‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 263 sur 305 · DE JÉSUS -CHRIST · texte numérisé non relu

DE JÉSUS -CHRIST

§ 1. De Jésus-Christ considéré en luimême. — On peut connaître Dieu comme étant auteur de l'ordre des éléments , comme exerçant sa providence sur la vie et sur les biens des hommes ; mais il est tout autrement important de le connaître comme étant un Dieu qui fait sentir à l'homme qu'il est son unique bien , que tout son repos est en lui , et qu'il n'aura de joie qu'à l'aimer. Or pour le connaître en cette manière il faut que l'homme reconnaisse sa propre misère, son indignité et le besoin absolu qu'il a d'un médiateur pour se rapprocher de Dieu et pour s'unir à lui. Il ne faut point séparer ces connaissances, parce qu'étant séparées elles sont non seulement inutiles, mais nuisibles. La connaissance de Dieu sans celle de nos misères fait l'orgueil ; la connaissance de nos misères sans celle de Jésus-Christ fait le désespoir ; mais la connaissance de Jésus- Christ nous exempte et de l'orgueil et du désespoir, et opère notre salut, parce que nous y trouvons Dieu, notre misère et la voie unique pour la réparer. Nous pouvons connaître Dieu sans connaître nos misères , ou nos misères sans connaître Dieu , ou même nous pouvons connaître Dieu et nos misères sans connaître le moyen de nous délivrer de ces misères qui nous accablent; mais nous ne pouvons connaître Jésus-Christ sans connaître tout ensemble, et Dieu , et nos misères, et le remède de nos misères, parce que Jésus-Christ n'est pas seulement Dieu, mais que c'est un Dieu réparateur de nos misères.

Ceux qui recherchent Dieu sans Jésus- Christ ou n'arrivent pas à le connaître , ou y arrivent inutilement , parce qu'ils se forment un moyen de communiquer, sans médiateur avec Dieu, qu'ils ont connu sans connaître le médiateur; de sorte qu'ils tombent ou dans l'athéisme, ou dans le déisme, qui sont deux choses que la religion chrétienne abhorre également.

Il faut donc connaître Jésus-Christ ; savoir qu'il est le vrai Dieu des hommes, c'est-àdire, des misérables et des pécheurs; qu'il est le centre de tout cl l'objet de tout. Qui ne le connaît pas ne connaît rien dans l'ordre du inonde, ni dans soi-même : car non seulement nous ne connaissons Dieu que par .1. sus-Christ , mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par lui. Sans Jésus-

Christ il faut donc que l'homme soit dans je vice et dans la misère; avec Jésus-Christ l'homme est exempt de vice et de misère. En lui est tout notre bonheur et notre vertu , notre vie, notre lumière, notre espérance ; et hors de lui, il n'y a que. vices, misères, ténèbres , désespoir , et nous ne voyons qu'obscurité et confusion, et dans la nature de Dieu, et dans notre propre nature.

§ 2. De V incarnation de Jésus-Christ. — L'homme étant pécheur ne pouvait être une hostie pure , et l'ange étant une créature n'aurait pu offrir une hostie proportionnée à l'outrage fait à un Dieu qui est en quelque sorte infini ; il fallait donc que ce fût Dieu même, et c'est ce qui est arrivé par l'incarnation du Fils de Dieu. Par ce mystère incompréhensible, la seconde personne de la sainte Trinité, qui est le Fils , s'est unie dans le sein de la bienheureuse vierge Marie à notre nature humaine, devenue mortelle par le péché; en sorte que parcelle union il a été fait vrai homme, sans cesser d'être Dieu ; et ce Dieu fait homme s'appelle Jésus-Christ. Il y a en lui deux natures qui sont unies sans être confondues et sans perdre leurs propriétés : savoir, ia nature divine et la nature humaine ; mais il n'y a qu'une personne, parce qu'il n'y a qu'un moi, et ce moi est un moi divin : caria nature humaine ne pouvait dire moi en Jésus-Christ : elle n'était pas à soi, mais au Verbe , qui possédait , régissait et se servait de l'humanité comme l'âme se sert du corps.

Dieu a eu des raisons toutes divines dans le choix qu'il a fait de celle voie incompréhensible d'opérer le salut des hommes. Nous ne devons pas prétendre les connaître toutes. Il en découvrira dans l'autre vie ce qu'il croira nécessaire pour remplir ses élus de l'admiration de sa sagesse. Cependant dès cette vie même on ne laisse pas d'en entrevoir plusieurs rayons qui suffisent pour nous convaincre qu'aucun autre moyen nepouvait plus contribuer, ni à la gloire de Dieu, ni à l'avantage des hommes.

Quel autre moyen eût pu relever autant la grandeur et lapuissanec deDieu? Car qu'estce que le ciel et la terre, les hommes et les anges en comparaison d'un Dieu-Homme ?

C'est le chef-d'œuvre de sa toute puissance. Tous ses autres ouvrages n'ont aucune proportion avec celui-là.

La puissance de Dieu ne paraît pas seulement en s'clcvant, elle paraît encore plus en s'abaissant, parce que l'abaissement est encore plus éloigné de Dieu que la grandeur On aurait pu connaître en quelque sorte la grandeur de Dieu sans l'incarnation ; mais on n'aurait jamais su sans ce mystère jusqu'où Dieu pouvait rabaisser sa majesté infinie. C'est ce qu'il nous y a appris; et comme il n'y a rien de plus incompréhensible que ce rabaissement , il n'y a rien aussi de plus grand.

