CHAPITRE XIII
MINISTRES
Cela , Sire , nous a obligés ù y répondre : car cette confession ayant clé faite pour informer vos souverains de notre croyance, et pour cet effet présentée au roi Henry II , votre
prédécesseur , nous tirons cru que lu défense île cette même confession devait être adressée à son successeur, en présence duquel elle a été calomniée. Plût éi Dieu qu'il nous fût permis de proposer nos défenses de notre bouche en présence de Y . M. et de pouvoir en public, et ru présence du roi que Dieu nous a donné , maintenir la vérité de V Evangile contre ceux qui la diffament : chose, Sire , que vous devez désirer aussi. Car voyant une dissension, entre vos sujets sur le point de la religion, <ju'n a-t-i! de plus nécessaire que celui qui est le père commun de tous, sache en quoi (fît le différend et quel est le fond de ce procès? Et que pour cet effet il vienne éi la source et sache quelle a été la religion chrétienne en son, origine? Car celui qui, établi en la terre pour faire que Dieu soit servi, doit savoir exactement la règle du service de Dieu : celui qui en sa charge représente la royauté de Dieu, doit >u ses actions imiter sa justice. Or quel moyen *U ce faire, sans connaître la règle souveraine. de justice , qui est la parole de Dieu? Itonl aussi Dieu commande au.r rois d'avoir toujours diront soi le livre de la loi, pour y lire tous les jours de leur vie. Que s'ils se laissent bander les yeux, et se contenter de suivre sans voir le chemin, les papes et prélats ont beau i'eu pour accommoder la religion à leur profit, et bâtir leur yran<leur de lu ruine de l'Evangile : car aujourd'hui lu religion est changée en trafic, et ces messieurs ont trouvé des règles de pieté qui pincent non seulement sur les vivants , mats aussi sur les morts. Ce n'est à autre fin , Sire , que le pape depuis quelques siècles a empêché (pie les rois, VOS prédécesseurs ne vissent l'Ecriture sainte, sinon pour ce que son empire est fondé sur l'ignorance de la parole de Dieu. Jamais on ne l'eût laissé s'accroître au.r dépens de la grandeur de nos rois, s'il n'eût travaillé à la faveur d'un siècle ténébreux, auquel peu de gens reconnaissaient son dessein. Il n'eût pu se rendre jui/e souverain n'es points de la foi. si le peuple eût m (levant ses yeux lu règle de la foi , que Dieu vieça a prononcé de sa bouche.
ni i'i,wi
A quiconque; est faible et a peur, c'est une
grande ruse de taire le hardi et Feindre a\<»ir courage et force. Vous faîtes bonne mine 1 1
parle/ hardiment, pour faire croire que nous
avez grande envie de comparaître devant le roi, pour maintenir en >a présence et eu public, la vérité de votre nouvel Evangile, vos
paroles qui ne sonnent autre chose qu'un défi, par lequel vous appelez tout le clergé de France à une dispute publique, nie font souvenir de ce troyen , duquel il est dit dans Homère (Iliad.i), qu'il provoquait hardiment au combat, quoique lorsqu'il était venu aux mains , il eût besoin d'une nuée pour cacher sa fuite et couvrir sa honte.
I! nous serait aisé, si nous voulions, de vous refuser le combat sans que vous pussiez en tirer avantage, ou vous en plaindre, puisque Luther soutient qu'il ne faut point disputer contre ceux qui renouvellent les hérésies qui autrefois ont été condamnées. Mais nous ne serons pas si rigoureux, l'Eglise gallicane ayant , par la grâce de Dieu , quantité de prélats , entre lesquels je suis le moindre, et un nombre infini de docteurs , qui feront paraître en toutes occasions la vérité de sa doctrine et la vanité de \os erreurs : l'ombre seule de ce grand cardinal vous défera toujours , pour la même raison que l'image d'Alexandre fit trembler celui qui autrefois avait été mal traité par sa propre personne.
N'est-ce pas une pure flatterie de convier le roi à connaître des différends de la religion ? Voulez-vous que les princes s'attribuent l'autorité de juge en telles causes? Si vous le voulez, vos frères ne le veulent pas . les princes n'ont point cette prétention , les saints pères témoignent qu'ils y seraient mal fondés, et l'Ecriture nous l'enseigne.
