‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 38 sur 305 · VIE D'ARNAULD · texte numérisé non relu

VIE D'ARNAULD

ARNAULD (antoinf, ), le 20e des enfants d'Anloine Arnauld et de Catherine Marion. né en 1012, fit ses humanités et s;i philosophie aux collèges de Calvi et deLisieux ; il prit ensuite des leçons de théologie sous Lcscot, qui dictait le traité de la grâce. Dans son Acte de tentative, soutenu en 1635, il étala dans sa V::',se des sentiments assez opposés à ceux qu'on lui avait dictés, et les défendit avec un peu trop de vivacité. Il prit le bonnet de docteur de Sorbonne en 1641 ; et, en prêtant le serment ordinaire dans l'église de Nolrc-i\ima sur l'autel des martyrs, il jura de défendre la vérité jusqu'à l'effusion de son sang , promesse que font depuis tous les docteurs. Deux ans après, il publia, avec l'approbation de quelques évêques et de vingt-quatre docteurs de Sorbonne, son livre De la fréquente communion. Ce traité fut vivement attaqué par ceu»; contre lesquels il paraissait être écrit ; mais il fut défendu encore plus vivement. Les disputes sur la grâce, lui donnèrent bientôt occasion de déployer son éloquence sur une autre matière. Un prêtre de Saint-Sulpice ayant refusé l'absolution à M. le duc de Liancourt , qui était personnellement signalé dans la défense du livre de Jansénius, Arnauld écrivit deux lettres à celte occasion. On en tira deux propositions qui furent censurées parla Sorbonne en 16o6. La première qu'on appelait de droit, élait ainsi conçue : « Les Pères nous « montrent un juste en la personne de s;>int Pierre, à qui la grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué dans

< une occasion où l'on ne saurait dire qu'il n'ait point péché, t La seconde qu'on appelait de l'ait : « L'on peut

< douter que les cinq propositions condamnées par Innocent X et par Alexandre VII, comme étant de Jansé- « nius, évoque d'Ypres, soient dans le livre de cet auteur. » Arnauld, n'ayant pas voulu souscrire à la censure, fut exclu de la faculté. Quelque temps auparavant, il avait pris le parti de la retraite; il s'y ensevelit plus profondément depuis celte disgrâce, et n'en sortit qu'à la prétendue paix de Clément IX, en 1673. Il fui présenté au nonce, à Louis XIV, cl à toute la cour. On l'accueillit comme le méritaient ses talents et ledésir qu'il faisait paraître de jouir du repos que donne la soumission à l'Église. 11 travailla dès lors à tourner contre les calvinistes les armes dont il s'était servi contre la Sorbonne. Ces temps heureux produisirent la Perpétuité de lu foi, le Renversement de la morale de J.-C. par les calvinistes, et plusieurs autres ouvrages de controverse qui le liront redouter des protestants. 11 semblait que la tranquillité fût revenue pour toujours ; mais Arnauld, devenu suspect par les visites nombreuses qu'il recevait, et cru dangereux par Louis XIV, se retira dans les Pays-Bas, en 1679, loin de l'orage qui le menaçait. Son Apologie du clergé de France et des catholiques d'Angleterre, contre le ministre Juricu, fruit de sa retraite, souleva la bile du prophèlc protestant. Cet écrivain lança un libelle intitulé l'Esprit de M. Arnauld, dans lequel il maltraitait étrangement ce docteur, qui refusa d'y répondre, mais qui n'y fut pas moins sensible. Une nouvelle querelle l'occupa bientôt. Le Pèro Mallebrancbe, qui avait embrassé des sentiments différents sur la grâce, les développa dans un traité, et les fit parvenir à Arnauld. Ce docteur, sans répondre à Mallebrancbe, voulut arrêter l'impression de son livre. N'ayant pu en venir à bout, il ne pensa plus qu'à en faire la réfutation ; il commença en 1683. 11 y eut plusieurs écrits de part et d'autre, assaisonnés d'expressions piquantes et de reproches très -vils. Arnauld n'attaquait pas le Traité de ta nature et de lu grâce, mais l'opinion que l'on voit tout en Dieu, exposée dans la liecherche de la vérité. Il intitula son ouvrage : Des vraies et des fausses idées. Il prenait ce chemin, qui n'était pas le plus court, pour apprendre, disait- il , à Mallebranche à se délier de ses plus chères spéculations métaphysiques, et le préparer par-là à se laisser plus aisément désabuser sur la grâce. Mallebranche se plaignit de ce qu'une matière dont il n'était nullement question avait élé choisie, parce qu'elle élait la plus métaphysique, et par conséquent la plus susceptible de ridicule devant presque tout le monde. Arnauld en vint à des accusations, savoir, que son adversaire met une étendue matérielle en Dieu, et veut arlifieicusemcnl insinuer des dogmes qui corrompent la pureté de la religion. On sent que le génie d'Arnauld élait totil-à-IVn guerrier, et celui de Mallebranche tort pacifique. Les lié/lexions philosophiques et théologiques sur le Traité de la nature et de la grâce, publiées par Arnauld en 168,'i, le rendirent vainqueur dans l'esprit de ses partisans; mais Mallebranche le fut aussi aux yeux de ses disciples. Cette dispute dura jusqu'à la mort d'Arnauld, arrivée à Bruxelles en 1694 — Malfcbrancbe lui avait déclaré « qu'il était las de donner au inonde un spectacle, et de remplir le Journal des savants de leurs pauvretés réciproque», t Les partisans des nouveautés alors en discussion perdirent le plus habile défenseur qu'ils aient eu. Son cœur fut apporté à Porl-Hoyal , puis transféré à Paiaiscau. Santcuil et Uoilcau lui firent chacun une épilaphe , l'un en latin , et

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