CHAPITRE III
Que saint Jean Çhrysostome n'a point été du sentiment que les philosophes païens pussent être sauvé sans la foi en Jésus~Çhrts4.
Nous pouvons dire la même chose de saint Jean Çhrysostome. à qui l'on a voulu attribuer le même sentiment : car il déclare, en plus de cinquante endroits de ses ouvrages, qu'il est impossible d'élre sanvé autren que p tr la foi. et que, ni la loi naturelle . ni la loi de Moïse, n'ont jamais eu le pouvoir sauver personne par elle-même.
Lorsqu'il explique ces paroles de saint Paul (1) : Que la justice de Dieu est renouve-
si ni nd christhnoe quoqoe matao ptares peperli. neini'.i mirum isiud vidcalur. Nam ctim anie carn Christi adventum nmnes viiii temulentia labor re, nec nlium ni ita die un. pnre atqn'e inlegre Sobrium esse conspieerel, ideirco prmea conlentionis. setnina ihjiciebal. Postqnam autem s luinre Verbum <■■■ vériit, nohis quidem cœlestîs viiae documenta <■•réns ....enni vero com m unis ille omnium li> >iis. qu id genus nosirum paulatim vilitim exciuere :>c viriniem admilterc, impictateni ablegare, ac pietatem ample ctî, perspicerel... acrins adversun] nos flâvit, alque llTreses in lue m protulh. Nam cum pietali jam obbjclari nequeal in id oiuni contenllone incumbil, ul per ipsius (pîeiatis) nomen plerosque ad impieialem ducat alqne pietails specicel obtenia teriuiem eyeriere coriatur.
(t) Chmso'om. homil. 2. i» c ad h<ec verba. Jusliih enlm Del In eo rcvelatur ci fide in fidem. Diccns enim e\ Rde in lldcm. and dcducil ad dlvinas dispei N
mento factas, quas sua ad ftebroeos episiola sapienllssime enarral el juslos el peccatores bac ralione etiam tune fuisse iusiifiealos ostendit. ... Dcinde vcrO cum hoc in locn id tantummodo subindii asset, dictuiO suum propbclarum teslimoniis probat. Sopbonïam m médium adducens dicenlem : Jusius ev fide vive], quod de fuuira vila utteltisitur. Etenim quaudo qui»
NECESSITE DE LA EO! EN J.-C
lée par la foi et se perfectionne dans la foi, il dit que saint Paul , par ces paroles , nous veut faire remarquer la manière dont Dieu a conduit les hommes dans l'Ancien Testament, ce qu'il raconte avec beaucoup de sagesse et plus d'étendue dans l'épître aux Hébreux. Il y montre qu'en ce temps-là comme en celuici , c'est-à-dire avant comme depuis Jésus- Christ, les justes et les pécheurs n'ont point été justifiés autrement que par la foi; et, ce qu'il n'a fait qu'insinuer ici.il le confirme par le prophète, qui nous assure que le juste vit :1c la foi, ce qui s'entend delà vie future. En effet, puisque ce que Dieu nous donne est infiniment au-dessus de nos pensées, il ne faut pas nous étonner que nous ayons besoin de la foi pour y parvenir.
Comment donc pourrait-on s'imaginer que ces paroles de saint Cb ysostûme , si claires et si manifestes, pourraient s'accorder avec le sentiment qu'avant Jésus-Christ, ceux qui ont adoré Dieu et vécu moralement bien, ont été sauvés, quoiqu'ils n'eussent pas la foi : car saint Chrysoslôme soutient évidemment que c'est une vérité indubitable établie par l'Ecriture sainte de l'Ancien et du Nouveau Testament qu'au temps de l'ancienne loi, aussi bien qu'au temps de l'Evangile, il n'y a que la foi qui ait pu donner la justice, la vie et le salut. Si donc ce grand docteur m ait eu le sentiment qu'on lui veut attribuer, il faudrait qu'il se fût oublié entièrement, en enseignant que les oracles de l'Ecriture sainle sont trompeurs, et qu'il s'est trouvé des païens qui ont fait mentir le prophète, n'ayant point eu besoin de foi pour se délivrer de la mort du péché, et pour vivre de la vie de Dieu.
Mais ce que saint Chrysoslôme ajoute au même endroit montre encore bien mieux combien il était éloigné de cette erreur: car on y voit qu'après avoir exhorté ses auditeurs à se bien faire instruire des dogmes de la foi, il ajoute aussitôt (1) : A quoi m'arrétai-je de parler fies dogmes, puisque nous n'avons été délivrés de la malice qui accompaqne cette vie présente que par la foi ? C'est ainsi que tous les anciens ont éclaté par la foi dans toutes sortes de vertus; c'est ainsi qu'Abraham, Jsaac, Jacob, et que des femmes débauchées , et dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, ont été satires.
11 dit dans la septième homélie (2) que les
ilm c:t qu.iR nobis Pcus largilur, oranem hiimanam cogilaïionem superant, jurenierito rtecessarià nôbis csl lidcs.
(1) Gltrgsoitom. ibid. Et quid loquor de dogmatibus '.' Nec enim aliter quant per fidem libérait niants n m&liiia praisentis Itujus vil», sic oi omîtes qui unie lune aelaiem vixere, remisèrent. Sic Abraham,- sic teaae, lia Jacob : sic eliam salvata est mereirix tant ca qttœ in Veieri Tesiamenu», lum eâ qua in Novo cnnimemoraiur.