Oue vos frères ne le veuillent pas , ils en rendront témoignage eux-mêmes : Les princes, dit Bèzc (1) , assistent aux synodes , non pour régner, mais pour servir ; non pour faire des lois , mais pour proposer celles qui , selon lu parole de Dieu, seront expliquées par la bouche des ministres, afin d'être gardées jmr eux et par le peuple. I.r prince, dit Junius (2), ne connaît, ni ne peut connaître en vertu de sa charge, du sens de lu foi. Nous disons, dit Wilakerns (3), que les différends ecclésiastiques doivent être vidés par le ministre , en vertu de la loi. Et en un autre endroit : Je répons </uc Martin défère à V Eglise le jugement touchant les points de doctrine et qu'il ne l'attribue
(1) Beza in confess. c. 5. ar. 15. Principes Synodo iniersinl non nt régnent, sed ni sentant, non M leges ((Million, sed ut es Dei \erbo per os ministrorum explicatas ei silti ci alhs observnndM pvopoMat.
(î) Controv. 5. lil». u. cap- 18. de sensu Mei nec cognoscit princeps, nec cognoscere officia principal! polesu
(5) Conir. 1. q. 5. c. i. Dicimus liles ecclesiasiicas decernendas esse ei lege divins per ministrum. hem cap. l). Respondeo IfsrUnum Ecdesàe vindictre judicium de génère docirinx non concédera Iragew loi i , clc.
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI
point à V empereur : et qui est-ce qui nie que ce jugement appartienne aux évêques.
Que les princes ne prétendent pas de s'établir juges es choses de la foi (1), l'empereur Valentinien le justifie par ces mots. Il ne ni est pas permis à moi qui suis de la condition du peuple , d'éplucher telles choses, elles sont commises au soin des prêtres. Il ne m'appartient pas, dit-il, au rapport de S. Ambroise (2) , de juger les différends qui sont entre les évêques. C'est aussi ce que veut l'empereur Basile , lorsque parlant aux laïques (3), il dit : Il ne vous est permis en aucune façon de parler des causes ecclésiastiques; c'est aux patriarches, aux pontifes et aux prêtres, à qui le régime et les clés de l'Eglise appartiennent, à en prendre connaissance et non à nous qui devons être peus, santifiés , liés ou déliés. C'est aussi ce que veut Constantin au concile de Nice, Gratien au concile d'Aquilée, Théodosc le Jeune au concile d'Ephèse , et plusieurs autres empereurs en diverses occasions. En considération de quoi (k) saint Grégoire dit : Nous savons que nos seigneurs très-pieux ne se mêlent des affaires des prêtres.
Que les pères témoignent que les princes seraient mal fondés en cette prétention (5) , S. Alhanase en fait foi : Depuis, Ait-\\, la création du monde , en quel temps a-t-on ouï que le jugement de l'Eglise ait reçu son autorité de l'empereur? Plusieurs synodes ont été célébrés, plusieurs jugements de l'Eglise sont intervenus, mais ni les pères n'ont voulu persuader telles choses au prince , ni le prince ne s'est montré curieux es causes ecclésiastiques. Et par après (6) : Qui est celui qui le voyant , il parle de Constantius empereur arrien , se faire prince des évêques, en ordonnant et présidant aux jugements ecclésiastiques, ne dira point avec raison qu'il est la désolation de l'abomination prédite par Daniel ? S. Ambroisc fait le môme lors qu'écrivant à Valentinien le jeune, qui corrompu parles arriens voulait connaître de la foi, il use de ces mots (7) : Si nous rappelons la suite des Ecri-
(1) Apml Sozom. 1. vi. c. 7. Mihi qui suffi de soric pltibis, fas non est talia perscralari, sacerdolibus isla curas smit.
Ci) Epist. Non est meum judicare inter episcopos.
(5) lu S. synodo nullo modo vobis licet de ecclesiasticis causis sermonem movere, b;cc investigare et quxrere patriarcharum , pontifleum et sacerddtum est, qui regiminis officium sorlili sont, et ccclesiasticas adepli snni claves, non noslruni qui pasci debenms, etc.
(4) L. v. Epist. 25. sciinus piissimos dominos sacerdolalibus uegoliis non se immisecre.