C'est peu de chose à un Dieu lout-puis sant que de surmonter tout le monde et \q» démons par puissance : car quelle proportion y a-t-il de la force des créatures à celle

élé une chose bien

surmonter par une comme il l'a l'ait eu

du Créateur? Mail c'a

plus grande que «le le

apparence <ic faiblesse, se faisant homme.

Quel autre moyen que celui-là eût pu aussi bien faire connaître et la grandeur du péché et la sainteté de Dieu? Car c'est par l'incarnation que nous apprenons que le péché est si étrangement contraire à l'ordre et à la justice de Dieu, qu'il a fallu que la vie de son i' ils lui lût offerte pour l'expier et le réparer. Toutes les autres victimes qui auraient pu lui être offertes par les hommes ou par les anges étaient incapables de satisfaire à l'outrage fait à Dieu. Ce qui nous donne une idée tout autre de la sainteté et de la justice de Dieu, que celle que nous pouvons tirer de tous les objets du monde.

Quel autre moyen que celui-là eût pu nous marquer autant la bonté et l'amour infini de Dieu envers ses élus, puisque, pour les sauver, non seulement il leur a donné son Fils, mais il l'a livré à une mort cruelle? El par là il s'est engagé à les sauver par une espèce de justice : car le Juste étant mort pour les pécbeurs, il est juste que les pécheurs soient délivrés.

L'incarnation ne sert pas seulement à nous faire mieux connaître Dieu dans sa grandeur, dans sa justice, dans sa sainteté cl dans son amour; c'est encore un puissant moyen pour nous fortifier dans la foi, dans l'espérance, dans la ebarité et dans toutes les vertus. L'homme étant deveuu ebarnel et incapable de connaître immédiatement les objets spirituels, et ayant besoin d'appui pour y attacher sa foi par divers actes, l'incarnation lui fournit le moyen le plus convenable et le plus proportionné à cette faiblesse qu'il pût désirer. Car s'attachant à l'humanité de Jésus- Cbrist, il s'élève par ce degré jusqu'à la divinité du Verbe; il monte à Jésus-Christ Dieu par Jésus-Christ homme ; et en repassant les divers étais et les divers mystères de celte humanité sainte, il trouve moyen de demeurer longtemps occupé de sa sagesse intime.

L'incarnation rend toutes les promesses de Dieu faciles à croire et à espérer : carque ne peut-on pas attendre de la libéralité de Dieu, après cet excès prodigieux de bonté envers les hommes? Il y a bien plus loin de Dieu à notre bassesse que de notre bassesse à la participation des biens qu'il nous promet. Il nous a fait connaître, par ce mystère, combien l'homme lui est cher, et à quel prix il était résolu de le racheter. C'est par ce prix (pie nous devons juger de ce que nous devons attendre de sa bonté. Quel motif plus efficace Dieu pouvait-il employer pour gagner le cœur «les hommes, que de se faire homme pour eux? Par là il est devenu notre prochain, pielque éloignés que nous fussions de lui par le néant de notre être et par la bassesse infinie de notre péché. Rien ne doit lant nous attirer à l'amour, que d'être prévenus dans cet amour; et ce serait une étrange durcie de ne point répondre, par un amour recipro-

M HONSTRATION Ê\ iNCÈI IQI I . 107I»

que, à l'amour dont Dieu nous a aime- le

premier.

S '.i. I)i lu nu de Jésu*~Christ. Jr-us- Chrisl commence sa vie par un étal de silence, de solitude, d'inaction et de dépendance

absolue d'autrui. Dès le sein de sa mère il

jouissait pleinement de sa raison, ayant ton tes les \erius dans un suprême degré, cl il n'a point fait d'aï lions dans la suite d< rie dont il n'eût déjà les dispositions toutes formées dans une entière perfection. Il naît pauvre, parce qu'il méprise toutes les richesses de la terre : il naît dans les souffrant parce qu'il est l'ennemi des plaisirs des sens : il nail dans l'oubli et le rebut des hommes, parce qu'il hait souverainement la ranilé, l'enflure et l'orgueil. Après cela il mené pendant trente ans une vie basse, obscure et inconnue aux hommes, dans le travail et dans l'assujettissement. Jésus-Christ faisait tout, jusqu'aux moindres actions, avec une sagesse infinie; et n'ayant rien fait que par sa volonté, et toute volonté de Jésus-Christ ayant été gouvernée par le Verbe, tous ses mouvements ont élé par conséquent infiniment sages. Ils ont été produits par une raison divine, et ils sont tous un digne objet d'adoration.