(2) Idem, homil. 7. in epist. nd Roman. Aeeusivit Graecos, accusavit Judaeos, conseqnens eral ut de ..ii.-i , sermonern uiatiiuerel de justifia qine p6r li- «leiii habelnr. Nom si neque lex naitiralis prolïrii , neque lex seripta amphus eaidquam pratslitil; ted taon isiae Legei gravaveruni eos qui eis, non m par erat, usi suni, restai ui necess nia ail talus qaae per fldem obliuclur cl non dixil data est |!)ci justifia]
invectives de saint Paul contre les païens et contre les juifs ne tendent qu'à faire voir que, puisque la loi naturelle et la loi écrite n'avaient de rien servi , il est nécessaire de n'attendre le s;ilut que de la foi et de la grâce de Jésus- Christ. 11 ajoute que la justification par la foi n'est pas une chose nouvelle, et que l'Evangile l'a proposée à tous les hommes , mais qu'elle était enfermée dans l'Ancien Testament; et il confirme encore, par l'exemple des patriarches et des prophètes qui n'ont été justifiés que par la foi, qu'à l'égard de la loi écrite, quoique les Juifs l'eussent reçue de Dieu, ils n'avaient pas néanmoins sujet de s'en glorifier, puisqu'elle leur avait bien appris a connaître le péché, niais ne leur avait pas donné la force de l'éviter. Que Dieu a envoyé son Fils pour sauver les hommes lorsqu'ils étaient désespérés et qu'il était près de prononcer l'arrêt de leur condamnation , et lorsque leurs maux et leurs péchés étaient arrivés à leur comble ; qu'ainsi, Jésus-Christ est venu sauver les hommes par la foi cl par la grâce, lorsque toutes sortes de secours et de remèdes ont été refusés, et pour ainsi dire convaincus d'inutilité et d'impuissance (1) ; que c'est pour celte raison que Jésus-Christ n'est venu que dans la plénitude des temps, de peur que , s'il lût venu dès le commencement du monde , les hommes n'en prissent occasion de dire que l'on s;> peut sauver par la loi, et par son propre travail et ses bonnes œuvres. Pour donc arrêter ces pensée-; insolentes et présomptueuses, Jésus-Christ a retardé longtemps sa venue, afin que , lorsque les hommes seraient pleinement convaincus qu'ils ne sont pas suffisants d'eux-mêmes pour se sauver, il les vînt sauver par sa grâce.
Enfin, pour expliquer ce que dit saint Paul, que la loi n'est pas détruite par la loi, mais plutôt établie et confirmée, saint Chrysoslôme ajoute (2) : De même que la loi
sed manilcslato esl , novilalis accusalionem pracidens. Inio ostendit poSlea id lecens non esse, cum addii tesiificala a lege cl propbetis. Neque vero, iriquii, lurberis, ni ad rem rtovalti et peregrinam eo quod nunc data sit [Dei justifiai, nain olim lex et prophète eaui pnenuntiabanl. Detnde hrdncil Abraham
ci Davideni de bis uobiscum dissererttes Jvuhcimt
timoré coercet hoc paclo : si legem aecepisii, id miiiin ab ca didicisli, nempe cognoseere pecealiim,
non vero illud fngore cum enim dcsperali esse-
mus cl tempu9 ferendx in nos senlenlix venisset, cuni aucta essent mala noslra, et compléta' hiiqtiiialéâ imsii.e, (une suain astendit potentiaui. Nain si hocab inilio facium fuisse!, non ila minuit fuisse! et prœler omnium opinionem, sicul nunc accidil quaudo oinnis mediciuae niodus rednrguius est.
(1) Ibid. Idée el nunc venil ; ne si ab inilio veniSSe!, dixissem se polaisse per leg m salvari, ut et per preprios l.il oies ci honorant operum suceessus. liane ergo iinpiideniiam occlwdere volent niulto lemporc morahlS est; ut lune eos salv.ovt per graliain, posiquain omnibus modis ceuvicii faussent hoinines se si lu ipsis minime sufllcere,
(2) Ibid. Sieui enim lex prius fidei teslimoniuni pri biliuil, ila et lidi s legem infirmant Stabilivil
quod uam eral opus legisr efftecre hominem jusium : sed hoc ef lie ère non potuil, mîmes enim, ait, pecca* vetunt. Fides vero cum venisset, hoc féliciter pen-git.
a rendu témoignage à la foi, la foi a aussi établi la loi ; cor l'ouvrage de la loi était de rendre l'homme juste ; et elle ne Va />a faire, puisque^tous, comme dit l' Apôtre, sont tombée dans le péché; ainsi la [ai est survenue et a accompli ce que la loi n'aurait pu , car aussitôt qu'un homme croit, il est juste : ce (jui s'entend d'une foi opérant ]>ar la charité.