(5) Epist. ad solilar. vilam agentes. Quando a condito a:vo auditiim est qiiod judicium Eeclesine auctorilalem suam ab impcralore accepit? Plurima; antoa synodi fuere , mulia judicia Ecclesiae habita sunt, sed neq; patres isliusmodi res principi persuadere coriati sunt, nec princeps se in ccclesiasticiis causis curiosum priebuit.
(6) Quis videos eum in decernendo, principem se facerc episcoporum et pnesidere judiciis ecclesiasticis, non merito dicat eum iilam ipsam desolationcin esse (pm a Danîele prsodiciaest?
(7) Ambros. I. u. Episl. 15. Si vel scripturariiro scricm divinaruin vel vêlera icmpora rctiaclcuius,
tures et des temps qui se sont passés, qui niera qu'es causes de la foi , es causes , dis-jc , de la foi , les évêques aient accoutumé de juger des empereurs chrétiens et non les empereurs des évêques? Avec l'aide de Dieu, ajoule-t-il , le temps te rendra plus mûr , et lors tu jugeras quel est l'évêque qui soumet aux laïques le droit sacerdotal. S'il faut conférer de la foi, les prêtres doivent faire cette conférence, ainsi qu'ils firent sous Constantin, prince d'auguste mémoire : qu'y a-t-il de plus honorable à l'empereur, que d'être dit fils de l'Eglise?
Que l'Ecriture sainte enseigne ce que nous venons de montrer par les pères, les punitions arrivées à ceux qui ont voulu mettre la main à l'encensoir le justifient. Qui plus est ( Agg. , II , 12 ), elle n'enjoindrait pas de demander aux prêtres ce qui touche la loi sans faire mention des rois, si l'un était permis comme l'autre (II Paralipom., XIX) : elle ne dirait pas qu'Amarias, prêtre et pontife, présidera aux choses qui appartiennent à Dieu, et Zabadias en celles qui concernent les rois, si ces juridictions n'étaient distinctes (Ephès., IV, 11). Enfin S. Paul , faisant une énumération de ceux qui ont pouvoir en l'Eglise, n'eût pas nommé les apôtres, les prophètes, les évangélistes, pasteurs et docteurs, sans faire mention des rois , si leur puissance s'y fût étendue.
Je passe outre : supposé que le roi pût connaître de telles causes , désireriez-vous qu'il prît connaissance de la vôtre pour acquiescer à son jugement? Tout ainsi que les donatistes, qui appelèrent devant Constantin, acquiescèrent au sien : pour y acquiescer s'il vous favorise, pour n'y pas déférer, s'il est contre vous. Dieu, (dit un de vos principaux auteurs (1) qui, en cela, suit les donatistes), s'est réservé le jugement de la religion à lui seul, et ne l'a accorde à aucun de tous les hommes. Pourquoi donc voulez-vous que le roi en connaisse?
Mais voyons si vous avez si grande envie d'entrer en lice comme vous en faites semblant. Personne ne le croira, à mon avis, puisqu'on ne peut juger que celui qui ne veut s'accorder des armes qui sont ordinairement aux combats, ait désir de combattre, quoiqu'il le public hautement, et qu'il n'y a personne qui ne reconnaisse qu'en rejetant 1 autorité de l'Eglise, des pères, des conciles et des traditions, vous refusez les armes ordinaires aux conférences de la foi.
Vous direz sans doute que vous admettez l'Ecriture. Nous la recevons très-volontiers, non pas comme elle se trouve en vos mains,
quis abîmai in causa, inquain , fidoi episcopos solere de imperatoribus christiania non impcraiores de episcopis judicare! Eris, Deo favente, cliam seneelulis inalurilale provcciior, et lune de hoc eensebis qnalis ille episcopus sit qui laicisjus sacerdotale subsleruit, si conferendum do fide , sacerdolum débet esse isia collalio sicul factum est sub Conslanlino augusUc mémorise principe. Et Tract, de Basil, non (r>dend. Quid honorifleenlius quant ut imperator Ecclesix filins esse dieatm !
(t) Wilaker. conlr. 1. q. 5. c. i. Judicium sibi Dcus rcsci vavit, nulli boiuiuuin oermisit.
