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CHAPITRE XV

Puisque nous sommes divisés et séparés de communion , quoiqu'auparavant nous fussions unis en un corps, il est clair que vous ou nous avons fait schisme. Reste à voir qui est coupable de ce crime , dont je m'assure qu'au jugement de tout le monde et de votre propre conscience, vous demeurerez convaincus par des preuves irréprochables, puisque ce sont les mêmes avec lesquelles les pères ont autrefois convaincu ceux que vous-mêmes reconnaissez schismatiques

// apparaît , dit (1) saint Cyprien , parlant des novaliens , qu'ils sont séparés de Jésus- Christ et de son Evangile, parce que nous ne sommes pas sortis d'eux, mais eux de nous. Cœcilianus , dit (2) saint Optât contre les donatistes , ne s'est pas séparé de Majorinus , votre àieul , mais Majorinus , de Cœcilianus , et Cœcilianus ne s'est pas séparé de la chaire de saint Pierre, ou de saint Cyprien, mais Majorinus en la chaire duquel tu sieds ; chaire qui auparavant Majorinus n'avait point d'origine. Et par après, l'Eglise était une, auparavant qu'elle fût divisée par ceux qui vut ordonné Majorinus. Il faut voir maintenant qui est demeuré avec tout l'univers en sa créance et en son tronc, celui qui sied sur une chaire autre que celle qui était auparavant. Ces deux passages montrent que les novaliens el les donatistes ont été tenus pour schismatiques : et parce qu'ils se sont retirés des catholiques , non les catholiques d'eux, et parce qu'ils ont érigé une nouvelle chaire, et parce qu'ils ne sont pas demeurés avec l'univers, en la racine qui les a produits.

Or toutes ces choses vous conviennent, attendu que vous vous êtes retirés des catholiques , et non les catholiques de vous. Que vous avez dressé une chaire à Wittemberg et à Genève, qui n'était pas auparavant que vous fussiez; et que vous vous êtes séparés delà racine qui vous a produits, au lieu de demeurer avec l'univers en l'Eglise romaine qui vous a engendrés.

Que vous vous soyez retirés des catholiques, (3) vos propres confessions le jusli-

(1) L. de iniiialc, constat a Cbristo, etejns Evnngelio separari, non enim no» al) illis, sed illi a nobis exierunt.

(2) Lib. i. contra Farinent. Non enim Capcilianus oxivit a Majorino, sed Majorions a Caecilia.no. l.'na erM Lcclcsia amequam dividerelar an ordinaioribus Majorini : videndum est quis in indice cum loio orbe manserit, <inis calliedram sederit alieiain qu:e ante non fncni.

(3) Confess. Ilelvetica c. 16. Ecclesiae noslrx se a romans séparant. Luther in c. il. Gène. Nos sumus sancii apostats, defecimus enim M» anlichrisio el salanx ecclesia. Cal. ». lasiit, c. S. 5 (>. ab eorum

ÉVANGÉLIQUE. 1:il

fient : et il parait , en ce que vous ne sauriez nommer un seul (h-, premiers sectateurs de

Luther, qui n'ait été «les nôtres.

nue roua soyei vous-mêmes architecte! et

fondateurs de votre chaire, c'est chose < I tire : en ce que nul devant la venue de Luther ne connaissait à Wiltemberg, ni devant Farci et Calvin à «lenève, la chaire où votre doctrine se prêche: et que vous ne direz pas que ceux qui en ces lieux ont précédé ces personnages, y prêchassent ce que vous enseignez.

Que vous ne soyez pas demeurés en la racine qui vous a produits, il est manifeste, puisque vous n'êtes plus en l'Eglise romaine, OÙ vous avez pris naissance. Donc il est indubitable que les arguments de ces pères vous convainquent de schisme.

Et ne sert de dire que vous vous êtes retirés pour nos abus : car sans savoir pourquoi vous vous êtes retirés, il suffit de savoir que vous le soyez; n'y ayant aucune cause qui exemple de schisme une Eglise qui sort tout entière d'une autre. Cela paraît, en ce que l'Eglise n'ayant tiré son ôlrc d'autre que de Jésus-Christ endormi sur la croix, ainsi qu'Eve ne fut tirée que du côté d'Adam endormi dans le paradis; qu'ayant précédé toute fausse société chrétienne, ainsi que l'archétype précède ce qui est tiré sur lui ; qu'ayant été établie il y a seize cenls ans, avec promesse de perpétuité si assurée , qu'elle ne peut sortir de son primitif établissement , c'est-à-dire du corps premièrement institué par Jésus-Christ étant au monde; il n'y a personne qui ne reconnaisse qu'une Eglise, qui comme la vôtre, est depuis quelque temps sortie tout entière d'une autre société chrétienne , est au moins schismatique.