Toutes ces grandes rentes Urées d'une seule homélie de saint Cbrysostome, lonl autant d'arrêts de condamnation contre tous ceux qui pourraient s'imaginer que ce grand saint a enseigné que les païens qui ont adoré le Créateur de toutes choses, el reçu moralement bien avant Jésus-Christ, ont été sauvés, quoiqu'ils n'eussent point de foi; car on voit" au contraire par tous ces oracles, que saint Cbrysostome avait appris de saint Paul qu'il demeure terme à enseigner partout, qu'il n'y a jamais eu de justice et de salut que par la foi ; que tous les anciens patriarches n'ont été sauvés que par la foi ; que ni la loi de nature, ni la loi de Moïse, d'elles-mêmes n'ont jamais pu sauver personne; que tous les remèdes que les hommes ont voulu apporter à leurs maux se sont trouvés impuissants pour les soulager ; que la loi même de Dieu n'avait donné aux Juifs que la connaissance du péché, et non les moyens de l'éviter : et qu'enfin Jésus- Christ n'a différé sa venue quatre mille ans durant, que pour dompter cet orgueil naturel à tous les hommes ; mais qui a principalement possédé l'esprit des philosophes, qui s'imaginaient que la bonne vie ne dépend que de nous-mêmes, et que notre bonheur est absolument entre nos mains. Mais que c'était pour leur ôter celte fausse opinion de leur propre justice, que Dieu les avait laissés à eux-mêmes durant tant de temps, afin que les crimes et les désordres horribles dans lesquels ils sont tombés, les portassent à reconnaître l'extrême besoin qu'ils avaient d'implorer l'assistance d'un Rédempteur, et l'impossibilité d'arriver jamais à la jouissance du souverain bien, que par la foi en son sang, et au secours de sa grâce.
C'est ce que saint Cbrysostome enseigne encore très-clairement dans l'homélie 8 (1), sur l'épître aux Romains. Il y fait voir dès le commencement que saint Paul déclare que tout le monde est redevable à Dieu ; que tous ont péché, et qu'il est impossible d'être sauvé autrement que par la foi. Mais afin
DÉMONSTRATION l-.v a.m.m.i it
2no
que l'on ne crût pas que cela ne fût vrai que depuis la naissance de Jésus-Christ, saint Cbrysostome ajoute au même endroit, que
saint Paul ne montre pas seulement que la foi est nécessaire, mai-, aussi qu'elle est plus
ancienne que la < in iision ; et c'est i e qu'il
confirme par l'exemple d'Abraham, d
sert l Apôtre, qui a été justifié par la roi
n'étant pas encore circoncis , et qui établi de Dieu pour être le père de tous \t> fidèles, personne ne pouvant être héritier des promesses que Dieu a laites en sa personne à tous les élus, qu'en devenant imitateurs de sa foi; et parce, dit-il, qu'Un Juif eût pu répliquer : que m'importe qu'Abraham ait été justifié par la loi? Saint Paul répond que cela ne pouvait pas ne le point regarder; et c'est ce (pie prouve ce saint docteur par ces parole* mêmes de S. Paul : 1 La toi produit la colère et le châtiment , puisque lorsqu'il n'y a point de loi, il n'y a point de violement de la loi. Puis donc que la loi sans la grâce, dit saint Cbrysostome, produit la colère, rend les hommes sujets au violement de la loi, il est clair qu'elle les expose à la malédiction de Dieu. Or ceu\ qui sont sujets à la malédiction, au crime et au châtiment, ne méritent pas d'entrer en possession de l'héritage, mais plutôt d'en être chassés et d'être punis. 11 s'ensuit de là que la foi étant survenue, elle a attiré la grâce, afin que la promesse de Dieu fût accomplie.
C'est ce qui fait voir clairement ce que nous avons déjà tant prouvé, que la manière dont la foi nous justifie, est en attirajil sur nous par la prière et par l'invocation, la grâce du Rédempteur; ce qui ne se peut faire sans le connaître : et par conséquent il n'est pas vrai que saint Cbrysostome soit dans le sentiment, que les philosophes païens avant Jésus-Christ ont ete sauvés sans avoir la foi ; mais qu'il enseigne positiv ement au contraire, que selon saint Paul la loi est tellement nécessaire au salut, que sans elle il est impossible d'être sauve.
11 repète la même chose de l'inutilité de la loi et de la nécessité de la grâce, dans l'homélie Il du même commentaire 1 . Il nous avertit avec saint Paul, que nous ne sommes pi ii s sous la loi qui ne taisait que commander, niais sous la grâce qui remet les péchés passés, et nous fortifie pour les éviter à l'avenir. Que la loi condamnant le péché, ne le
Nina sinnil atque credidit quispiam, staiim justifies-
tlis est.
(t) Idem, Iwntil. 7. in epist. Roman. Mandas Don debilor est. tannes peccaverunl, nec aliter quant per
(idem salvari possumus Ergo circumeisio lulo
poslerior est cl ca longe inferior. Abraham jusiifica-
la- esi ad hue incircumeisus ut esseï communia
pilier credemium. !\i*i lidei ejus vesligiis insistas, non eus ipsius uepos... Dixeril loue Judaeus : quid ntilii li<le opus esiî Ergo et cum lide promissiones
aboliuc siini no Judaeus dieal :quid inea referi,
si per fidem justificatas est Abraham? sic loquilur sanctus Paulus. Nequc ni qnod ma lanti inlerest, nempe bsrediiatis promissio potest opère ipso adim* pic 1 1 sine ipu lide.
(1) Lex iram operalar, ubi enira non esi les, ne que praevaricaUo est. Si vero lex iram operatur, cl Domines praevaricalioni obnoxios reddii; liquido pat< i quod eii.ua maledtclioni obnoxios en&dcai efTiciai. Porro qui malédiction'), supplici i < i praevaricalioni snni obaoxii, haeredilnlem non merenlor, sed potius digni simi qui poenas denl el expellanlar. QujJ ergs lu? venil liiles aurahens graliam, ul promissio sutun sorliaiur efTecUun.