Jésus-Christ, dans sa vie publique, a menjé une vie commune, mais irrépréhensible ,où rien ne se démentait, où les passions humaines, ni les intérêts humains ne paraissaient point. Tout y est conduit par la raison , par la charité, par la vue de la gloire de Dieu. 11 vit avec les hommes ; mais c'est uniquement pour le bien des hommes. S'il mange quelquefois chez les riches, parce qu'il devait montrer qu'il ne les excluait pas de sa grâce et du salut qu'il est venu apporter au monde, il mange presque toujours avec les pauvres et chez les pauvres de ce qui s'y trouve; ce qui était joint avec une extrême mortification. Sa vie est une vie toute de fatigue et d'un travail sans relâche et sans délassement, toujours tendue , toujours occupée à ses fondions. On ne parle pas même dans sa vie de mortifications et d'austérités, parce qu'encore qu'elle en fût toute remplie, néanmoins ce n'étaient point des mortifications où il parût de l'effort. Jésus-Christ n'avait rien à combattre de ce côté-là, ni d'aucun autre. 11 n'avait rien à quoi il fût obligé de résister. Il a donc embrassé la vie de la croix , parce qu'il l'aimait, parce qu'il voulait en donner l'exemple; mais non par le désir de mortifier en lui-même quelque mauvaise inclination, puisqu'il ne pouvait en avoir. La privation de tout plaisir paraît en lui souverainement; mais elle y parait sans effort et par une pure suite de sa volonté.

Jésus-Christ passe trente ans de sa vie, sans être connu de qui que ce soit; et loiqu'il se fait connaître, c'est d'une manière si éloignée de la grandeur et de la pompe du monde , qu'elle ne pouvait en inspirer l'amour et le désir à qui que ce soit. Il évite tout ce qui pouvait avoir de l'éclat. Il ne parait point à la cour des rois. Il ne se signale point auprès des grands. Il prêche ordinaire-

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

ment aux pauvres. Il ne fait aucun établissement dans le monde, et il y marche toujours dans la vue de la mort, et d'une mort cruelle et honteuse, dont il avait toujours les 'circonstances présentes , et qu'il avait souvent prédite à ses disciples. 11 fait, à la vérité, une infinité de miracles éclatants par la nécessité de son ministère, parce qu'il devait accomplir les prophéties , et donner des preuves claires de sa mission; mais il les étouffe tellement par le rabaissement de sa vie, qu'il donne la liberté aux plus vils d'entre les hommes de le décrier, de le mépriser et d'entreprendre contre sa vie. 11 est étrange que Jésus-Christ étant maître de la nature, comme il le faisait voir par ses miracles, n'ait été craint de personne. C'est que les marques d'humilité dont il se couvrait faisaient encore plus d'impression sur l'esprit que les marques de grandeur qui paraissaient dans ses œuvres. En un mot, tout ce qu'il y a de grand et d'éclatant en Jésus-Christ n'est qu'une suite de son ministère ; et tout ce qu'il y a de petit et d'humble est un effet de sa volonté et de son choix, et l'on ne voit rien en lui qui n'inspire le mépris du monde et de son éclat.

Tout était sage en Jésus-Christ, tout était charitable. S'il parlait, c'était pour éclairer les hommes, pour jeter dans leur cœur les semences de la vérité, pour arrêter leurs passions , pour les empêcher de faire ce qui aurait troublé ses desseins, et qui n'était pas dans l'ordre de sa providence. S'il se taisait, c'était pour ne pas les aigrir, pour ne pas les scandaliser par des vérités disproportionnées à leur faiblesse, pour ne pas leur donner lieu de se porter à des violences. Ainsi son silence était l'effet de sa sagesse et de sa charité, aussi bien que ses paroles. L'esprit de charité dont il était animé réglait en lui toutes choses, et les rapportait à des fins dignes de lui. Il en est de même de certaines passions qu'il a voulu ressentir. Il s'est mis en colère pour nous montrer que notre colère ne doit avoir que les vices pour ohjet, et surtout les outrages que l'on fait à Dieu. Il a voulu éprouver le sentiment de la crainte de la mort, pour nous apprendre à demeurer soumis dans nos craintes cl dans nos faiblesses à la volonté de Dieu, et à la préférer au désir naturel de l'exemption des maux temporels. Il a désiré ardemment certaines choses , comme de consommer son baptême , c'est-à-dire, sa passion, et de faire la dernière pâque avec ses disciples, afin de nous faire voir à quoi nos désirs doivent nous porter. Il a pleuré, non sur ses propres intérêts , non sur les maux qu'il devait souffrir, mais sur l'aveuglement des Juifs, sur l'abus qu'ils faisaient des grâces qu'il leur faisait , sur la destruction de Jérusalem qui devait en être la punition, et qui était la figure de la réprobation de tous les mauvais chrétiens.

S h. De la doctrine de Jésus-Christ. — Le Verbe de Dieu est le docteur immédiat de tous les hommes par sa nature même, pane qu'étant la vérité et la sagesse , il faut que celle sagesse et celte vérité se découvrent

