‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 262 sur 305 · TÔ · texte numérisé non relu

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vent se réduire à celles-ci : travailler fidèlement, exactement, persévéramment. La fidélité consiste à s'appliquer , autant que l'on peut, aux mêmes heures, au même travail, afin d'honorer Dieu par l'ordre de notre travail , aussi bien que par notre travail même, et de ne point se laisser surmonter à la paresse, qui nous porterait à employer inutilement le temps destiné au travail. L'exactitude consiste à faire les choses aussi bien que nous pouvons le faire, en considérant que c'est pour Dieu que nous les faisons , et qu'il mérite bien toute notre application. Et la persévérance consiste dans la continuation d'un même travail , autant qu'il nous est utile, en évitant ainsi l'inconstance qui est si naturelle à l'amour propre : car, comme dit le Sage, Celui qui est mou et lâche dans son ouvrage est frère de celui qui détruit ce qu'il fait (Prov. XVIII, 9), La vie laborieuse a cet avantage de diminuer l'amour du monde, l'amour de la vie, l'attachement aux choses temporelles et la complaisance en soi-même.

Mais il faut pour cela que la charité en soit le principe. Car, quoique la cupidité et la charité soient souvent semblables à l'exlérieur, l'une et l'autre appliquant les hommes au travail et ne permettant pas qu'ils demeurent les bras croisés , elles ne laissent pas d'être fort différentes dans l'esprit par lequel elles les y portent. La cupidité met toute son espérance dans le travail humain ; la charité la met toute dans la bénédiction que Dieu donne à ce travail. La cupidité veut réussir à quelque prix que ce. soit ; la charité ne demande d'autre succès que l'obéissance même qu'elle rend à Dieu. La cupidité se donne totalement au soin des choses temporelles; la charité se réserve toujours de rendre à Dieu ses devoirs. La cupidité croit tout perdu quand les moyens viennent à manquer, et désespère absolument ; mais la charité, qui cherche la justice de Dieu dans l'application aux choses temporelles , conserve la même espérance dans le manquement des moyens humains , parce qu'elle sait que Dieu , sur qui elle se fondait, a des moyens et des ressources infinies pour nous procurer ce dont nous avons besoin. Ainsi elle demeure toujours dans une assiette tranquille, quel que soit le succès de son travail.

§ 12. Du néant des choses du monde. — Un de nos plus grands maux est de trop estimer les choses temporelles ; et la raison en est , que nous ne nous regardons presque jamais que par une petite partie de notre durée, qui est notre vie. Nous nous renfermons dans le temps, et nous nous faisons partie du tourbillon qui l'emporte, sans étendre notre vue plus loin. C'est la source de cette fausse grandeur que nous attribuons aux choses du monde ; et l'unique, moyen de nous en détromper est île changer de vue, et de nous regarder nous-mêmes iHs que nous sommes dans la vérité et devant Dieu. Or, en nous considérant de celle sorle , nous reconnaissons d'abord que nous sommes des cires im>

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mortels, donl la durée s'étendra dans toute l'éternité qui nous snii , H qui sont iicstii éi

à un bonheur ou à un malheur éternel. Que si nous clin* lions alors noire \ie dans Cet espace infini , elle ne non- paraîtra que romnie un Atome imperceptible.

Car non seulement les hommes ne sont

lien à l'égard <le Dieu . ci ne paraissent tous ensemble devant lui que comme une goutte d'eau comparée à un océan infini ; mais tous les avantages dis mondé joints ensemble ne

sont rien à l'égard du moindre des hommes, parce qu'ils n'occupent qu'un atome dans sa durée; et qu'ainsi en la regardant tout entière , ils ne la rendenl ni plus estimable ni plus heureuse. L'éternité rompt toute mesure et anéantit toute comparaison. Qu 'estce donc qu'an royaume possédé durant trente ans , quand il serait de toute la terre ? Qu'estie qu'une pelile principauté dans ce royaume? Qu'est-ce, que les autres rangs et les autres qualités au-dessous de celle des princes ? Kl à quelle effroyable petitesse eelle vue les réduit-elle ? Cependant c'est là I1 sujet de la vanité de tous les hommes.

il est étrange comment les hommes ont tant de peine à se persuader du néant du monde, puisque toutes choses les en avertissent. Car qu'est-ce autre chose que l'histoire de tous les peuples et de tous les hommes, qu'une instruction continuelle que les choses temporelles ne sont rien? puisque nous décrivant ce qu'elles ont été, elle nous fait voir en même temps qu'elles ne sont plus ; que toutes ces grandeurs et toutes ces pompes qui ont étonné les hommes de temps en temps, tous ces princes, tous ces conquérants, toutes ces magnificences, tous ces grands desseins sont rentrés dans le néant à notre égard ; que ce son,t des vapeurs qui se sont dissipées, et des fantômes qui se sont évanouis.