(î) Ibid. Iiomil. 11. Non osiis gub loge, m>J sub gralia. Les enim e>i qu:c tanlummodo jahet, sed gratis priora peccaia dimiuit el commuuii nos adver- Mis lui lira peccala .. • Sicoi ergo lex :i guens consliimi (»w»frnj«i) psccalum, iia gralia reuiam concèdent lion perniiuii nos essesub peccalo.
âSI
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C
guérit pas; mais que la grâce nous empêche de retomber sous la tyrannie du péché (1). Dans la 12* homélie, expliquant ces paroles de l'Apôtre : Que la mort est la solde et le paiemcntdu péché; mais que la vie éternelle est une grâce et un don de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur; saint Paul, dit saint Chrysostome, ayant marqué le paiement du péché, ne garde pas le même ordre en parlant des bonnes œuvres : car il ne dit pas de la vie étemelle, qu'elle est la récompense des bonnes œuvres , mais qu'elle est une grâce de Dieu, montrant par là que nous n'avons pas été délivrés de nos péchés par nos propres forces ; et que Von n'a point reçu ce grand avantage comme une chose due, ni comme une rétribu-* tion, ni comme une récompense du travail, mais comme une grâce. Et c'est ce qui fait voir manifestement combien ce saint a été éloigné de croire que la vie éternelle, que l'Apôtre appelle une grâce, et par laquelle il ne couronne pas tant nos mérites que ses propres dons, ait été la récompense de ces philosophes orgueilleux, qui parla plus grande des ingratitudes se sont attribué ce qui vient de Dieu ; et qui bien loin de reconnaître qu'ils lui fussent redevables de leur sagesse et de leur vertu, se sont portés jusqu'à cet excès d'insolence et d'impiété , que de dire que le sage a quelque chose au-dessus de Dieu, parce que Dieu doit sa sagesse à sa nature, au Ueu que le sage ne la doit qu'à sa volonté.
Saint Chrysostome ajoute (2) dansla même homélie, que le mal dont Jésus-Christ nous est venu délivrer devenait pire par les remèdes des médecins, et se renforçait par l opposition que l'on y voulait apporter. C'est ce qu'il (3) explique plus clairement dans l'homélie suivante, lors qu'il dit, que la tyrannie du péché étaitsi grande, qu'elle ne pouvait être domptée ni par la loi dénature ,ni par lu loi de Moïse ; mais qu'elle demeurait victorieuse de l'une etdb Vautre. Ce qui est admirable, c'esl qu'il ajoute quc(4-J, selon S. Paul, la concupiscence habitant en nous ne surmontait pas seulement ceux qui avaient aversion de la loi , mais ceux mêmes qui aimaient la loi et qui l'approuvaient, par-
(1) Bomil. 12. ad liœc. Stipendiiim pecoali mors; gralia aulem Dei vila a:lcrna. Cum dixisset sliponiliuin pcccali, non eumdem servavit ordinem loquens de bonis operibus. Non enim dixil : Merces bonorum vcslrorum opernm , sed gratia Dci [csl vila ailernaj, oslendcns qnod non a soipsis liberatl sunl, neque dcbilum accepeninl, neque compcnsalionem, neque laboram remuneralionem, sed gralia Dei hsec oninia factu sunl.
(2) Ibid. Oslendens a quanto malo genns Immanum liberavit Cbrisli gratia : qnod quidem maluin per niedica remédia pejus fiebat, et per ca quee ipsum impediebant augebatur.
(3) Ibid. homil. 15. Neque lex nalune, neque lex Moysis, magni quidpiam bac in pugna pcrfccerunl, lania cral peccali lyrannis quae vincebat.
(4) Ibid. Vidisti quanta est peccati lyrannis. Nempc jnenlem legi con.-cnticnicm vincit. .\ec enim potest «piis dicere, quod peccalum me dclcriorcm reddat, lum cum legem odio babco. Nam condeleclor legi , ad ipsam eonfugio, sed bac neque me ad ipsam confugientem salvare poluil. Gliristus vero salvavil me cum al.» ipso aufugerem.
DÉMONST. EvANG. III.
ce qu'elle n'avait pas le pouvoir de sauver ceux mêmes qui avaient recours à elle ; au lieu que Jésus-Christ a sauvé ceux qui lui étaient rebelles et qui le fuyaient. Et il dit plus bas , que Jésus-Christ a vaincu le péché qui terrassait toujours les hommes. Quod antea semper dejiciebat.
Ainsi, pour peu qu'on fasse reflexion sur ces paroles, on reconnaîtra facilement que les sentiments de saint Chrysostome sont très-opposés à celui que l'on a prétendu lui attribuei sur le salut des païens : car si, selon la doctrine de ce saint docteur, celte concupiscence que l'Ecriture sainte appelle péché, parce qu'elle en estleffet etla cause, etqu'elle nous y porte sans cesse, s'irritait par les remèdes que l'industrie des hommes y a voulu apporter; et si la loi de Dieu qui y semblait donner des bornes, ne l'a point arrêtée, comment donc la lumière de la raison qui en est toute corrompue et tout obscurcie, et tous les préceptes des philosophes qui retiennent toujours quelque chose de son venin, auraient-ils pu guérir les hommes de cette peste répandue dans leur corps et dans leur âme, et leur faire remporter une victoire qui ne pouvait être que le prix du sang du Fils de Dieu?