à notre esprit, afin que nous puissions les connaître et les aimer, en quoi consiste la réformation de l'homme. Cependant comme il est de la nature de l'homme, ou du moins de l'état où il est tombé, que les connaissances des vérités spirituelles soient précédées d'une instruction extérieure qui frappe les sens, Dieu s'était servi pour cela, dans l'ancienne loi, des prophètes ; mais ces prophètes n'étant que des hommes , obscurcissaient en quelque sorte cette instruction du Verbe sur les âmes : on croyait avoir appris des hommes ce qu'on ne pouvait avoir appris que de Dieu même. Ainsi le Verbe éternel, le Fils de Dieu a voulu exercer par lui-même la fonction de docteur, non seulement intérieur, mais aussi extérieur; et c'est ce qu'il a fait en se faisant homme et en prêchant visiblement et effectivement aux hommes les vérités du salut. Les paroles qu'il leur a dites, et qu'il a fait écrire dans son Evangile, ont été les canaux divins par lesquels il leur a communiqué ses vérités ; et comme il n'a pas parlé seulement pour les hommes de son temps, mais pour ceux de tous les siècles futurs, il faut que les fidèles qui y naissent regardent toutes ses paroles comme pleines de grâce, et qu'ils prennent tous Jésus-Christ comme leur docteur, en toutes les manières qu'il a voulu l'être, non seulement en ouvrant leur cœur à ses vérités, mais en s'attachant au moyen qu'il a choisi pour les leur communiquer, qui est d'écouter avec soin Ls paroles de l'Evangile, dans lequel il attaque la cupidité des biens du monde, l'ambition, l'orgueil, l'amour du plaisir, l'hypocrisie et tous les vices ; et établit le culte , l'amour et la crainte de Dieu , l'adoration en esprit et en vérité, le détachement du monde, l'humilité, la patience, l'abnégation de soi-même et généralement toutes les vertus.

Jésus-Christ, pour se préparer à instruire les hommes, n'a voulu rien apprendre d'eux, ni parleur instruction, ni même par le commerce cl par l'expérience. Il s'est occupé pour cela, jusqu'à trente ans, du métier de charpentier dans une bourgade peu connue. Ainsi l'on avait tout sujet de s'étonner qu'il parlât avec connaissance de ce qu'il n'avait point appris. Cependant cet homme destitué île toutes les instructions des hommes , leur propose d'abord ce qui n'avait jamais été proposé par aucun homme. Il leur enseigne une doctrine infiniment plus relevée, plus raisonnable, plus suivie que tout ce que les philosophes avaient produit au monde. Il leur parle un langage si divin, si saint, si éloigné de toutes les passions humaines, que jamais les hommes n'avaient conçu rien de pareil. Il prend la voie unique de faire une impression raisonnable sur la multitude, qui est d'instruire avec autorité, et sans prétendre la persuader par des raisonnements humains, mais en s'altirant cette autorité par des miracles certains et visibles. Ainsi, en considérant bien le choix de ces moyens, on est forcé d'avouer que de tous les miracles que Jésus-Christ a faits en prêchant l'Evangile, l'Evangile mémo

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en est le plus grand, n"j ayanl rien de plus «li\ in, de plus digne de Dieu, d< plu* ininril ib!è au* hommes, qde la hauteur, la sainteté cl la simplicité de rÉvàb^tlc. Lei nomhi s ne font non qui ne sente l'homme: mais I Ev; u^ilc est d'un caractère (oui différent. L'homme, cest-à-dtre, ses1 intérêts <'t sis passions n'y paraissent point; et c'est a quoi les HommeS n'ont jamais pu panenir. Ils foht tout ce qu'ils peui eut pour se déguiser : mais on 1rs reconnaît aisément au travers de iiius leurs déguisements.

Il s'ensuit de là qu'il faut recevoir la doctrine de Jésus-Christ non seulement dans son esprit, mais dans son cu'iir. Il faut se nourrir de ce pain vivant par la méditation, par l'amour, par le respect, et particulièrement par une exacte obéissance à ce qu'elle nous prescrit : car elle ne nourrit proprement lame que quand elle se joint à ses mouvements et à toutes ses actions, et qu'elfe leur sert de règle et de lumière. Il faut la recevoir avec douceur, c'est-à-dire, sans nous irriter de ce qu'elle nous reprend , de ce qu'elle nous rabaisse, de ce qu'au lieu de celte idée avantageuse que nous avons de nous-mêmes elle nous oblige de reconnaître que nous sommes pleins de corruption et de misère. Il n'y a que la rérifé évangélique qui puisse sauver les âmes, en les humiliant par la connaissance de leurs péchés et de leurs faiblesses, et en leur ap- I renant à en chercher le remède dans la grâce de Jésus-Christ.

§ 5. Du sacrifice de Jésus-Christ. — La 'principale qualité de Jésus-Christ était celle de médiateur entre Dieu et les hommes : cette qualité ne consistait pas seulement à réconcilier l'homme avec Dieu, en lui obtenant un pardon gratuit de ses péchés : elle consistait de plus à satisfaire à la justice de Dieu, et à prendre sur soi les peines qui étaient destinées à l'homme, et qu'il devait souffrir selon les règles de cette jusliee. Jésus-Christ sachant parfaitement qu'il était destiné à rendre un hommage souverain à Dieu, à réparer l'outrage qui lui avait été fait par les péchés des hommes, à leur procurer le salut et les grâces qui leur sont nécessaires pOur y parvenir, s'offrit lui-même en sacrifice à Dieu, en menant une vie de souffrances, et la consommant par la mort de la croix. Jésus-Christ, en connaissant cet arrêt de Dieu, son Père, est entré, dans le moment de son incarnation, dans celte disposition de sacrifice. Il lui a rendu, par son humanité, l'adoration souveraine qui lui était due; il lui a offert sa vie, ses souffrances, ses humiliations et sa mort : ainsi toute sa vie n'a été qu'un continuel sacrifice.

