproportion de la manne du ciel au corps du Créateur du ciel. Vous me demanderez peut-être, comment je puis vous assurer que ce que vous recevez, est le corps de Jésus-Christ, puisque vous voyez tout autre chose? C'est ce qui nous reste maintenant à prouver. Et comble* ne trouverais-je point d'exemples pour faire voirque ce qu'on reçoitàl'autel, n'est point ce que la nature a formé, mais ce qui a été consacré par la bénédiction; et que la force de la bénédiction l'emporte d'autant sur celle de la nature, que la nature est elle-même changée et transformée par la bénédiction. Moïse tenait un bâton à la main, il le jette par terre, et ce bâton devient un serpent (Exode, IV, 4). Il prend ce serpent par la queue, et ce serpent redevient aussitôt un Bâton. Voilà donc la nature et du bâton el du serpent changée par le pouvoir que Dieu avait donné à ce prophète (Ex., VII, 20). Les fleuves d'Egj pte coulant dans leur pureté naturelle, on ne vil tout d'un coup que des rivières de sani;, et tout mourait de soif. Mais;) la prière du prophète tout ce sang disparaît, elles eaux reprennent leur nature. Le peuple jnif se trouvant réduit à l'extrémité, poursuivi d'un côté par les Egyptiens (Ex., XIV, 21), et de l'autre arrêté par la mer, Moïse ne fait
que lever son bâton, et voilà que les eaux se séparent, et se soutenant comme un mur à droite et à gauche, leur ouvrent un chemin. Le Jourdain tout de même remonte quelque temps après contre sa source pour leur donner passage (Josué, III, 24; Ps. CXIII, 3). Qui ne voit dans l'un et dans l'autre un renversement étonnant de l'ordre de la nature? Quand le peuple se plaignit delà soif qui le pressait, Moïse n'eut qu'à donner un coup de baguette sur un rocher, et il en fit une source d'eau (Nomb., XX, 11). N'était-ce pas là une opération de la grâce audessus de la nalure, que de tirer de l'eau d'une pierre, qui n'avait que de l'aridité? L'eau de la fontaine de Mara était si amère, qu'il n'y avait pas moyen d'en boire; mais un peu de bois que Moïse y jeta, en ôta toute l'amertume ( Exode, XV, 23). Ne fut-ce pas encore une victoire de la grâce sur la nature? Du temps d'Elisée, le fils d'un prophète ayant laissé tomber dans l'eau le fer de sa coignée, Elisée n'eut pas plus tôt jeté un morceau de bois dans le fleuve, que ce fer revint et nagea sur l'eau contre tout l'ordre de la nature, qui veut que les choses plus pesantes que l'eau aillent à fond ( IV, des Rois, VI, 5). Nous voyons partout la grâce maîtresse de la nature. Mais ce n'est encore jusqu'ici que la grâce de la bénédiction d'un prophète. Et si la simple bénédiction d'un homme a eu assez de force pour transformer la nature, que dirons-nous d'une consécration, où les paroles mêmes du Sauveur opèrent tout ce qui s'y fait? car ce sacrement que vous recevez, est formé par les propres paroles de Jésus-Christ. Et si celles d'Elie ont bien pu faire descendre le feu du ciel, Jésus-Christ ne pourra-t-il point changer par les siennes la nature des choses créées? Vous avez lu dans l'histoire de la création du monde, que Dieu n'a eu qu'à parler, et qu'aussitôt les chosesont été faites; qu'il a commandé, et elles ont reçu l'être (Ps. XXXII, 9). Et si la parole de Jésus-Christ a pu faire de rien ce qui n'était point encore; pourquoi ne pourrait-il pas aussi changer la nature de ce qui est déjà, puisqu'il n'est pas plus aisé de donner l'être aux choses, que de changer celui qu'elles ont? Mais à quoi bon nous servir de raisonnements, quand nous avons Tes exemples mêmes que Dieu nous fournit, et qu'il nous est si facile d'établir la vérité de ce mystère par celui de l'incarnation du Sauveur? La naissance que Jésus-Christ a prise de Marie a-l-elle suivi l'usage ordinaire de la nature? On voit bien que non, puisque l'homme n'y a eu aucune part; et rien n'est plus contre l'ordre de la nature, que de voir une vierge être mère. Cependant le corps que nous consacrons est le même qui est né de la sainte Vierge. Pourquoi cherchez-vous donc l'ordre de la nature pour la production du corps de Jésus-Christ dans ce sacrement, puisqu'il n'est pas moins contre cet ordre, qu'il soit lui-même né d'une vierge? C'est la véritable chair de Jésus- Christ qui a été mise en croix, qui a clé ensevelie; c'est donc aussi dans la vérité le sacrement de sa chair. Jésus-Christ dit lui'
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mi ■ i h»- : Ceci est mon corps. Le sacrement ne
s'appelle que pain avant la bénédiction qui