Saint Chrysostome établit partout la même doctrine et les mêmes principes dans ses autres homélies. Dans la 16e (1), expliquant ces paroles de saint Paul : Si le Seigneur des armées ne nous avait réservé quelques-uns de notre race, nous serions devenus semblables à Sodome et à Gomorrhe. Il dit, l'Apôtre déclare par là, que le peu de Juifs qui ont été sauvés, ne l'ont point été par leurs propres forces; car ils seraient péris aussi bien que les autres, et il leur en fût autant arrivé qu'à ceux de Sodome, qui furent entièrement détruits et consumés par la colère du ciel, si Dieu n'eût usé envers eux d'une bonté particulière, et s'il ne les eût sauvés par la foi en Jésus-Christ, qui est cette parole abrégée dont parle saint Paul au même endroit : car celte parole n'est autre chose que la foi qui donne le salut par le moyen do peu de paroles (2) : Parce que celui qui confesse de bouche Notre-Seigneur Jésus-Christ , et qui croit de cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, sera sauvé.
llien n'est plus répété dans (3) saint Chry-
(1) Idem. Il omit. 1G. ad liœc. Nisi Dominus sabaolb reliqnissct nobis semen, sicul Sodoma facli essemus, et sicut Gomorrha Bimiles fuissemus. Hic aliud quid oslcndil, nenipe quod neque illi pauci per se et propria virtute salvali suut. Elenim isti quoque pcriissenl cl Sodomorum mala fuissent perpessi, id est totalem ruinam subiissent ( elenim illi radicilus et lundilus omnes perierunt neque ullum ex se reliquerunt semen ) nisi Dcus mullam erga cos demonslrasset benignilateni et ipsos per (idem servassel.
(2) Romanor. X. Si confilcaris in orc tuo Dominuni Jcsnm et corde tuo credideris quod Dcus illum su— scilavil a morluis, salvus cris.
(3) llomil. 17. ad hœc. Finis legis Cbrislus ad ju- Btitiam omni crcdcnli. Poslquam dixil jusliliain et jusliliam ne Juda:i dicerenl : si minus hucusQiic [josiitiam] implevimus, saltcm postca implAhimus,
[Neuf.)
sostome : Qu'il est impossible d'être justifié (utilement que par lu foi. Bt expliquant 1rs autres paroles de S. Paul: (/«<■ Jétu •Chri i • t ht fin de lu loipour justifier tous eeu i 71*1*01 oient inli'.i, il l'ail voir que sain! Paul ayant parlé de deux justices, de la justice de la loi el de I 1 justice de la foi; île peur que les Juifs qui n'opéraient qu'en la première n'eussent sujet de dire que, hien qu'ils n'eussent pas encore accompli la loi, ils le pourraient néanmoins
faire à l'avenir sans aucun secours que celui de la loi; il montre qu'il n'y a qu'une justice, et que celle de la loi ne trouve son accomplissement que dans celle de la foi, de sorte que celui qui a celle de la foi, a aussi celle de la loi; que celui au contraire qui rejette ou méprise celle de la foi, ne peut avoir ni l'une ni l'autre : car puisque Jésus- Christ est la fin de la loi, celui qui n'a point Jésus-Christ, encore qu'il paraisse juste selon la loi, ne le peut être véritablement.
il dit un peu plus bas : On ne peut être justifié, selon lu loi, qu'en uccomjiliss.int tout ce quelle commande. Or, personne ne le peut foire {par soi-même), et par conséquent, cette justice de la loi tombe par terre et est entièrement inutile : il faut donc avoir recours à la justice qui est selon la foi et la grâce de Jésus-Christ. Mois quelle est cette justice, ajoute saint Chrysostome, et en quoi consiste-t-elle? Ecoulez, dit-il , saint Paul qui la décrit évidemment par ces paroles: Voici, dit saint Paul, comment Moise parle de Injustice qui vient de la foi. « Ne dites point en votre cœur : qui pourra monter au ciel pour en faire descendre Jésus- Christ ? ou qui pourra descendre au fond de la terre pour rappeler Jésus-Christ d'entre les morts. Mais que dit l'Ecriture? La parole que je vous ai annoncée n'est point éloignée de vous ; elle est dans votre bouche et dans votre cœur. Cela est vrai de la parole que nous vous prêchons; parce que si vous confessez delà bouche que Jésus est le Seigneur, et si vous croyez de cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, vous serez sauvés » (1).
Il est évident que ce passage prouve clairement deux choses décisives de toute notre
vide quid adslrual divus Paulus : ostendit iinicam esse justifiant, cl illam [qu;c logis est ] in Mac [qoœ lideicst] recapiiulari : adeo ut qui justiiiam fidei elegerit, logis jnsiiiiaiu ipipleveril. Qui ccoulra illain ilesnexerit, liac que-que simul exciderit : si eniin Unis icgis Chrislus, qui non habel Chrisium, licol legis justiiiam liabere videaiud non hsbet.
(l) lbid. Nemo noiesi fieri justus in leje, nisi eara oinncm adimplendo. Hoc vero niilli possibile facluin est. Krgo na>c justifia corruit. Sed, 0 Pauls, aJiani nobis die justifiant quœ ex gralia esi Uuaenawest igitùr haec justifia et unde eonflaïur? Audi beatuui Paulu ut clare ipsaiu adumJbraniem. Quse vero ex fide est justifia sic. loquitur. Ne dicaa in corde lu*, iinis asccndcl in cœluin, hoc est Chrisium deduccre; vel quis descende! in abyssum, hoc est Christum a mormis revocarc, Sed quid dicii? jnxia le verbuui est, in orc luo ci in corde i o, hfle est Verbum (ideiquod prxdicatnuB, quia si coofkearifi mou' mo Domiuuni Jesum ci credideris in coule luo quod Deua ipsiioj pusciiavit a nortuis, salvus cris.