Aussi peu vous profitera-l-il de dire, que vous vous êtes retirés par force, l'Eglise vous y contraignant par son excommunication , puisque , comme j'ai dit . il suffit de savoir que vous vous êtes retires, sans en chercher la cause : et qu'en outre c'est chose claire, que l'Eglise romaine ne vous a jamais bannis de sa communion, qu'après que vous vous êtes séparés de sa créance. Ce qui se justifie, en ce que le pape n'excommunia Luther, qu'après qu'il eût prêt lie contre la foi de 1 Eglise romaine. Ainsi \ous demeurez atteints et convaincus de schisme, et vous ne sauriez vous en purger, comme de plus en plus je le ferai paraître.

(1) Saint Augustin dit à Pélilianus donatistc : Je t'objecte le crime de schisme , tu le nieras, et promptement je t'en convaincrai; car tu ne communiques pas avec tous les gens et les Eglises fondées par le labeur d<s apôtres. Si saint Augustin a convaincu lVtilianus de schisme, parce qu'il n'avait point de communication avec l'Eglise répandue par

ecclesia recessùnus.Elcap. G. § i. rinrhnw tract, de Eccles. c. 8.

(I) Lib. il. cent. lin. Petit, c. Ifl. Objicio schisnialis crime» quod tu negabis, ego auiem slaiim probabo, ncqtic eiilm rommnnicas omnibus geulibus ci il is aposloUco laborc fuudaus

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

tout l'univers, et fondée par les apôtres, pourrez-vous vous-mêmes douter que vous ne soyez convaincus de ce crime , n'ayant point de communication avec l'univers , ni avec l'Eglise apostolique ? Votre propre conscience vous accuserait, je m'assure, et convaincra tout ensemble. Cependant s'il ne vous suffit d'être convaincus de schisme par ces moyens, vous pressant davantage, je vous ferai voir que les mêmes pères et plusieurs autres , ayant condamné comme schismatiques quelques-uns de leur temps , parce formellement qu'ils se sont séparés du siège romain, vous condamnent par même moyen à cause que vous l'avez laissé.

Celui, dit saint Cyprien (1) , qui délaisse la chaire de saint Pierre sur laquelle V Eglise est fondée, pense-t-il être en l'Eglise? En quoi ce grand saint ne dit pas seulement que ceux qui se séparent cîe la chaire de saint Pierre, sont hors de l'Eglise : mais en outre on rend une raison primitive, parce qu'ils se séparent du fondement de l'Eglise. Ce qu'il touche encore en un autre endroit (2) , où il dit que la chaire de saint Pierre, est ce dont l'unité sacerdotale a pris naissance. Tu n'ignores pas , dit saint Oplat (3) à Parmenian donatiste , qu'on ait établi dans Rome une chaire donnée à saint Pierre , avec laquelle tous doivent garder union de telle sorte , que celui qui ne le fais pas , mais établit une autre chaire contre celle-là , est schismatique et pécheur. D'où, dit-il, au même endroit (k), prétendez-vous avoir les clés du royaume des deux , vous qui combattez contre la chaire de saint Pierre , en laquelle seule , dit-il ailleurs (5) , l'unité de l'Eglise est gardée ? (6) Saint Irénée se sert du même fondement, lorsqu'il dit que c'est chose nécessaire que toute l'Eglise , c'est-à-dire ceux qui de toutes parts sont fidèles , conviennent avec l'Eglise romaine pour sa puissance plus principale. C'est encore pour cette raison que saint Ambroise (7) rapportant que Salyrus demande à quelqu'un , s'il n'a pas convenu avec les catholiques , ajoute c'est-à-dire avec l'Eglise romaine , prenant l'Eglise catho-

(1) Lib. de unitat. Eccles. Qui callicdram Peiri super quam fundata csi Ecclcsin, descril, in Ecclesia se esse confiait?