lait par ces divines paroles ; niais après la consécration, il est nommé corpi de Jesus- CbrisL H dit aussi du vin, ceci elt mon tmng. Et ce n'est pas ainsi qu'on le nomme avant la consécration ; mais après la consécration on l'appelle sang de Jésus-Christ. El VOUS répondez, Amta, c'est-à-dire il est \rai. Croyez-le donc comme vous le dites, et que mis sentiments s'accordent à vos paroles. Jésus-Christ nourrit son Eglise par les sacrements qui fortifient la substance de notre âme; et c'est en vue de ce continuel accroissement de sa grâce, qu'il dit à celle chaste épouse: Que votre sein est agréable, ma saur et mon épouse t que le vin Va embelli! l'odeur de vos habits surpasse tous les parfums, le miel distille de vos lèvres ; mon épouse, votre langue est trempée de miel et détail. L'odeur de vos vêtements ne cède pas aux cèdres du Liban. Vous êtes un jardin fermé, et une fontaine scellée (Can t., IV, 10). Par où il vous apprend, que vous devez conserver ce mystère en vousmême arec un grand soin, de peur de le profaner par de mauvaises actions, ou par la perte de la chasteté ; pour ne le pas communiquer à ceux qui en sont indignes, et par une indiscrète légèreté en publier les secrets devant les infidèles. Veillez donc sans cesse à soutenir et fortifier votre foi, et que la pureté de votre vie ni la fidélité de votre secret, ne reçoivent jamais la moindre atteinte. C'est pour cela que l'Eglise, voulant cacher la grandeur de ses mystères, parle en termes figurés, quand elle'tâche d'écarter les orages et les tempêtes, et d'attirer la douceur du printemps. Et parce qu'elle sait que son jardin est toujours agréable à son époux, voici comme elles'cn exprime dans lec. IV du Cantique : Levez-vous, aquilon, venez, vents du midi, soufflez sur tout mon jardin, et que mes parfums se répandent de toutes parts. Que mon bien-aimé descende en son jardin pour y manger de ses fruits (Cant., IV, 16). Car ce jardin est planté d'arbres excellents et d'une grande fertilité; parce que leurs racines sont toujours arrosées de la fontaine sacrée qui, renouvelant sans cesse leur fécondité, ne les laisse jamais manquer de fruits. De sorte qu'il n'est pas à craindre pour eux, que le prophète y porte la coignée, puisqu'ils sont toujours dans l'abondance que demande l'Evangile. C'est dans la joie que le Seigneur a de celte abondance, qu'il répond : Je suis entré dans mon jardin, ma sœur et mon épouse; j'y ai recueillixina myrrhe cl mes parfums, j'ai mangé mon pain et mon miel, j'ai bu mon lait etmon vin{(Jant., V, 1). Les fidèles entendent assez ce que c'est que ce pain et que ce vin. Et il est certain du reste, qu'il mange et qu'il boit en nous, comme on vous a lu que c'est en nous qu'il dira s'être vu prisonnier. Aussi l'Eglise, ravie de joie pour tant de grâces, appelle ses enfants et ses proches, et les invite à s'approcher à l'envi de ce sacrement. Venez, dit-elle, met proches, cnivrcz-roii*. tues frères (Jbid.). Et si vous voulez savoir M que c'est que celte viande cl ce breuvage
qp'elle non- présente ap prenez-le du prophète, à qui Le Saint I ipril nu i ces par. en la bouche : Goûtez et vouez combien le Seigneur < •/ doua ; heun u > \ homme nui met m lut toute $o toujkm ■ i> \ \ \m. 8). Jésof-Ghriai est tanj rement, puisque
son corps y e*t Ct n'est don. pas une nourriture corporelle, mais spirituelle, ce qui (ail dire à l'Apôtre, en parlant méuM de 08 qui n en .(ait que la figure, que *MflèYu mangé unewanà "lie <i bu un I
spirituel ,1 0,r., 4, 3); car le corps d un Dieu ne saurait élre qu'un corps spirituel. Le corps de Jésus-Christ est le corps d un Esprit <li vin, parce que Jésus-Chris! est esprit, selon ces paroles de l'Ecriture : Le Ckrut, .\otre-Seiejneur , est un lispril qui ■ i va devant nous Lam., Jér., IV. -lu et comme il est dit dans saint Pierre : J, Christ est „,ort pour nout 1 Fier., II. ai, ,t III, 18y. Enfin c'est là celle nourriture qui, selon le prophète, fortifie nos cœurs ; et c'est là le breuvage qui réjouit le cœur de l'homme {Ps. CIII, 16). Ne doutons plu*. B| l'avoirreçu,quenous ne soyons véritablement régénérés; qu'il ne nous vienne seulement pas dans l'esprit de demande! (.miment .elle régénération s'est faite, et si nous sommes rentrés dans les entrailles de non mères pour y prendre une nouvelle vie, ni de dire que nous ne reconnaissons rien là de naturel; car il ne faut point chercher l'ordre de la nature, où lout se fait par la grâce. Et pourquoi voudrions-nous que la nature eût part à la régénération, nous qui reconnaissons qu'elle n'en a point eu à la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en ne doutant point qu'il ne soit né d une vierge ? car c'est du Saint-Esprit seul que cette sainte Vierge a conçu son Eils dans ses entrailles, comme il est porlé dans l'Evangile (Matth.J, 20). Et s'il est vrai que le Saint-Esprit, survenant en Marie, lui a fait concevoir Jésus-Christ par la seule opération de la grâce, il ne faut pas douter aussi que, survenant aux eaux du baptême, ou dans celui qui le reçoit, il n'y opère une véritable régénération.