DÉMONSTRATION l\ ANGÉLIQUE
question. La première, qu'il est absolanv ni impossible que les hommes soient justifiés )>ar leurs lionnes o'uv res faites sans l.i ainsi (jue l'ont prétendu les Juifs I I losophes 1 .h m, ' t qne l'on ne peut devenir juste et être sauvi oirla foi : el
coude, que la loi, qui c*t in obtenir le salut, consiste principalement à croire en Jésus-Chris! médiateur, et non pas Seulement l'unité de Dieu et sa pro\ iden. e.
De ce deux remarques non- pouvons tirer deux conclusions. I.a première, que 1 11 ne peut sans injustice el 3 ins imp trilmer à saint Chrysostome ce sentiment, qu'avant Jésus-Christ il y a eu des hommes sauvés sans avoir la foi , puisqu'il est démontré que ce saint docteur n'enseigne rien plus fortena ntquerimpossibilitéd'étre saui 1 avoir la loi. La seconde, que saint Carys <stome, déclarant formellement que la foi dont parle saint Paul, lorsqu'il explique la n< site de la justice de li loi, c nsisteàcTOil Jésus-Christ ressuscité d'entre 1< s sBorts : c'est une pure rêverie que de se persu que ce saint docteur ou aucun autre des res, aientreconnudanslesphili aucune loi justifiante, quelque connaissance qu'ils aient pu avoir, p;r la lumière de la raison, d'un premier auteur de tout ses : car il est certain qu'ils n'eussent pu avoir ce sentiment, sans croire en même temps que l'on se pouvait sauver i. El
c'est une hérésie si manifeste 1 1 si directement opposée à une infinité d'orach s de l'Ecriture sainte, que l'on ne peut l'attribuer i 1 ! saints doc leurs sans leur faire uneinjn, supportable.
Il ne doit donc rester aucun doute sur ce sujet, après une déduction de tant de p ges si clairs de saint Chrysostome, sur la nécessité de la foi en Jésus- Christ pour être sauvé. Et si l'on ne craignait d'être trop long, on en pourrait produire une infinité d'autres des homélies de ce saint docteur, sur les Epftres de saint Paul aux Gâtâtes el aux Hébreux, où ce saint traite particulièrement celle matière de la foi. Et quand il serait vr..i que l'on pourrait trouver quelques pare] de ce saint, dans quelque sermon po| ulaire, qui étant mal prises pourraient sembler contraires à la vérité qu'il enseigne si clairement partout ailleurs, rien ne serait plus aisé que de l'en justifier pleinement.
On peut même ajouter que ceux qui prétendraient contester sur cela, ne s 'éloigneraient pas de la conduite des hérétiques, qui prétendent rendre les pères de l'Eglise complices de leurs erreurs, -ous prétexte qu'il peut leur être quelque lois échappé quelques paroles qui semblent les favoriser; au lieu de s'arrêter à une inlinile d'autres endroits qui Les détruisent, et d'avouer que l'Eglise fis a rejeté* comme contraires à la pureté de 1 1 doctrine, lorsque l'opposition des hérétiques l'a obligée de déclarer plus ouvertement sentiments par la bonche des saints pasteurs que Dieu lui a suscites pour maintenir 1 i nlégrité de sa foi. C'est aussi pour cette rai> .1
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C
qu'ils nous doivent servir de règle en ce qui regarde la dérision des disputes qui concernent ces matières, plutôt que les autres pères qui n'ont pas combattu ces hérésies, quoiqu'il ne se trouve en eux aucune différence, sinon que, n'ayant tous qu'une même foi, le langage des uns est plus juste et plus accompli que celui des autres.
Quand donc il se trouverait quelque chose de peu favorable à la nécessité de la foi en Jésus-Christ dans les homélies latines, que l'ignorance des copistes des derniers temps a attribuées à saint Chrysostome, il serait certainement ridicule de vouloir le considérer comme les sentiments de ce saint docteur. Ce serait de même que de vouloir attribuer à saint Augustin et aux autres saints pères toutes les erreurs et toutes les extravagances qui se rencontrent dans les ouvrages qui étaient auparavant sous son nom, et qui en ont été séparés par le judicieux discernement qu'en ont fait les pères bénédictins, dans la nouvelle édition qu'ils ont donnée de. ses ouvrages.
Mais ce qui est certain à l'égard de saint Chrysostome , c'est que nous ne voyons autre chose, dans ses véritables ouvrages, que de continuelles invectives contre les philosophes païens : on voit partout qu'il n'a pour eux que des sentiments de mépris et des paroles d'indignation. Il ne les considère que comme les ennemis de Dieu et les esclaves du diable. Il paraît même qu'il n'est jamais plus éloquent que lorsqu'il s'efforce de nous les faire avoir en horreur. Il les représente toujours comme des personnes infâmes qui, sous une fausse apparence de vertu, ont élé noircies de toutes sortes de vices; et enfin, il ne veut pas seulement que leurs crimes, mais aussi que leur sagesse nous soient en abomination.