Jésus-Christ n'a pu s'offrir en sacrifice dès le premier moment de l'être de son àme. sans que son âme ait conçu la grandeur des outrages que leshommes ont faits à Dieu, Ténormile de leur malice, la profondeur des maux où ils se sont plongés et dont ils sont menaces, et la grandeur des maux qu'il élait obligé de souffrir lui-même pour les en délivrer. 0r il ***** r,nq possible que Jésus-Christ eut

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ITïgi antfl . qu'il n'en conçût une d \

rire; et de la on doit conclure, que n'ayant jamais p du < es obj< ts '!<• \ i a passé louie sa \ lé ,iati- nne afflh non

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Christ l'a porté a souffrir toutes *, ,ries d'humiliations. Comme il se regardait i bargi péchés des hommes . il s'est autant rabaissé, comme les hommes s'étaient élevés; il a accepté parcelle disposition toutes le-, humiliations qu'il a roula souffrir ensuite durant -a rie. 1! a privé son humanité de tout l'éclat de gloire qui lui étail due. Il a souffert de -, ivre inconnu dans un monde qui était à lui, et dont il était le créateur ; et il a été Comme un ver de terre et l'opprobre de* hommes, il s'est soumis dans ce monde à toutes les lois, qui n'étaient faites que pour les pécheurs; el il a voulu en porter le caractère, en ouffrant la circoncision. 11 s'esl échappe gourent à la cruauté des Juifs en changeant de lieu. II s'est abandonne a la fureur des hommes, comme s'il n'avait pas eu le pouvoir d< défendre. Il s'est laisse accabler d'injures, de calomnies, d'ignominie*, et il a souiefl d'être l'objet de leurs insolences et de leurs insultes; et enfin il s'esl réduit dans sa pa-sion au plus grand anéantissement où un criminel puisse être réduit.

Jésus-Christ n'avait pas seulement ordre de son Père de se sacrifier, mais aussi de se sacrifier pour le salut des hommes : car Dieu l'avait donné aux hommes pour mourir | our eux. L'âme de Jésus-Christ entra dont dans ce sentiment de l'immi nse charité de Pieu . dès le premier moment de son être. Elle offrit sa vie pour eux, et leur obliut , par celte oblation, tous les dons qu'ils reçoivent non seulement dans la suite de leur vie. mais dans toute l'éternité. Cette disposition de sacrifice n'a pas été pour un moment dans l'âme de Jésus-Christ : elle y a élé perpétuelle, et c'est elle qui l'a conduit sur 1 • Calvaire : ce qui nous oblige non seulement à un amour perpétuel pour Jésus-Christ, mais à accepter toutes le- humiliations cl les s ,,ilfrances qu'il plaira à Dieu de nous envoyi r. en reconnaissant que nous les méritons en qualité de pécheurs,

§ 6. De la mort deJétus-Christ. — L'homme, en qualité de créature, était obligé de sacrifier à Dieu : niais, au lieu de sacrifices spirituels qu'il lui eût offerts dans l'état d'innocence, son devoir, comme pécheur, était de sacrifier sa vie même pour réparer l'outrage fait à la majesté de Dieu : cependant le pèche qui l'obligeait à ce devorff l'en rendait en même temps incapable. Il devait à Dieu une a ictime d'expiation, mais une v ielime capable d'apaiser Dieu et de reparer le pèche ; et il elaif bien éloigne de pouvoir être cetle > ielime . étant corrompu et souillé, et foules -es vertus étant infiniment disproportionnées à la grandeur de loftense qui a\aii été faite à Dieu. Il était donc oblige à l'impossible . et c'était bien en vain qu'il substituait «mi sa place le sang des bêles , dont Dieu ne pouvait

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L'ESPRIT DE NICOLE SUK LKS VERITES DE LA RELIGION

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se satisfaire. Mais ce qui était impossible à l'homme et même à tous les anges, le Fils unique de Dieu l'a rendu possible , en se substituant et au sacrifice des bêtes, et à l'homme même , et en offrant à son Père sa vie, qui était d'un prix infini, pour l'expiation et la réparation du péché. Ainsi la croix n'est pas seulement l'instrument du supplice de Jésus-Christ , c'est l'autel de son sacrifice ; c'est Là qu'il immole la victime deson corps, pour l'offrir à Dieu dans toute l'éternité; et c'est par ce moyen tout divin et infiniment éloigné des pensées des hommes qu'il leur donne moyen de satisfaire aux devoirs qui leur étaient impossibles, d'offrir à Dieu leur vie , et de lui présenter un sacrifice d'expiation , capable de réparer le péché : car Jésus- Christ, en les rendant ses frères , les associe à son sacerdoce. Il h ur donne droit de l'offrir lui-même , et d'y joindre le sacrifice de leur vie, qui n'étant pas digne d'être présentée à Dieu par elle-même , en devient digne quand elle est jointe au sacrifice de Jésus-Christ. C'est donc la dévotion que nous devons avoir et que nous apprenons de la croix, de nous offrir conjointement avec Jésus-Christ , et de lui demander la grâce de consommer notre sacrifice, en l'unissant au sien dans le moment de notre mort.