DÉMONSTRATION fiVANGÊLfQUE.
c*cst-à-(lirc une Ecriture non authentique, une Kcriture muliléc, corrompue, interprétée
à votre lèle, et le plus souvent à contresens : mais l'Ecriture prêchéc et interprétée
par lT'^lise, colonne et firmament de vérité, qui nous doit garantir d'erreur. Oui pourrait Souffrir celui qui, en matière civile, sur une difficulté importante, se voudrait tenir seulement aux textes des lois écrites et rejeter l'explication des docteurs, la foi de l'histoire, la pratique et le commun usage, enfin l'au45rilé des juges, qui sont établis pour rendra la justice à tout le monde? Mais qui ne jugerait encore plus insupportable celui qui, ne recevant que les lois écrites, rejetterait celles qui seraient directement contre lui, et interpréterait les autres à sa fantaisie? Voilà les termes auxquels vous êtes, par lesquels il paraît bien qu'encore que vous témoignez désirer les conférences, vous les fuyez en effet, vous contentant d'avoir lieu de semer parmi les vôtres, que vous vous y êtes offerts, leur taisant cependant que vous en refusez les conditions justes et raisonnables, et estimant quece vousestassez défaire de petitsécrits qui ne décident aucune chose et n'ont autre force que de paraître en un faux jour, et plaire à ceux qui se plaisent à entendre vomir des calomnies contre l'Eglise.
C'est ce que vous faites en disant que la religion catholique est changée en trafic et que les prélats pincent les vivants et les morts.
Est-ce pincer les morts que de faire ce dont nous voyons la pratique en la primitive Eglise, du temps de Tertullien (1), S. Cyprien (2) et autres, et dont le contraire est condamné au rapport de S. Augustin et d'Epiphane (August., hœr^ LUI, Epiph. Iiwr. LXV) comme hérésie en la personne d'Aèrius ?
Comme votre créance est semblable à celle des anciens hérésiarques condamnés de l'Eglise, aussi votre procédé se rapporte-t-il au leur : puisque les manichéens reprochaient à S. Augustin, à Vigilance et à S. Jérôme qu'ils défendaient la foi de l'Eglise catholique pour leur intérêt, qu'est-ce que vous nous objectez maintenant ?
Les prélats ne pincent ni les vivants ni les morts, mais ils aident grandement les uns et les autres, et vous les traitez mal tous deux. Ils aident les vivants par les instructions et par les sacrements, les vivants cl les morts par prières et par sacrifices, au lieu que vous négligez du tout les morts, cl que le soin que vous avez des vivants n'a autre effet que la mort de leurs âmes.
Vous dites que le pape, depuis quelques siècles, a empêché que les rois Vissent l'Ecrilurc : où en esl la défense ï Les papes seront toujours très-aises que les rois qui goû-
(1) Tertull. I. de cor. mil. c .">. Oblaliones pro defunciis, pro nàtalilùs annua die tannins. Uetn I. de Monoga. Pro anima cjus offeral annuis Aiebus.
(2) Cyprian. Epist. GO. Referl, ut si cjuis frater Clericum iiiioiejii nominasset non onerretur pro eo, nec sacriflcium pro dormisaiione ejus celebrarelur.
teront les lettres et aimeront la lecture, la lisent exactement. Etant sur, qu'assistés de gens doctes, capables de la leur expliquer, ils connaîtront clairement que l'empire de l'Église n'est pas fonde sur l'ignorance de la parole de Dieu, connue vous dites, mais bien votre religion sur les corruptions et matiinterprétalii troïe :
et, de plus, que le pape ne s'est point fait souverain juge de la loi, mais que Dieu l'a rendu tel ai i son Eglise, colonne et firmament de vérité, ayant l'ait S. Pierre la pierre sur laquelle elle esl fondée.