Il ne faut, pour en être convaincu, que lire le sermon qu'il a fait sur saint Babylas, où il les traite de ridicules et d'infâmes. Il y soutient (1) que toutes les actions de ces philo—
(1) Sermone 2. in sanclum martijrem Habillant. Et alia qnoc de suis philosophis magnifiée jaciiiaut, demooslravit [Bmylas] esse pleua vanilalis cl nimise audaciae, nec nisi pucrilem animum decerc : non etiim in dolio se conclusil de more Diogénie, quem ad id impulit malitia diaboli, qui kujusmodi laboribus serves suos addicil. Undc hi dislrahuntur, decipiunitir cl omnium maxime sese ridendos exhibent : labor ciiiin oui sine lucre- suscipitur, nullam laudem merelur. Surit cuim eliamnum homincs corruplorcs et infinitis malis plein, qui mullo majora oslenlant, qiiaiu ipse Diogenes; sed ipsos improbamus et aequo despicimus... At enim siuopcnsis ille pliilosophus lemperans fuit... imo libentius ipsum lemperanlise lande privabis quam temperantiac ipsius modum expones ; aileo turpis et infaoïU fuit muliaquc iropudentia retenus. Aliorum philosophorum nugas, vanutn laborcm , et Infamiam percurrere dicendo potuissem. Namquc estne commoilum , hiimainiui ilr.'usiarc semen, quod fccil Arislolcles Stagnila? Qaid juvat ntairibus ei soréribus commisceri , quod legibua mit slaluebat pliilosophus ille stoïcorum pnncepsîPotuissem demonstrafe seademia prmoipem «jusque magislrum, et eos qui majorent sm admiraiiojicin conciiaiuut, praedictis fuisse lurpiores. Pixlcr-
sophes qui ont paru si admirables, et que les païens ont élevées jusqu'au ciel, n'ont élé que des actions puériles, et des effets de leur vanité et de leur orgueil. Il y représente Diogène avec son tonneau comme un fou et un extravagant ; il attribue l'austérité de sa vie à l'artifice du diable, qui impose ces peines et ces travaux à ceux qui le servent, dont ils ne tirent autre fruit, sinon qu'après s'être bien tourmentés, ils deviennent ridicules à tout le monde. II y compare les plus merveilleuses actions de ce philosophe aux enchantements des sorciers, comme n'étant que des opérations du démon, et méritant aussi peu notre admiration et notre estime que ces illusions diaboliques. Enfin il en conclut qu'il est beaucoup plus facile de découvrir la honte et l'infamie dont il a noirci sa vie, que de lui donner aucune véritable louange de tempérance.
Et afin que l'on ne crût pas que les autres philosophes, les Platon et les Socrate lui fussent en plus grande vénération, il ajoute : Je pourrais, dit-il, parcourir les extravagances des autres philosophes, leurs vains travaux et leurs infamies. Je pourrais découvrir les souillures d'Aristote et les incestes du chef de la famille stoïque. Je pourrais faire voir ce que c'est que le prince de l'académie, et son maître Socrate; et on serait convaincu que ceux qui ont été plus en admiration, ont élé les plus adonnés aux vices de Vimpudicité. Je montrerais aussi clairement que r amour impur et abominable a passé parmi eux pour honnête, et fait partie de leur philosophie, si je ne craignais d'une part de m'engager dans un trop long discours, et si de l'autre je ne croyais pas avoir assez découvert, par l'exemple d'un seul, le mépris que l'on doit faire de tous les autres'. Car si celui qui a fait profession de la plus austère philosophie, et qui semble avoir surpassé tous les autres en liberté de paroles et en continence de vie, se trouve avoir été si impur, si impertinent et capable de tant d'excès, jusqu'àncpoint trouver mauvais qu'on se nourrit de chair humaine, qu' est-il besoin de parler des autres, après avoir montré à tout le monde combien celui dont la manière de vie a paru plus admirable a été ridicule, bas cl sans jugement ?
Voilà certainement de beaux éloges que donne saint Chrysostome à ceux que l'on nous voudrait faire croire qu'il a jugés dignes d'entrer dans le royaume des cieux ! Ce sont là sans doute les motifs qui l'auront porté à en avoir ce sentiment; ce sera, si on le veut,
misi nefaudurn pucrorum amorem, qnem ut lionestuin habebant, el lanquam pbilosophiae sua; partem rccensebant. Abomimimluin Imnc amorem omni aile— goria exuissem, nisi longius nostra excurrercl oralio. Sed ah uno omnes esse ridiculos, salis ex nostro sermone discerc unusquisque potest. Si enim, qui ausierioris philosophiae oblenlu caeteros dicendi libertate et temperanliâ vicisse videtur, adeo turpis, ridlculus, et iminoderalus fuisse demonatralur [dicc-, bal enim bumanas degustare carnes, rem esse piano indifferentem], quid nobis supererit de aliis dicendum ? cum oslendcnmus adeo pucrilem, insanum ci ridon- (luiii omnibus fui se enm qui lioccc philosopirico in-> siituio supra c ici emicuit,
DÉMONSTRATION I \ i.NoÊLIQUE.
les informations de leur canonisation ; èli ' cependant toute l'estime qn'en a eue ce grand saint, non seulement de tous en général, imiis aussi en particulier de Socrale. de Platon, d'Aristote, de Zenon. \"oilà quel est le respect avec lequel saint Chrysostome a parlé de ceux que l'on appelle les illustres fondateurs des ramilles philosophiques, et de ces prétendus grands hommes, pour lesquels on veut que ion ait une singulière vénération, à cause, dit-on, que leur seul nom a souvent le pouvoir de nous inspirer un secret amour de la vertu.