* Toutes les actions de Jésus-Christ étant d'un prix infini , suffisaient de droit pour racheter les hommes et pour satisfaire à la justice de Dieu ; mais elles ne suffisaient pas selon toutes les vues que la sagesse infinie de Dieu avait de racheter les hommes par une rédemption abondante, qui leur témoignât pleinement la grandeur de son amour et de sa miséricorde , qui les instruisit pleinement de leurs devoirs, et qui satisfit à tous les autres desseins que Dieu avait en imposant à son Fils la loi de mourir. Ainsi la mort de Jésus-Christ était nécessaire en ce sens pour le salut des hommes. Aussi Jésus-Christ a toujours tendu à la mort comme à la fin et au terme de sa venue ; et c'est particulièrement à sa mort qu'il a attribué notre salut. Dieu nous l'a donné afin qu'il mourût pour nous. Cependant il est étonnant que les hommes soient dans la stupidité et dans l'ingratitude pour un bienfait si ineffable. Mais , si la grâce n'amollit la dureté de nos cœurs, si elle ne les rend sensibles à l'amour infini de Jésus-Christ, sa mort ne sera que la conviction, et non pas le remède de notre ingratitude et de la corruption de notre cœur. S 7. De la descente de Jésus-Christ aux enfers et de sa sépulture. — Si ce fut une terrible surprise pour les démons d'apercevoir , au moment de la mort de Jésus-Christ , leur empire délruit, de sentir sa puissance, et d'être obligés de reconnaître qu'ils seraient élernelle'mentassujellis à celui qu'ils venaient de faire mourir, comme à leur maître, leur juge et leur Dieu; quelle fut leur rage lorsqu'ils se virent enlever les justes dont la captivité consolait leur malignité! Car L'âme de résui-Chrisi , aussitôt après avoir de séparée de son corps , descendit aux enfers pour y exercer son empire, cl pour en tirer les

âmes des justes qui se trouvèrent en état d'entrer dans la gloire , et entre autres celle d'Adam. Quelle fut au contraire la joie de ces saintes âmes lorsqu'elles virent celui qu'elles avaient attendu durant tant de temps 1 Toute puissance ayant été donnée à Jésus Christ après sa mort , et le monde entier étant l'héritage qu'il avait acquis , il était juste qu'il commençât à s'en mettre en possesion , en se faisant reconnaître dans les lieux qu'il ne devait plus honorer de sa présence visible après sa résurrection. Mais cet empire de Jésus-Christ, qui fit la joie et la consolation des uns, fut et sera à jamais le désespoir éternel o'es autres. Tous les réprouvés frémirent de crainle à la vue de celui qui combla les élus de joie. Quel étrange aveuglement est donc celui des hommes de se mettre en état que l'empire de Dieu, auquel ils ne sauraient se soustraire, soit l'objet éternel de leur désespoir I Et quel enchantement monstrueux d'être persuadé de cette vérité , de la croire et de vivre comme si on ne la croyait point !

Jésus-Christ en descendant aux enfers, prit possession de la plus grande portion de son empire , parce que le nombre des morts qu'il y trouva surpassait de beaucoup celui de tous les hommes qui étaient vivants. Il s'assujettira de même tous les autres, les uns après les autres; et la fin du monde n'est retardée que jusqu'à ce qu'il soit entré pleinement en possession de son empire, et que Dieu ait réduit ses ennemis à lui servir de marchepied. Mais cet empire étant double , l'empire de sa justice qu'il exerce sur ceux qui ont mérité sa haine, et celui de sa miséricorde par lequel il répand les effets de son amour sur ceux que la charité lui assujettit , ces deux conduites si différentes ne dépendent que du petit espace de la vie. Il a traité les esprits qu'il trouva dans les enfers , selon * l'usage qu'ils avaient fait de leur vie. Il traitera de même les autres. Qui n'a point aimé Jésus-Christ durant sa vie ne l'aimera jamais dans l'éternité, et qui l'a aimé véritablement ne cessera jamais de l'aimer et d'éprouver les effets de son amour : ainsi c'est sur l'amour de Jésus-Christ que nous pouvons fonder un jugement solide de notre sort éternel.

Le corps de Jésus-Christ, qui était resté mort sur la croix, la divinité y restant toujours unie, cessa dès lors d'être exposé aux outrages des hommes par des raisons d'une sagesse divine. Comme les humiliations de Jésus- Christ étaient finies par sa mort, et qu'il était entré (lès lors dans un étal de grandeur et de puissance, il arrêta tout d'un coup la fureur des Juifs. Il inspira à Nicodème et à Joseph d Arimalhie le courage de demander son corps, quoique celte demande fût dangereuse , et Pila te se rendit facile à leur prière : les Juifs même n'en empêchèrent point l'exécution. Le corps de Jésus-Christ fut donc enseveli et mis dans le sépulcre par le ministère de ces deux saints, destinés particulièrement à cette œuvre , cl principalement par celui d,: la sainte Vierge. Lu effet il fallait que sou

sépulcre tut glorieux , comme les prophète* l'avaienl prédit; qu'il fat à jamais le témoin de s.i morl et de sa résurrection ; qu'il lût une marque éclatante, parmi tous las peuples, de la victoire *i «• Jésus-Christ; et ainsi il fallait que son corps y fût mis , et que les Juifs en fusseul les témoins et les gardiens.