Et de fait, S. Jérôme laisse-t-il, pour savoir parfaitement les Ecritures fi], de supplier le pape Damase d'ordonner s'il faut dire en la Trinité une ou trois hypostases, professant tenir pour article de foi ce qu'il arrêtera ? S. Bernard n'avait-il pas l'Ecriture devant les yeux (2) quand il écrit au pape Innocent II qu'il faut déférera son apostolat tous les périls et les scandales qui arrivent au royaume de Dieu, et principalement les choses qui concernent la foi ? l'Ecriture était-elle inconnue à l'empereur Justinien (3), lorsqu'eu l'épître au pape Jean II il dit : Sous ne souffrons pus que votre sainteté, qui est chef de toute- les églises, n'ait cannai- • tout
ce qui appartient à l'état d'icelles ? Pourquoi les conciles généraux ('*), célébrés en l'ancienne Eglise,- demandent-Us au pape ta confirmation de leurs décrets, s'ils ne reconnaissent par les saintes Lettres qu'ils y sont obligés? l'Ecriture n'était-elle point aux églises d'Orient et d'Occident quand, au rapport de S. Jérôme (5), les consultations s\ nodales de ces deux parties du monde étaient rapportées au pape Damase pour recevoir son approbation ? Les rois ne trouveront rien en l'Ecriture que votre condamnation ; cl, s'ils jettent les yeux sur l'histoire, ils verront que les papes, que vous représentez élevés au préjudice de ce royaume, ne l'ont pas peu favorisé, et que si quelqu'un s'est élevé au préjudice de la France grandement catholique et aux dépens de la grandeur des rois très-chrétiens, c'est vous, messieurs qui, ennemis de l'Eglise catholique, de la religion de Jésus-Christ, vrais enfants de ténèbres, avez pris naissance et croissance à la faveur de leur obscurité.
(I) Epist. 57. ad ttamase. Discernilc, si placer, obsecro, non limebo ter hypostases dicere, si jubciis condalor m>va posl Nicsnam Odes.
(-2i Epist. 190. Oportel ad vestrtim referre apnsto. la1 uni peiieula qiiœque et scanda la emergenlta in regno Dei, et prxscrtiin quœ de fide contingunt.
(ô) Nec enim palinuir qiiicqtiam quod ad ecclosiasticiiin staluin pertinet, quod non etiam restrs innolescai sanclitalf , qtiae caput est omnium stnctaruni ccclesionun.
I | Consianlinop. ex Théodore! I. v. c. 9 Socr. I. h. c. t3. Chalc.nct. 16. Nicœnum, niait Feln. S. epist. i. et Socrat. I. u.c. 13. Canon ecclesiastfcuS »etat ne décréta ahsque Bententia episcopi romanx Ecdeslae sancianlur.
(5) Hieronim. Epist. it.
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI CHAPITRE XIV
MINISTRES
La méconnaissance de ces choses a attiré depuis plusieurs années beaucoup de maux sur la France, et l'a rendue un théâtre sur lequel se sont jouées des tragédies sanglantes. Dieu punissant le mépris de sa parole et l'oppression de ses enfants. La maturité de votre esprit Sire , au printemps de votre âge , et les avancements es vertus royales et chrétiennes qui se voient en votre Majesté, nous font espérer sous votre règne un siècle plus heureux ; Dieu qui vous a donné à la France en sa bénédiction, vous conservera par sa providence et affermira votre sceptre entre vos mains, le faisant servir à l'établissement du royaume de son Fils, qui est le Roi des rois. En sorte que Dieu régnant par vous, règne aussi en vous, afin que finalement vous régniez avec lui. Que si les suggestions contraires empêchent que nos humbles prières ne soient reçues de votre Majesté avec le succès que nous désirons, si ne laisseronsnous, tant que Dieu nous donnera vie, d'instruire vos peuples à obéissance et fidélité envers votre Majesté , et prierons Dieu pour la conservation de votre personne et prospérité de votre royaume, comme doivent ceux qui sont.
RÉPONSE
Ce n'est pas de cette heure que ceux qui professent une fausse créance ( 1 ) estiment que les maux qui arrivent en leur temps viennent du mépris de leurs erreurs, puisque Tertullien, Arnobe, S. Cyprien, S. Augustin et plusieurs autres témoignent que les païens imputaient tous les maux qui arrivaient en leur temps à l'état qu'on faisait de la religion chrétienne, au mépris de la leur. En cela vous imitez ces anciens païens : et à la vérité, puisque la fin couronne l'œuvre, il était raisonnable que votre écrit, qui est plein d'imitations des anciens hérétiques condamnés par l'Eglise, fût couronné de l'imitation des païens, condamnés par toutes les sociétés chrétiennes.