(2) Cyprian. cp. 55. Ad Pétri callicdram alque ad Ecclesiam principalem, unde unilas sacerdotis exorla est.

(5) Lib. II. conlra Parinen. Igilur negare non pôles scire le iu urbelîoma Pelro primo callicdram episcopalcm esse collalam... in qua uua cathedra miilus ab omnibus servaretur... utjam schismalicus et peccalor esset qui conlra singularem callicdram alleram côllocarct.

(-i) Lib. II. Unde csl ergo quoi] claves regni vobis usnrpare conlcndilis, qui conlra callicdram Peiri, vcslris proesumplionibus cl audaciis sacrilcgio conlendilis '/

(5) Lib. II. In qua una cathedra unitas ab omnibus servaretur.

(C) Lib. III. cap. 3. Ad Ecclesiam propler poleniiorem principalilalem ncccssc est omnem convenire Ecclesiam, hoc est, eos qui sunt undique fidèles.

(7) De obilu Salyri, ntrumnam cum calbolicis , hoc est, cum romana Ecclesia convenirct.

lique, et l'Eglise romaine pour une même chose. C'est enfin pourquoi saint Jérôme (1), écrivant au pape Damase , dit : Ne suivant que Jésus-Christ pour premier, je me joins par communication avec votre Sainteté , c'està-dire à la chaire de saint Pierre : je sais que l'Eglise est édifiée sur cette pierre. Quiconque mangera l'Agneau hors de cette maison est profane , je ne connais point Vitalis , je rejette Meletius , j'ignore qui est Paulin : quiconque ne recueille point avec toi , répand.

Après toutes ces autorités si expresses, reste-t-il à dire quelque chose pour vous convaincre? Ne sera-ce pas assez d'avoir fait voir que vous avez établi une chaire contre celle de saint Pierre? que vous ne communiquez point avec celui qui lui a succédé? que vous n'avez plus d'union avec l'Eglise romaine? que ce n'est pas en sa maison que vous mangez l'agneau? que vous connaissez Vitalis en la personne de Luther? que vous embrassez Mélétius en celle de Calvin? enfin que vous suivez Paulin, suivant les faux docteurs de l'Eglise romaine. Ne vous puis-je pas dire avec le même saint Jérôme (2) : si vous professez la foi romaine, donc vous êtes catholiques; et par conséquent si vous ne la professez, vous n'êtes pas en la communion de l'Eglise catholique? Comment vous pouvez-vous défendre?

Peut-être voudrez-vous vous échapper, disant que les pères argumentaient bien, parce qu'en leur temps, l'Eglise romaine étant vraie Eglise, onncpouvaits'en séparer sans schisme, et sans sortir de la voie de salut: mais que maintenant nous sommes en autres termes, la corruption s'étant tellement glissée en l'Eglise romaine, qu'elle n'est plus Eglise : ce qui a fait que vous avez pu et dû vous en retirer.

Mais cette fuite vous est inutile; car les pères n'argumentaient pas de la vérité de la doctrine de l'Eglise, comme s'ils eussent voulu prouver les donatistes être schismatiques, parce qu'ils étaient séparés de l'Eglise, qui a la vraie doctrine (quoiqu'il fût vrai). Mais ils argumentaient de la chaire de saint Pierre, de la puissance pastorale, tirée de lui par succession non interrompue, voulant les donatistesêtre schismatiques, parce qu'ils étaient séparés de cette chaire et dos successeurs de saint Pierre en icelle. Tout ainsi qu'on convaincrait des sujets rebelles, parce qu'ils se sont séparés du trône royal, et des successeurs du premier instituteur de ce trône : et qu'on peut conclure en la vieille loi, les Samaritains avoir été schismatiques, parce qu'ils s'étaient retirés de la chaire de Moïse oud'Aaron.

(1) Episl. 57. Ego nnllum primtim nisi ChrislulT) seqttens, bealitiidini lune, id est, cathedra: Peiri communione consocior, super illam peirani adiliratain Ecclesiam sein. Quicumque extra liane domum agnum comedeiït, prol'anus est : non novi Vilalcm, Meletium rcsptio, ignoro Paulinum : quicumque lecum non colligit spargit.

(2) Apolog. 1. Advcrsus Htiffin, fidem suam quam vocal? eam ne qua romana pollet Ecclesia? Si roma* nain responderit, ergo catbolici sumus.

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