Que découvrons-nous aussi dans le monde? des preuves de cette même vérité. Car ne voyons-nous pas à toute heure disparaître ceux qui ont paru avec le plus d'éclat et qui ont fait plus de bruit durant leur vie , sans qu'il reste d'eux qu'une mémoire assez languissante? Ne voyons-nous pas que toutes choses entrent continuellement dans l'abîme du passé ;que notre vie nous échappe; que ce qui s'en est écoulé n'est plus rien à nos yeux mêmes; et que le temps emporte tous les maux, tous les plaisirs, toutes les inquiétudes que nous avons ressenties , sans qu'il en reste d'autres traces que celles qui restent d'un sonce?

Mais ce qu'il y a 'le plus terrible en cela . < est que d'une part nous ne vouions pas concevoir le néant du monde, et (pie de l'autre nous le concevons trop. Nous regardons presque tous le passé comme s il n'était rien ; les morts sont réduits dans le néant à nos yeux. Nous regardons ceux donl on nous rapporte les actions dans les histoires comme des gens qui ont été et qui ne sont iplus, et nous ne songeons pas qu'ils sont encore plus \ hauts qu'ils ne l'ont jamais été, parce que leur esprit agit infiniment da-

vaiilagc, et que la rie présente, n'ayant que des actions faibles el languissantes, est plutôt une mort qu dm 1 1> ■> i • • ird de l'autre.

I Dl oie pat1 la que BOUS - ui-enon

lime des grandeurs du monde, parce que nous' les regardons comme aussi dura Lies

que nous-mêmes , et que nous ne concevons pas que bous subsistons et qu'elles périsi

et qu'ainsi ceux qui les oui posi

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pour toute l'éternité de ces chose- qui ont I *:l

le sujet de leur orgueil.

Le but des ambitieux et des voluptueux e>t de soutenir leur propre I li blesse par dis appuis étrangers. I.e> ambitieux tâchent de le faire par les richesses, l'éclat el 1 . rite ; les voluptueux par les plaisirs. Li cl les autres cherchent à satisfaire à leur indigence ; mais ils y réussissent égalcmi ni mal, parce qu'ils ne font qu'augmenter leurs besoins et leurs nécessités cl leur par conséquent ; de sorte que l'augmentation des biens, des honneurs el de. plaisirs de ce monde ne faisant qu'augmenter II viludes et les dépendances, nous réduit ainsi à une misère plus effective.

§ 13. De l'état du monde niant J- Christ. — Les hommes depuis le péché ont eu un nuage épais répandu sur les yeux de leur âme ; leur esprit était plein de léni Cependant ils n'ont pu se tenir en repos dans ces ténèbres. Us ont voulu agir , ils ont v oulu marcher, ils ont voulu courir après un bonheur dont ils conservaient une idée confuse après en avoir perdu la réalité. Ainsi privés delà véritable lumière, ils y ont substitué la vanité de leurs pensées; ils les onl suivies aveuglément el impétueusement : ce qui fait dire à l'Ecriture de ceux qui sont rfans <>l état, qu'ils marchent dans la vanité de leurs sens ( Ephés. IV, 17), et qu'ils font 1 lonté de leur chair el de leurs pense - / '. . II, 3). Voilà l'état qui a régné dans toul le monde avant Jésus-Christ. On n'y volt pendant quatre mille ans qu'égarements . que folies, que désordres qui montent par di jusqu'à leur comble. On y voit les vains loris que l'esprit humain a faits pour trouver quelque lumière dans it s t. nebres dont il élait enveloppe, qui n'ont abouti qu'à s'j enfoncer encore davantage. On J > • > i t roules les nations du monde, excepté les Israé plongées dans l'idolâtrie el dans des superstitions également extravagantes (;t Criminelles. Non seulement les crimes n'étaient pas bannis de ces fausses religions, mais ils en faisaient même partie, cl \ étaient autorises par les plus grands esprits. Les Juifs mêmes, quoique plus éclaires, n'étaient pas meilleurs. Do plus fësprit judaïque consistait dans la confiance présomptueuse en s,. s propres forces, l'ondée sur le désir de l'indépendance naturelle à l'homme corrompu :

ainsi le Juif ne croyait avoir besoin que de lui-même pour accomplir la loi. Les désordres de .sou cœur ne l'humiliaient point, parce qu'il les comptait pour rien. H ne sa croyait . ni faible, ni misérable. 11 ne ionnaissait point la plaie de lu concupiscence

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

ni la plupart de ses effets. Il ne s'en humiliait point devant Dieu, et ne lui demandait point sa grâce. Il ne portait point contre luimême ce jugement de justice par lequel on se reconnaît non seulement pécheur et misérable, mais aussi pécheur et orgueilleux , et par conséquent digne de mépris, d'abaissement et d'humiliation : ce qui fait voir jusqu'à quel excès d'aveuglement et de corruption l'homme élail arrivé , combien sa raison et sa volonté étaient impuissantes pour l'en retirer, et par conséquent combien il avait besoin d'un réparateur.

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