Si les misères de la France procédaient du mépris qu'elle fait de votre religion , elle n'eût pas fleuri du temps des Albigeois, que vous reconnaissez pour vos frères, puisqu'elle les poursuivait à guerre ouverte. Et sans doute elle eût été comblée de misères sous Pépin et Charlemagnc , qui honoraient religieusement les papes et l'Eglise romaine, au lieu que jamais elle n'a été plus florissante que sous leur règne. Davantage l'Italie et l'Espagne, où vos erreurs n'ont point de cours , d'où ceux qui les professent sont bannis, et où le saint-siége est autant honoré qu'en lieu du monde , devraient être du tout misérables. Ce que vous dites n'a point de fondement.
Il est bien vrai , et les (2) pères remarquent que la félicité temporelle suit la rcli-
(1) Terlull. in Apol. Arnobius 1. contra gentes. Cylirianus contra Dcmel. Aiig. I. n. Reirâ. c. 43. cl alii.
(2) Cyrillus Alex. 1. de reela lidc ad Thcodos. S.
gion ; mais ce n'est pas la vôtre , ains seulement celle qui nous a été laissée des apôtres, et qui s'est conservée jusqu'à présent eu l'Eglise romaine. C'est ce qui donne lieu à saint Ambroise de remarquer (Ambros. in proœmio l. de Spiritu Sancto ) , que tandis que Constantinople , nourrit le venin des arriens en ses entrailles , ses murailles furent toujours enlournées des armes de ses ennemis , et qu'après avoir embrassé la foi catholique , elle en fut délivrée ayee triomphe.
Les tragédies qui se sont jouées sur le théâtre de la France viennent non du mépris de votre religion , mais du mépris que ceux qui la professent ont fait de la loi de Dieu, de l'autorité de son Eglise, et de leur devoir envers les rois. L'hérésie a toujours causé de très-grandes misères en tous les états où elle a pris pied ; et les rois qui ont abandonné la foi de l'Eglise romaine, ont souvent été malheureux.
Christiern , roi de Danemark, premier roi imbu de vos erreurs , fut déposé de son royaume, mis en une cage de fer, enfin empoisonné, selon l'opinion du temps, comme j'ai dit ailleurs. L'électeur de Saxe, neveu du premier qui défendit Luther, fut fait prisonnier par l'empereur , condamné à mort, et depuis par commutation de peine perdit son électoral et la moitié de ses états. Son fils ensuite mourut en prison. Le landgrave de Hessen, qui soutenait la même cause, demeura longtemps prisonnier. De vingt-huit empereurs de Constantinople ( Histor. Imp. Orient ) , hérétiques , il y en a eu treize qui ont été tués. Des autres, les uns ont eu les yeux crevés, les autres ont été déposés, tous sont morts misérablement (Hist. Vandal).
De sept rois des Vandales prévenus des mêmes erreurs , trois ont été misérablement assassinés. De treize que les Visigots ont eus ( Annal. Jlisp. ) , douze sont morts violemment. De sept des Ostrogolhs, il n'y en a que deux, qui se soient exemptés du fil de l'épée de leurs ennemis (Hist. fiai.). De sept qui ont été en Lombardic , il n'y en a eu qu'un à qui on n'ait avancé les jours.
C'est chose claire que l'hérésie est la source de tous maux , et que qui quitte l'Eglisc romaine , est d'ordinaire suivi de misères et de malheurs. Et partant, ayant grande occasion de craindre , que vous n'en soyez accablés, si vous continuez en vos erreurs : pour vous en détourner, et vous ramener au giron de l'Eglise, après avoir satisfait à votre écrit, j'ai cru que je devais vous faire voir quelques raisons, qui obligeant tout le monde à haïr votre doctrine, vous donneront sujet de la quitter. J'en pourrais apporter grand nombre, mais je me contenterai de cinq qui justifient que votre créance est digne d'horreur, parce qu'elle introduit le schisme en l'Eglise , qu'elle fait revivre les anciennes hérésies condamnées dans les premiers siècles de l'Eglise ; qu'elle bannit toulo
Léo Episl. 25. Tlicodosius apud Niccpiior. lib. xiu. cap. 1.
vertu : introduit tout vice : et ne veut pas qu'aucune loi, soit de l'Eglise, soit des princes, puissent obliger en conscience.
La reliyton prétendue réformée est digne de haine, parce qu'elle fait schisme en l'Eglise.