Jésus-Christ a voulu que son corps mortel fût Crucifié, parce qu'il portait la figure du vieil homme , qui doit être détruit dans tous les chrétiens. 11 a voulu qu'il fût enseveli, parce que l'accomplissement de la mort du vieil homme demande non seulement qu il soit privé d'action et réduit à la privation de tout ce qui nourrissait ses passions, mais aussi qu'il soit entièrement caché aux hommes , et qu'il ne frappe plus du tout leurs yeux, et qu'on ne voie paraître dans les allions du chrétien que l'homme nouveau. C'est ce qui est figuré par notre baptême. Nous n'y sommes pas seulement rendus semblables à Jésus-Christ mort, mais aussi à Jésus-Christ enseveli , comme dit saint Paul, Comme étant ensevelis sous les eaux, pour marquer l'ensevelissement du vieil homme {Hom. VI, 3, k). Cet ensevelissement doit être déjà, en quelque degré, dans tous les chrétiens , dès le temps de leur baptême, par la séparation entière des actions criminelles qui ne doivent plus être , ni paraître dans les chrétiens. Mais ils sont obligés de plus de le perfectionner toute leur vie, en retranchant toutes les branches de la concupiscence , qui est le vieil homme; afin qu'étant pleinement détruite à la mort, ils n'aient plus qu'à attendre une résurrection glorieuse.

§ 8. De la résurrection de Jésus-Christ. — La justice de Dieu étant pleinement satisfaite par la mort de Jésus-Christ , il était juste qu'il rentrât dans son état naturel. L'état d'humiliation et de souffrance était un état étranger , qui ne convenait point à Jésus- Christ. Il s'y était soumis pour racheter les boinmes , mais cette rédemption étant opérée, il fallait que les humiliations et les souffrances cessassent, et que Jésus-Christ jouît de la gloire qui lui était due.

La vie glorieuse dans laquelle il entra au moment de sa résurrection par la réunion de son âme avec son corps, est incompréhensible. Il suffit de dire que la toute-puissance de Dieu déploya toute sa magnificence pour enrichir son humanité sainte ; que toulcpuissance lui fut donnée dans le ciel et sur la terre ; et que l'effusion des dons de Dieu sur elle fut proportionnée à l'amour que Dieu avait pour son Fils, et à ce que ce Fils avait mérité par ses souffrances.

Cette puissance qui est donnée à Jésus- Christ n'est pas celle qui lui convient comme Dieu, laquelle n'a pu lui être donnée de nouveau, puisqu'il l'a toujours eue. C'est celle qui a été donnée à son humanité sainte, comme une récompense de sa mort et une suite de sa résurrection. Par cette puissance il est établi lé roi et le souverain de toutes les créatures, pour en disposer souverainement selon1 ses volontés. Ainsi c'est un droit nouveau par lequel nous appartenons à

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Jésus-Christ en toute manière, temporellement et spirituellement, sani qu'il j til parsonne qui puisse se soustraire à sa puissance. H est établi principe de toutes les grâces et

de toutes les punitions de Dieu, c'est-à-dire, de tous les événements de la rie de- hommes, puisqu'il n'y en a point qui ne »< » i en ( îles effets, ou de sa miséricorde . ou de sa jw Ce que l'on doit surtout considérer,

la miséricorde que Jésus-Christ a e\ envers nous en ressuscitant. Il était n saire qu'il nous montrât en sa personne quel .serait l'effet de la délivrance qu'il nous avait procurée , et quel devait être le but de notre espérance. 11 fallait qu il nous lit voir a quoi nous étions appelés, et quelles étaient les richesses de la gloire de l'héritage qu'il destine aux saints. Il ne nous avait pai dictes seulement selon l'âme . mais au>-i selon le corps; il fallait donc qu'il nous montrât en lui-même le modèle de celte rédemption , pour nous donner lieu d'espérer, que, comme il avait ressuscité et rempli de gloire ce corps qui avait été attaché à la croix, et morl pour nous, il ressusciterait de même les nôtres, quoique pour satisfaire à la condamnation du premier homme , ils fussent tombés sous l'empire de la mort.

Cet état dans lequel Jésus-Christ est entré par sa résurrection, était de plus nécessaire pour opérer le salut du monde , et pour appliquer efficacement aux hommes les grâces qu'il leur avait méritées par sa mort. Il en avait déjà donné quelques-unes par avance à des personnes choisies; mais ce n'était encore rien en comparaison de l'effusion qu'il devait en faire pour former son Eglise, et pour convertir toutes les nations à la v raie foi. Dieu a donc voulu que ces effets d'une puissance extraordinaire procédassent de Jésus-Christ, élevé dans un état proportionné à la grandeur de ses œuvres, et que devant agir avec une puissance infinie, il fûl luimême rempli de gloire et de puissance, selon son humanité même, toutes les marques de son infirmité étant effacées. Ainsi la résurrection de Jésus-Christ doit êlre un grand sujet de joie pour tous les chrétiens . et doit les porter à adorer Jésus-Christ en esprit dans la vie immortelle où il est entré.