Que si quelqu'un néanmoins ne se contentait pas de ces éloges, on en pourrait encore chercher et trouver plusieurs autres semblables, dans le Commentaire de ce saint docteur sur î'épltre au\ Homains. On y verrait; 1 que tous les reproches que saint Paul fait aux païens conviennent particulièrement aux philosophes, comme saint Chrysostomc le fait voir et en fait l'application : car ce sont eux qui ont retenu la vérité de Dieu dans l'injustice ; ce sont eux qui ayant connu Dieu ne l'ont pas glorifié comme Dieu, et qui ont transféré la gloire et l'honneur qui lui appartiennent aux démons, aux pierres et aux bois. Ainsi toute leur sagesse, comparée non seulement à la sagesse et à l'esprit do Dieu, mais considérée en elle-même, n'a été qu'une folie et une vaine ostentation d'orgueil : c'est l'amour de la nouveauté qui les a fait tomber en de continuelles contestations les uns contre les autres ; et ainsi nous ne devons pas tant les admirer à cause de leur sagesse, que les avoir en horreur et en abomination, puisque c'est par celte fausse sagesse qu'ils sont tombés dans une véritable folie. Voilà la juste application que fait saint Chrysostomc des paroles de saint Paul à ces païens.
Quiconque voudra étudier avec application la doctrine de ce saint père, verra qu'il y prouve partout que ce que dit saint Paul (2) de celte basse et honteuse superstition, qui a porté les hommes jusqu'à adorer les bêtes et les serpents, retombe entièrement sur les philosophes païens, parce qu'ils se glorifiaient d'être disciples des Egyptiens qui ont été les inventeurs de ces choses ; el enfin on y verra que ce saint docteur traite Socrale et
(1) Clnysostom. llomil. 3. in Kpistolam liomanor. ad liœc. Super oinnem impielalem et injustiUam hominum iilorum qui veriiatem in Injnstilia deiineni. Picenics se esse sapientes, Dci cultum ad dasninnas, ad ligna, cl ad lapides dciiilcrunt... Hic sine ulla comparalione, eorum Bapienlîam in eeipsa consideralnm snggillat, stiilliliam esse nsiendilet iiieram iaclnnlia: inanifestalionein... Novilatis cranl valde cupidi : hinc est quod contra se invicem insurrexernnl... Igilur non la m adntirari eos oli sapicntiain dcbenius, quam aversarietodisse, eoquodobid ipsum slnlii etTecii fiierint.
(2) Ibid. Quid ? tlxam contra pliilosoplios hœc dicil.
i contra ipsos maxime dicta buiii hacc : nain isti
ifigyptios qui ista invenerunt, magistrorum loco babent... Piato <iuî videtur aliis esse venerabilior, bsec ipsa bonori duxit. Hujus magisler Socrates ad baec idoi.i obstupefacius est, lue est qui juBsit ut gallus ^Esculapio sacrificarelur.
Platon d'impies et d'idolâtre*; qu'il reprocha au premier d'avoir recommande à se-- plus intimes amis, un peu aranl que de mourir,
d'offrir en sou nom un sacrifice l Bsculapc,
et qu'il ne les considère l'un et l'autre i comme étant du nombre de cens contre qui I kpotre tonne dans cette épttre, el auxqn Is
il semble avoir voulu par avance promu l'arrêt de leur éternelle damnation, comme Jésus-Christ le prononcera dans son dernier jugement.
Qui donc après cela pourrait être en assez téméraire pour prétendre que saint Chrysostome a mis Socrale et les antres | bilosophes païens au nombre des bienheureux? Qui pourrait être assez hardi pour lui attribuer ces maximes impies? Où trouvcra-l-on que saint Chrysostome a cru que l'on pourrait, sans intéresser sa conscience, vivre <t mourir dans la profession extern ure des plus fausses religions, pour ne point troubler le gouvernement public, et ne point témoigner que l'on ail une religion à pari ; que l'on peut honorer Dieu par des prêt isions mentales, en sacrifiant publiquement aux idoles et aux démons? Qui peut dire avec la moindre ombre de raison, que saint Chrysostome a pensé que ces païens s'étaient acquis la licence de faire des actions honteuses et des crimes horribles, par des qualités toules divines et par leurs prétendues vertus vraiment héroïques? Enfin, où est la raison de prétendre que saint Chrysostome a cru que nier la Providence, désavouer l'immortalité de l'âme et mourir dans des sentiments d'idolâtrie, s'accorde avec la religion chrétienne et n'empêche pas qu'on ne mérite le salut éternel?
Il nous suffit donc d'avoir des yeux pour être convaincus que saint Chrysqstome, non plus que tous les autres père-, n'ont jamais eu la moindre ombre de ce* pensées; el que ce saint n'a jamais suivi sur cela que la pure doctrine de l'Evangile, celle de saint Paul et celle de toute l'Eglise, qui nous assurent qu'il ne faut point espérer de salut pour les impies, pour les idolâtres, pour les impudiques et pour tous les ennemis de Dieu . surtout pour ces philosophes que saint Chrysostome lait voir avoir été tous noircis de crimes. Gomment donc les aurait-il pu mettre au nombre des bienheureux f