Jésus-Christ glorieux et ressuscité ne doit pas être seulement le sujet de notre joie . il doit l'être de noire imitation, selon saint Paul , parce que la vie d'un véritable chrétien doit être l'image de la vie de Jésus-Christ ressuscité (Rom. VI, V1. Jésus-Christ ressuscitant selon le corps est entre dans une vie immortelle: une vie toute nouvelle , qui ne lient rien de la mortalité et de la mi-ère; une vie toute séparée du monde , qui n'a rien de commun avec sa corruption: une vie dégagée de toute la servitude des créatures, et uniquement attachée à Dieu : une vie qui lo met à couvert de tous les efforts de la malice des hommes, qnl le rend insensible à tous leurs outrages , et le met en possession d'un bonheur inaltérable. Saint Paul ne propose pas un autre modèle aux âmes ressuscitées. Il veut qu'après avoir renonce à la servitude

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

du péché, elles n'y retombent jamais ; que la vie qu'elles ontacquise soit immortelle comme celle de Jésus-Christ, qu'elle les sépare de l'amour des créatures, rjur les attacher uniquement à Dieu ; qu'elles soient une pâte toute nouvelle et de nouvelles créatures , formées selon la sainteté de Dieuil Cor.V,7); qu'elles vivent en esprit, et qu'elles marchent en esprit (Gai. VI, 15) ; qu'elles renoncent à ta chair et à ses œuvres, et que de jour en jour leur renouvellement s'augmente. C'est l'idée quil nous donne d'un chrétien ressuscité. C'est ce que doit opérer en lui la résurrection de Jésus-Christ. C'est à nous à voir si ces marques nous conviennent, au moins en quelque degré. Car si elles ne nous conviennent point du tout, nous n'avons aucune part à la résurrection de Jésus-Christ , et nous devons nous regarder comme engagés dans la mort, et n'attendre d'autre partage que la mort.

Enfin la résurrection de Jésus-Christ , en nous servant de modèle pour régler notre vie , doit être encore l'objet et le soutien de notre espérance et de nos désirs, et notre unique consolation dans les maux de celte vie. Car Jésus-Christ n'est pas ressuscité seulement pour lui ; il est ressuscité comme le chef de ses membres, comme le premier-né d'entre ses frères , qui est entré en possession d'un héritage qui les attend , et dont il leur a promis de leur faire part. Tous les chrétiens ont donc une maison bâlie dans le ciel, pleine de biens et de richesses inconcevables que nul homme ne peut leur ravir, puisque Jésus-Christ même en est le gardien. Si leur corps péril et se corrompt, ils entreront en possession d'un corps incorruptible , incapable de misères , et qu'ils ne peuvent avoir que dans le ciel. La résurrection de Jésus-Christ leur en est le gage , parce qu'il leur a promis de les rendre semblables à lui ; cl c'est pourquoi ils doivent toujours l'avoir en l'esprit dans cet état , afin de s'animer à mépriser tous les biens et tous les maux de ce monde.

S 't. De Vascension de Jésus-Christ. — Il n'y a rien de plus éloigné de l'esprit humain, ni de plus digne de l'esprit de Dieu, que la vie que Jésus-Christ mena après sa résurrection et avant son ascension dans le ciel. Il parut souvent à ses apôtres pour les fortifier dans la foi de sa résurrection et lever tous leurs doutes sur ce point, parce que c'était particulièrement cet article capital dont il les établissait témoins et qu'ils devaient prêcher à toute la terre. Sa présence visible avait élé nécessaire pour former l'Eglise ; mais après que l'Eglise eut été fondée, il fallaitque celle présence visible de Jésus-Christ fûtsoustraitc aux apôlrcs cl au monde ; et celte soustraction n'était pas moins essentielle à l'Eglise formée que sa présence l'avait élé pour la former : car le dessein de Dieu, en formant 1 Eglise, a été de faire une société de gens qui vécussent de la foi, qui espérassent des biens invisibles, et qui, pour ces objets invisibles, méprisassent tout ce qu'il y a de visible.

Rien de plus grand e( de plus majestueux

que l'ascension de Jésus-Christ dans le ciel- Il s'y est élevé par sa propre force, qui étai' celle de sa divinité et celle de son humanité même glorifiée. Il a pénétré les cieux, il s'csl élevé au plus haut des cieux, en menant captive avec lui la captivité même, c'est-à-diro celle troupe de saints qu'il avait tirés des enfers. Il y est entré en prenant possession de sa gloire, de son royaume et de l'empire sur toutes choses ; il y est assis , ce qui signifie la possession tranquille de sa gloire ; il y est à la droite du Père, ce qui marque la gloire et la majesté divine : la main signifie la force, et la main droite la plus grande force et la plus grande puissance. La gloire que possède Jésus-Christ est une gloire incommunicable à toute créature, parce qu'elle enferme l'égalité parfaite avec son Père

Jésus-Christ monte au ciel pour accomplir parfaitement l'office de prêtre éternel et de rédempteur des hommes. 11 fallait qu'après avoir immolé sa victime , c'est-à-dire son corps, sur le Calvaire, il en porlât le sang dans le sanctuaire du ciel ; qu'il présentât a Dieu son Père une oblation non passagère, mais éternelle , et qu'il parût devant lui comme l'avocat et le rédempteur de tous ses membres. Aussi c'est sur celle présence de Jésus-Christ devant son Père et sur cette victime qu'il lui offre en qualité de prêtre éternel que saint Paul fonde principalement la confiance que nous devons avoir de nous approcher de Dieu et de ce trône de grâce et de miséricorde, pour être secourus dans nos besoins (Hébr., IV, 15).

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